‹ Les seins dans l'histoireChapitre 22 sur 67 · JI · texte numérisé non relu

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tous les en fans de ce temps-là n’étaient pas assez résolument constitués pour résister à une nourriture insuffisante ou de qualité chétive : il en mourait les deux tiers à la mamelle, et le surplus n en échappait que pour aller mourir detisie, après dix-huit ou vingt années de souffrance continuelle et de consomption. Mesdames c e Rieux, d’Estaing, de Lusignan et de Gouiïier s’étaient opiniâtrée» à nourrir leurs poupons, attendu que le lait et la sollicitude d une mère ne sauraient être remplacés par le lait et les soins d une mercenaire, etc. Ce qu’il en est arrivé, c’est que les héritiers sont allés ad paires, ainsi qu'on aurait dû le pressentir avec de pareilles nourrices. La sollicitude maternelle de ces Dames ne s’étant exercée que sur les garçons, il ne leur est resté que des filles, et quand M. de Gouffier rencontrait chez moi Jean-Jacques Rousseau, il ne manquait pas de me dire : « C est pourtant grâce à lui que ma maison va se trouver éteinte, vilain songe creux ! Mais mon Dieu, Madame, qu’est-ce que c’est donc que la maison de Gouffier, me demanda-t-il ensuite (Jean-Jacques). Avez-vous jamais ouï parler de l’amiral de Bonnivet? — Sans aucun doute. N’avezvous rien lu sur les ducs de Roannez ? — Voilà par exemple une famille dont je ne sais rien du tout. — Eh bien, lisez 1 histoire de France avant de faire des livres sur 1 éducation. A la place du marquis de Gouffier, je vous étranglerais ! »

Naissance de Louis XV. — Plusieurs pronostics attristants entourèrent le berceau de ce monarque : le courrier, envoyé de Versailles, pour annoncer sa naissance, fait une chute mortelle ; l’aumônier ne peut ondoyer l’enfant parce que la mort vient le surprendre ; enfin les premières nourrices succombent à leur tour. En présence de ces événements malheureux, le roi se reprochait d’avoir donné à son rejeton le nom de due de Berry, qui porte malheur.

Éloquence de la chair. — Bachaumont rapporte dans ses Mémoires, à la date du 29 janvier 1703, l’histoire plaisante d’une supplique, présentée à l’audience d’un intendant, par une jeune et jolie fille qui eut recours à l’argument ad hominem et décisif de Pliryné : « Qu’y a-t-il pour votre service, belle enfant, dit Monseigneur en lorgnant la solliciteuse? — C’est un placet. — Un placet ?

ah! il n’y a rien que de juste, sans doute : un ange comme vous doit avoir raison. Si vous étiez aussi favorable à ma demande! » En même temps, ses mains libertines avaient laissé échapper le placet pour des attouchements plus délicieux : « Eh ! mais. Monseigneur, vous n’y songez pas... ; lisez. » Notre Agnès ramasse le placet, et, en se baissant, découvre à l’intendant de nouveaux charmes. Sa grandeur n’y tient point, et, de gré ou de force, il fait exaucer sa requête. Revenu à lui, la cause de la demoiselle est gagnée avant qu’il l’ait sue. Le bel ange s’envole rapidement, et monseigneur parcourt le placet... Quelle surprise ! c’était une plainte contre un chirurgien ignorant ou fripon... Depuis ce temps, Monseigneur a pris la coutume de lire les placets avant de présenter le sien. »

Etait-elle bègue de naissance ou de circonstance, cette autre solliciteuse, qui l’œil en coulisse, le corsage ouvert, présente une requête à un haut personnage et le prie instamment de « l’apostitiller? »

Miaulée bourguignonne. — La nourrice qui allaita Mm de Genlis, étant grosse de quatre mois, la gava de mie de pain et de seigle, passée dans un tamis et délayée avec de l’eau rougie, « sans lui donner jamais une seule goutte d’aucun lait ». Cette singulière nourriture, qu’on appelait en Bourgogne, de la miaulée 1 746), réussit parfaitement à la petite Stéphanie, mais nous ne saurions engager les mères à la substituer au lait de nourrice ni même au lait stérilisé.

