‹ Les seins a l'égliseChapitre 15 sur 23 · III. MYTHOLOGIE GRECO-ROMAINE. 1° Dieux. A tout Sei · texte numérisé non relu

III. MYTHOLOGIE GRECO-ROMAINE. 1° Dieux. A tout Sei

les seins a l’église

gneur tout honneur. Zeus (Jupiter) dès sa naissance, s’impose à notre attention, grâce à sa nourrice, la chèvre Amalthée , qui lui communiqua l’ardeur nécessaire à ses futures escapades conjugales. Nous connaissons la composition de Jacques Jordaens (1), où le bambino païen tient un biberon à la main, tandis qu’une nymphe opère la traite caprine à son intention. Le plus souvent, Jupin tette directement sa nourrice, comme un petit chevreau, ainsi le représentent les toiles de Jules Romain, de Charles Cignani (Munich), etc.

Les amours légitimes et surtout illégitimes du Don Juan de

Fig. 106. — D’après les ciselures d’une tasse d’argent, trouvée dans les environs

de Barcelone.

l’Olympe ont fourni aux artistes l’occasion et l’excuse de peindre ou de modeler le nu féminin, sous ses formes les plus gracieuses et dans les attitudes les plus licencieuses. Le maître des dieux fléchit l’altière Junon. sous la forme d’un coucou, qu’elle cache dans son sein, au mont Ida (fig. 106) ; il ne vient à bout de Callisto (2) (6g. 106, 107, 107 bis), qu’à l’aide d’un maquillage avec les traits de Diane ; il fait la conquête d’ Astérie métamorphosé en aigle et séduit Léda sous le plumage du « cygne altier » .

Ordinairement, le cygne est reproduit dans l’exercice de ses fonctions génésiques; quant à la mère de Castor et Pollux (3),

(1) et (2) Anec. hist. fig. 72. — A l’étude des Accouchements , nous nous sommes occupé des suites naturelles de cette méprise : Diane découvrant la grossesse de Callisto.

(3) Ces frères jumeaux de la belle Hélène, fournissent aussi leur contingent à notre collection dans Y Enlèvement des deux filles de Leucippe, Hilaire et Phébé ; nous retrouvons dans cette œuvre de Rubens la maestria qui caractérise sa peinture aphrodisiaque des chairs vivantes, grassouillettes et mafflues, pour laquelle Henry Monnier — le père et le modèle de M. Prud’homme — l’appelait un « grand débaucheur à l’usage de collégiens et de tourlourous ». — On montrait, dans un temple dé la Grèce, l’œuf de Léda, comme se voit dans nos églises le lait de la Vierge.

PAGANISME

C’est une fille qui aime l’ordre et l’arrangement, dit Charles de Brosses au sujet du tableau qui orne la bibliothèque de Venise; à cet effet, elle a la main passée, je ne sais comme, pour mettre chaque chose à sa place. C’est une expression qui ne peut se figurer, et au-dessus de tout ce que j’ai vu dans les originaux vivants.

Pour se reposer de la sculpture religieuse, qui l’absorbait à San Lorenzo, dans la confection des tombeaux des Médicis, Michel- Ange consacrait ses loisirs, vers 1530, à peindre sa Léda (fig. 55J et à composer le carton de sa Vénus caressée par V Amour, dont Pontormo fit un tableau.

Cette Léda , nous le répétons, faite pour Alphonse, duc de Ferrare, fut vendue au poids de l’or, par Antonio Mini, un des élèves du maître, à François Ier, ami du Beau dans toutes ses manifestations . Le monarque prodigue, nous avons déjà parlé

de l’incident, avait assigné à la légère épouse de Tyndare, une place d’honneur dans les galeries de Fontainebleau, où elle fît l’admiration de tous; mais un beau jour, un ministre de Louis XIII, le cafard imbécile, Sublet des Noyers, plus royaliste, en pudibonderie, que le roi, qui se signait devant l’image d’un pigeon obombrant la Vierge, fit brûler ce chef-d’œuvre a tempera !

Sur l’ordre aussi d’une autre ganache de ministre, furent détruites les toiles lascives que Kaulbach, peintre de la Réforme, avait composées pour le roi de Wurtemberg et qui ornaient le palais de la Wilhelma,' non loin de Stuttgard.

Fig. 107. — D'après la gravure de Blot et le dessin de Régnault.

Mais revenons à la belle Léda ; il serait trop long de décrire et même d’énumérer les tableaux remarquables suggérés par son aventure amoureuse ; contentons-nous de rappeler ceux d'André del Sarte, du Gorrège (Berlin), du Tintoret (Offices), de Riesener (1835), de Paul Baudry (1857), de A. -J. Ghantron (1904), etc.

Le musée de Dresde possède une Léda , exécutée par Léonard de Vinci, le rival de Michel- Ange, d'après les cartons de Raphaël :

La belle fille du roi d’Etolie, dit Y. Tissot, est couchée toute nue, pressant, entre ses cuisses relevées, le cygne qui la couvre et la caresse. L’oiseau, au blanc duvet, bat de l’aile ; et glissant son cou soyeux entre les seins de Léda, son bec remplit sa bouche de ses amoureuses caresses.

Auprès deLatone , l’intervention olympienne se traduit, comme pour Léda , par un coup dou-

Fig. 107 bis. - Zeus et Callisto, d’après un plat ble ■ Apollon Artémisdu Louvre. Diane (fïg. 108).

Les travestissements

du galant Jupiter sont aussi ingénieux que variés : connaissant à fond le cœur féminin, n'imagine-t-il pas de s’introduire sous forme d’une pluie d’or, dans la tour d’airain où le roi d’Argos retenait captive Danaé? Toujours « la précaution inutile »; il en résulta' un petit Persée. Qui ne connaît, au moins en gravure, l’exquise composition du Gorrège, un des joyaux de la galerie Borghèse ? Jules Romain, Le Titien (1) (Naples), Van Dyçk (Dresde) et tant d'autres ont tiré de leur prestigieuse palette des productions non moins remarquables, sur le même motif.

(I) Rappelons, sur ce tableau, le quatrain peu connu de Théophile Gautier :

A Rome, ouvrant ses cuisses rondes

Sur un autel d'or, Danaé

Laisse du ciel, en larmes blondes,

Pleuvoir Jupiter monnojé.

Cette toile, une des merveilles du Musée dé Naples, fut peinte, à Rome, en 1545. Le peintre de Cadore avait alors 68 ans, mais son talent possédait encore la vigueur et la fraîcheur de sa jeunesse.

PAGANISME

Dans une comédie de Térence, un jeune débauché attribue ses premiers excès à la vue d’un tableau représentant Jupiter qui fait descendre une pluie d’or dans le sein de Danaé. Saint Augustin cite cet exemple, pour condamner les peintures impudiques.

Yiardot a vu, à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, la Danaé de Rembrandt, d’un art incomparable, reléguée dans les combles du palais, en raison du sujet « peu décent et de la manière moins décente encore de le traiter ».

Sur un lit, que domine la statue de l’Amour, en or massif, et dont une vieille servante ouvre les rideaux à la pluie d’or, une femme est couchée toute nue, faisant face au spectateur... Comment concevoir le caprice du maître des dieux pour une créature si peu digne de plaire, ou le caprice du peintre pour un modèle si défectueux?

Autre transformation :

pour surprendre la sé- Fig. 108.

duisante lo , Jupiter se

dissimule sous une nuée; le peintre des voluptés, Fragonard, a fixé l’incident sur la toile et tracé, avec art, les ondulations plantureuses du torse de la future génisse (fig. 109).

Tous les Dieux, comme les Déesses, de l’Olympe, à quelques draperies près (1), sont représentés à l’état de nature. C’est dans ce costume simplifié qu’ils se montrent sur un autel à Jupiter, trouvé à Metz, vers l’an 417.

Apollon , le Bel, ne serait pas digne de son surnom s’il n’apparaissait dans sa superbe nudité ; Clytie osa le comtempler ; elle désira

(1) Il serait impossible, disent Louis et René Ménard, de distinguer, autrement que par leurs attributs, les douze divinités représentées sur l'autel triangulaire du Louvre. Les Dieux et les Déesses ont presque le même costume. Le sculpteur chargé de restaurer ce monument a pris Apollon et Héphaistos pour des Déesses, et leur a fait des têtes et des poitrines de femme.

les seins a l’église

le bellâtre, mais elle fut frappée d’insolation ou du « coup de foudre » et changée en tournesol (fîg. 110).

