P AG AN I S M E
talent sur la Vierge, donnant le sein à Jésus ; <c par Isis, disait Juvé-t nal (XIII, 28), comme on sait, les peintres sont nourris » .
2° Neith. — Est la mère du Soleil, lequel s’était engendré lui-même, dans le sein de sa mère; aussi, partageait-elle avec d’autres divinités, le privilège d’être une Vierge-Mère, ce qui explique l’inscription relevée à Sais par Plutarque : « Je suis ce qui est, ce qui sera et ce qui a été, personne n’a relevé ma tunique et le fruit que j’ai enfanté est le Soleil » ; le dogme de l’immaculée conception, comme on le voit, date de loin. C’est du reste dans cette localité que Neith était le plus vénérée ; on y célébrait, en son honneur, la fête des « Lampes ardentes », durant laquelle la plus grande licence était permise. Cette déesse génératrice, mâle et femelle, ithyphallique et mamelue (fig. 88), était munie de trois têtes ; la tête centrale, celle de la déesse, coiffée du pskhent, la double couronne de la Haute et de la Basse Egypte; la tête de droite ou de lion, caractérise la force et celle de gauche ou de vautour symbolise la maternité et le principe femelle : on croyait autrefois tous les vautours femelles fécondées par le vent, comme les palmiers.
On trouve souvent dans les sépultures de la Basse-Egypte des figurines de cette divinité (fig. 89, 90), dont elle porte la coiffure, et allaitant deux jeunes crocodiles. « Le rôle de ces animaux, dit M. Maspero, et la raison pour laquelle on les rattachait à la déesse sont encore mal connus ». Mariette Beÿ ne nous paraît pas mieux renseigné: « Il s’agit, peut-être, pense l’éminent égyptologue, des ténèbres d’où la mère a fait sortir son divin fils, le Soleil » ; bien obscure cette explication, malgré les radiations de l’astre solaire. Pour Champollion, la déesse caractérisée par la coiffure de la Basse-Egypte ou du Nord et par les deux crocodiles, qu’elle semble allaiter avec
Fig. 87. — Isis et Osiris, coiffés de la fleur de lotus.
tendresse, serait la singulière image de « la nourrice des dieux », d e Boato, déesse de la ville deltaïque de ce nom, représentée encore avec la tête de lionne comme Sekhmet. « Cette scène, se demande-t-il, fait-elle allusion à l’enfance à’ H oms et de Bubastis, enfants d'Isis , élevés secrètement sur les eaux du lac sacré, ou bien se rapporte-t-elle à l’éducation de quelques autres divinités? C’est ce qu’il est impossible de décider entièrement, dans l’état actuel de nos connaissances sur les mythes sacrés de l’Egypte. Mais la divinité
Fig. 88. — Neith. D’après le Panthéon Egyptien, de J. -F. Champollion, le Jeune.
n’est- elle pas née des « eaux primordiales ? » et en raison de son origine aquatique, ne pourrait-on en faire le symbole du Nil, qui nourrit ses amphibies sacrés, adorés en différents lieux : à Latopolis, à Thèbes, au lac Mœris, surtout à Crocodilopolis, près de Gebelein, etc.? Le plus souvent, il est vrai, le dieu Nil jouit d’un fort embonpoint, flanqué de seins gonflés et pendants, comme ceux de la Vénus Hottentote, pour caractériser le père nourricier de l’Egypte (1) ; ou bien il prend la forme de l’hermaphrodite Api, à l’opulente poitrine et au menton recouvert d’une barbe touffue. A Philœ, la représentation du dieu Nil est plus gracieuse : il figure dans les bas-reliefs du
(1) Sous les Romains, d’après Mariette Bey, les prêtres du Nil essayaient, à l’exemple de leur dieu, de se donner des formes efféminées, et Constantin, au rapport d’Eusèbe Pamphyle, « porta une loi qui obligeait cette race d’androgynes à sortir des villes qu’ils souillaient par leurs excès ».
