‹ Les seins a l'égliseChapitre 14 sur 23 · NOUT · texte numérisé non relu

NOUT

Fig. 96. — Tirée du Panthéon Egyptien, par Paul Pierret et E. de Rougé.

(1) Encore nommée Typhonium, en raison des chapiteaux de colonnes formés par la tète grotesque de Typhon.

PAGANISME

Pharaon étant dieu sur terre, les dieux du ciel sont ses pères ou frères, les déesses le reconnaissent pour fils et, selon le cérémonial imposé pâr la coutume en pareil cas, consacrent l’adoption en lui présentant le sein afin de l’allaiter, comme elles auraient fait à leur propre enfant. On trouve chez d’autres peuples anciens et modernes des exemples caractéristiques de ce mode d’adoption par l’allaitement réel ou fictif de la personne adoptée.

Rappelons quelques-uns de ces exemples commémoratifs de naissances illustres et d’allaitement. Dans le temple de Gebel Silsileh, en Nubie, la déesse Ammonka ou Anonké, allaite le roi Harmhabé ouHarnshabi, tous les deux debout (1). Au musée archéologique, de Florence, est exposé un fragment de la vache Hathor , allaitant Heruem-heb (XVIIIe dynastie). La salle de naissance du temple de Louqsor célèbre la naissance d’Aménophis III, le colosse deMemnon (XVIIIe dynastie), dans diverses scènes curieuses: 1° le dieu Khnoam modèle le jeune prince et son double , sur son tour à potier, en présence d ’Lsis: 2° Thoout annonce à la reine Met-em-oua (2), mère d’Aménophis III, la naissance d’un fds ; 3° Met-em-oua, enceinte, est accompagnée d’Isis et de Thoout ; 4° Accouchement de la reine, entourée de génies qui se tiennent à ses côtés et sous son lit, entre autres Bès., le dieu et Thoueris , la déesse des naissances ; 5° Isis remet au dieu créateur, Ammon , le prince nouveau-né. Enfin, au registre supérieur, deux déesses allaitent le prince et son double , sous la surveillance de la reine, assistée de la déesse Sekhet et au registre inférieur, le prince et son double sont allaités par deux vaches.

A propos d’Aménophis III, pour rompre la monotonie de cette énumération et aussi pour la curiosité du fait, rappelons une bévue à l’actif de Denon. Ce directeur général des musées, sous le premier Empire, a pris ingénument les deux colosses de Memnon, statues de ce Pharaon, pour deux princesses égyptiennes, en raison du développement exagéré de leurs seins.

La deuxième salle du même temple renferme un tableau curieux : quatre déesses allaitent chacune un enfant ; l’une d’elles regarde les trois autres; dans l’intervalle, figure, d’un côté, une génisse portant un enfant entre les cornes et, de l’autre, H oms , fils d Tsis, assis sur une grande fleur de lotus, en face de la génisse.

(1) Ramsès II, suivant d’autres, fig. 55, Aneccl. relig. sur les seins .

(2) Ou Moulh-em-ouat, femme de Tahout-mès IV.

A Thèbes, sur la rive gauche du Nil, le magnifique temple Deirel-Bihari, élevé par la reine Hatasou ou Hatshepsu, épouse de son frère Thothmès II, (XVIIIe dyn.) présente sur ses murailles des scènes analogues à celles de la naissance d’Aménophis III. Ammon, le dieu de toute créature, annonce au roi et à la reine que leur union

Fig. 97. Fig. 98. — Sovan, Seven Fig. 99. — Sovan, tient

ou Saoven (Ilithyia, Ju- un arc et une flèche, non Lucine), avec tête attribut de l’Artémis de vautour. Une des des Grecs, modifications de Neith.

libations de vin et de lait à Ammon- Ra , ithyphallique. Leur fils, Makere, tête le pis de la vache Hathor. D'autres reliefs sont relatifs à la conception et à la grossesse de la reine-mère Ahmès.

Avec son gros ventre, Khnoum, criocéphale, et Hégit , batrachocéphale, la présentent à T ho ont , ibiocéphale; les couches s’accomplissent dans d’excellentes conditions, puis quatre ou cinq nourrices prennent soin du nouveau-né.

Champollion a reproduit une stèle de la vallée des Reines, montrant Hathor qui allaite un jeune prince (fig. 97) ; la nourrice et le nourrisson, dans la position verticale.