Tarif des nourrices anglaises, en 1768. — La déposition de l’accoucheur Hunter, dans le procès en divorce du duc et delà duchesse de Grafton, nous apprend qu’aussitôt après 1 accouchement clandestin, il donna à la nourrice une guinée « petite douceur qui se fait toujours » ; ensuite, il lui payait une guinée et demie par mois, soit 38 francs pour élever l’enfant adultérin que la duchesse « gagna » (1) de son amant, milord Ossory.

Sur le marquis de Sade. — Rcstil de la Bretonne a, entre

(I) La tartuferie britannique veut que l'on dise «gagner», au lieu de «faire» un enfant ; nous ne voyons pas où est le « gain » dans cette affaire.

FAITS I. RI1RNDA

autres méfaits et sur la foi des papotages des commères de l’époque, attribué au marquis de Sade la tentat.ve de « disséquer une femme toute en vie » et cela dans une salle d anatomie et en présence de plusieurs personnes ! La victime de cet atroce projet, d'après le récit de l’auteur des Nuils de Pans [Y), serait parvenue

à briser ses liens et à s’enfuir par la fenêtre !

Le personnage, dont le nom a fourni au vocabulaire 1 epithete de « sadique », aurait satisfait sur cette malheureuse sa passion effrénée, avec des raffinements imaginés par un sens génésique en délire. Après l’avoir grisée, le tortionnaire l’aurait fait dépouiller de ses vêtements par ses gens, qui l’attachèrent sur une table. Laisse seul, en tête à tête avec la belle, il lui aurait tailladé les bras, le corps et ouvert les seins avec une lancette, avant de se livrer sur cette femme à ses débauches habituelles (2).

11 est probable que le fait s est réduit a une escapade renouvelée delà Régence. Après un souper fin, dans sa maison d Arcueil, il voulut sans doute exiger quelque complaisance extra-conjugale de son invitée, une fille publique d ailleurs Rose lvellei qui pi it au sérieux la fumisterie du marquis et se sauva, sans chemise, au poste le plus voisin, pour déposer une plainte, qu’elle retira, du reste, moyennant une indemnité de cent louis. Le marquis n’en fit pas moins six semaines de prison au château de Pierre-Encise, à Lyon, après avoir été condamné à six mois de réclusion ; il mourut en 1814 à Charenton, où le premier Consul l’avait fait enfermer comme fou. En réalité, son crime était d’avoir écrit un pamphlet contre l’immaculée, nous allions dire l’immatriculée, Joséphine de Beauharnais (3).

L aube et le crépuscule des seins, à la cour de Louis XV

— Lors de son dernier voyage à Fontainebleau, les assiduités du roi auprès de sa nièce inquiétèrent la Du Barry qui, jusque-là, affcc-

(1) Voir le récit de cette aventure, dans la 194» Nuit.

(2) D’après le procès-verbal, dressé par l'un des commissaires du Châtelet et transcrit par Charles Desmazes, dans le Châtelet de Paris, le marquis fui prévenu « d’avoir, à Arcueil, déchiqueté à coups de canif une femme, qu’il avait fait mettre nue et attacher â un arbre, d’avoir versé sur les plaies saignantes de la cire â cacheter brûlante. »

(3) Consulter Bibliographie et iconographie de tous les ouvrages de Reslif de La Bretonne, par l’.-L. Jacob, bibliophile (Paris. Fontaine, 187a, in-8° ; p. 418) et Cabanès, loc. cil.

li K S SKINS DANS I.’hISTOIUR

tait de craindre peu les charmes de la jeune vicomtesse. Et cependant ces charmes ne passaient pas inaperçus et on les célébra sur l’air d’un couplet de Julie :

Lison dormait dans un bocage

Un bras par ci, un bras par là.

Voici ce pastiche galant, recueilli par Pidansat de Mairobert :

Est-il beauté plus accomplie”!

Hébé, Vénus... oui, la voilà.

Voyez sur sa gorge jolie

Ce bouton-ci, ce bouton-là ;

Cette taille fine et légère :

Et plus bas, plus bas... halte-là;

C’est la cachette du mystère.

Vers son déclin, la gorge de la favorite « désormais trop volumineuse, avoit perdu son élasticité »; les épigrammatistes s’en gaudissaient, témoin ce couplet féroce à l’adresse des princes qui se disputaient l’honneur de faire leur cour à la comtesse « Du Tonneau »:

Le seul honneur que ce tripot s’arrache C’est le matin de voir, en cotillon,

La Du Barry, qui rit et sur eux crache,

En relevant son quintal de téton,

(Jue son Ramor, des nègres le bardaehe,

Toutes les nuits prend à profusion.

