RECONNAISSANCE POUR UNE ACTIVE CROISSANCE
(1) Anecd. liist. et relig. sur les Seins; Accouchem. à la Cour; A. France, le Mannequin d'osier.
(2) L’abbé d’Hulst s'est révolté contre le grossier fétichisme des pélennages et en particulier contre le culte « qui fait qu’on charge un saint, nommé Expedi tus, de toutes les affaires embarrassantes ».
(3) Pour activer l’accouchement, par exemple, on y vend des cordons de soie, (0,23 c. à 0.75 c.) et une médaille (2 fr.), offrant d'un côté le portrait du saint M"1 délivre vite — tulo, cito et jucunde — et, de l'autre, la Vierge Marie sous le vocable : N.-D. de Bonne-Délivrance .
Jean de Bonnefon, particulièrement documenté sur les dessous de la religion, nous a fait connaître les vertus et l'adresse de ce saint. Avec cet érudit et spirituel publiciste, nous dirons, en concluant, que « cette chapelle fait plus à elle seule contre la religion que toutes les œuvres des athées, que toutes les lois des ennemis. Ce ne sont pas les gouvernements qui tuent l'Eglise. Ce sont les chapelles mondaines ou modernes, les boutiques de faux roman et de fausse piété, les bazars opulents et les opuscules indigents qui menacent de laisser finir dans le ridicule une religion qui commença dans le sublime. »
II. Saints guérisseurs des seins (1). — La Yierge et les saints ont nécessairement le pouvoir de guérir toutes les maladies, compris celles des seins; ces organes,- sous forme d’ex-voto, accrochés à tant de chapelles en sont autant de témoignages, sans compter les reconnaissances anonymes, traduites par des aumônes; mais nous ne nous occuperons ici que des spécialistes avérés qui doivent leur notoriété à leur genre de martyre, à l’ablation mammaire, ou simplement à une maladie des seins.
Du côté des sanctifiés, nous avons Mammert (2) .et Mammard ou Mammès, martyr à Langres; ils doivent leur réputation à leur nom, en vertu de la médecine des signatures. Siméon II, le stylite, au rapport des Bollandistes, accomplit un nombre prodigieux de miracles, entre autres le suivant: un paysan bayant supplié de guérir sa femme qui avait un cancer à la poitrine, le solitaire lui ordonna de lui couper le sein en prononçant son nom; et la femme guérit miraculeusement, comme Siméon l’avait annoncé (Lachâtre) . Nos chirurgiens n’opèrent pas autrement et ils ne sont pas auréolés.
Les protectrices des seins sont plus nombreuses. Sainte Macrine, atteinte d’un ulcère cancéreux du sein, préféra supporter son mal plutôt que de réclamer les secours d’un homme de l’art ; elle ne put se résigner à montrer l’organe malade. Répulsion pudique qui justifie l’aphorisme de Trousseau : « La pudeur a tué plus de femmes que la maladie ». Ce fut le sort de sainte Aldégonde, aussi invoquée pour la guérison des cancers du sein ; ce qui s’accorde peu avec le pouvoir que les vieilles commères lui attribuent, mais la logique et la
(1) Anec. hist. et relie/., p. 101.
(2) Ce saint est un cumulard, comme tant d’autres ; « il guérit toutes les maladies abominables », lisez abdominales, disent les bonnes femmes; celles qui font passer le lait des chattes avec un collier de bouchons, alors que le seul moyen d’empêcher la secrétion lactée féline serait de fourrer l’un d’eux où vous savez.
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
superstition sont deux antagonistes. Sainte Agathe est la doctoresse en chef des maux de sein ; les saintes Maure, Laurence, Marguerite, Anne, Concorde, protectrices des nourrices, ne sont que des sousordres. Les « remplaçantes » nivernaises, depuis si longtemps renommées, s’adressent aussi à la première, en cas de besoin : à Corbigny, elles vont boire à la source de Sainte-Agathe, persuadées que l’onde bienfaisante « donne du lait aux mamelles taries, ou l’entretient abondant et sain ». Dans les environs de Morlaix, les nourrices portent une bouteille de lait à l’autel de sainte Enora ou Honora, pour obtenir que leur sein ne se tarisse pas.
Sainte Catherine ne s’occupe que des« laits répandus», parce que, au moment de sa décollation, de son cou se répandit à flot du lait et non du sang. Sainte Célinie guérit une cécité, qui se serait guérie d’elle-même, par son lait, en guise de collyre. Sainte Blandine passe dans les campagnes pour donner aux vaches le lait, dont son nom rappelle la blancheur. Le cadavre « incorruptible » de la carmelle Archangèle Girlani, prieure de la maison de Mantoue, guérit, d’après l’auteur de Sainte Lydvine , les femmes atteintes de chancre de la gorge.
La guérison de crevasses mammaires de la seconde nourrice de Louis XIY, Perrette ou Pierette Dufour, due à une intervention surnaturelle, est rapportée par Jal, dans son Dictionnaire critique et reproduite par Cabanès, dans son Cabinet secret de l'histoire :
Sa Majesté (la reine, mère de Louis XIV), pour faire paroître la crédule vénération avec laquelle elle révère la sainte relique que V. E. (le grandmaître de Malte) lui a envoyée, me raconta comment par miracle la nourrice de Monseigneur le Dauphin (Louis, né le 5 septembre 1638, à Saint- Germain-en-Laye), nommée Perrette, femme d’un charretier de Poissy, ayant eu des duretés dans les mamelles, ulcérées des dents de S. A. IL, elle avait recommandé sa guérison à sainte Anne (patronne de la Reine) qu'avec dévotion on fit toucher la relique aux parties incommodées, ce qui ne fust pas plus tost faist que par miracle, — ainsi l’appela la Reine — les douleurs estant cessées, ces duretés se dissipèrent et l’intempérie de chaleur qui causoit des douleurs au bout et environ du teston se modérant, la consolée nourrice continua de donner le lait à S. A. R.
L’eau du Jourdain a longtemps joui d’une grande réputation lactogène; écoutons cette nouvelle « contasserie », de la prolixe marquise de Gréquy, descendante du marquis de Craque :
Le Grand Prieur me contait, un jour, que les Suisses de l’hôtel d’Angoulême (rue Pavée dans le Marais), avaient eu l’industrie de gagner une
fortune énorme en vendant de l’eau du Jourdain, pour faire venir le lait aux nourrices en abondance; mais comme on découvrit que c’était de l’eau de la rivière des Gobelins, qui est malsaine, on les attaqua devant la Tournelle, et le dernier des A'alois fut tellement choqué des poursuites exercées contre ses gens qu’il envoya mettre le feu à la maison du premier Président, M. Molé. Les valets de M. le Duc d’Angoulême avaient barré les rues voisines, afin d’empècher qu’on y portât remède, et la maison du Président fut brûlée tout doucement, à petit feu, l’on pourrait dire, et sans nulle opposition des capucins ni des pompiers du guet, leurs émules.
Sous Louis XV, à Compïègne, au mois de mai,
On promenoit le S. -Suaire dans la ville : les nourrices apportoient leurs nourrissons malades; on faisoit passer le S. -Suaire sur ces enfants dans l’espoir de les guérir. Cette procession étoit appelée la procession des petits poulets, parce que, dit-on, les nourrices en présentoient en offrande.
Par extension, nous pouvons introduire dans notre clinique les guérisseurs sanctifiés qui, comme saint Arnou ou Arnould, de Soissons, saint Expédit et saint Antoine de Padoue, font retrouver les objets perdus et, dans le nombre, le lait des nounous qui ont tendance à sécher. A la même catégorie appartient ce saint de Thiezac, dont la statue, raconte sous toutes réserves P. Mérimée (1838), guérit les maladies, à condition de lui jeter, d’une certaine distance, des pelotons de laine et de toucher la région correspondant à la partie malade II n'est pas permis de ramasser les pelotons qui s’égarent; ce sont les petits bénéfices du desservant du lieu. La pelotte, ici, peut avoir quelque rapport avec les organes qui jouent si souvent le même rôle, dans l’intimité de l’alcove. 11 va sans dire, qu’avec l’auteur de Volupté , nous n’acceptons que « sous réserves » les cas de guérisons ou de lactation dus aux saints guérisseurs, d’autant plus qu’en émettant un doute sur l'efficacité de leur intervention, nous ne courons plus le risque de subir le sort de Van Helmont, qui fut jeté en prison, en 1634, par l’archevêque de Malines, parce qu’il refusait de croire à l'influence salutaire des saints guérisseurs.
IIP Le lait dans la religion. — 1° Mer de lait — Des seins de Maya, divinité indoue, est sortie la Mer de lait (1), matière pre-
(1) Anecd. hist. et relig. Fig. 39.
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
mière de toutes choses. Nous retrouvons la même mer lactée à la naissance de Brahma. Ce dieu (A. fig. 11) sort d’une fleur de lotus, dont la tige, en guise de cordon ombilical, se rattache au nombril de Vichnou. On voit en B, le pénitent Markandeya, ayant obtenu l’immortalité, nager dans la Mer de lait pour sauver le monde près d’être submergé : encore un Rédempteur.
2° Principes culinaires de T Ancien Testament. — L ’ Exode défend « de cuire le chevreau dans le lait de sa mère », par un faux sentiment de respect filial. En raison du même principe, il est interdit d’égorger le même jour une vache et son veau, une chèvre et ses petits et ainsi des autres.
Les Israélites évitent de boire du lait ou de manger du fromage immédiatement après la viande; par ce motif, les ustensiles de cuisine ne peuvent servir également au lait ou au fromage et à la viande ; les couverts même doivent être changés.
3° Usagesreligieuxdula.it. — Le Dieu d’Abraham promet à son peuple, dans la terre de Chanaan, comme une récompense de premier ordre, des ruisseaux de lait et de miel.
Dans les premiers temps du Christianisme, alors qu’oïi n’employait ni sel ni salive dans le baptême, on offrait une collation de lait et de miel aux nouveaux catéchumènes, melle et lacté infantabant , dit Tcrtullien.
A F Abichegam, cérémonie religieuse indienne, on versait du lait sur le lingam, F analogue du priape grec et du phallus latin, et ce liquide était réservé, en liturgie, pour administrer l’extrêmeonction aux moribonds.
Les Malakanys ou mangeurs de lait apparurent au commencement du xviii0 siècle, dans le gouvernement de Tambow. On les appelle ainsi parce qu’ils se permettent le laitage pendant les jours de fête et le carême ; mais le véritable nom de cette secte est celui d Istinié Christiané ou vrais chrétiens (1).
Les Mongols, qui vivent presqu’exclusivement du lait de vaches, de chèvres, de juments et de chamelles, le plus souvent mélangé, en offrent au Génie du Kentel, près du lac de Kenteï. Ils versent leur offrande dans un bassin de métal, gardé par deux dragons de terre
(1) Basile Vereschaguine, Voy. dans les prov. du Caucase, trad. parM0 Le Barbier.
cuite, au milieu de tumulus couverts de branchages et renfermant des flèches et des invocations au Dieu tutélaire de ces forêts, à l'endroit où reposeraient Djenguiz-Khan et ses lieutenants. De. même, Tibulle recommanda à sa mère, avant de mourir, d’arroser sa tombe avec du lait, dont la douceur est l’image de l'exquise et mélancolique sensibilité de ses Elégies. C’est une coutume touchante ; nous l'avons signalée chez les indiennes qui arrosent de leur lait la tombe de leur nouveau-né (fig. 49 des Car. sur les seins).
