P AG AN I S M E
cain dut la voir de près, sinon dans le lit d’une rivière, du moins dans un autre, puisqu’elle lui donna Erichtonius.
A part la sortie du bain, rares sont les figurations d 'Athéna, avec
Fig. 156. Fig. 157.
une poitrine nue, garnie de mamelles exubérantes ; notons cependant celle de la Casa di Vetti, à Pompéï (fig. 159); un camée antique, en agathe sardoine (fig. 160), il se pourrait que cette figure fut celle d ’ Aphrodite Victrix ou Casquée , du temple de Cythère; et les Minerves dodues de Rubens, pour qui toutes les femmes sont des
« gabions de suif », selon la pittoresque expression de l’auteur des Sœurs Vatard, dans Y Apothéose de Henri IV, la Majorité de Louis XIII, etc.
F, Divinités subalternes. — Passons aux divinités féminines de second ordre. A l’Exposition de 1900, section italienne, nous avons remarqué un groupe en marbre de Carrare, sculpté par D. Pagano :
Hermès allaité par sa mère Mata, l’une des sept Pléiades : la nourrice paraît avoir treize ou quatorze ans ; sur l’Olympe, le lait n’attend sans doute pas le nombre des années.
Le mythe de Psyché nous intéresse en raison des divers épisodes qui mettent en valeur les formes pectorales et autres de la jeune fille, dont la perfection plastique fît prendre cette beauté pour Cypris elle-même. Celle-ci, indignée d’un tel affront, lui dépêche, par représailles, son fils, aussi malin que pervers, Y Amour, avec ordre de la flétrir. Psyché était donc une merveille, que seule l’imagination pouvait concevoir; aussi reprocha-t-on à Augustin Pajou le réalisme et la vulgarité de sa conception (fîg. 161), copie trop fidèle de son modèle : une fille à la mode, une professionnelle du vice,
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incitant plutôt à la volupté qu'à l’admiration d’une âme déchue, « s’unissant pour toujours à l’amour divin ».
Les épreuves subies par la victime de Vénus ont inspiré de multiples et gracieuses compositions ; qu’il nous suffise de rappeler le groupe antique V Amour et Psyché , de Canova (1), et le marbre de Pradier (Louvre) : les tableaux de Raphaël, le Peuple aux genoux de Psyché , de Zucchi Giacomo ; de Gérard (Louvre); de Thorwaldsen; de Prud’hon,
Y Enlèvement de Psyché , par les Zéphyrs , l’exquise ascension de la demivierge; et de Deboisfrémont, Psyché blessée par V Amour 9 où la flèche de Cupidon inocule dans le sein de la belle endormie le virus des désirs sensuels.
En tête de toutes ces productions artistiques, brillent d’un éclat incomparable les fresques de la Farnésine, les Noces de Pst/ché, du divin Sanzio
(fig. 162).
Dans les monuments de l’antiquité, les trois Charités ou Grâces, — Pcisithée ou Euphrosine , Charis ou Thalie et Aglaé, — filles ou compagnes de Vénus , personnifient le charme, l’élégance, le bienfait, la « grâce » accordée (fig. t). D’abord vêtues, comme les Muses (2), bientôt les arts plastiques les dépouillèrent de leurs draperies, même sous le symbole de la bienfaisance et de la générosité et, comme Aphrodite , c’est dorénavant sans voiles qu’elles se montreront, uniquement pour figurer la « grâce », « plus belle encore que la beauté », dit La Fontaine. Le fameux groupe de Germain Pilon (fig. 163) présente,
(1) Aneccl. hisL. et Tel. fig. 76.
(2) En dépit de la règle et par vertu nationale, sir Joshua Reynolds persiste à
il est vrai, des figures vêtues, une seule exceptée, qui a le torse nu ; mais il s’agit d’un monument funèbre placé dans une église. Si les Grâces qui ornaient la sacristie de la cathédrale de Sienne avaient été drapées de la sorte, elles auraient pu passer pour les trois Vertus théologales et n’auraient pas été exilées, pour cause d’impudicité, dans le Musée de la ville. Mais nous n’aurions pas eu la première toile païenne de Raphaël (fig. 164), qui s’est inspiré de ce
chef-d’œuvre de la sculpture, ni peutêtre le groupe en marbre de Canova; grâces leur en soient rendues !