Ramor fait allusion à Zamor, le négrillon favori de la Du Barry qui la dénonça à son retour d’Angleterre.

Nouvelle Danaé. — La comtesse de Montauban, raconte Mmo de Genlis, était très joueuse. Or un certain soir, au Palais- Royal (1770), un joueur, debout derrière elle, voulut prendre pardessus son épaule une poignée de louis qu’il venait de gagner; en retirant le bras, il en laissa tomber un certain nombre, dans le corsage de la comtesse, qui se retourna en lui disant ; « Eh quoi ! Monsieur, me prenez-vous pour une Danaé .J » Muu' de Montauban se leva pour se secouer et faire tomber celte pluie d’or, et le joueur de s’écrier qu’elle faisait gros ventre et gros do y pour garder une partie de la somme. La comtesse se remit au pharaon, en disant que l’on donnait vingt-quatre heures pour payer les dettes

K Airs L K CK NI) AIRES ET

III S T OH IQ U K S

de jeu, et que sou créancier pouvait bien attendre jusqu'au lendemain. En effet, en se déshabillant, elle retrouva quelques louis qui furent ponctuellement restitués à qui de droit.

Louis XV à l'agonie. - On sait que le « Bien-aimé « ou plutôt le « Trop-aimé », atteint une première lois de la variole, en 1 /- , le fut une seconde Ibis, en 1774, et qu’il en mourut, dans sa soixante-cinquième année, « malgré les prières publiques, les 7 c Deiun, l’exposition de la châsse de Sainte-Geneviève et tout le tralala de la superstition ». Deux ou trois jours avant sa mort, le corps enflé et couvert de pustules horribles et infectes, empoisonné par leur suppuration et miné par une lièvre délirante, le roi manifesta le désir de voir une dernière fois sa maîtresse, Cotillon III. « Le valet de chambre, Laborde, introduisit la Du Barry auprès du monarque. Le moribond, bien que très abattu, eut encore la force de saisir les mains et le sein de sa maîtresse, en témoignant le regret de

perdre tant de beautés (1). »

Ainsi, à l’article de la mort, le vieux patineur pensait encore à fourrager dans les corsages !

Première grossesse de Marie-Antoinette. — Après huit années de mutisme matrimonial, imposé par son phimosis, Louis XVI se décida à se faire couper le filet et devint éloquent auprès de sa femme qui, « le printemps aidant (19 mars 1778), commença sa première grossesse. » Elle choisit pour accoucheur Vermond (2), frère du lecteur de la reine. Les professionnels officiels virent cette nomination d’un mauvais œil et ne furent sans doute pas étrangers aux méchants propos qui coururent sur le « lourdaud et ignare » confrère. On lui prêtait des réflexions dans le goût de celle-ci : « La reine, avançant dans sa grossesse, s’était plainte, un jour, à Vermond d’être plus grosse que de raison : « Songez Madame, aurait répondu le balourd, que vous êtes ventrue! » Une autre fois, la princesse se trouvait la gorge trop volumineuse : « C’est que, avait-il répliqué, vous êtes naturellement tétonnière (3). »

(1) Soulavie, Mérn. hist. et polit, du règne de Louis XVI; cité par le Dr Cabanès dans le Cabinet secret de V histoire (1>° série).

(2) Voir nos Accouchements à la Cour.

(3) Dr Cabanès, toc. cil.

K K S SK INS DANS l/lIISTOIHK

«Quoi qu’il en soit, au début du troisième mois, le doute n’étant plus permis, le 21 mai, la reine obtint l’élargissement de tous les pères détenus pour n’avoir pas payé les mois de nourrice de leurs enfants : « Si le ciel, dit-elle, me fait la grâce d’accoucher heureusement, je ferai en sorte qu’il n’y ait plus de ces malheureux. » Elle déclara vouloir « vivre en mère, nourrir son enfant et se consacrer à son éducation ». Le roi consent à ce que la reine nourrisse, si elle accouche d’un Dauphin ; mais il hésitera s’il survient une fille » (1). Or ce fut une princesse que le ciel envoya, au grand désappointement du couple royal. Mais bien que, à son second accouchement, la reine eût un fils, Louis XVII, elle oublia sa promesse et passa la main, c’est-à-dire le sein, à une nourrice.