4° Interdiction du lait. — Sous le pape Eutychien, mort en 283, s’éleva la fameuse hérésie de Manès ; il engageait ses disciples à ne boire ni lait ni vin, qu’il appelait « le fiel du démon ».
L’Eglise n’interdit le lait qu'en carême :
Dans le bon vieux temps, à Rome, dit A. Meylan, un étranger entrait-il dans une pâtisserie pour absorber un café à la crème, le pâtissier venait lui annoncer qu’il était défendu de servir du laitage un vendredi, dans une salle exposée à la vue des passants, et on faisait passer le client dans l’arrière-boutique.
La marquise de Créquy consulta le cardinal Paulucci, archevêque d’Ostie, sur cette grave question : l’usage des boissons rompt-il le jeûne? Son Eminence lui répondit :
Si l’altération est trop forte, il n’est permis d’user que de boissons purement désaltérantes et nullement nourrissantes, à raison de ce qu’il ne s’agit que de se préserver d’une inflammation d’intérieur. L’emploi du sucre et du miel est tolérable pour cet effet, mais non pas celui du lait ou du vin, de la cervoise et autres boissons fermentées.
La jacassière marquise s’empressa de communiquer ce distinguo à une autre bigotte de ses amies, l'abbesse de Panthemont, qui avait toujours étranglé de soif en carême et les jours dejeûne : elles se réjouirent toutes deux de la consultation et burent à discrétion de l’eau d'orange ou d'épine vinette, en répétant : « liquidum jéjunum non frangit », Et les clystères d’eau, bénite ou non, qui ne franchissent pas Yileum, rompent-ils le jeune ?
5U Dispenses de carême. — L’Église exemple du jeûne et de l’abstinence les nourrices et les femmes grosses ; pour elles seules c’est de droit ; mais il y a des accommodements avec le ciel,, et elle accorde la même faveur aux fidèles qui la sollicitent, moyennant salaire. Toutes les églises ont des troncs à cet effet (fig. 12).
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
Au beau milieu de la nef de la cathédrale d’Anvers, se dresse un tronc monumental qui obstrue, à dessein, le passage, avec cette inscription : voor het zuivel (pour le droit du laitage, pendant le carême) . On donne ce qu’on veut et ce qu’on peut. 11 n’en était pas de même sous le pape Jean XXII, qui, vers 1320, avait tarifé la vente des indulgences et des dispenses comme un ordre du droit canon. Pour la viande et les œufs, douze carlins ; pour le laitage, dix carlins par personne et six ducats pour toute une famille et plusieurs parents. Il en coûtait moins pour obtenir l’absolution à
Fig. 12. — Tronc de Saint-Jean Fig. 13. — Reproduite dans YÉtude archéo-
l’Evangéliste (Montmartre). logique de M. l’abbé A. Bouillet.
celui qui avait « connu charnellement » sa mère, sa sœur ou quelque autre parente ou alliée ou pour avoir défloré une vierge ; dans le cas d’inceste, l’absolution était taxée à cinq ducats ; dans l’aulre, à trois ducats et cinq carlins.
A la fin du xve siècle, rapporte Millin :
. On trouvoit encore à la porte de Notre-Dame de Mantes, un marguillier, placé à l’entrée de l’ég-lise, devant un banc, demandant aux fidèles l’aumône ordonnée pour la permission de l’usage du beurre pendant le carême, qui était autrefois interdit, excitant le peuple à cette aumône par ces mots : Payez vos beurres !
les seins a l’église
6° Tours de beurre. — Autrefois, comme aujourd’hui, le pape recevait volontiers le denier de Saint-Pierre, mais ne déliait jamais les cordons de sa bourse pour la construction des églises ; force était alors aux communautés de recourir à d’autres moyens. On réservait, par exemple, les aumônes des fidèles qui achetaient la permission de faire usage du beurre, durant le carême, pour l’édification de Tours de beurre , qui eussent été mieux dénommées Tours de gourmandise : de là l’expression « faire son beurre ». La construction de ce monument, subordonnée à la consommation d’un aliment, ne pouvait être que très lente : la tour méridionale de la cathédrale de Rouen dura vingt-deux ans et représente l’absorption d’une monstrueuse motte de beurre. Nous avons déjà parlé des tours du Nord (1) de Bourges et de Saint-Etienne. Ajoutons quelques détails. C’est le pape Pie 111 qui accorda la permission du beurre et du lait en carême, « à la condition que chaque chef de famille donnerait à la fabrique de la cathédrale, cinq deniers pour la reconstruction delà tour ». L’archevêque de Bourges autorisa, de plus, le fromage, et Urbain VIII renouvela ces dispenses pour sept ans. Mais par une fatalité qui eût pu consterner les croyants, s’ils avaient l’ombre de jugement, cette malheureuse tour, à peine terminée, s’écroula en 1506 — un tour de la Providence (2) — comme l’atteste l’inscription placée en haut de l’escalier de la nouvelle tour :
Ce fut l’an mil cinq cent et six,
De décembre le dernier jour,
Que par des fondemens mal pris De Saint-Étienne chut la tour.
« Dieu protège la France », lit-on encore sur nos pièces de monnaie, mais non ses cathédrales, car toutes ont eu à souffrir du feu du ciel, avant l’installation des paratonnerres : la science, malgré sa « faillite » protégerait donc les maisons de Dieu ?
Pour accélérer la construction de Saint-Eustache, au xvie siècle, les marguilliers obtinrent de l’évêque la permission d’employer, au payement des ouvriers, les aumônes des paroissiens, gent taillable et corvéable à merci, pour dispenses de beurre et de lait et du jeûne quadragésimal du carême.
(1) Aneccl. hist. et relig. sur les Seins, p. 124.
(2) Elle en joua un autre, mais de mauvais goût, à sainte Radiana, servante en Souabe : celle-ci portait aux malheureux un baquet, rempli de lait, où ils ne trouvèrent que de la lessive : les voies de la Providence sont impénétrables !
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
En Bretagne, clans certaines localités, existe encore la coutume de la consécration du beurre, qu’on vend ensuite à l’encan, au profit de la chapelle de la commune.
7° Prime à l’allaitement. — Les nourrices ne jouirent pas seulement du privilège de manger à discrétion et sans bourse délier, lait et beurre en carême ; le pape Nicolas 1er (858-807) imposa aux ambassadeurs bulgares, venus à Rome, des coutumes spéciales, entre autres celle-ci : « Lorsqu’une mère nourrit son enfant, elle peut entrer dans l’église après ses couches ; mais elle doit en être chassée, si elle confie l’allaitement de son enfant à des femmes mercenaires. »
Le professeur Pinard a fait inscrire à l’Amphithéâtre de la clinique Bauclelocque : « Le lait de la mère appartient à son enfant »; cette maxime, inspirée par le même esprit humanitaire, est moins exclusive que le veto de l’idole du Vatican.
8° Nourrissons issus de démoniaques. — Au temps où l’Église infaillible croyait à la démonomanie et exorcisait ou brûlait les possédés du démon - — tout au plus atteints de démence — ses docteurs affirmaient, comme le rappelle l’auteur d ’En dehors , que la procréation était possible avec un incube, c’est-à-dire une femme qui reçoit la semence masculine ou celle du démon, en songe, et que les enfants issus de ce commerce « sont plus pesants que les autres et peuvent tarir trois nourrices sans engraisser ». Et voilà les balivernes que des inspirés répandaient dans le public, pour la sanctification des âmes !
9° Les âmes du purgatoire. — D’après Tissot, dans les villages voisins du Tyrol, on croit que les âmes du purgatoire, la nuit de la Toussaint, obtiennent la permission de dix heures et en profitent pour venir faire un tour sur la terre. A leur intention, on laisse les portes ouvertes pour les âmes, en ballade, qui voltigent autour de la maison. On met à leur disposition, sur les tables, des gâteaux spéciaux, où sont figurées les flammes du Purgatoire, à l’aide du safran ; à côté, on place un bol de lait « pour qu’elles puissent se rafraîchir »; les chats du voisinage doivent se pourlécher les babines cette nuit-là et cc se rafraîchir » à gogo et grâce aux gogos, au lieu et place des âmes immatérielles.
10u L.e lait de la Vierge. — On montre dans certaines églises la ceinture, la chemise, des cheveux et du lait de la Vierge, mais nulle part de son sang menstruel. C’est la réponse négative à l’indiscrète question, posée en plein concile :1a Vierge avait-elle ses règles? Marie d’Agreda affirme aussi qu’elle fut exempte des « misères féminines ». La pureté de Marie n’a point non plus trouvé grâce devant les investigations du R. P. Thomas Sanchez, directeur du noviciat de Grenade, vers la fin du xvie siècle ; cecasuiste extravagant demandait gravement : Utrum virgo Maria semen emiserit in copulatione cum spiritu sancto ? (Si la Vierge Marie émit de la semence, dans son commerce avec le Saint-Esprit ?)
Quant aux dépôts de lait de la Vierge, nous avons indiqué les principaux (1) et nous n’y reviendrons pas ; que ceux qui en doutent aillent y voir. Contentons-nous de rappeler, avec Mgr Mislin, que ces fioles contiennent seulement de la poudre calcaire delà Grotte du lait (2), à Bethléem, où, selon la tradition, quelques gouttes du lait virginal seraient tombées sur une pierre. Cette poudre de perlinpinpin est exploitée avec succès par les franciscains de l’endroit ; ils la vendent sous forme de galettes — galette contre galette — fort indigestes, d’ailleurs, auxquelles sont attachées des vertus spéciales : par exemple, elles développent les seins et entretiennent la lactation, chez les nourrices menacées de perdre leur lait et doutant de l’efficacité galactogène des feuilles de galega ou des graines de cotonnier.
Marie d’Agreda, déjà nommée et citée par Huvsm'ans, entre autres insanités — mot composé des mêmes lettres que saintetés — assure quele laitde la Vierge ne pouvait tourner. Nous ne savons si celte aménique eut recours pour ses expériences à des échantillons frais, car les anciens sont tournés depuis longtemps, au moins en dérision.
Plusieurs bienheureux affirment avoir eu le rare privilège d’être aspergés du lait de la Vierge (3), pour la guérison d’une plaie ou la purification de leur langue. D’abord saint Bernard, l’abbé de Clairvaux : un jet de lait gicla du sein de Marie sur ses lèvres, pour donner à sa parole la plus exquise douceur : ainsi le représentent Murillo, à Madrid (4), et divers autres tableaux ou estampes.
(1) Anecd. hisl. et relig. p. 109.
(2) Ibid. p. 116.
(3) Hagiologium Lugdunense, elc., p. 367, in -fol, par Théophile Raynaud, de la Société de Jésus, Lyon, 1662.
(4) Anecd. hisl. et relig. Fig. 52.
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
Un fragment de gravure de Direk van Staren (fig\ 13) montre agenouillé devant la Vierge, un abbé, avec ces mots sur un phylactère qui se déroule au-dessus de sa tête : monstra te esse matrem; une verrière du chœur de leglise Sainte-Foy, deConches (Eure), semble la copie de cette gravure. Au lieu de doctor mellifluiis , dont on qualifie habituellement cet abbé, ne serait-il pas plus logique de l’appeler lactoflum ?
Saint-Fulbert, de Chartres, et bien d’autres dévots des deux sexes furent honorés de cette douche mammaire. Sainte Catherine de Ricci, à Florence, de l’ordre de Saint-Dominique, reçut un jet du lait virginal dans la bouche; Catherine Klauberen fit le sujet d’une estampe, gravée par elle: invenit et fecit (1). Dominique lui-même, patriarche des Jacobins, s’étant retiré dans une caverne, pour y faire pénitence au sujet des hérétiques de Toulouse, vit la Madone. « Sa divine amante, d’après le récit d’Alain de la Roche, religieux du même ordre, le reçoit dans son sein virginal, le baise tendrement et amoureusement, et se découvrant ensuite le sein et les mamelles, elle lui donne à téter de son lait et le guérit entièrement. »
Alain de la Roche eut aussi une apparition, ou plutôt une hallucination analogue. Une nuit que le vertueux Jacobin était tenté du péché de la chair, il prit un couteau pour s’égorger, afin d’être certain de ne pas succomber à la tentation du démon ; la Madone lui apparut aussitôt et le réconforta de bonnes paroles; puis « elle tira de ses mamelles du lait qu’elle versa sur les plaies que le diable lui avait faites, — c’est l’halluciné qui parle, — et le guérit. » Elle lui mit au doigt une alliance tressée « de ses cheveux vierges » et devint son épouse. La Madone, après lui avoir donné un baiser, lui offrit « à .sucer ses tétons vierges » ; le nourrisson ne se fit pas prier et il lui semblait que « tous ses membres étaient arrosés d’une douce liqueur ». Cette faveur lui fut, dans la suite, souvent accordée par « sa bien nimée ».
Ces mariages mystiques avec Jésus ou sa mère sont des plus fréquents, chez les encéphales détraqués par la prière et les macérations ; le cas le plus typique est la passion de sainte Thérèse, la Vierge d’Avila, pour le Sauveur.
D’après les Jésuites, Marie, qui tenait en réserve pour eux des grâces spéciales, aida, vers 1581, un de leurs novices à lutter contre
(1) Y. son œuvre et l' Iconographia sancta, bibl. Mazarine, n° 4 778 (G).
les tentations de la chair, ilpeccato di lussuria, en lui donnant à goûter « la douceur de ses propres seins. » .Gautier de Coinsy, bénédictin de Saint-Médard de Soissons, poète duxme siècle, raconte les Miracles de Nostre-Dame qui guari un clerc et un moine de sonlet (1). Nous donnons l’analyse des 318 vers de la cure miraculeuse du frocard. Un moine qui, chaque jour, travaillait, chantait et veillait plus que tout autre, continuait, « après que toute la communauté était couchée », à prier dans une chapelle,
Où une ymage avoit moult bele De nia Dame sainte Marie.
Mais à ce régime, il tombe dans une grande maladie. Un « raancles » ou chancre, non spécifique, nous l’espérons, le tourmente et le ronge si cruellement, qu’il ne peut mot dire. IL invoque souvent la mère de Dieu.
Hydeux est et lès (laid) com un mostre,
Tout le vis (visage) a covert de blostres (taches)
De grans boces, et de grans cleus (clous);
Et si a tant plaies et treus (trous),
« qu’il est beaucoup plus puant qu’une espèce de loutre fort puante ».
Il fut si bas qu’il reçut l’extrême-onction, invoquant toujours « la mère de Dieu » ; on commença la prière pour les morts, après avoir tiré son capuchon sur le visage. Marie vint à son secours : la « piteuse » Dame,
Toutes ses plaies li essuie.
Le moine la remercie de tant de bonté. Elle veut lui prouver « combien elle l’aime » et le met au traitement lacté, à l’usage externe :
Atant de son savoroz sain La douce Dame, la piteuse, (pieuse)
Trait sa mamelle savoureuse,
Se li boute dedenz la bouche,
Et puis moult doucement li touche Par sa dolor et par ses plaies.
Quand on vint pour le mettre en bière, on le vit
Remuer et estendillier (s’étendre)
Moult se prennent à merveillier.
fl) A necd. hist. elrelig., p. 118.
PRATIQUES PIEUSES RELATIVES AUX SEINS
Et le cc rescapé » raconta
Cornent de son savoreux lait La Mère Dieu l’avoit gari.
Soudain, les écailles de la lèpre tombent de son visage, mais non de ses yeux. N’oublions pas le mot de la fin, épigrammatique et obligatoire, contre les Facultés de médecine de l’époque :
En Salerne, n’a Montpellier N’a si bonne fisieienne.
Le théâtre s’empara de ces légendes et en tira le Miracle cle Nostre - Dame , d'an Evesque à qui N-D sappcirut et lui donna un jouel d’or , oit quel avoit du lait de ses mamelles . Nous rf en rapporterons qu’un court extrait, le seul passage d’ailleurs où il soit question des seins ; c’est Notre-Dame qui parle :
T'ay je apporté ce vaissel d’or Des cieulx; or en fay un trésor,
Car ce sont reliques moult beles :
Plain est du lait de mes memelles,
Dont le fils (de) Dieu vierge alaittay.
En plus du lait de la Vierge, l’église Saint-Etienne, de Bologne, posséderait une précieuse relique : une bandelette de Marie, « qui parait fort autentique », dit le croyant et crédule Trombelli. Estce une de ces bandelettes mammaires servant de corset dans l’antiquité ou une bande ayant servi à emmailloter le divin bambino ? Cruelle énigme î
11° Fontaines de lait. — Elles se trouvent surtout dans les pays arriérés, comme la Basse-Bretagne : telle la superbe fontaine en pierre de taille, située près du porche de l’église de Bulat ou Balat.
Ces fontaines, dit le D1' H. Liegeard (1), sont laplupart du temps sous l’invocation de la Vierge ou de sainte Gwen Teirbronn, la sainte aux trois mamelles, mère de Gvvénolé, Gwenec et Jacut.
Une aubergiste de Gouarec, à qui deux sous d’eau vulnéraire avait délié la langue, m’initia au rite galactogène :
« J'ai eu, Monsieur, trois enfants. A chaque accouchement, dès que je pouvais me lever, c’est-à-dire deux ou trois jours après, je me rendais à Féchamp, commune de Saint-Ygeaux. Il y a là deux fontaines : c’est la
(1) Thèse inaugurale : les Saints guérisseurs de la Basse-Bretagne, in-S. Paris. Jouve édit. 1903.
plus petite qui est la fontaine du lait. J’y allais donc, munie d’une écuelle, je vidais la fontaine, je me rendais ensuite à l'église où j’égrenais mon rosaire, puis m’en retournais à la maison. Pendant que là-bas la fontaine se remplissait de nouveau, mes seins se gonflaient peu à peu d’un lait excellent, et c’est à ce procédé que je dois d’avoir toujours été une excellente nourrice. Ma mère, d’ailleurs, qui l’avait employé avant moi s’en est bien trouvée, et je connais aux environs plusieurs personnes qui lui doivent sans doute la vie de leurs enfants. »
A Edern, Notre-Dame de Tréguron possède aussi une « fontaine du lait ». Au lieu de la vider, il suffît d’y jeter quelques épingles. La même Notre-Dame de Tréguron est encore invoquée à Gonézec et voici la coutume locale, d’après les Ephémérides anticléricales :
Faire trois fois le tour de la chapelle, corsage déboutonné. Après chaque tour s'arrêter à la fontaine, s’y laver les seins, puis rentrer à l’église, dire cinq pater et cinq ave et verser dans un tronc ad hoc quelque monnaie.
Tel est le procédé dans toute sa simplicité. Vous doutez de son efficacité ? Ecoutez l’histoire qu’on raconte aux environs :
Un jeune homme de Spézet, légèrement incrédule, ne pouvait admettre que Notre-Dame de Tréguron pût donner du lait à qui n’en avait pas. 11 résolut, pour se moquer d’elle, de suivre, le jour du pardon, la lente théorie des nourrices sèches. Il imita tous leurs gestes, marmotant des prières et se lavant les seins comme elles à la fontaine. Mais le soir, en rentrant chez lui, légèrement ivre, il s’aperçut, ô terreur, que ses seins grossissaient à vue d’œil, ils étaient le lendemain si extraordinairement exubérants qu’il ne pouvait plus boutonner son gilet. Il fallut un an de messes et de prières à la Vierge pour faire disparaître cette étrange métamorphose.
Le D1 Félix Régnault, dans son Étude de l3 influence du moral sur le physique , explique cette anomalie physiologique par l’action vaso-motrice de la suggestion.
12° Le pardon des nounous. — Nous avons puisé les détails qui suivent dans la Vie heureuse (1). Il s’agit du « pardon » de Kergornet, le plus singulier de la Bretagne, fertile en singularités mysticomiques. C’est le « pardon » des nourrices ; elles y vont en foule pour demander du lait et, au besoin, pour en offrir. Un « pardon » est à la fois un pèlerinage et une foire, nouvel exemple de l’affinité
(1) 3e année, n° 10, édit. Hachette et Cie.
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entre la foi et la foire. Donc, des théories de bretonnes bretonnantes, les femmes de Sein comprises, dont le nom, semble-t-il, devrait les dispenser du voyage, viennent prier Notre-Dame de Kergornet, de leur donner du lait pour leurs petits, présents et futurs. Elles font à genoux le tour du sanctuaire et, pour se concilier les bonnes grâces de la vieille statue de la Madone, elles posent, dans un baquet, devant l’autel, leur modeste offrande : une motte de beurre, proportionnée
Fig. 15. — D’après la Vie drolatique des Sainls.
à leur dévotion. Or Y on n’a jamais entendu le Calchas du temple s’écrier: « Trop de beurre ! », pour la bonne raison que le beurre, si on le sale, se conserve et se vend mieux que les fleurs.
Le tour de l’église terminé, les culs-de-jatte enjuponnés se lèvent et le pèlerinage descend, mais alors entre une double haie de strumeux, de rachitiques et de vrais culs-de-jatte, jusqu'à la fontaine miraculeuse (fig. 14).
La fontaine même est gardée par de vieilles femmes, qui font commerce de l'eau fatidique. Pour un sou, elles en vendent une écuelle. Dans cette écuelle, les femmes consultent l'oracle : elles apprennent ainsi tout de suite si leurs prières et leurs dons ont été exaucés. Elles se lavent d’abord dans l’eau miraculeuse la figure et les mains; elles en avalent ensuite une gorgée. Mais ceci n’est qu’une préparation. Le geste décisif est de plonger la main dans l’eau et de lever ensuite le bras. L’eau ruisselle, descend et, si une goutte touché la poitrine, la femme aura du lait. On peut d'ailleurs recommencer l’épreuve, qui avec beaucoup d’eau finit toujours par réussir. Alors, joyeuses, les filles s'en vont danser. Car les gars les atten-
dent. Auras-tu du lait? demandent-ils en raillant. Quant aux nourrices, cette attestation providentielle de leur performance est le meilleur des certificats. On les engage sur place.
Et ceci se passe, non pas au temps où la reine Berthe filait, mais au xxe siècle, en octobre 1904! Tout s’explique.: en décomposant Bigot, ne trouve-t-on pas Bis-Got, c’est-à-dire deux fois Got ou Go-Go?; G — Q. F. D.
