CHAPITRE PREMIER
PAGANISME
I. divinités égyptiennes. — 1° Isis. — Dans la théogonie de la vallée du Nil, où dominait la triade d’Abydos — Osiris, Isis, Horus — à côté des trinités memphi tique — Phtah , Sacht , Mouthès — et thébaine — Ammon , Moût , K/ions — la déesse nourricière par excellence était Isis , debout ou assise (fig. 85, 86), présentant le sein à son fils Horus ; nous en avons déjà donné plusieurs figurations (2).
La déesse mère allaite parfois un taureau ou bien elle a une tête symbolique de vache laitière (3) et, entre les deux cornes, un disque constitue presque toujours sa coiffure'; sous ce type, on la confond avec Hathor, la nourrice de tous les dieux, la Vénus asiatique, déesse de la beauté et de l amour.
Une stèle égyptienne du Musée du Louvre, importée en Egypte à l’époque de la dix-neuvième dynastie, c’est-à-dire vers 1400 ans environ avant J.-C., montre cette déesse sous le nom de Qadesh, entièrement nue, le pubis peint en noir. A Karnak aussi, elle se présente sans tunique transparente, de face, les mains écartées, qu 'Aphrodite rapprochera plus tard de ses charmes.
Assez souvent, le buste d 'Isis porte, comme Cybèle ou Diane d’Ephèse , des mamelles multiples (4), pour indiquer qu’elle nourris-
(1) Nos lecteurs voudront bien se souvenir que seules les divinités qui offrent quelque singularité par leurs seins ou leur nudité, feront l’objet de cette étude.
(2) Hist. des acc. et Anecd. hist. et rel. fig. 47, 54.
(3) Anecd. hist. et rel. fig. 53.
(4) Anecd. hist. et rel. fig. 38.
sait toutes choses; ou aussi un corps de serpent mammé (fig. 87), ou une tête de lionne, comme Sekhet , ou de brebis parce que le jeune Honis était appelé, dans les textes sacrés, agneau, fils de brebis (1).
Nous avons vu au Musée de Boulaq un groupe en bronze trouvé au Serapeum de Saqqarah, figurant la trinité primordiale du panthéon ég}'ptien ; une chatte, dans la posture de l’allaitement — symbole de croissance — est couchée aux pieds de la déesse.
Parfois, la colombe — aïeule du saint Esprit — était empreinte sur la poitrine d'isis, pour désigner la nature fécondée. Zens aussi se rattache à la lignée du saint Esprit : chez les Phéniciens, un pigeon, nommé Jupiter-You-Pigeoux , était tracé sur le sein de Vénus Athir, nature vierge, quoique féconde, tout comme la Vierge Marie qui conçoit et est conçue « sans péché ».
Dans l’antiquité, les artistes avaient une préférence marquée pour Isis, dea myrionmya , la déesse aux dix mille noms, allaitant Horus ; après l’ère chrétienne, ils reporteront leur zèle et exerceront leur
(1) Horus est donc l'aïeul de l'agneau sans tache, Jésus.