PAGANISME
temple, sous l’aspect d’une jeune femme, versant de l’eau, à la fois de sa mamellleet d’un vase qu’elle tient à la main (fig. 91).
3° Thouéris, l’accoucheuse. — Maxime du Camp insiste sur un bas-relief qui se reproduit à l’infini dans le temple de Khons, à Karnak ; il pense que ce doit être une figure de Set, le Typhon
des Grecs, le dieu du mal ; or il s’agit de sa concubine, la hideuse Bonne nourrice :
Monstrum horrendum, informe, ingens, cui lumen ademptum!
Les hiéroglyphes nomment cette déesse Ap, Ta-Ap-oër (la grande Ap) ou simplement Ta-oêr (la Grande) b d’où les Grecs ont fait Thoüeris ; on l’appelle encore Schepou, Opet , Apet. C’est la déesse populaire de la naissance, protectrice des femmes enceintes et en couches ; elle est révérée à Thèbes comme mèred ’Osiris, sous la figure d’une femelle d’hippopotame, près de mettre bas et se tenant le ventre (fig. 92). Voici la description qu’en fait Maxime du Camp :
C’est un animal monstrueux dressé sur ses pattes de derrière, tortueuses
{\) Les Seins dans V histoire , fig. 11. les seins a l’église. — ii.
et noueuses comme celles d’un basset. Son ventre, en forme de poire, retombe sur ses jambes qu’il embarrasse; sur sa poitrine pendent deux longues mamelles gonflées (2) ; sa main qui est une griffe, s’appuie sur un instrument semblable à une boucle de rosette dont les deux bouts seraient flottants; sa tête tient à la fois du porc et du crocodile, le front est déprimé, l’œil assez ouvert, l’oreille aiguë et couchée, le grouin énorme, tuberculeux, ouvert et montrant des dents terribles ; de son cou part une longue queue qui descend jusque sur les talons, et paraît plutôt cordée que tressée. Ce singulier dieu est coiffé de cornes de vache supportant le globe et deux plumes d’autruche.
Fig. 93.
La tête de cette divinité est, le plus souvent, celle d’un hippopotame; mais souvent aussi c’est celle d’une lionne, d’un crocodile ou d’une femme, le front orné de l’urœus royal, surtout à Memphis et à Tanis; ses pattes et ses griffes sont toujours celles d’une lionne et son corps, celui d’une femelle d’hippopotame à terme; une cape rayée lui couvre le dos. Le nœud symbolique, son emblème ordinaire, sur lequel elle s’appuie (fig. 93) et qui ressemble à un compas, des ciseaux ansés (2) ou un forceps (?) est le principe de vie ; il est quelquefois remplacé par un grand coutelas (fig. 94), dont l’usage n’est pas mieux déterminé; indique-t-il que la déesse ouvre et facilite les voies de la naissance, par l’opération césarienne ou en agrandissant les ouvertures naturelles ?
(1) La poitrine forte et tombante est le symbole de l’opulence.
(2) Dans une frise emblématique du Tiphonium d’Apollinopolis Magna, Opet porte la croix ansée ou de vie.
PAGANISM E
Dans les temples cTHermontis et de Tentiris, c’est-à-dire deThèbes et de Dendera, Thoueris préside à la naissance du Soleil levant, de l’Aurore, figurés sous les traits d’un jeune enfant sortant d’une fleur de lotus ; la déesse est assistée d’un nain grotesque, Setou , Typhon ou mieux Bès, le dieu de la toilette, qui prend part à la naissance, au même titre que Beset (1) et Nekhbet (2). Dans le tombeau de Seti, Thoueris , l’hippopotame, est accompagnée d’un crocodile, qui se tient debout derrière elle, les deux amphibies sacrés et familiers du Haut Nil (3).
