‹ Les seins a l'égliseChapitre 19 sur 23 · t Fig · texte numérisé non relu

t Fig

un sujet peu chaste. « Infâme sujet, s’écrie avec amertume un critique sévère, que tant de peintres se sont complu à représenter, surtout vers Louis XV, sujet ignoble et immoral ». Certes, des concupiscences séniles sont contre nature et s’il est immoral de s’occuper de cet épisode, la faute en est au livre de Daniel, qui l’a exhumé de la nuit des temps ; quant à l’art, il n’est ni moral ni immoral, il est amoral et se chaut du sujet.

La Suzanne de Rembrandt (Nat. Gallery ) est le portrait de sa servante Henriette. « Il semble fort singulier, dit sir J. Reynolds, que Rembrandt se soit donné tant de peine pour produire une figure si laide et si désagréable ». En effet, il n’y a que des Céladons atteints de cécité sénile, pour découvrir des charmes dans une telle horreur. De même

la Suzanne au bain, du Guerchin, est entièrement nue, au bord d’un bassin, et pour qu’elle ne puisse rien cacher de sa carnation, en défaisant les tresses de sa chevelure, « le magicien de la peinture la lui a coupée à la Titus ! » Celle de Santerre (Louvre) est plus décente, quoique sans chemise aussi : un vrai tableau d’église. On ne peut en dire autant de la protagoniste de Joardens (fig. 179) ; en protégeant ses mamelles contre les entreprises d’un des deux vieillards, elle les écrabouillé littéralement entre ses doigts crispés et, comme dit un Cantique de 1789 qui se moque de la mesure :

Sa main veut couvrir ses appas;

Mais cacher l’un c’est montrer l’autre,

Si bien qu’on les voit l’un après l’autre Du haut en bas,

Deshayes (1) et P. Caliari ont aussi brodé sur le texte des Écritures, en faisant palper les seins de la juive par ses futurs accusateurs. Mais les juges prévaricateurs n’ont joué que le rôle passif de « voyeurs » et la baigneuse biblique n’est qu’une Noli me tangere , ce qu’ont compris et bien exprimé Guido Reni et Antoine Yan Dyck. Dans sa composition savante, ce dernier emprunte à H. Goltzius une fontaine libérale, sous forme d’un buste de femme, qui jette l’eau par ses mamelons.

Qu’il nous suffise de rappeler parmi les plus connues, les Suzannes de Véronèse, Bronzino (LJffizi), Luc a Giordano (Dresde), Louis Carache, Rubens, Mieris (Bruxelles), Allari (Florence), etc.

Le cas de Loth est encore un exploit de vieux roquentin, avec circonstance aggravante de l’inceste : ses filles, avides de progéniture, le mettent en état d’ivresse éthylique et de griserie érotique, puis le sollicitent au jeu de l’amour, le footing et la pelote basque de l’époque :

11 but

11 devint tendre Et puis il fut Son gendre1.

Sujet scabreux s'il en fut, quoiqu’émanant des Livres saints, et

(1) Ane c cl. hist. etrel. fig. 92.

(2) Gomme quoi la justice divine ne vaut pas mieux que la justice humaine, si souvent inhumaine : Mme Edith Loth, expie une simple curiosité par la transformation de sa chair en sel, insoluble à la pluie, « ayant chaque mois son écoulement sanguin » î tandis que son époux fait impunément la « bombe » avec ses filles et devient le père de ses petits enfants.

JUDAÏSME

dont nombre de peintres se sont emparés sans scrupules : Henri Goltzius (1) ; Lucas Giordano (Dresde) (2) ; J. F. Detroy (fig. 180); le cavalier Liberi, habitué à peindre cavalièrement les sujets libres ; et tant d’autres.

Parmi les scènes lubriques, nous voulons dire bibliques, le plus souvent fixées sur la toile et popularisées par la gravure, figure la Chasteté de Joseph , aux prises avec Mme Putiphar.

Fig. 180.

Quelques Flamands, dit Paul de Musset, et surtout les faiseurs d’eauxfortes, ont donné à la femme des appâts capables de mettre en fuite un homme moins vertueux que Joseph, sans songer qu'ils détruisaient ainsi tout le mérite de la résistance. On ne commet pas de ces fautes-là en Italie et surtout dans l’école florentine.

En effet, la Putiphar de Biliverti (palais Barberini) est jeune et séduisante. Celle d’Alexandre Yéronèse (fig. 181) s’accroche à Joseph ou mieux le raccroche, comme une put... iphar ou une Messaline- Lycisca insatiable :

Lasse de voluptés, mais jamais assouvie.

(1) Aneccl. hist. et rel. fig. 91.

(2) Réveil, V. 344.

On dirait d’une hystérique échappée de la Salpétrière. Le geste passionné de la maîtresse de Joseph, aspirant à la devenir à un autre

titre , dans l’œuvre de Carlo Cignani (Dresde) , n’est pas moins expressif :

La femme de Putiphar, écrit Y. Tissot, essaye d’attirer Joseph contre sa poitrine nue, que soulèvent d’inappréciables désirs. Le peintre a fait de la Putiphar une jeune femme de vingt ans, seins droits et durs, d’une beauté de statue, bouleversée d’ardeur secrète, frémissante de luxure inassouvie comme l’épouse d’un vieillard qui cherche des compensations.