Pudeurs ultimes. — Nous avons déjà parlé (2) de l’incident qui fit ouvrir le corsage de Charlotte Corday devant le Tribunal révolutionnaire, et de la façon dont s’y prit F « ange de l’assassinat » pour cacher leslrésorsde beauté qu’un mouvement d’alarme avait mis à nu ; la pudeur de Marie-Antoinette, au moment de son exécution (16 octobre 1793), subit une épreuve analogue. Mme de Genlis raconte qu’au moment où l’exécuteur arracha violemment le mouchoir de toile qui recouvrait le col et la poitrine de la souveraine déchue, « elle en fit un mouvement d’indignation toute royale et qui parut intimider les bourreaux ».

Autre trait pudique qui se rattache à la toilette funèbre de Madame Elisabeth. En lui liant les mains derrière le dos, le bourreau releva une des pointes du devant de son fichu : « Au nom de la pudeur, couvrez-moi le sein! s’écria la sœur de Louis XYI ! »

La malheureuse Jeanne Cray eut le même mouvement de détresse, d’après le récit transmis au roi de France par M. de Noailles : « Elle délaça sa robe et le bourreau luy vouloit ayder, mais elle luy pria de la laisser faire elle-mesmo et se tourna vers une gentille femme qui luy aida ».

Enfin, d’après Stendhal, lorsque sur l’échafaud, l’exécuteur retira le voile de Lucrèce Petroni, mère de Béatrix Cenci, elle souffrit beaucoup de se voir exposée aux regards de la foule, les épaules et la poitrine nues; mais, sa pudeur fut encore offensée par la posture

(1) l>r Cabanès, loc. cil.

(2) Anecil. hist., p. 8».

qu’il lui fallut prendre sur la planche : elle opposa une si vive résistance aux aides du bourreau qu’elle se blessa profondément la poitrine.

Épisode dans les prisons de la Terreur. La princesse de Carency, incarcérée au Luxembourg, simula une grossesse pour reculer l’exécution de son arrêt de mort ; elle essaya plusieurs fois de s’empoisonner, en faisant infuser des centimes et des épingles dans du vinaigre, ce qui lui donnait des coliques affi euses, sans autre résultat . « Ensuite, écrit la marquise de Créquy, on accourait pour nous requérir de livrer notre pitance de lait, pour en taire boire à Mme de Carency qui venait encore de s’empoisonner. Comme le lait était notre principale nourriture, on finit par se révolter, en lui faisant dire que, la prochaine fois, on la laisserait aux prises avec le vert-de-gris et la colique ; ce qui lui fit passer la manie du suicide au moyen de l’oxide de cuivre. »

La nourrice de Balzac. — C’est à tours, que le hasard fit naître, le Ie1' prairial de l’an YII (20 mai 1799), celui qui devait illustrerle nom de Balzac. « Ainsi que l’indiquent les lettres N. B. E. (Nourri Par Etrangère), inscrites en marge sur les registres de l’état civil, le nouveau-né, fut confié aux soins d’une nourrice, qui le garda jusqu’à l’âge de quatre ans. Mme de Survillc nous apprend pourquoi la mère de Balzac se choisit une « remplaçante » : elle avait perdu son premier enfant en voulant l’allaiter (1). »

Testament contre le décolletage. — Un ministre du comté d’York, mort en 1804, légua tout son bien à sa fille unique, à condition qu’elle ne se marierait pas sans le consentement des deux exécuteurs testamentaires. 11 ajoutait que si sa fille Anna persistait à choquer la décence de son sexe, en portant des vêtements qui découvraient le cou et les bras, il la déshériterait au profit d’une nièce; car « dans une femme, l’indécence de l’habillement est une marque certaine de la dépravation de l’âme (2). »

Grossesse de Marie-Louise. — « Vers le milieu du sixième

(1) Ri nseignements extraits do I étude consacrée au génial auteur de la Comédie humaine, par le Dr Cabanès, dans la Chronique médicale.

(2) Les peraonnar/es singuliers.