4° Amenti, Nout. — La déesse de l’enfer, Amenti , et la déesse du ciel, Noult ou Nout r étaient peintes à l’intérieur des sarcophages: la première sur le fond, où reposait la momie, la seconde, au dos du couvercle; leurs mammelles avaient un développement exagéré et le nombril apparaissait sous la forme d’un troisième sein, rappelant la dénomination pittoresque « d’œil du ventre », donnée par Ingres à cette cavité.
(1) Beset, la Busbatis des auteurs grecs, a la tête d’une chatte. Nous avons vu à Karnack, une statuette en bronze, mutilée, où elle se presse le sein gauche, de la main droite; dans son premier type, elle porte une tête de lionne et le nom de Sekhet.
(2) Cette déesse, qui présidait aussi aux accouchements, était surtout vénérée à El-Kab, et, comme les Grecs l’assimilaient à llithyie, ils ont donné à cette localité le nom d’Eileithyiaspolis.
(3) Dans la section du Congo, de l’Exposition de 1900, nous avons remarqué sur une défense d’éléphant, provenant des environs de Brazzaville, la divinité protectrice des femmes en couches (fig. 93) ; de la main gauche, elle se presse le sein et, de la droite,
Fig. 93. — D’après un surmoulage communiqué par M. Pierre Zerlau.
écarte la vulve pour faciliter le passage d’une tête fœtale, en présentation postérieure ; elle est agenouillée sur une double Couronne de vulves, supportées par un personnage, nu aussi, la main droite crispée à un coin de la bouche, comme pour exprimer une vive douleur. Dans l’Ouest-Africain, la coutume de la couvacle (V. Nos Accouch. chez tous les peuples) existe encore : au début du travail on conduit la parturiente dans une case réservée à l'accouchement; le mari s’installe dans une case voisine et, tandis que son épouse fait le possible et même l’impossible pour ne pas pousser un cri, le père, au contraire, hurle tant qu'il peut, pendant toute la durée de l’opération, en présence d'amis et de parents l’encourageant à supporter stoïquement ses souffrances imaginaires. Ce fétiche doit être fiché dans le sol, par sa pointe, auprès de la résignée et rappelle la dent de rhinocéros qui déverginise les jeunes épouses et facilite les voies du bonheur au mari paresseux.
L’Uranie égyptienne, la déesse Nont ne semble pas différer de l’Espace céleste ; c’est son corps allongé en voûte qui figure la sphère, supposée liquide, sur laquelle naviguent les constellations, dans les tableaux astronomiques. Elle est alors représentée sous la figure d’une femme, dont les pieds et les mains touchent le sol et forment un arc sous lequel est étendue la Terre — Sibon — tandis que debout, l’Air — S hou
— soutient- les seins et la nature de Nout (fig. 96).
5e Ouati, Nekkeb.
— Les déesses, représentées sur les parois des temples égyptiens, sont généralement habillées comme les femmes de l’époque et dans un fourreau collant , laissant les seins en liberté ; les bretelles qui maintenaient la partie supérieure de cette tunique sont rarement figurées. Le buste est donc nu et muni seulement d’un sein vu de profil et très saillant : les mamelles des déesses Oaati et Nekkeb , symbolisant le Nord et le Sud de l’Egypte, avec la coiffure du vautour, c’est-à-dire de la maternité, sont tatouées, pour l’ornementation, de deux lignes courbes qui convergent vers le mamelon, comme deux canaux galactophores.
6° Mammisi. Naissance et allaitement des princes. — Dans tous les temples de l’époque ptolémaïque, à côté des grands sanctuaires, se trouvait une pièce obscure et retirée, appelée Chambre de naissance ou Mammisi (1), consacrée au culte à' I sis ou Hathor : la déesse mère allaite, assise ou debout, suivant l’âge du nourrisson, le prince et son double ou génie protecteur, en l'honneur duquel l’édifice était élevé. M. Maspero, le premier, a donné de cette scène une explication plausible: