PAG ANI SM K
Iphiclès , fils cT Amphitryon. Sur ce sujet, nous connaissons les peintures du Tintoret, de Rubens et de Jules Romain (1); pour compléter la série, donnons celle de A. Deveria (fîg. 115), qui s’est inspiré du tableau de Rubens.
Ce lait junonien servit encore à donner la blancheur au lis (2), dont Vénus fut jalouse. Mais pour se venger, la déesse de la beauté fit croître au milieu de cette fleur le membre génital de fane; d’où le nom ironique de délices de Vénus, donné quelquefois au lis.
Fig. 115.
Avant de chercher sa voie, Hercide se demande quel chemin il doit suivre : il se trouve entre la Vertu et la Mollesse ou le Vice , que Xénophon revêt, fune de robe blanche, l’autre d’habits magnifiques. Les artistes n’ont pas observé la tradition et montrent ordinairement le héros, hésitant entre Minerve ou la Vertu , modestement parée, et Vénus ou le Vice, sous la forme d’une beauté armée de tous ses charmes; c’est ainsi que Rubens, Gaspar de Crayer, R. Salles et tant d’autres ont réalisé cette fiction. On sait qu’à ce tournant de sa vie, Hercide préféra la Vertu ; mais il comptait sans la fougue de son tempérament, dont les ardeurs excessives le poussèrent bientôt vers les entreprises passionnelles. En dehors de ses intrigues, « pour le
(1) Anecd. hist. fîg. 68, 68 bis, 69.
(2) Ibid. fîg. 70.
bon motif », avec lole (1) et Hébé (2), il détourna de ses devoirs Augé, prêtresse de Minerve , dont il eut Télèphe , qui fut exposé sur le mont Parthenius et allaité par une biche, en' grec élaphos , d’où son nom (fig. 116). Puis, sans insister sur la délivrance d ’Hésione (3), nous le voyons filer doux et des jours heureux aux pieds A Omphale , reine de Lydie (4), et enfin, en amoureux transi, percer le flanc du centaure Nessus , le mari de Déjanwe , dont la tunique vengeresse mettra le point final à ses amours tragiques. Le Titien (5), E. Reni (6) et Rubens (7) ont exercé leurs pinceaux magiques sur cet
Fig. 116. Fig. 117.
Peinture d’Herculanum.
enlèvement suggestif : Reni, en supprimant le corsage, et Rubens, en enlevant tous les vêtements de la fille d’Ænée, qui joua le rôle de Dalila.
2° Déesses gréco-latines. — A. Déméter. — Les Grecs ont fait de Déméter , présidant aux mystères d’Eleusis, la personnification de leur divinité nourricière ; elle revêt la forme d’une femme très belle, se pressant les seins (8). Les Romains la transformèrent en Cérès qui, comme Rhéa ou Cybèle , de Phrygie (fig. 117), symbolise la
(1) Hercule et lole, d’Annibal Carrache (Réveil t. XVI).
(2) Ménard, Mythol. fig. 621.
(3) Hercule délivrant Hésione, de Lebrun (Réveil T. IX, 635).
(4) Ménard, Ibid. fig. 605. Hercule et Omphale, de D. Zampieri (Rev. XIV).
(5) Rév. XVI.
(6) Rév. II. 103.
(7) Rév. XI, 747.
(8) V. Chirurgie et Médecine d'autrefois, du Dr Hamonic.
PAGANISME
Terre dans sa fécondité, et lui couvrirent la poitrine de mamelles turgescentes.
B. Aphrodite-Vénus. — Dans l’art et les mythes de la Grèce, le geste mammaire des déesses-mères orientales, identifiées avec Aphrodite, se modifie : la déité hellénique n’est plus une mèrè-nourricière, c’est
la déesse de la beauté et de la grâce ; elle porte encore une main à son sein, mais à distance, comme pour le voiler, tandis que l'autre s’abaisse sur la région pubienne. Le « geste est beau » et naturel ; c’est le mouvement instinctif d’une femme surprise au bain ; il a de plus l’avantage d’occuper les mains qui seraient ballantes et disgracieuses. La Vénus de Médicis, de Cléomène (1), qui exprime si bien
(1) Aneccl. hist. fig. 63. — La Vénus de Médicis, des Uffîzi, « cette Eve païenne, dit T. Gautier, qui retient de la main une feuille de figuier absente », d’après l’abbé Winckelmann, ressemble à « une rose qui s’épanouit doucement au lever du soleil:
la pudeur alarmée, et la Vénus du Capitole , toutes deux inspirées par la fameuse Venus de Cnide, pour laquelle Phryné ou Gratine servit de modèle à Praxitèle, cachent de la sorte leur sein et leur sexe. De même, l’admirable Venus au bain , du Musée Pie-Glémentin, au Vatican (fig. 118), porte, pour la forme et par coquetterie, une main inutile au devant du sein, alors que l’autre semble venir en aide au genou droit un peu avancé, pour dissimuler la nudité inférieure, mais combien peu î Si scuopre le porti onde la Donna arrossa, quando si scuoprono.
E. Lamairesse se demande si ce mouvement de la main vers le sein est, chez les Vénus grecques et italiques, « un appel à la volupté ou l’indication de l’allaitement » ; nous venons de répondre à la question de l'éminent critique d’art. Cependant on a trouvé, en Grèce, des ex-voto où Aphrodite se prend les deux mamelles,, à la façon de ses collègues d'Orient. Le merveilleux ciseleur des rimes à’ Emaux et Camées , avec son imagination d’épicurien, voit dans le geste pudique de la Vénus couchée, du Titien, une intention impudique :
Et la tribune de Florence,
Au cant choqué montre Vénus Baignant, avec indifférence,
Dans son manchon ses doigts menus.
On sait que le maître Vénitien, dans ses corps superbes « où rien ne ment », se refusait à raser « la barbe féminine ».
Les Vénus Anadyomènes (1), dont la plus célèbre est celle d’Apelles, suggérée par l’apparition de Phryné, sur la plage d'Eleusis, simplement vêtue de son opulente chevelure, ne s'inquiètent pas de leurs seins « de perles ruisselants » (fig. 120). Ces « filles de l’onde amère », qui évoquent le souvenir des alexandrins de Musset,
Secouant, vierge encor, les larmes de sa mère Et fécondant le monde, en tordant ses cheveux,
s’occupent de sécher et de peigner leur coiffure, trempée d'écume, et confient à la mer le soin de voiler leur nudité ; telles elles sont repré-
elle semble quitter cet âge qui est rude et âpre, comme les fruits avant leur maturité; c’est ce qu’indique son sein qui a déjà plus d’étendue et de plénitude que celui d’une jeune fille ». Qu’en savez-vous, Monsieur l’abbé ?
(1) Celle du Titien « était paroissante jusques au nombril» selon l’expression de Malherbe, « dont le dernier mot ne peut s’écrire honnêtement» dit Chevreau (fig. 120).
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sentées dans la Venus à la coquille, du Titien (fig. 258), et par un dessin de Raphaël, où la déesse se mire, plongée dans l’eau jusqu’au-dessous des seins. J. Palma tranche la difficulté enfournant de dos son Anadyomène (fig. 120) et Sandro Botticelli voile la déesse de sa longue chevelure d’or. G. -R. Stratz prétend que la belle Simonette Gatanca, morte phtisique à vingt-trois ans, aurait servi de modèle à la Vénus « morbide » ou plutôt longiligne de ce primitif italien; notre confrère Félix Régnault a fait justice de cette appréciation.
Une autre Anadyoméne, des plus intéressantes, la Vénus Callipyge ou Vénus aux belles fesses, Vénus à la croupe (fig. 121), doit son nom à la partie découverte de son corps qu’elle regarde avec satisfaction , elle vient de sortir du bain, recouverte d’une draperie étendue sur ses charmes antérieurs, mais qu’elle relève pour contempler et faire admirer la beauté de la ligne de ses « globes postérieurs ». La Vénus hottentote est beaucoup plus étoffée que la Callipyge du « côté où l’on s’asseoit ». L’origine de X Aphrodite Callipyge, est ainsi racontée par Athénée, à la fin du douzième livre de son Banquet. Deux sœurs se disputaient sur la beauté de leurs fesses, auprès de la fontaine Cvanée; passe un jeune berger que les rivales invitent à trancher leur différend : elles carguent leurs voiles pour se soumettre au Jugement du nouveau Paris, qui donne la pomme à Famée. Mais le juge, rentré chez lui, s’aperçoit qu’il a reçu le coup de foudre et s’alite ; il prie son frère d’aller demander la main de celle qu a remporté le prix. Le messager tombe, à son tour, amoureux de la plus jeune et l’aventure se termine par un double mariage, comme dans une pièce de Scribe. Les épouses reçurent le surnom de Callipyges et élevèrent, en reconnaissance, dans Syracuse, un temple à Aphrodite , sous le nom de Callipygon. Les Hindous désignent par l’épithète Nelamboisi, une femme ainsi douée parles grâces (1).
Le président de Brosses, qui ne connaît pas ses auteurs, donne une autre version :
Fig. 120.
(1) La pudique Miss Helyett est une petite callipyge malgré elle ; dans sa chute intempestive, elle montre ses... merveilles à « l’homme de la montagne » qui ne cesse de s’extasier devant un tel spectacle et de s’écrier sur tous les tons ; « Ah ! le superbe point de vue ! — Ah! quel paysage enchanteur ! — Ah! la perspective imprévue ! — Ah ! quel beau sujet d'amateur ! — Ah ! quelle couleur adorable ! — Ah ! que d’horizon merveilleux ! — Ah ! que le site est agréable! etc.
Deux sœurs s’étant disputé le prix de la beauté et se trouvant si parfaites toutes deux que les juges restoient indécis, furent examinées d’un bout à l’autre; l’aînée se trouva avoir la fesse plate, ce qui décida l'affaire en faveur de l’autre, en l’honneur de laquelle on érigea une statue. J’ai bien peur que ce petit conte ne vous paraisse aussi plat que la fesse en
question.
Ici le texte est altéré, par erreur ; mais l'abbé Richard, dans une circonstance analogue, l’expurgea volontairement, par pudeur : dans la traduction des Lettres d’ Alciphron, écrivain du troisième siècle, qu’il fît sans y être obligé, il laissa en blanc le passagé relatif à la dispute sur les croupes, entre les courtisanes Myrrhine et Thryallis, semblable en tout point à celle des jeunes Siciliennes d’Athéné. C’est ainsi que les tonsurés écrivent l’histoire ! Que ne suivent-ils l’exemple d’Amyot, évêque d’Auxerre, le traducteur pittoresque de Plutarque et de Longus? Et qu’ils méditent cette malicieuse boutade de A. Dumas, coutumier du fait : « On peut violer l’histoire à la condition de lui faire un enfant viable ».
Pourquoi cette Vénus ne serait-elle pas la personnification discrète d’un culte spécial, que nous pourrions appeler le callipygisme , lequel était en honneur chez les Grecs et les Italiens, et dont le passif Ganymède, l’enfant chéri de Zeus, peut passer pour le grand prêtre ?
Ce gracieux motif a fait l’objet d’une charmante vignette gravée par Aug. de Saint-Aubin (fig. 122) ; il a aussi inspiré la Comparaison , de Schall (1), autre concours du prix de beauté a posteriori , entre trois concurrentes.
Fig. 121. — Vénus Callipyge.
(1) Les Seins dans V Histoire (fig. 127 bis).
L’original de ce marbre, la plus belle conception de Fart grec, se trouve au Musée de Naples, sous le n° 620: d’après Bœdeker, la tête, le sein, la jambe droite, la main droite et le bras gauche sont modernes.
Les copies des Callipyges sont moins nombreuses que celles des autres Vénus, en raison de la difficulté de leur placement; on en voit une à Versailles, une autre à Marly, placée dans les jardins sous Louis XIV. Cette dernière a son histoire : le sculpteur J. -B. Goy, qui l’exécuta, entra dans les ordres et devint curé de l’église Sainte -Marguerite, à Paris. Il sollicita et obtint de la reine Marie Leczinska, l’autorisation de faire tomber une draperie sur les nudités concupiscibles , à l’exemple de Daniel de Volterre sur celles du Jugement dernier , de la chapelle Sixtine; ainsi modifiée, la statue fut placée dans une des niches du pavillon central des Tuileries, côté jardin, et disparut, en 1871, dans l’incendie de la Commune. Cet ecclésiastique a fait école, au moins chez la prude Albion : Sir W. Richmond a habillé, du haut en bas, sa Vénus comme l’antique et sévère Vénus Armata , la divinité tutélaire du gynécée, à laquelle fut consacré le premier temple de Cythère. Le costume de la Vénus Victrix , qui porte les armes de Mars, était moins rigide, comme celui de la Vénus Genitrix — la génératrice de la nature, — dont la tunique talaire découvrait la mamelle gauche, pour rappeler qu'elle est la mère féconde, la nourrice universelle. Cette fiction a autorisé les artistes à gonfler son sein de lait et a inspiré des fantaisies badines, comme
Fig. 122. — Tirée du Rire et Galanterie.
Y Allaitement des Amours (1) et la scène où elle s’amuse à barbouiller de son lait la figure de son divin fils (fig. 123, 124).
De Canova, nous avons une Anadyomène sortant du bain , mé-
diocre pastiche de l’antique, sous l’aspect d’une baigneuse vulgaire, pressant une draperie contre son sein, non pour l’essuyer mais, en
(1) Aneccl. hist. fig. 73, 74.
PAGANISME
réalité, pour le cacher; ensuite, le portrait dé Pauline Bonaparte, femme du prince Camille Borghèse, qui, elle, est sans voiles (1).
De même, Diane de Poitiers, qui ne manquait aucune occasion de
Fig. 124. — Vénus et V Amour, de Colibert.
s’exhiber à l’état de nature, en peinture ou en sculpture, s’est fait représenter en Vénus Anadyomène , de face, sans rien dérober aux regards indiscrets; ses mains sont occupées, l’une à porter la
(1) Curios. art., fig. 85.
LES SEINS A h ÉGLISE
pT-
pomme du Jugement de Paris, et l’autre à caresser... la queue du Dauphin, sur laquelle elle semble s’appuyer (1). Le Primatice en fit aussi un tableau allégorique, Amour , tu perdis Troie , avec l’addition de quelques voiles
En 1859, le jury de l’exposition des Beaux-Arts refusa la Vénus sortant des eaux , de Charles Chaplin, pour cause d’immoralité; c’était, il est vrai, sous le second Empire, aux mœurs athéniennes si pures ! Et cette adorable divinité ne sortait des eaux qu’à mi-corps; qu’eût dit et fait ce conseil de Prud’hommes, si le peintre avait représenté la déesse en pied? De plus, la pudeur alarmée de M. Niewerkerke interdit la vente de la gravure de la trop capiteuse Vénus, éditée par la maison Goupil. Heureusement, Chaplin décorait alors aux Tuileries le Salon des fleurs et conta sa mésaventure à l’impératrice qui , moins bégueule, quoique catholique espagnole fervente, lui fit aussitôt accorder l’autorisation par l’empereur (2).
La plus païenne des divinités est aussi celle que les artistes de l’antiquité aimaient à représenter, le plus souvent, sous toutes les formes ; témoins les nombreux antiques découverts dans les ruines
Fig. 125. — XVI0 siècle.
(1) A Rome, Julie fille d’Auguste, Julie fille de Titus, Julia Sæmia, Salustia Barbia Urbiana èt tant d’autres, se laissaient statufier, sur les places publiques, en Vénus. En France, c’est à partir de la Renaissance que les portraits féminins sous l'aspect de « nude » mythiques, font leur apparition.
(2) Cf. C. Yento, les Peintres de la Femme.
de l’ancienne Rome: la Vénus de la PoriaPortese , la Vénus à la pomme d'or , et les Vénus pudiques : celle de la villa Borghèse, avec une
Fig. 126.
tortue, emblème de la « sédentarité », indiquant par là que la femme chaste doit vivre retirée dans sa maison ; une répétition de la Vénus de Médicis , que Clément XI donna à Pierre le Grand, et celle, provenant du palais de Néron (collection du cardinal de Polignac), dans les seins a l’église. — n. 16
l’attitude de la majestueuse Vénus de Milo. Cette dernière qui, vraisemblablement, s’appuyait sur Mars, et la Vénus d'Arles , autre Vénus Victrix , qui tenait dans les mains une pomme ou les armes d’Enée, offrent à l’admiration une gorge altière « qui semble avoir été façonnée par les Grâces ».
Fig. 127. — Vénus, Gérés, Bacchus et l’Amour.
Praxitèle passe pour avoir osé le premier représenter Cythérée entièrement nue, lorsqu’à sa naissance elle sort de l’écume de la mer; la déesse elle-même s’en étonne, chez un auteur ancien, qui lui fait dire en prose, versifiée depuis :
Oui, je me montrai toute nue Au dieu de Mars, au bel Adonis,
A Yulcain même et j’en rougis;
Mais Praxitèle! où m’a-t-il vue?
Nous savons, d’après Pline, que les habitants de Cos lui ayant demandé une statue de Cypris, Praxitèle leur en présenta deux au choix : l’une drapée et l’autre nue. Pour se conformer à la tradition ils choisirent la première et les habitants de Cnide achetèrent la
seconde.
Cette Vénus (1) prenait, de la main gauche, une draperie posée sur un vase à parfums, semblable à celui de la Vénus du Capitole , et, sous la
Fig. 129.
droite, dissimulait tant bien que mai le pubis; mais, par la suite, elle devint le type de toutes les autres Vénus et l’attitude de la pudeur fut modifiée ; les deux mains jouèrent alors le rôle d’un écran, mais d’un écran illusoire.
Dès la plus haute antiquité, on admettait deux sortes de Vénus : la Céleste ou Aphrodite Uranie , déesse chaste et pure, symbolisant la Beauté, et la Populaire ou Vulgaire , encore appelée Libitine , H e taira , Pandemos , Vulgivaga ou encore Omnibus , Sensuelle (2),
(1) Ménard, Mythologie, p. 419.
(2) La Vénus sensuelle, aux mamelles sans rivales, est souvent accompagnée de Dionysos — Bacchus et de Gérés; ainsi la représente H. Goltzius (fîg, 127), donnant pour légende à sa composition l’aphorisme ancien ; Sine Cerere et Baccho friget
l'église
adorée par les courtisanes, personnifiant la Volupté; telle elle était représentée à Elis, moitié nue, assise sur un bouc. C’était le culte de cette dernière déité que l’on célébrait dans les fêtes d 'Aphrodite Erycine , qui rappelaient l'obscénité des Dionysiaques.
A l’entrée de la salle des Antiques, au Louvre, une curieuse statuette en marbre (fig. 128), qui provient de la villa Borghèse, est appelée par le livret Vénus mère ; mais Larousse la considère comme la déesse du libertinage, la Vénus Pandemos. En foulant aux pieds un utérus gravide et en arrachant les ailes d’Eros, elle peut apparaître aussi comme une Vénus Céleste ; elle montre ainsi que la beauté ne conserve ses charmes qu'à la condition de rester chaste. Pour René Ménard, en posant le pied sur un embryon, la déesse indique simplement qu’elle préside à la génération et au développement des germes. « On a voulu, ajoute-t-il, y trouver une allégorie de l’avortement et de la débauche et on a restauré la statuette d'après cette interprétation, contraire à toute la symbolique religieuse de l’art grec. » Singulier geste protecteur que celui qui consiste à écraser sous le pied son protégé. D’après cette interprétation, l’arrachement des ailes de Cupidon signifierait : dès la grossesse, plus de secousses dangereuses de l’amour physique, le but de la reproduction étant atteint! Tôt capita , tôt sensus.
Pausanias admettait les deux Vénus; Cicéron en comptait quatre, mais les monuments du culte de la déesse varient à l’infini : parfois meme elle n'est caractérisée que par un symbole ou un attribut particulier. A l’origine, la Vénus Céleste avait la forme d’une pierre quadrangulaire et la première Aphrodite , adorée à Paphos, avait la figure d’une pierre conique, comme un sein allongé. La Vénus chaldéenne ou Mylitta, la plus ancienne des Vénus, est encore honorée chez les Druses, du Liban, parle culte du cteis, l’organe sexuel féminin. Les coquilles aux pieds de la Vénus de Mèdicis rappellent cette circonstance et sont l’emblème des parties naturelles de la femme.
L’abbé de La Chaia, secrétaire du duc d'Orléans, dans son étude sur les Attributs de Vénus (1776), reproduit une médaille d’argent de Démétrius II, roi de Syrie, qui a pour type une Vénus debout, vêtue pudiquement d’une longue robe, mais entourée de phalli (fig. 129), emblèmes de la force fécondante de la Nature. A Chypre,
Venus, autrement dit Bacchus et Vénus ne vont pas sans Plutus , la trinité en us; ce qui n’est pas rigoureusement exact, car les prolétaires, qui ont le moins de pain et devin à leur disposition, sont les plus prolifiques; leur nom l’indique.
PAGANISME
d’après Macrobe, la statue delà déesse, nue encore, quoi qu’en pense
Fig. 130.
Collin de Plancy, portait les marques des deux sexes et une barbe épaisse, à la façon de la Vierge barbue du portail de la cathédrale de Saint-Denis.
Gomme pour notre Vierge, dont les épithètes varient suivant le culte consacré à ses chapelles (1), il y avait, chez les anciens, autant de variétés d ' Aphrodites que de villes et de temples, chacune correspondant à un besoin, à un désir, à une fonction déterminés : ainsi la Vernis « remueuse » Peribasia ou Divoricatrix présidait aux attitudes et aux mouvements voluptueux.
Nos artistes n’ont vu dans ce mythe païen qu’un prétexte à modeler le corps d’une belle femme ; aussi les Vénus modernes sont-elles toutes « impudiques » ; la déesse cascadeuse n’abaisse plus la main
sur « le sanctuaire des plaisirs », sur « le jardin du paradis terrestre » ; elle ne voile aucune partie de sa nudité et apparaît dans la majesté rayonnante de sa beauté invincible, uniquement ceinte de son ceston, qui a le don de communiquer la grâce, le plus bel ornement de la beauté.
A la Renaissance, les mains de la déesse s’égarent encore sur ses seins, non plus pour en faire jaillir le lait ou pour les cacher; bien au contraire, elle les offre aux lèvres et aux caresses de ses adorateurs; telle une statuette de l'Ecole des Beaux-Arts (fig. 131). Mais
(1) « Tel, dit Maximilien Misson, dans son Voyage en Allemagne (1688), a une profonde vénération pour Notre-Dame d’un certain lieu, qui ne feroit pas la dépense d’une bougie pour toutes les autres. » A Rome, il n’y a pas moins de quatre-vingts églises consacrées au culte de la Vierge ; chaque fidèle a ses préférences, mais le record appartient sans conteste à Sainte-Marie-Majeure, ainsi que le donne à entendre son nom,
PAGANISM E
•c’est l’exception; le plus souvent les mains sont occupées ailleurs. Dans une composition symbolique de Hubert Goltzius, le Culte de Vénus (fig. 130), la déesse Gythérée, assise sur un tertre, domine de sa haute stature tous les couples amoureux qui viennent l’invoquer et se soumettre à ses lois. Le galant cavalier du premier plan
exprime sa foi et sa tendresse, en pressant avec ardeur le sein de sa belle, à l’exemple de la divinité qui lient à la main un cœur embrasé.
Chez nos Vénus en chair, ce sont les mains des amants qui suppléent à l’inertie de celles de leur idole et miment, pour elles, le geste frôleur et protecteur des antiques. C’est aussi le sort de Y Aphrodite mythique, dans le cours de ses intrigues passionnelles : la volage ne pense plus à cacher sa mamelle ni le reste et laisse ce soin au
favori du moment, Arès (fîg. 132), Hermès , Poséidon , voire même son époux Hephaiston et de simples mortels, Anchise (fig. 133), Adonis (fig. 134, 135), qui le dissimulent en le pétrissant à pleines
Fig. 134. — D’après le tableau de P. Véronèse, gravé par Simon-François Ravenet.
mains. Tel encore le tableau de Barth Spranger qui montre l’intrépide Arès caressant le sein delà déesse des courtisanes. A défaut de galant, les peintres, — Rembrandt (Louvre), P. Véronèse (Trévise), Brouzina (Musée de Londres), etc., — font promener les petites mains
PAGANISME
potelées d'Eros sur le velours et le satin des mamelles maternelles.
Dans le choix des aventures de Vénus, les scènes préférées des artistes sont précisément celles où la déesse de la volupté roucoule un duo d’amour, avec ses deux élus de prédilection, Adonis et Mars. Le Titien (1) a plusieurs fois traité le Départ d' Adonis ; la déesse, éperdument éprise du fils de Gyniras et inconsolable de son départ, tourne le dos au public, avec l’intention manifeste de plaire au roi d’Angleterre, comme l’indique ce passage de la lettre d’envoi :
Et comme la Danaé, que j’envoyai déjà à Votre Majesté, se voyait tout entière par devant, j’ai voulu varier dans ce second poème et lui faire montrer la partie opposée, afin que le cabinet où elles doivent se tenir soit plus gracieux à la vue...
Un autre maître vénitien, Véronèse, a peint aussi à plusieurs reprises Adonis , avant la scène des adieux, caressant le sein de son adorée (fîg. 134, 135).
Chez Adonis , Vénus recherche la passion idéale des sens et du cœur; elle est attirée vers Mars par la séduction de la vigueur corporelle, de la beauté physique du mâle et, comme toutes ses semblables, depuis l’humble nounou jusqu’à l’orgueilleuse duchesse, elle subit le prestige de l’uniforme. Faut-il aussi voir dans cette attraction épidermique une analogie de ligne de conduite, de manœuvres, de mouvements tournants, comme le veut l’abbé Brantôme : « Mars et l’Amour, dit-il, font leur guerre presque de même sorte, et l’un a son camp et ses armes comme l’autre. »
Mars désarmé par Vénus , un des chefs-d’œuvre de Yéronèse, était, au même titre que Renaud et Armide, un sujet favori des peintres de la Renaissance; il leur fournissait, en outre, l’occasion
(1) L’Adonis qui vibre aux côtés de ia Vénus du coloriste vénitien, à la National Gallery de Londres, est le portrait du sombre Philippe II, roi d’Espagne, « le plus beau des mortels ».
de portraiturer les grands personnages de l’époque auprès de leurs maîtresses. Rubens, dans un tableau d’une galerie de Gênes (1), Baccanale a Famiglia di Rubens , s’est représenté en Mars, la main droite sur le sein de sa femme, en Vénus : Y Amour porte sa dague et Bacchus s’efface au fond.
Le jugement de Paris est aussi un sujet fréquent d’étude du nu, en exposant Vénus , toujours dévêtue, au contraire de ses concurrentes.
Ce volume ne suffirait pas à une iconographie complète de la déesse des amours; cependant, citons encore la Naissance de F Amour, un des détails de Y Olympe, peint par Yéronèse au plafond de la coupole de la grande galerie de la villa Barbaro, et par
(1) Ch. Eitel, éclit. A travers Vltalie.
PAGANISME
le divin Sanzio Raphaël, chargé d orner la salle de bain du cardinal Bibbiena, au Vatican, qui composa la Fable de Vénus ou le Triomphe de la déesse des amours , en sept tableaux, peints à fresques. Dans le premier, Saturne abélardise IJranus et jette ses organes aux poissons de la mer; au second, Vénus sort de l’écume fécondée par ce sang, mais le peintre d’Urbino, postulant au cardinalat, pour voiler la nudité de la déesse, la montre de dos; cependant au tableau suivant, Vénus blessée se plaignant à T Amour, est obligée de découvrir sa mamelle droite qu’elle tient de la main gauche : d’une goutte de sang qui s’en échappe naîtra sa passion pour Adonis. Par malheur, le cardinal Antonelli plus collet-monté que tous les « petits-collets » de son temps, a fait détruire les fresques inestimables qui récréaient les yeux et l’esprit d’un de ses prédécesseurs, secrétaire de Léon X.
Tous les prélats heureusement ne furent pas des vandales ni des prototypes de Tartufe : témoin Benoit XIV, dont nous avons eu l’occasion de louer le goût artistique, qui se rendit acquéreur de la Vénus du Capitole , non pour la détruire, comme un fanatique Savonarole, mais pour la conserver à l’art.
Nous sommes plus à l’aise dans le domaine restreint de la fantaisie pure. Le Jugement d'un Parisien, par F. Front, du Courrier Français, est un concours privé qui se passe au « salon » d’une « Maison Letellier ».
Projet de fontaine ubérale (fig. 136) où l’eau jaillit des seins de Vénus et des yeux de Cupidon : Similis alius , Veneris ac Cupidinis et nudi quidem utriusque effigie conspicuus.
Au Musée municipal de Florence, le dieu de l’amour apparaît encore sous forme d’édicule hydraulique (fig. 136 bis) , dans l’attitude du petit Bacchus de Jean de Bologne.
Les Jeux de T Amour, de Mallet, gravé par Beljambe (fig. 136 ter), sont ceux d’une jeune mère, pimpante et reconnaissante, qui offre, en holocauste, à Eros une libation de lait, lancé où il convient.
Enfin une ancienne estampe anonyme (fig. 137), « tableau allégorique », avec cette légende : Sur un libertin, montre Vénus accompagné
d ’Eros, arrosant de son lait Bacchus , sans doute, protégé par Minerve ; nous ne savons à quel épisode cette estampe se rattache.
Fig. 136 ter. — D'après un dessin de G. Payraud.
C. Hera-Jünon. — La sœur et épouse de Z eus- Jupiter, la « nopcière » ou la déesse tutélaire des unions légitimes, était primitivement drapée, des pieds à la tête; aussi l’un de ses attributs est-il un voile. Des trois concurrentes du Jugement de Paris , elle est généralement la plus habillée; dans le tableau de Perin del Yago,
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Peu à peu, les Grecs découvrirent le torse de la protectrice des Argiens; et grâce à ce décolletage, Zens put, sous la forme d’un
(1) A la représentation du Jugement de Pâris. donnée devant le Régent, « les trois déesses se montrèrent, dans le costume où celles de la table parurent aux yeux du fils de Priam », écrit le comte de Tocqueville : Madame de Berri figura Vénus , deux maîtresses du duc d’Orléans remplirent le rôle de Minerve et de Junon.
cependant, les trois déesses se préparent pour le concours de beauté et viennent d’être entièrement dévêtues par les nymphes et les amours (1).
Fig. 137.
coucou, se réfugier dans son sein et obtenir ensuite sa main (fig. 106). A l’époque de la Renaissance, le voile de la déesse œgophage flotte autour de ses appas sans les couvrir; telle la J nnon d’Anet, sous les traits de Catherine de Médicis (fig. 138), celle d’Annibal Carrache et celle de Rubens, du Musée d’Anvers, montrant Ixion, roi des
Fig. 138.
Fig. 139.
Lapithes, qui, en reconnaissance de l’hospitalité offerte par Jupiter , cherche à manquer de respect à la déesse, en lui prenant les mamelles. La reine du ciel eût pu disputer à Artémis le privilège de patronner les nourrices, car on la représente tantôt donnant le sein à Arès-Mars (Musée Chiaramonti, Vatican) (1), tantôt allaitant Dionysos- Bac chus (Palais des Offices) ou Hercule , par surprise il est vrai ; mais, malgré
(1) Anecd. hist. et rel., fig. 46.
PAGANISME
ces représentations, quasi classiques, Héra, dans l’art grec, ne fut jamais traitée en nourricière, ce rôle était dévolu à Dèméter ; malgré les vivacités de son caractère, elle est pour les Grecs l’épouse modèle. Outre ses deux fds, Mars et Vulcain , Janon eut deux filles Hébé (1) et llithyie. Ilébé , avant de devenir Mme Hercule, avait en Olympe la mission de verser le nectar aux dieux; elle fut obligée de se démettre de sa charge d’échanson, en faveur de Ganymède , — lequel inspira à Zeas l’amour à l’envers, — après un faux pas qu’elle fit dans la salle du banquet des dieux; « elle tomba de manière que la pudeur de Minerve en fut alarmée », et pour éviter le retour d’un aussi scandaleux accident, on lui donna ses huit jours; Miss Hélyett eut une culbute plus profitable.
llithyie, divinité toujours vierge, quoique accoucheuse, prit chez les Romains le nom de Lncine et lui associa celui de sa mère : les femmes en couches invoquaient, par trois fois, la mère et la fille, sous la même appellation de Ja non-Lncine. Telle elle est figurée sur une peinture murale, exécutée par M. Stallaert, pour la maison du docteur Nollet, professeur d’archéologie à l’Académie des
Beaux-Arts, de Bruxelles (1869). Ce tableau (fîg. 139) est actuellement au Musée Communal. La déesse est vêtue de la tunique talaire ; elle porte un nourrisson dans la corbeille mystique et comprime son sein blanc et rebondi devant ses lèvres avides.
Chaque romaine avait sa Junon à laquelle elle prêtait les attributs les plus dissemblables, selon son degré de piété. L’idée religieuse se
(1) Admirable statue, sans la moindre draperie, par Rude, au Musée de Dijon ; reproduite dans la Géographie pittoresque, Côte ci’ Or, p. 426. Flammarion, édit.
matérialisant ainsi, aboutit à de grossières superstitions; il y eut une Juno flumona ou des menstrues ; une Juno ossipaga de la grossesse ou consolidant les os du fœtus; une Juno noua ou du neuvième mois de la gestation, etc.
D. Bubastis. Diane. — A Rome, la chaste Diane était souvent
associée à Ilithyie et, à ce titre, partageait ses fonctions génésiques , sous le surnom de Lucine. A l’exemple de Y Artémis Hécate , des Grecs, elle présidait à la naissance des êtres ; de là une certaine confusion dans les récits mythologiques. Diane eut d'abord de longs vêtements, portant au front le croissant de la Lune qu’elle personnifiait, tandis que son frère Apollon répondait au Soleil.
Considérée comme « chasseresse », elle est vêtue d'une tunique dorienne à franges, courte, laissant les quatre membres nus, et propre à la course ; telle la plus célèbre représentation de l’art antique, la Diane à la biche , de Gérinée (Louvre). Depuis la Renaissance, les artistes, — Goltzius, Jean Cousin, Jean Goujon, Houdon, Falguière, Jules Lefebvre, etc., — se sont plu, contre la tradition, à. la représenter avec un arc et des flèches, pour tout costume. Rosso, de l’école de Fontainebleau, va plus loin; dans ses figures décoratives des dieux, elle se palpe les mamelles (fig. 140), pour occuper ses mains et ses loisirs, et cependant la fille de Latone ne voulait pas être vue dans cet état, même au bain. Malheur à qui surprenait, en costume balnéaire, Diane /’ Arcadienne ! Actéon , changé
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en cerf, puis dévoré par ses chiens de chasse, l’apprit à ses dépens. Le Châtiment d'Actéon a souvent été interprété par les peintres (le Titien, Philippo Lauri, Prelenburg, Lesueur, l’Albane, etc.) comme Diane et ses Nymphes , par le Dominiquin, Piubens, etc.; ces sujets prêtent à l’étude du nu, chair sur chair, torses et cuisses de nymphes, émues ou non, superposés et enchevêtrés.
Le Gorrège place Diane au lit , en chemise et mamelles au vent, «comme une demi- vierge; elle choisit une flèche dans le faisceau
qu Amour lui présenté et la destine à Endymion, à moins que ce soit à Virbius , à Pan ou encore à Priape qui séduisit la vierge suspecte sous la forme d’un âne. Lucas Granach l’asseoit, avant ou après le bain, sur un cerf, sans rien cacher de ses charmes, en tête-à-tête avec Apollon , qui a au moins la pudeur de tenir un rameau protectecteur, comme Y Adam, du même peintre, avec lequel il a d’ailleurs un air de famille.
Au Salon de 1904, la Diane de H. Weigle continue à s’émanciper : une draperie en bronze contribue à faire ressortir la blancheur de son buste, en marbre blanc, et surtout celle de sa mamelle droite, entièrement découverte.
La Diane d’Ephèse , multimammée, n’a rien de commun avec Diane, la Pucelle (?), la déesse des sports, aux mamelles virginales et rudimentaires. Les Amazones avaient institué son culte à Ephèse, •dans un temple, cité parmi les sept merveilles du monde; et cepen-
LES SEINS A l.’ÉGLISE. — IF. 17
dant ces guerrières, qui honoraient les mamelles au figuré, brûlaient
celles des fdles à leur naissance, pour que, plus tard , leur développement ne gênât pas le tir de l’arc. Mais jamais les artistes n’ont tenu compte de cette particularité et leurs Amazones sont bimammées. Saint Jérôme fait allusion à cette coutume barbare, quand il reproche à Jovinien « d’avoir, dans son parti, des Amazones, lesquelles, le sein découvert, excitaient les hommes au libertinage, pour les rendre ses sectateurs. »
Les Ephésiens, dans les figurations symboliques de la Diane aux multiples mamelles, ont voulu personnifier la fécondité de la Nature, mère de tous les êtres, nourrice de tous les animaux, Magna Mater , Natura rerum Parens „ Nous avons reproduit plusieurs statues de cette divinité (1), qui diffèrent surtout par les attributs de la gaine (fig. 141 à 147) (2). Celle de la
Fig. 150. — Statue en marbre de Penteli. Muséum du princeLéopold de Médicis.
(1) Anecd. hist. et rel. p.
(2) Symbolica Dianæ Ephesiæ statua, a Claudio Menetreio ; Rome, 1688, donne de nombreuses images de Y Artémis d’Ephèse; plusieurs portent les trois Grâces sur
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figure 150 porte au cou une branche de palmier, arbre consacré à cette déesse, en souvenir de Latone qui, pour la mettre au monde, se cramponna à un palmier. Cette statue diffère de ses congénères en ce qu’elle n’a que deux mamelles. Sur d’autres représentations, Diane d’Ephèse est munie d’ailes; c’est une allusion à l’empressement qu’elle met à secourir les mortels.
Diane d'Ephèse a souvent les attributs de Cybele , entre autres la couronne tourrelée et les mamelles multiples, qui indiquent la même puissance vivifiante. Une vieille peinture (fig. 151), que nous avons dénichée à Vienne, en Autriche, en est un exemple frappant : Cybele préside à l’union d’un jeune souverain catholique, hongrois ou polonais, avec une princesse levantine, et féconde le sein de
le devant de leur gaine ; d’autres, en forme de momies ovoïdes, sans bras, ont un ou plusieurs colliers de mamelles.
l’épousée du lait qu’elle fait jaillir de sa mamelle. Ce tableau paraît être la consécration d’un fait historique ou une allégorie célébrant l’alliance de la croix et du croissant?
Ajoutons aux figurations de Diane Ephésienne, une mosaïque du Vatican et une statue en marbre du Musée chrétien de Latran, à Rome, portant trois rangées de mamelles : cinq supérieures, six médianes et quatre inférieures.
Le Louvre (salle VII) possède un e Nature (1) (fig. 152) en marbre, due au ciseau de Niccolo Perioli, dit il Tribolo, qui provient de Fontainebleau ; sa gaine est couverte de trois rangs de mamelles, entre lesquels sont interposés des motifs des plus fantaisistes.
Nous ne connaissons qu’une peinture de Diane d'Ephèse , par Aristide Sartorio, exposée, en 1900, dans la section italienne de l’Exposition universelle de Paris. La divinité est coiffée du polo, ses extrémités, tête, mains et pieds, sont noires, comme celles de la Diane du Musée de Naples, et elle est entourée d’une foules d’hommes, de femmes, d’enfants nus, qui sommeillent ou expirent auprès d’elle, à côté de cadavres d’animaux de toutes sortes : lions, chevaux, vautours, etc., un véritable charnier. Le symbolisme de cette conception nuageuse échappe à notre entendement.
Les Dianes multimammées figurent souvent dans l’ornementation; elles occupent les quatre angles du piédestal de la statue de Persée , à la Loggia de Lanzi (Florence) (fig. 155) et, par une coïncidence peut-être voulue, on les retrouve au socle de la statue~de Benvenuto Gellini, sur le pont Veccio, où elles jouent le rôle de fontaines ubérales : des filets d’eau coulent de ces multiples mamelles et tombent dans quatre vasques en forme de coquilles (fig. 156).
Avant d’en finir avec Diane, relevons une « iconerie » dans le Jésus-Chris t , du Révérend Louis Veuillot : sur le revers d’une mé-
(1) En raison de sa fécondité, le symbolisme a gratifié la Nature de multiples mamelles (fig. 153), ou il a gorgé de lait ces organes pour en arroser le globe terrestre (fig. 154).
PAGANISM e
daille de Claude et Agrippine est gravée une DIANA EPIIESIA , dont la poitrine a été grattée, car les mamelles auraient effarouché les lecteurs éléthéphobes, ennemis de la vérité.
Fig. 153. — Frontispice de l 'Officine Plantinienne, 1574.
E. Athéna-Minerve. — La Jeanne d’Arc de l’Olympe a toujours la poitrine couverte de l'égide, taillée dans la peau du monstre Agis, et ornée de la tète de la Gorgone. Ce plastron tutélaire ne dessine
qu’un relief peu accusé au niveau des seins. Pourquoi Anatole France, dans Y Anneau d’ améthyste , donne-t-il à Pallas l’épithète de « tétonnière »? Une guerrière n’avait que faire d’appas volumineux, plutôt gênants en campagne; témoins les Amazones, nous venons de le dire, se brûlant un sein (fîg. 155) pour faciliter le tir de l’arc.
La vierge qui a donné son nom à Athènes a donc toujours le corps emprisonné dans un costume, et les artistes qui la déshabillent, excepté dans le Jugement de Paris, où le concours de beauté exi-
geait le nu, commettent une faute de lèse-tradition. Sur le fronton du temple d’Egine, dont l’Ecole des Beaux-Arts possède un excellent moulage, Mineroe semble outrageusement décolletée, au milieu de guerriers casqués absolument nus; mais qu’on y regarde de près et l’on remarquera, à la présence de trous significatifs et à l’absence de toute indication des saillies mammaires, que ce décolletage « en peau » était primitivement recouvert de l’égide ; Clarac et Salomon Pieinach ont donc tort de lui appliquer sur la poitrine deux mamelles accusées.
Gomme Diane , un seul humain la surprit au sortir du bain, le thébain Tirésias : ébloui par l’éclat de ses charmes, il en perdit la vue; une statue de Gatteaux et une peinture de Lagrené aîné, gravée par Dennel (fîg. 158), rappellent ce châtiment. Cependant Vul -
(1) Amazone se brûlant le sein avec un flambeau. Renaissance. Ecole des Beaux-Arts.