LUS SKINS DANS l/lUSTOFHIÎ

mois de sa grossesse, le 2 décembre 1810, jour anniversaire de la bataille d’Austerlitz et de la cérémonie du couronnement, l’Impératrice dota, sur sa cassette particulière, douze jeunes filles qui se marièrent le même jour, tandis que l’Empereur créait la Société Maternelle, dont il nomma Marie-Louise présidente : « Cette institution a pour but de venir au secours des mères de famille pauvres, ayant plusieurs enfants. On leur donnait des soins gratuits pendant leurs couches. Il leur était délivré, en outre, de quoi se procurer du vin, du bouillon et une layette. Enfin, lorsqu’elles avaient plusieurs enfants, elles étaient payées, si elles nourrissaient le dernier, comme l’aurait été une nourrice étrangère (1). »

Incident de voyage. — En passant à Pesaro, patrie de Rossini, Lucien Bonaparte n’avait pas l’intention de s’arrêter, mais son épouse se sentit prise de douleurs vives et craignait d’accoucher ; il loua donc, séance tenante, une auberge entière et fit venir, des environs, plus de soixante jeunes femmes pour choisir une bonne nourrice. « La plupart de ces paysannes, raconte Kotzebue, fournirent la preuve que les mœurs de la campagne ne sont pas encore corrompues, même en Italie. Lucien ne voulait pas arrêter une nourrice sans une visite préalable du médecin, et ces paysannes avaient tant de pudeur qu’elles ne voulurent pas se soumettre à cette visite. L’une d’elles, qui lui convenait mieux que les autres, voulut outre cela ne pas quitter son mari, quoiqu’on lui offrit deux sctidi, par jour, (environ trois écus d’Allemagne) et deux habillemeris, par mois. » Heureusement, Lucien n’eut pas besoin de nourrice, sa femme se rétablit et il la conduisit en bonne santé jusqu’à Milan.

La Censure à Vienne. — En Autriche, la vieille Anastasie est aussi bégueule et bébête qu’en France (2). Nous avons vu à

(1) Dr Cabanès, loc. cil.

(2) A la cour extra-pudibonde de François II, l’éducation de l'archiduchesse Marie-Louise se fit avec des raffinements qui frisent l'obscénité : il n'y avait au palais et. dans ses dépendances que des serines sans serin, des chattes ou des chiennes sans chat ni chien, des poules sans coq et des chevaux hongres ou des juments, pour ne pas effaroucher la pudeur d’une princesse, chez qui Napoléon ne verra bientôt qu'un « ventre » : il se rappelait ses ascendantes qui avaient eu entre 13 et 20 enfants ! et il l’épousa en considération de leur mer veilleuse fécondité.

Vienne, exposée dans les galeries du musée de 1 Hôtel de \ille, sous le n° 787, une gravure (fig. 41) à laquelle les rigoureux censeurs de 1830 refusèrent le permis de publier (1), en raison de

■son indécence ! Or il s’agit de la reproduction bien anodine de la délicieuse composition de Sicardi: Oh! Che boccone! Oh ! que! bon morceau (2)! Elle représente Pierrot fortement impressionné à la vue du sein de la coquette et rusée Colombine, qui dort d’un œil -et regarde, de l’autre, l’effet quelle produit.

Le rond de cuir autrichien, préposé à la sauvegarde des bonnes mœurs, digne précurseur de notre fameuse Ligue contre la

(1) Censürir tes Bild ausdem Jahre (image censurée extraite de l’Année).

'-) Curiosités artistiques, fig. loi, p. 137.

licence des rues : « Ah ! cachez ce sein que je ne saurais voir! » a labouré la mamelle gauche de la friponne d’une grande croix à l'encre, stigmate d’obscénité. Cet hiéroglyphe administratif signifiait que l’ autorisation ne sera accordée qu’à la condition de recouvrir le sein, c’est-à-dire de faire disparaître le sel de la composition.

Avant la proclamation de la liberté de la presse, le 20 mars 1848, la rigide censure Viennoise défendait d’appeler les actrices Madame ou Mademoiselle, et saisissait les gravures de modes qui n’avaient pas un corsage suffisamment hypocrite (1). Nos « Pères la Pudeur » n’en sont pas encore là, heureusement, bien que, descendant en droite ligne des Sosthène de la Rochefoucauld et des Falloux, qui faisaient vêtir les statues, l’un, de feuilles de vignes (2), l'autre, de caleçons ; simagrées flétries par Hégésippc Moreau :

Devant des galbes et des nus,

Tartuffe qui s’indigne,

Dans nos jardins coiffe Vénus D’une feuille de vigne.