13° Biches et saints. — Les ermites ont une prédilection marquée pour le lait de biche. Ainsi furent nourris saint Ivan, en Bohême ; saint Mammès, martyr à Gésarée ; un solitaire d’Asie, Siméon Polirona, ne prenait pas d’autre nourriture, en hiver. L’un des bas-reliefs de Varna, placée au-dessus du maître-autel du dôme de Massa di Maremma , renfermant les reliques de saint Cerbon, évêque de Massa, montre le saint en train de boire le lait d’une biche, à l’arrivée des messagers du pape. Saint Gilles, abbé, fut découvert dans sa retraite, à cause d’une biche qui le nourrissait: percée d’une flèche elle se réfugia près de lui. C’est du lait de sa biche que le généreux saint Maxime, évêque de Turin, offrit à son persécuteur, pour calmer sa soif; de même, saint Goar arrête trois biches pour donner du lait à ses calomniateurs altérés. Saint Mammès, non content de vivre du lait des biches, en faisait des fromages qu’il portait en ville pour les pauvres. Enfin saint Ivervin, abbé, trait une biche pour nourrir un enfant, quand un corbeau étourdi renverse de ses vastes ailes le vase plein de lait; incontinent, l’oiseau noir est « maudit dans sa postérité » et ne se nourrira que de charognes. Ainsi soit-il !
14° Saints et Nourrices (l). — La pudeur et l’esprit de pénitence se sont révélés, dès l’âge le plus tendre, chez plusieurs petits saints qui refusèrent de prendre le sein d’une femme ou n’acceptèrent d’y accoler leurs lèvres que sous certaines conditions orthodoxes. Une des lumières de l’Eglise, qui fut aussi un pécheur repentant, assurait que personne n’est exempt de péché, pas même l’enfant qui vient de naître, eu jus est unius diei vitam super terrain. Lui-même, disait-il, avait, au maillot, commis le péché de gourmandise, car il avait tété avec trop d’avidité !
(1) Anecd. hist. et relig. p. 107.
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Saint Mathurin, prêtre du ive siècle, n’avait que six mois lorsqu’il déclara à ses parents qu’il ne voulait plus téter sa nourrice et qu’il se laisserait mourir de faim s’il n’était baptisé à l’instant même.
Saint Louis de Gonzague, d’après la Vie des Saints , était tellement prédisposé à la chasteté que, dès sa plus tendre enfance, il refusait, par pudeur, le sein de sa nourrice (fig. 15). Plus tard, par crainte des femmes et des mauvaises pensées, il n’osait même pas, contre Huysmans, regarder sa mère. Quelle nature vicieuse!
L’auteur, mi-frac, mi-froc, de la Cathédrale , exalte aussi les vertus de Catherine de Suède et de Piobert delà Chaise-Dieu, qui, à peine nés, réclamaient des nourrices sans péchés — donc pas de fillesmères — et ce ne voulaient sucer que des pis pieux ».
Le même bollandiste pince-sans-rire raconte encore que Satan, pour réduire Christine de Stumbèle, imagine de se métamorphoser en un énorme crapaud et il s’installe entre ses seins.
Du coup, Christine s’évanouit de peur; mais alors Dieu intervient; sur son ordre, elle s’enveloppe la main avec sa manche, la glisse entre sa poitrine et le ventre du crapaud, arrache violemment la bête et la jette sur le pavé! Elle s’y écrasa « en résonnant », dit la sainte sans raisonner, ainsi qu’un vieux soulier.
Et voilà comme les béatifiés bêtifient !
Saint Pioch, précoce dévot, refusait le sein les mercredis et vendredis : les hagiographes le certifient; inclinons-nous. <c Pendant les jours de jeûne, dit Gœthe au sujet du même anachorète, sa mère ne lui donnait le sein qu’une fois par jour; plus tard il jeûnait aussi souvent que ses parents ». Son émule saint Etienne s’abstenait de têter les jours de jeûne.
La Vie drôlatique des Saints donne des détails, sinon authentiques, du moins « drolatiques », sur la nourrice de saint François de Sales ; en tout cas, ils ne sont ni plus ni moins véridiques que ceux du recueil de Bolland :
Le plus grand soin de sa maman fut de lui choisir une nourrice très dévote et surtout très catholique, afin de lui faire sucer du lait orthodoxe. Avec de telles précautions le diable aurait été bien malin s il avait fait de François un hérétique. La nourrice était obligée d aller deux fois par jour dans la maison de Dieu et de maintenir son nourrisson dans un continuel état d’édification. Un pieux manuscrit, appartenant aux Visitandines de Nevers, nous apprend que cette femme considérait déjà son nourrisson comme un saint et vénérable poupon; elle nous dit que la première fois qu’elle le porta à l’église, lorsqu’il était encore au maillot, elle connut
qu’il se plaisait dans le lieu saint; il ne parut jamais chagrin ni ennuyé aux offices; il tenait les mains jointes, inclinait le corps et avait toujours les yeux fixés sur l’autel ou sur le prêtre qui officiait. Lorsqu’il commença à marcher, sa piété, loin de s’arrêter, n’en marcha que mieux, et c'est toujours du côté de V église quil entraînait sa nourrice. Il faut dire aussi que monsieur le curé, pour encourager d’aussi édifiantes dispositions, avait toujours ses poches pleines de dragées qu’on lui donnait pour les baptêmes.
Cette nourrice bien pensante ne devait pas être une Munichoise, car Maïer, ;de Munich, rapporte que les catholiques de la Souabe, considérant Fallaitement comme un acte indécent, s’en abstiennent (1).
Nous réservons, pour la fin, un exemple de macération scatologique peu ordinaire. Au contraire des saints qui refusaient d’ouvrir la bouche pour prendre de la nourriture, certains jours consacrés, sainte Philomène s’obstinait à fermer... la bouche inférieure ; à elle la palme de l’ascétisme !