Le tableau de A. Van der Werff, bien que la possédée d’amour soit en costume de satin de peau, ne blesse pas trop les convenances. Il en est de même de celui de Jacques Blanchard .

Le mauvais exemple de l’épouse légitime de l’officier de Pharaon, on le sait, fut suivi, sans plus de succès, par Phèdre et Fausta, à l’égard de leurs beauxfils, Hippolyte etScipion Crispus, fils de Constantin , qui se conduisirent en véritables Jocrisse ou Joseph. Antiochus, moins réservé, eut la satisfaction de voir sa belle-mère, Stratonice, lui céder, par humanité et sur l’ordre de Séleucius.

En Egypte, nous avons encore Moïse sauvé des eaux qui provoque

l’ouverture de corsages féminins, pour réconforter le petit navigateur : Fictaor Jean (1640, Dresde) le confie à Jocabed, sa mère, qui lui tend le sein ; Goypel (fîg. 182), comme Paul Véronèse (Calliari), charge de ce soin une suivante de la fille du Pharaon; enfin, un gracieux marbre, moderne, montre le nautonnier entre

Fig. 183.

les mains d’une jeune Égyptienne, suffisamment mamelonnée pour remplir son office de nourrice improvisée.

Après le lubrique, le tragique, comme dans la plupart des crimes passionnels des ecclésiastiques. D’abord l’histoire de la jeune veuve, patriote et fort riche, de Béthulie : Judith coupe la tête à Holopherne , qui vint mettre le siège devant la ville.

Le tableau de Michel- Ange, « le peintre de la Bible », d’après Mme de Staël, pour qui Raphaël est « le peintre de l’Evangile », nous offre un double intérêt anatomique : l’exagération des mamelles

de Judith (fig. 183) et le nanisme des organes génitaux du colosse, le général de Nabuchodonosor. Nous avons fait remarquer cette disproportion voulue qui est, pour ainsi dire, une signature michelangesque. De même, du corsage de la justicière de Rubens, s’échappent, comme toujours — autre marque de fabrique — des seins flamands enflammants. La Judith d’Allori Gristoforo (P. H.) est très célèbre ; c’est le portrait d’une maîtresse du peintre, l’altière Mazzafirra ; la suivante qui tient le sac est sa bellemère, avant la lettre, dont il avait aussi à subir la tyrannie, et lui-même est peint sous les traits d’Holoferne, la victime décapitée.

Il voulait représenter, dit Louis Yiardot, dans cette espèce d’allégorie, le supplice que lui faisaient incessamment éprouver l’orgueil capricieux de la fille et l’avare rapacité de la mère.

Molière a été moins cruel et tout aussi plaisant pour railler la coquetterie de sa femme : il en fit le modèle de sa Gélimène.

Autre épisode non moins « pitriotique » et non moins sanglant : Samson, subjugué par les charmes de la courtisane Dalila, fut livré aux Philistins après une coupe savante de sa chevelure, où résidait sa « toute puissance ». La perfide a toujours au moins le buste nu, telles les Dalila àe la Gai 1er ia André oni (Rome) (fig. 184), Fig. 184. de Rubens (1), de G. Dell Acqua (Rruxelles).

Celle de Lucas Cranach, de l’hôtel de ville d’Augsbourg, a des appas non moins capiteux : « on reconnaît à première vue, dit Kotzebue, dans Dalila, malgré sa beauté, une femme sans pudeur et sans foi ».

A Tivoli (fig. 185), une fontaine expose, au-dessous de Samson, aveugle, ébranlant une colonne du temple de Dagon, des chimères munies de seins monstrueux d’où s’échappent des jets d’eau.

Toujours au mépris delà chronologie, rangeons ici, par analogie, la Vengeance d’ Hérodiade ; cette héroïne du Nouveau Testament peut faire suite aux femmes de l’Ancien Testament, qui se sont rendues

fl) Anecd. liist. et rel. fig. 90.

JUDAÏSME

célèbres par leurs crimes chauviniques. Rappelons qu’elle fit demander par Salomé,sa fille, à Hérode Antipas, son époux, la tête du précurseur qui s’était payé la sienne : la loi du talion. La Salomé de Henri Régnault, son chef-d’œuvre, Y He'rodiade de Thoren (1898) et

Fig. 185.

celle de C. Landelle posent pour le torse, comme de vulgaires courtisanes.

Signalons enfin deux vignettes caricaturales de la Bible amusante, de Léo Taxil, le converti désabusé : Josas élevé en secret, au pis d’une vache, parle grand prêtre Joiada et Mathusalem, père à cent quatre-vingt-sept ans, jouant le rôle de nourrice sèche, donnant le biberon à son rejeton.

Page 1