En peinture, les Grâces sont entrelacées, comme pour rappeler l’aide mutuelle que les humains se doivent entre eux ; la statuaire, obligée de les grouper dans un espace limité, les place, le plus souvent (1), dos à dos, comme celles de Benvenuto Cellini, ou ventre à ventre, comme celles de Barye, et dans cette dernière attitude elles ont l’aspect de trois Callipyges. A vol d’oiseau, elles offrent la silhouette de six rotondités, placées à des hauteurs différentes, qui s’entrechoquent (fig. 165). Nous l’avons dit, elles apparaissent toujours dans le plus simple appareil, quelques-unes tiennent de légers voiles ou des guirlandes de fleurs, pour occuper leurs
Fig. 161. — « Psyché perdit mains, dont elles sont assez embarrasl’ Amour, en voulant le connaî- , , , , A . t~.ii
tre », sees; c est la chaîne anglaise. Raphaël
donne à chacune une pomme ; il en fait
autant de déesses de la Beauté du Jugement de Pâris. Bonifacio
Bembo (Turin) a imaginé d’occuper l’une à se presser le sein, comme
les habiller « jusqu'au cou », dit Viardot, dans les Trois Grâces parant l'autel de THyménée ; ces trois grandes dames fort prudes sont, il est vrai, les portraits des filles de sir William Montgomery.
(1) Celles de Pradier, salon de Vénus au château de Versailles, se présentent de face. Canova (Réveil VI, 420) les enlace étroitement; une seule tient une écharpe de tissu léger qui voile les pubis ; son groupe lui a été commandé par l’impératrice Joséphine. La première pensée de cette œuvre est une terre cuite, léguée à la ville de Lyon par Mme Récamier; elle figure au Musée de sculpture, sous le n° 8.
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pour en exprimer le lait. A la place de Furne funéraire de Germain Pilon, Boucher leur fait porter Y Amour; avec Carie Vanloo, elles sont enchaînées de fleurs par le même Cupidon. Quant à leur attitude, elles sont toujours debout ; une fois seulement le Sanzio les peint assises sur un nuage, à la Farnesine, dans une fresque où Y Amour montre Psyché aux Grâces. Est-il utile de rappeler le nom des artistes qui les ont interprétées ? P. de Caravage ; Rubens, dans Y Education de la reine (fig. 57) et plusieurs fois isolément ; Eisen;
Fig. 162. — Psyché au bain ; fresque de la Farnésine
Moreau; Canova; Thonvaldsen ; P. Dupuis ; J. -B. Régnault (Louvre); etc., etc. La liste en sera forcément incomplète ; trop nombreux sont les peintres ou les sculpteurs qui ont cherché, dans cette interprétation séduisante, un prétexte à des nus voluptueux.
Les Trois Grâces ont eu les honneurs de l’Enseigne ; dans le Nord- Est de la France, plusieurs vieilles auberges s'étaient placées sous leur protection, — on se demande ce que les filles de Yénus viennent faire en pareil lieu ; — mais les Grâces s'appelaient alors les Trois Pucelles ; une fontaine de ce nom, dont nous avons donné le dessin (1), existait à Bruxelles. Par exemple, elles étaient mieux dans leur rôle, en illustrant les Enseignes galantes ; « comme certaines estampes de Josse Amman, dit John Grand Carteret, elles servirent à annoncer les belles bour délier es , à Francfort et à Hambourg ».
(1) Les Seins dans l'Histoire, fig. 8.
La caricature, qui ne respecte rien, s’est emparée de cette gracieuse fiction, pour l’affubler du ridicule des mœurs ou de la politique.
Au xyme siècle, une estampe reproduit, en Grâces , trois dames de la cour, qui avaient de grandes prétentions à la beauté : la comtesse de Brionne, la duchesse de
Fig. 163. — Sépulture du cœur de Henri II, de Charles IX et de François duc d’Anjou.
Grammont et la comtesse d’Egmont, qui, jalouses de la comtesse Du Barry, refusaient de lui rendre les hommages dus à une favorite en
titre. Ces Trois Grâces modernes semblent fuir à l’aspect d’une beauté <( dont la figure en désordre, les attitudes lascives , les effarouchoient et caractérisoient ce nom, anagramme du mot de
Grâce, et qui ne se donne qu’à des femmes perdues, sans front et sans pudeur ».
Que dire d’une charge anonyme, montrant Jules Favre, — Julie — Thiers, — La grosse Lolotte — et Ernest Picard, — Ernestine — en Trois Grâces , groupées sous les bustes tutélaires du duc d’Au-
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male et du comte de Paris ? Elle vise à la satire aristophanesque, mais elle est dépourvue de sel attique, tout au plus est-elle assaisonnée au sel gaulois de cuisine.
Autre trio féminin mythique, les Parques — Clotho, Lachesis et Atropos — sont âgées et ornées de draperies, comme dans la vignette gravée par A. Yogel, une des illustrations des œuvres de Frédéricle-Grand (fîg. 166). Michel-Ange, dévot du nu, cependant, les a cou-
Fig. 166. — Esculape etles Parques (1). (Fetscherin et Chuit, édit.).
vertes aussi de vêtements et d'ans, comme des sorcières. D’autres, songeant à la température élevée des Enfers, malgré son unique cercle do glace, donnèrent une entorse à la tradition, déshabillèrent et rajeu-
(1) Le dieu de la Médecine fait tous ses efforts pour arracher à Atropos les ciseaux qui tranchent le fil de la vie humaine; mais elle se cramponne à lui et se laisse arracher de son siège, sans lâcher les ciseaux fatidiques.
Cette vignette semble suggérée par la dernière lettre que Frédéric écrivait à sa sœur, le 10 août 1786, et où il dit : « Le médecin de Hanovre (Zimmermann) a voulu se faire valoir chez vous, ma bonne sœur; mais la vérité est qu’il m’a été inutile. Les vieux doivent faire place aux jeunes gens, pour que chaque génération trouve sa place. A bien examiner ce que c’est que la vie, c’est voir mourir et naître ses compatriotes. » Sa sœur, la duchesse, lui écrivait que l’aîné de ses petits enfants avait été à toute extrémité, mais qu’il avait été sauvé par Zimmermann.
LES SEINS A l’ÉGLISE
dirent les filles du Destin ; c’était les rendre plus décoratives. L’école de Fontainebleau, sous François Ier ; Rubens, dans la Destinée de la Reine (Louvre) ; J. -B. de Bay (Bruxelles) ; Mlle Lucy Robbins (Salon de 1891) ; etc., suivirent cet errement.
A l’origine, la tenue des Nymphes des bocages était relativement convenable ; avec l’essor de Fart, elle devint de plus en plus immodeste. Ainsi, la plupart des marbres antiques ne montrent que leur torse découvert (fig. 167) ; mais le sensualisme de la Renaissance fit tomber leurs jupes, ce qui facilitait les entreprises folichonnes
Fig. 167. — Nymphe et Satyre (Louvre).
Fig. 168. — Androgyne luttant avec un satyre (Dresde).
des Satyres et des Faunes (fig. 168, 169). Les pièces à conviction, les corps du délit de ces attentats aux mœurs pullulent ; qu’il nous suffise de rappeler : François 1er reçu par les nymphes de Fontainebleau, dessin du Primatice; la Nymphe de la Fontaine et le chien Bleau, de la galerie de François Ier; et de nos jours, Echo et Narcisse , haut-relief de R. Baucour, au Salon de 1904, où les grâces câlines et juvéniles de la nymphe énamourée, comme une autre Putiphar, sollicitent en vain la tendresse du beau dédaigneux, fils de Céphise.
Quant aux Bacchantes , livrées à leurs danses échevelées et aux plaisirs sexuels, elles ont des draperies flottantes qui mettent en évidence tout ce qu’elles sont destinées à cacher, surtout quand elles s’abandonnent, sous l’influence de l’ivresse, à leurs ébats chorégraphiques ; telles elles figurent sur les fresques de Pompéi. Parmi celles qui suivirent Bacchus à la conquête de l’Inde, le poète Nonnos en cite une qui « portait sur son sein un lionceau arraché à la poitrine
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velue de sa mère, et confiait au lait d’une mamelle humaine cet illégitime nourrisson ». Pour la rareté du fait, signalons une Satyre femelle à la villa Albani ; la seule Satyre connue.
Les Centauresses , monstres fabuleux, moitié femmes et moitié juments, ont toujours le buste nu (fig. 170, 171) ; un tableau, de Zeuxis (fig. 172) montre une centauresse qui allaite deux enfants à la fois, avec ses mamelles de femme et de jument (1).
Fig. 169. — Faunes et Nymphes. Tableau de G. Holstdyn, gravé par Mosyn.
Les Tritonides , filles de Neptune et d’Amphitrite, sont des femmes à corps de poisson. On les confond généralement avec les Sirènes an corps d’oiseau, que les Muses, dans un combat singulier, détruisirent, après les avoir plumées et jetées à la mer. Ces êtres fantastiques se rencontrent souvent dans les églises, surtout au voisinage des baptistères ; Rubens en fait figurer un certain nombre dans le Débarquement de Marie de Médicis , à Marseille ; le peintre flamand, selon son habitude, a donné à l’une d’elles les traits d’une de ses femmes.