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A Abydos, Ramsès II est sculpté, sur la môme muraille, quatre fois, debout aussi, prenant le sein d’une déesse-mère; plus loin, le jeune prince tette la vache Hathor. On n’a pas pris la précaution de lier les jambes de derrière de la déesse laitière comme on l’a fait, en Egypte, de tout temps et encore aujourd’hui, au moment delà traite. Dans la même ville, au temple élevé en l’honneur de Séti 1er (xixe dyn.), on voit ce prince au sein de Moût , de la triade thébaine.

A Karnak, dans le temple de Ramsès III, Hathor allaite OsorkonP1' (xxne dyn.) ; au centre du temple d ’Ammon, de la même région, dans le vestibule de Philippe Arrhidée (1), la déesse A mnnet nourrit le jeune roi ; contrairement à la tradition égyptienne, les visages sont dessinés de face.

Le temple d’Hermontis fut élevé sous le règne de Cléopâtre, en commémoration de sa grossesse et de son heureuse délivrance à la naissance de Ptolémée Césarion, « le fruit de sa bénévolence envers Jules César ». Les sculptures emblématiques qui le décorent, représentent la déesse Ritho, épouse du dieu Mandou , mettant au monde le dieu Harphé.

La gisante, dit Champollion, est soutenue et servie par diverses déesses du premier ordre. L’accoucheuse divine tire l’enfant du sein de la mère ; la nourrice divine tend les bras pour le recevoir, assistée d’une berceuse. Le père de tous les dieux, Ammon-Ra, assiste au travail, accompagné de la déesse Soivan (fig. 98, 99), la Lutine égyptienne, protectrice des accouchements. Enfin, la reine Cléopâtre est censée assister à ces couches divines, dont les siennes n’ont été ou plutôt ne seront qu’une imitation. L’autre paroi de la chambre de l’accouchée représente l’allaitement et l’éducation du jeune dieu nouveau-né, sosie du petit Césarion.

La naissance du même rejeton est encore célébrée sur les parois de la Mammisi du temple à’ Hathor, à Denderah, construit également en l’honneur de la « sirène du Nil », de la « meretrix regina », de la « barbare Ethiopienne », à qui Jules César osa élever une statue en or, dans le temple de Vénus , à Rome ! Sept déesses nourricières, assises, donnent le sein à ce nourrisson insatiable.

Tout en renonçant à signaler d’autres scènes, trop nombreuses, d’allaitement dans les édifices religieux d’Egypte, nous indiquerons un temple deBéni-Assan où, particularité curieuse, on voit des princesses, au lieu de princes, accompagnées de leurs nourrices (fig. 100).

(1) Ce roi reçoit des mains d’Ammon la couronne de la Haute-Egypte; derrière le dieu créateur, la déesse-mère, Moût, donne le sein à son fils Khons.

Rapportons, en dernier lieu, une singularité du fonctionnarisme égyptien. A El Kab, l’ancienne Eileithyia Latopolis, des hypogées creusées dans le roc, comme à Béni- Assan et à Thèbes, renferment, d’après le Dr Leipsius, le corps de personnages, chargés sans doute

de l’éducation des princes, et portant, en raison de leur haute fonction, le titre singulier de nourrice mâle du prince royal .

II. — divinités asiatiques — L ' Astartè Syrienne, « la cruelle déesse de la volupté », Y Aphrodite orientale, la doyenne des Vénus , déesse-mère des premières civilisations sémitiques était, le plus souvent, représentée sans draperies.

... De la main droite, elle désigne son delta, qui est criblé de petits trous sur le bas-ventre et le long des aines. Car elle est la Très-Amoureuse. — Du bras gauche elles soutient ses mamelles pesantes et rondes. Entre ses hanches élargies se gonfle un ventre fécondé. Car elle est la Mère-de-touteschoses (1).

L’ Adermagis des Phéniciens (2), divinité moitié femme et moitié poisson, a inspiré la création de la Tritonide, si souvent confondue avec la Sirène :

Desinit in piscem mulier formosa superne.

Elle personnifiait la mer-nourrice, la mer-féconde des peuples voisins du littoral et continuait à se presser, d’une main, le sein gonflé de lait, tandis que, de l’autre, elle tenait une monère, rappelant le phare, sauvegarde des navigateurs, ou indiquant, comme plus tard

(4) P. Loys. Chansons de Bilitis. Nos Anecd. hist. et rel. fig. 43, 58, 59, 60.

(2) Anecd. hist. et rel. fîg. 40.

les flambeaux de Lucine et de Diane Lucifer a, qu’elle donne la lumière du jour.

Ce sujet desTritonides, fdles d 'Adermagis, a été repris avec abondance par les décorateurs de la Renaissance italienne, dans leurs conceptions sensuelles, en donnant à la femme-poisson la double attitude de notre dessin (fig. 101) : main gauche comprimant le sein, à la façon des nourrices, main droite cachant ou désignant la porte de

Fig. 103.

la vie. Le plus piquant de la composition est l’adjonction d’une vasque en forme de bénitier, l’union du profane et du sacré, si fréquente dans nos vieilles cathédrales, à partir du xvie siècle.

Les figures 102 et 103 sont celles d’une divinité Cypriote, de face et de profil, dont il nous est difficile d’établir l’identité ; vraisemblablement elle personnifie une déité de la génération et de la fécondité universelles. Elle exprime la puissance de nutrition et les instincts maternels, développés au suprême degré chez la chienne et chez la truie: cette idole nous paraît être l’une de ces femelles, avec les mamelles gonflées de lait.

Autre curiosité archéologique, dans l’armoire E, de la salle A,

des Antiquités asiatiques, du Louvre : une déesse-mère cypriote, Astarté saus doute, d’un dessin si grossier qu’on la prendrait pour une caricature; seins et nature sont en évidence.

Istar , la Vénus Babylonienne, dont nous avons donné plusieurs figurations (1), est toujours nue; elle fait jaillir le lait de ses mamelles, pressées à deux mains, ou allaite, comme les figurines de nourrices appelées courotrophes (2), qui expriment le symbole de la fécondité.

Même insuffisance de costume chez Y Anaïtis Assyrienne, qui en

dérive, avec cette circonstance aggravante qu’elle lève les bras, pour mieux faire apprécier ses charmes cucurbitiformes, qu’en Orient on estime au kilo.

Parmi les divinités Hindoues, nous connaissons Maya (3), la partie féminine de Brahma , dont les mamelles produisent et alimentent la mer de lait (4) ; ancêtre de notre Maria, chez qui la mamelle, remplie de lait, joue un rôle mystique non moins important. Nous retrouvons encore, trait pour trait, cette fois, la Vierge du Christianisme, auréoles comprises, dans la figure de Devaki , allaitant Crichna , 8me avatar de Vichou ; de même que le nom Marie , qui en Hébreu signifie « étoile de la mer », rappelle l’origine d’Aphrodite. D’ailleurs, toutes les religions, même chez les Aztèques (fig. 104)

(1) Anecd. hist. et rel. fig. 41.

(2) E. Pottier, les Statuettes de terre cuite , fig. 4.

(3) Anecd. hist. fig. 57.

(4) Ibid. fig. 39.

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n’ont-elles pas en tête de leur panthéon mythique une Isis, plus ou moins habillée, donnant le sein à un divin rejeton ?

Lackmiy la Vénus Hindoue, la déesse de la beauté, est représentée, comme ses congénères, in naturalibus , ou munie, pour la forme, de voiles transparents (fig. 105). D’autres divinités, exposées au Musée Guimet, Parvati , Satyabliamâ , déesse de la terre, etc., sont pourvues d’une paire de seins très volumineux, recouverts d’une bande étroite, sorte de fascia , réduite à sa plus simple expression.

Les temples de l’Inde sont d’ailleurs remplis de ce que notre puritanisme éclairé et notre vernis de religiosité décadente appellent des indécences. Gela tient, d’après Maurice Maindron, à ce que, dans les images de femmes, l’Hindou exagère les caractères de la maternité.

Vénérant, avant tout, la beauté sensuelle, la gloire de la chair, il les fait bien en point, un peu fortes, les membres ronds et pleins, exagère le développement des hanches comme la finesse de la taille, gonfle la gorge, dont il dresse les seins jusqu’à l’exagération.

Dellon dit avoir vu, sur la porte d’une des villes du petit royaume de Sisupatan, une statue de pierre de Sita, femme de Fig' 105- 7 ?taLue ufe de la Ram, l’un des dieux Hindous. « Elle a,

ajoute-t-il, à chacun de ses côtés, trois fameux fakirs ou pénitents, nus, à genoux, les yeux levés vers elle, et tenant à deux mains ce que la pudeur ne me permet pas de nommer ». Voilez- vous la face, philistins prudhommesques, partisans de la morale conventionnelle, qui, avec permission de M. le maire, trouvez très convenable de vivre jour et nuit, avec une femme, alors que vous écrasez de votre mépris le pauvre veuf, divorcé ou célibataire qui s’offre cette fantaisie et fait honneur à son sexe, à la dérobée.

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