Poséidon-Neptune , peut-être le seul Dieu grec qui ne soit pas venu d’Egypte, mais dont le nom a été révélé par les Libyens aux Pélages, vivait au sein des eaux ; aussi est-il toujours représenté avec ses attributs naturels. J. Gossard (Joannes Malbodius), dans un tableau

du Musée de Berlin (fi g. 111), nous le montre, en compagnie de son épouse, complètement nu ; mais pour cacher le sexe du dieu des mers, il l’a accentué en l’introduisant dans un coquillage pointu, et non dans la conque de Vénus , qui a pour synonyme « cette chose » que, d’après La Fontaine,

Fille dit toujours qu’elle a,

et qui serait plus appropriée en la circonstance.

A la mer se rattachent les fleuves, qui l’alimentent: leur figura-

PAGANISME

tion a donné lieu à des bizarreries, dont la figure 112 est un curieux spécimen.

Avant de quitter l’empire maritime, rappelons, à titre de curiosité.

Fig. 110. — D’après la peinture de Ch. Coypel, gravée par Surugue.

qu’un artiste de l’école de Mignard, dans un tableau de la galerie historique de Versailles, a peint Françoise-Marie de Bourbon (Mlle de Blois), duchesse d’Orléans (1749), sous les traits de la fille de l’Océan,

les seins caressés par la brise, assise sur un dauphin et entourée de ses fidèles Néréides (fig. 113).

De la Mer, descendons aux Enfers; après l’Eau, le Feu qui, lui aussi, autorise l’absence de costume : Platon et Proserpine , du Titien (fig. 114), ont une attitude si équivoque — le frère de Z eus

Fig. 111. — Neptune et Amphitrite. Fig. 112. — Fontaine uréthrale (xvn® siècle).

passe la main entre les cuisses de sa nièce — que ce tableau a été enlevé de la chambre de Blenheim, en Bavière, où pourtant est exposée la suite des Amours des Dieux , du maître Vénitien.

Beaucoup de nos lecteurs apprendront, avec surprise, que les statues de Hermès [Mercure) , surtout en Arcadie qui révérait Hermès Criophore , étaient ithyphalliques.

Ce ne sont pas les Egyptiens, dit Hérodote, qui leur ont enseigné à faire les statues de Hermès avec le membre en érection1. Les Athéniens ont reçu

(1) Priape, dieu des vergers, était représenté, le plus souvent, comme un Terme

PAGANISME

cette coutume des Pélasges, et ceux-ci en donnent un motif sacré, qu’expliquent les mystères de Samothrace.

La coïncidence de cet attribut et du nom donné au métal qui sert à

Fig. 113.

la guérison de ses avaries est au moins curieuse; mais elle n’est qu’apparente.

manchot, mais parfois aussi avec des bras : en cet état, il tenait des fruits ou sa faux d’une main et, de l'autre, le symbole distinctif de sa divinité, dans les proportions où la dépeint Virgile, in Copa :

Est tuguri custos armatus falce salignâ Sed non et vasto est inguine terribilis.

Dans la théogonie catholique, il devint saint Vit, à Schwitzerhofen ; saint Foutin, à Puy-en-Velay; saint Guignolé, en Bretagne, etc.

Sur une ancienne gravure, le messager galant des dieux — in amore et in eloquentia fraus — caresse, pour son propre compte, \e sein d'Aphrodite (Vénus) (ï) ; une pancarte malencontreuse, plaquée par Cupidon sur le point culminant, nous empêche de vérifier l’exactitude de la remarque de l’historien grec; c’était ou jamais l’occasion.

Hermès était le courrier de l’Olympe ; ainsi Fréminet l’a peint transmettant à Enée l’ordre d’abandonner Didon , ce qui fut pour l’artiste l’occasion de modeler un torse féminin, exquis d’élégance et de sensualité (Louvre).

Le rude Héphaistos-Vidcain, toujours exposé au feu de ses forges,

(1) De leur union naîtra Hermaphrodite , nom composé de ceux de ses procréateurs.

PAGANISME

ne craint pas, malgré sa difformité, de se présenter « au naturel », comme Arès-Mars (fig. 114 bis) , son rival, qu’il prit dans ses filets, en flagrant délit d’adultère avec Aphrodite : telle peignent B. Spranger, durant sa lune de miel; le Tintoret, en famille, à côté de Y Amour et de Vénus (Pitti) ; et le Titien, dans son flirt avec Gérés, « rendant la pareille » à sa volage moitié. Rudimentaires aussi les vêtements de Dionysos-Bacchus (1), de son père nourricier Silène , et ceux de sa suite les Pans , les Satyres , les Centaures et les Bacchantes ou Ménades.

Primitivement, on donnait au dieu du vin la forme d’un Hermès phallique, et les pampres de la vigne enguirlandaient son thyrse naturel au lieu de le couvrir.

Ses aventures ont inspiré des productions multiples : Ariane abandonnée (2), sans le moindre voile, dans l’île de Naxos, comme Olympia , de l’Arioste, exposée

dans l’île d’Ebude, recueillie surtout par la statuaire; en tête, l’œuvre d’Aimé Millet, l’antique du Vatican, pris longtemps pour une Cleo -

114 bis. — Napoléon en Mars (Milan).

(1) Le Guide dont l’élégant pinceau avait aussi dans la pochade le mot pour rire, a peint un Petit Bacchus (fig. 114 ter ) vidant par en haut et par en bas, par la bonde 'et par la cannelle, le contenu d’un flacon de jus de la treille, à côté d’un tonnelet dont il symbolise l’image. La quantité expulsée, qui forme une mare aux pieds de Dionysos, paraît beaucoup plus forte que celle du liquide absorbé et remet en mémoire un dicton populaire qui célébrait les propriétés diurétiques du crû de Montmartre : « Qui en boit pinte en pisse quatre ». L’ « homme qui pisse » est, on le sait, la signature de J). Teniers, qui n’alla jamais jusqu’à la représentation de l’acte le plus répugnant, étalé par Breughel, dans sa Kermesse (Haarlem) ; Jules Romain n’aurait pas eu besoin, en pareil sujet, de recourir au subterfuge fantaisiste du peintre des tavernes flamandes : il n’avait qu'à signer de son vrai nom, Pipi.

Rappelons que le Musée de Douai, possède un Bacchus enfant, ex-fontaine uréthrale, de Jean de Bologne; le petit sans-gêne relève d’une main sa chemise et, de l’autre, son robinet naturel.

(2) Figure en marbre de Diane de Poitiers, représentée en Ariane, trouvée enfouie dans les sables de la Loire, au pied du château de Chaumont, que Catherine de Médicis força, à la mort d'Henri II, la duchesse de Valentinois à échanger contre sa belle résidence de Chenonceaux. Allusion à l'entier délaissement qui succéda, dès lors, au brillant entourage de la favorite. L’enfouissement de cette statue s’expliquerait par l'intention de la soustraire aux vengeances d’autant plus actives de la reine mère qu’elles avaient été longtemps comprimées.

pâtre , à cause du bracelet en forme de serpent; le Mariage mystique d Ariane et de Bacchus; Bacchus et Erigone, si heureusement interprétés par Jassaert, etc.

Même sur les portes d'églises, comme nous le verrons au baptistère de Florence (1), Hercule , l’homme « à poil », est représenté « à poil » ou, si l’on préfère, « au vif », les épaules à peine recouvertes

Fig. 114 ter. — Tirée du Correspondant me'dic (Dr L. Nass).

de la peau du lion de Némée. Le fils adultérin de Jupiter fut porté, à sa naissance, par le factotum Mercure , au sein de Junon endormie, pour que le nourrisson semi-divin tétât le lait de l’immortalité. Mais ses succions trop voraces réveillèrent l’épouse de Jupin qui repoussa aussitôt le petit bâtard de son sein ; le lait continua toutefois à jaillir dans l’Empyrée et produisit la voie lactée. Mercure rapporta l’enfant à sa mère Alcmène , dont il partagea le lait avec son frère jumeau

(1) Le Nu à l'Eglise.

Page 1