‹ Les seins dans l'histoireChapitre 21 sur 67 · H I ST O RI U U ES · texte numérisé non relu

H I ST O RI U U ES

Plus loin, il déshabille sa protectrice, Madame d’Epinay : « El e était fort maigre ; de la gorge comme sur ma main et d autres causes inutiles à dire. Ce défaut eût suffi pour me glacer : jamais mon cœur ni mes sens n’ont su voir une femme dans quelqu un qui n’eût pas de téton. » La pauvre n’avait pas la ressource ce Mme de Courval (Mmo de Yersel, de ses Mémoires), sa rivale dans le cœur de Francueil, qui, dit-elle malicieusement, « fait des reverences en religieuse, pour montrer sa belle goige ». Lt pourtant George Sand parle d’un portrait de Mme d’Epinay, quelle a eu en sa possession, où malgré sa laideur et sa maigreur elle était représentée en Naïade, « c’est-à-dire avec aussi peu de costume que possible ». Est-ce faiblesse de constitution mammaire, incapacité notoire ou toute autre cause qui obligea la bienfaitrice du misanthrope aigri à mettre en nourrice ses trois entants, dont un illégitime? Il est vrai que V « ours » de l’Ermitage, n’avait pas encore parlé aux mères.

Bientôt l’insuffisance mammaire de Mme d’Epinay sera d’autant plus frappante que, pour paraître nourrir ses enfants, il sera de mode d’étaler une luxuriante ampleur de poitrine. Diderot nous a laissé de MUe d’Ette, maîtresse du chevalier de Yalory (1760), un crayon peu flatté : « Son visage est comme une jatte de lait sur laquelle on a jeté des feuilles de roses, et des tétons à servir de coussins au menton, les fesses à l’avenant ; du moins je le présume. » Notre philosophe nous semble oublier ici son conseil, donné à ceux qui écrivent sur les femmes, de tremper leur plume dans les couleurs de l’arc-en-ciel et de saupoudrer leur papier de la poussière des ailes du papillon! Ainsi, dans la seconde moitié du xvme siècle, nous en sommes revenus à l’opulence pectorale, aux « amplitudes désolantes » de la cour de Charles II ; tel était le ton, la fashion.

Nous avons parlé ailleurs (1) du « téton borgne » de la Zulietta, dont Rousseau fut si péniblement impressionné à Yenise : cette difformité n’a pourtant rien de repoussant. Combien de femmes perdent un mamelon, à la suite de crevasses profondes, et n’en sont pas moins fort appétissantes !

Découpons encore dans les Confessions une anecdote qui

se

(lj Curios., p. 9.

rattache aux seins. U s’agit d’un tour que M"'° de Menthon, mère de la jeune fille dont il est question plus haut, joua à la « maman » de Jean-Jacques Rousseau, Mmo de Warens : « Mme de Menthon dit un jour à un des gentilshommes du voisinage, en visite chez Mm0 de Warens, que celle-ci n etoit qu’une précieuse, qu’elle n’avoit point de goût, qu’elle se mettoit mal, qu’elle couvroit sa gorge comme une bourgeoise. Quant à ce dernier article, lui dit le visiteur, qui étoitun plaisant, elle a ses raisons, et je sais qu’elle a un gros vilain rat empreint sur le sein, mais si ressemblant qu’on diroit qu’il court. Madame de Menthon résolut de tirer parti de cette découverte ; et un jour que maman étoit au jeu avec 1 ingrat favori de la dame, celle-ci prit son temps pour passer derrière sa rivale, puis renversant à demi sa chaise, elle découvrit adroitement son mouchoir : mais, au lieu du gros rat, le monsieur ne vit qu’un objet fort différent, qu’il n’étoit pas plus aisé d’oublier que de voir, et cela ne fit pas le compte de la dame. »

Ce gentilhomme campagnard s’était payé la tête de son interlocutrice ; Mme de Warens avait, en effet, les seins très beaux, et Jean-Jacques n’a pas manqué de relever ce détail dans le portrait qu’il a tracé de sa protectrice : « Elle avoit un air caressant et tendre, un regard très doux, un sourire angélique, des cheveux cendrés d'une beauté peu commune et auxquels elle donnoit un tour négligé qui la rendoit très piquante. 11 était impossible de voir une plus belle tête, un plus beau sein, de plus belles mains et de plus beaux bras. » Ce croquis de Rousseau est d’accord avec un portrait de Mme de Warens, par Largillière, qui est au musée de Boston; «maman » y est représentée les bras nus, vêtue d’une robe bleue, bordée d’une bande de soie feuille morte, décolletée en pointe et laissant voir, sous quelques bouillons de dentelle, une poitrine éblouissante de blancheur.

Conséquences funestes de la lactomanie. — La marquise de Créquy, dans ses Souvenirs, critique sévèrement la manière de nourrir les enfants, àl’époquede Rousseau, et n’hésite pas à qualifier la lactomanie « d’inconcevable folie de ce temps-là >: : « D’abord on commençait par les allaiter soi-même ; on n’avait que du mauvais lait à leur donner, et même on n’en avait pas du tout ; mais c’était égal : — à la Jean-Jacques ! Vous pensez bien que

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