(1) La gravure de ce tableau de famille est accompagnée d'un quatrain, en latinr dont voici la traduction : Regarde une œuvre de Zeuxis, que l’on disait engloutie dans la mer, sauvée, après une destinée malheureuse, par une main habile; caries talents industrieux de notre temps remplacent ce que le temps destructeur et l'eau ravissent au talent.
3° L’Age d’or. — Les anciens ont divisé l’histoire des premiers temps de l’humanité, en quatre Ages auxquels ils ont donné le nom
Fig. 170. — Gentauresse offrant Fig. 171. — Gentauresse allaitant. D'après le sein à son petit. (Louvre) une pierre gravée.
de métaux : l’or, l’argent, Fairain et le fer. Pendant 1 Age d'or , le printemps, comme la jeunesse, était éternel; le bonheur régnait sur
toute la terre; les concierges, les belles-mères, les maladies et par suite les médecins étaient inconnus : les femmes avaient un caractère
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aimable, loyal, égal et réfléchi; « on voyait de toutes parts des ruis-
Fig. 173 ter.
seaux de lait et de miel couler du tronc des arbres ». Les artistes ont
les seins a l’église, — n. 18
LES SEINS A t/ ÉGLISE
brodé à l’envi sur ce thème lyrique ; ils nous ont montré cette ère de béatitude sous des aspects différents, suivant leur goût et l’idée que leur époque se faisait du bonheur idéal.
Ainsi trouvons-nous, dansFA^c d'or, du Florentin Zuccheri Fédérico, au premier plan, un groupe d’une singulière allure (fig. 173) : une mère, étendue sur l’herbe, sans le moindre voile, abandonne le sein à son dernier né, tandis que, non loin d’elle, ses autres enfants, une fillette et un garçon, regardent comme une joie suprême de décrire des jets courbes et rectilignes, puis des ronds ondulatoires dans un ruisseau voisin.
Plus poétique est Y Age d'or de Bouguereau (Salon de 1867), groupe des plus sympathiques : l’épouse, auprès de son mari, qui s’abandonne à un doux far niente , offre le sein à leur enfant, assez grand pour le prendre debout. Rien, en effet, ne personnifie mieux la véritable félicité que le spectacle, combien rare, d’un ménage uni et exempt de soucis.
IY. — Culte Gallo-Romain. — Le nu se retrouve dans le druidisme, la religion des anciens Gaulois ou Celtes : les victimes hu- Fig. 173 bis. — Yelléda en tutu. maines> immolées dans les sacrifices, ne portaient sans doute pas de vêtement ; le costume des prêtressses ne les couvrait que peu, si l’on s’en rapporte à celui de la Velleda , de Maindron, qui s’est inspiré de la page éloquente, consacrée, par Chateaubriand, à cette prophétesse de Germanie (l),la sublime révoltée qui orna le triomphe deDomitien à Rome, et abrite, de nos jours, sa mélancolie, sous les frais ombrages du Luxembourg (fig. 173 bis) .
Comme à Rome, les idoles gauloises et germaines, contemporaines
(1) C’est de l’ile de Sein que le chantre des Martyrs a tiré l’épisode de la dernière des neuf vierges qui y desservaient le sanctuaire de Teutatès.La silhouette de l’île de Sein, longue de 2 kilomètres 1/2, offre, à ses extrémités, une largeur de un kilomètre, et se rétrécit à sa partie moyenne : elle rappelle ainsi la figure des deux seins de la femme.
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de l’âge celto-druidique, sont, en grande partie, dévêtues; nous n’en retiendrons que les trois déesses Maires, tri-Mairœ , Trimazos , ou génératrices, de la vallée Mosellane (fig. 173 ter), aux mamelles exubérantes, et les figurines de Cybèle , mère et nourrice des Dieux
Fig. 174. — Figurine gallo-romaine Fig. 175. — Reproduite dans le Culte de découverte dans le Finistère par Priape, par R. Payne Knight.
Duchatellier.
(fig. 174), à moins que ce soit lsis ou Lutine , divinités lares, protectrices du foyer domestique, à l’Ouest de la Gaule.
Une figure nue, trouvée à Essarois par M. de Hammer, en 1831 (fig. 175), sur le couvercle d’un coffret en pierre et provenant, vraisemblablement des Templiers, représente une divinité de l’une des sectes gnostiques de l’Orient.