Justice sommaire en Égypte. — Une femme fellah vient sc plaindre à Abbas Pacha, en 1849, d’un soldat qui lui avait pris pour un centime de lait caillé sans le payer. Abbas interroge le soldat, il nie : « Qu’on lui ouvre l’estomac, s’écrie le féroce justicier ». L’ouverture est faite à l’instant même : le corps du délit apparaît.

Et si par aventure il ne s’v était pas trouvé ? Eh bien, Abbas Pacha aurait fait pendre la laitière, sans autre forme de procès; quant au soldat, il n’en aurait pas moins succombé.

Certains auteurs attribuent ce méfait à Méhémet-Bey-Defterdar, gendre de Méhémet Ali, qui, pour la cruauté, n’avait rien à envier à son beau-père.

Avant de quitter l’Orient, signalons la prédilection marquée du sultan actuel, Abdul-Hamid, pour le lait. Celui qu’il boit provient de magnifiques vaches qu’il fait exclusivement nourrir de poires et de pommes d’Asie Mineure (3).

(1) Victor Tissot, Vienne et lu aie viennoise.

(2) Leur apparition lut saluée dans la presse indépendante par des plaisanteries, dont la finesse masquait quelque peu la grossièreté; telle, cette réflexion d’enfant terrible, devant un antique, muni de sa feuille de route : « C’est pas une feuille de vigne, maman, mais de figuier... j’aperçois la figue! »

(3) Abdul-Hamid chez lui. Georges Dorys.

FAITS LÉGENDAIRES ET HISTORIQUES

Baratte improvisée. - Le D' G. Crouigneau (1) raconte que, pendant un voyage en Espagne, Alexandre Dumas ne trouva pas d’autre moyen de se procurer du beurre vraiment trais, que d attacher une bouteille à moitié pleine de lait au cou de sa mule : « En arrivant à chaque étape, il cassait la bouteille et se complaisait dans la dégustation d’un beurre qui lui semblait d’autant meilleur qu’il était le résultat de sa propre industrie ».

Nous avons parcouru en vain les deux volumes, de Paris à Cadix, pour y découvrir ce procédé, « qui fait plus d’honneur à l’imagination féconde du grand romancier qu’à la douceur du pas de sa bête ».

La nourrice du prince impérial. — Mme Carette, dans ses Souvenirs intimes de la Cour des Tuileries, nous fournira de précieux renseignements sur la nourrice du rejeton impérial. La comtesse Ducos, femme de l’ancien ministre de la Marine, proposa d’abord d’abandonner à une mercenaire les deux jumeaux qu’elle nourrissait, pour consacrer ses seins au jeune Prince. L’Impératrice refusa « cette offre de dévouement ». Est-ce bien le fait d’une mère dévouée de céder les droits de ses enfants à un étranger ? Une paysanne fut choisie, mais, par précaution, une seconde nourrice habitait les Tuileries avec son enfant. La présence de cette concurrente n’était pas inutile : « quand la nourrice en titre montrait quelque velléité d’humeur, » on lui disait simplement : « Si vous êtes fatiguée, nounou, on va faire descendre l’autre ! » Cela dissipait les nuages comme par enchantement.

Le Prince éprouva le plus vif chagrin du départ de sa nourrice; il avait conservé en souvenir d’elle un foulard de soie, sur lequel il s’endormait chaque soir, et un morceau de velours d’un de ses corsages qu’il tenait à la main toute la nuit.

L’un des fils de cette nourrice fut pris parmi les communards en 1871. Envoyé à Nouméa, il s’adressa à l’Impératrice pour obtenir quelques adoucissements, et l’on dit alors que la Commune « était pleine de gens attachés à l’Empire. »

(I) Promenades d’un médecin à travers l'Exposition de ISSU. L’auteur de cet opuscule a fait de nombreux emprunts à notre Histoire des Accouchements chez tous tes peuples, sans nous citer une seule fois: nous ne suivrons pas son exemple, Suum cuique.