D’après la Légende des Saints, raconte Laferrière, dans ses Mémoires , sainte Philomène répugnant aux cérémonies terrestres, qui réclament chaque matin les digestions régulières, avait obtenu de Notre-Dame-de-Délivrance, de n’y vaquer que tous les ans, une fois à la Saint-Michel. Eh bien ! les vrais disciples de l’Église lisent la légende de sainte Philomène et ils n’en sont point scandalisés. La bonne sainte, éprouvant, lors de ses anniversaires miraculeux, quelques difficultés douloureuses, avait coutume de s’écrier : « Mon Dieu ! je vous l’offre! » ce qui activait le dénouement.
Nous avons connu des intestins féminins qui ne fonctionnaient que tous les huit jours; mais serrer ses fèces une année durant nous paraît « philoménal », — qu’on nous passe ce lapsus calami — même pour le sexe constipé au moral et au physique.
15° Le corset et la religion. — Dans les couvents de religieuses, l’exubérance des mamelles est réprimée par différents procédés, mécaniques ou médicamenteux; on a surtout recours à la compression, à l’aide de bandes. Les pensionnaires trop « poitrinées » des sœurs de Bellevue prennent, à chaque repas, une certaine quantité de poudre jaune, de nénuphar, sans doute, qui fait tomber les « estomacs », parce que « c’est immodeste. » Getle plante aquatique, en contact continuel avec l’eau froide , doit, en
(1) Cf. La Quinzaine thérapeutique.
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vertu de la médecine des signatures, produire la frigidité sexuelle (1) et, par ricochet, l’atrophie mammaire ou amazie.
Lors des poursuites exercées, le 20 mai 1903, contre les religieuses du Bon-Pasteur d’Annonay (Isère), l’enquête révéla l’existence d’un corset spécial, sorte de camisole de force, employé, comme punition, par les bonnes sœurs.
Un jour, dit une des victimes dans sa déposition, on me mit en chemise dans la cour. Il pleuvait à verse.
...Si par hasard en dormant, nos bras n’étaient point croisés sur la poitrine, et sous prétexte qu’avec les mains on faisait des saletés, on nous mettait le corset de force. Une sœur était chargée de cette surveillance-là.
Je me rappelle bien qu’une pauvre fillette de cinq ans, attachée avec le corset de force, et ayant un besoin naturel à satisfaire, tirait, avec les dents, son pot de nuit, plus ou moins propre1 2 3.
On sait que les sœurs furent condamnées par le tribunal de Tournon.
Quelques douces toquées, par esprit de pénitence, ont imaginé des corsets faisant l’office de véritables instruments de torture. Marie Marguerite, qui se désaltérait avec de l’eau de vaisselle, se ceignait la poitrine de chaînes hérissées de pointes (3) ; à sa mort, on trouva dans son foie trois clous, qu'elle avait dû y enfoncer comme saint François d'Assise. Ejnsdem farinez , sainte Colette, la patronne de Corbie (Somme), portait une ceinture de fer qu’elle ne quittait ni jour ni nuit et qui lui entrait dans les chairs. Rappelons qu’elle naquit le 13 janvier 1381, « par l’intercession de saint Nicolas » : sa mère, alors âgée de soixante ans, avait été stérile jusque là, malgré un double mariage. « Ce corset avait tellement usé, déchiré les chairs, dit le Père Henri, son directeur de conscience, qu’il s’y était incrusté et en était recouvert en partie. » Le saint homme se crut obligé d'en arrêter les ravages et d’en prévenir les funestes effets. Aussi obéissante que mortifiée, sainte Colette se mit en devoir de l’enlever; mais il était tellement adhérent, quelle fut obligée d en attacher une extrémité à la muraille et de tirer à l’opposé. « Elle l’arracha avec des lambeaux de chair et au prix de souffrances indicibles ». Mais privée de cet instrument d’immolation, elle sut en imaginer d'autres et « continuer sa mission réparatrice ».
(1) Les Mémoires de Jean de Laval rapportent que Rabelais fut forcé de s enfuir du couvent de Maillezais, en Poitou, « pour avoir né nu f avisé messire l'abbé ».
(2) Ephém. anti-clér.
(3) La Cathédrale, p. 142.
L'abbé Douillet nous en narre une « bien bonne », sur cette moniale maniaque et bien que l'historiette s’écarte un peu de notre sujet, nous ne résistons pas au désir de la rapporter :
Sa délicate pureté a réagi, ce semble, d’une manière particulière sur son chaste corps et l’a préservé de toute corruption. Malgré les nombreuses et violentes souffrances qu’elle endurait, elle n’éprouva jamais certains effets désagréables produits ordinairement par les maladies naturelles. On ne ressentit jamais auprès d’elle aucune mauvaise odeur; au contraire, toujours du lieu où elle habitait, s’échappait une senteur délicieuse et un air embaumé qui fortifiaient ceux qui les respiraient et même les guérissaient.
Ainsi elle n'attendait pas d’être morte pour être « en odeur de sainteté »; ses flueurs, de son vivant, exhalaient le parfum des fleurs !
Autre variété de buse mortifiant. Jeanne de France, après son divorce avec Louis XII, se retira à Bourges, pour y fonder l'ordre des Annonciades et honorer le mystère de l'Incarnation ; elle portait sur l’estomac un « éclat de bois de luth », en forme de croix, hérissé de cinq petits clous d’argent — en souvenir des cinq plaies du Christ — qui la piquait sans cesse (1). La seconde épouse du « père du peuple » n’était pas moins superstitieuse et confîteen dévotion : elle couvrait ses nourrices de reliques et d’amulettes; malgré tout, ses enfants n’étaient pas viables.
(1) Lacroix, Louis XII et Anne de Bretagne.