LUS S Kl NS DANS I, HISTOIRE

Elle aimait trop le bal... — Des mêmes Souvenirs, nous tirons cette autre anecdote. Le Prince Impérial gagna la rougeole à un bal costumé des Tuileries, en dansant avec la très jolie Mlle Robin. La pauvre jeu ne fille souffrait depuis quelques jours, mais se gardait bien de se plaindre, pour ne pas être privée de ce bal. La toilette terminée, la mère aperçut des rougeurs sur la poitrine de sa fille ; M“° Robin n’y voulut pas attacher d’importance, vint au bal et dansa toute la nuit. « Mais en rentrant, une fièvre ardente la prit. La rougeole était rentrée et rien ne put la sauver. »

Moralité : dans une fièvre éruptive, éviter de sortir, crainte que l’éruption ne rentre , dirait Calino.

Nourrice d’Alphonse XIII. — Avant la naissance de ce souverain (17 mai 1886), on procéda au choix d’une nourrice royale ou aya. Parmi les vingt-trois robustes plébéiennes qui se disputèrent l’honneur de nourrir un prince, on choisit une grande et belle fille des Asturies, la sénora Raymunda. Un dicton espagnol affirme que les pasiegas de Santander sont les meilleures nourrices d’Espagne : Raymunda lui doit sans doute d’avoir été préférée à ses concurrentes ; ajoutons qu’elle avait déjà fait ses preuves en donnant le sein à l’un des petits cousins du roi, fils aîné de 1 infante Mercédès. Pendant la durée de sa charge, elle porta le costume de sa province : « Jupe rayée aux plis minces, bordée d’un galon d’or, corsage de velours noir également bordé d’or, chaînettes d’argent et foulard de soie aux couleurs voyantes coquettement posé sur lajbrune chevelure (1). »

Cadeau macabre. — M. Camille Flammarion a raconté, dans Le Figaro (2), par suite de quelle circonstance il hérita de la peau des épaules d’une de ses admiratrices, une jeune comtesse d origine étrangère, qu’il avait remarquée dans une soirée. «Elle était romanesque et nerveuse ; la phtisie la guettait et devait 1 emporter bientôt.

... Un jour, elle dit à l’astronome : Je vous donnerai, plus tard, une chose que vous ne pourrez pas ne pas accepter sans me faire offense.. M. Flammarion avaitfini par oublier la promesse mystérieuse,

(1) Austin de Croze, la Cour d'Espagne.

(2) !)■■ Cabanès, Chronique médicale.

lorsqu’un soir arrive chez lui, à son adresse, un paquet apporté par un commissionnaire. Le paquet était accompagne ( une c rc encadrée de deuil; il contenait une peau blanche, épaisse e « dégageant, a affirmé M. Flammarion, comme une sorte de fluide électrique ». La lettre émanait du médecin de la comtesse de X... et était ainsi conçue :

Cher maître,

J’accomplis ici le vœu d’une morte qui vous a étrangement aime. Elle ni’a fait jurer de vous faire parvenir, le lendemain de sa mort, la peau des belles épaules que vous avez si fort admirées, « le soir des adieux », a-t-elle dit, et son désir est que vous fassiez relier, dans cette peau, le premier exemplaire du premier ouvrage de vous qui sera publié après sa mort.

Je vous transmets, cher maître, cette relique, comme j ai juré de le faire, et je vous prie d’agréer, etc.

Docteur V...

La peau fut envoyée à un tanneur, puis à un relieur, qui en recouvrit un exemplaire de Terre et Ciel , en cours de publication à ce moment. De telles aubaines n’échoient qu’aux astronomes... et aux ténors.

Il est bien certain que M. Flammarion, en contemplant le royal et magnifique décolletage de l’astre qu’il avait eu sous les yeux, n’avait pas plus admiré les épaules que les hémisphères antérieurs ; mais la pauvre malade, amaigrie par la maladie, ne voulut pas sans doute lui léguer des seins naguère étincelants, qui n’étaient plus que l’ombre d’eux-mêmes, et préféra emporter dans la tombe ces tristes débris.

Charge d’atelier. — Un élève de Donnât, chamarré d’ordres exotiques, avait préparé une toile sur laquelle était peint un torse féminin à nu. Il en était fort satisfait; mais, aussitôt parti, les camarades prennent la toile, ajoutent au col de la beauté la cravate du cordon de commandeur de la Baleine ambulante et attachent au bout de l’un de ses seins la croix de la Tulipe des îles Océaniennes. Le lendemain, à l’arrivée du maître, le rapin constellé lire la toile de; sa retraite et la montre avec empressement, dans l’atlcnle de félicitations méritées ; mais il resta médusé à la vue de la cruelle fumisterie dont il avait été la victime. Devant sa mine

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