‹ Les seins dans l'histoireChapitre 29 sur 67 · F AI 'I'S 1. K G · texte numérisé non relu

F AI 'I'S 1. K G

Godiva, femme de Léofïric,

d'Amiens, qui rappelait un Godiva, femme de Léoflri

de Léolmc, comte ue D

’esseur (xie siècle). Voici l’anecdote de cette blonc c timide comme un agneau, douce comme une iour nue les habitants de Coventry sollicitaient

Lait un acte de dévouement accompli par lady Léoffric, comte de Coventry, sous le régné

d’Edouard le Confesseur (xie siècle). V oici fille d’Albion, « timide comme un agr colombe » : Un jour que les habitants du comte Léoffric la remise d’un impôt c

coiomnt; » . i.

du comte Léoffric la remise d’un impôt qui, depuis longtemps, le

plongeait dans la plus profonde misère, elle intercéda pour eux :

« De par Dieu ! s’écria le duc guerrier, je ne remettrai point cet impôt, que vous n’alliez promener à cheval, nue comme l’enfant qui vient de naître, d’un bout à l’autre de la ville ! » Il pensait mettre une condition impossible. Lady Godiva l’accepte : « Je ferai ce que vous dites, répliqua-t-elle, pour sauver ces pauvres gens ». Léoffric, très marri de son imprudence,

Un malheureux boulanger ayant contrevenu aux ordres du comte, en ouvrant ses persiennes et ses yeux au passage de la jeune femme, fut impitoyablement « tranché » le jour même.

Une fête anniversaire fut instituée pour perpétuer le souvenir de l’événement. Chaque année, la statue de Godiva, non pas nue, cette fois, mais vêtue de riches habits, était portée en triomphe et ne manquait pas de passer devant la porte du pauvre diable de mitron ; « la tète du téméraire était figurée à la fenêtre même où sa fatale curiosité l’avait attiré ». Curieux rapprochement, qui n’est peut-être pas étranger au choix de ce sujet : Jules Lefebvre est fils d’un boulanger, qui était établi près la cathédrale d’Amiens,

(1) Gr. DicL. Univ. du XIXe siècle.

ordonna qu’au jour de l’épreuve, on ne mit pas le pied dans la rue, qu’aucun œil ne s’abaissât ; tous devaient rester dedans, portes closes et fenêtres barrées, et quiconque hasarderait un regard indiscret serait mis à mort (1). L’héroïne se mil donc en selle et parcourut la ville, sans autre vêlement que son opulente chevelure.

LES SEINS DANS l’hISTOIIIK T

où il est né. Behnes William, sculpteur anglais, mort en 1 8(> a laissé un groupe de Lady Godiva, d’une heureuse conception et d’une touche exquise.

Y. Fulconis, au Salon de 1902, a exposé une magnifique Princesse Clémence (fîg. 51), dont le geste — nudité à part — se rapproche de celui de Henri IV, quittant, non sa chemise, mais sa religion pour Paris « qui vaut bien une messe 1 (1) ». Notre statuaire s’est inspiré du poème de Frédéric Mistral, intitulé Calendau, le pendant de Mireille. Au chant XI, le poète provençal raconte les sujets peints sur les assiettes du château des Baux, tous tirés de l’histoire de Provence. La princesse Clémence, fille du comte de Provence, Charles le Boiteux, est demandée en mariage, au nom de Charles de Valois, à condition de se montrer nue aux envoyés du roi de France : « Ce n’est pas, s’écria-t-elle, pour une chemisette que je perdrai la belle couronne aux fleurs de lys! » Son mari, frère du roi de France, devait régner en Italie : elle fut donc l’aïeule de la reine Jeanne de Naples.

D’après la Vie au temps des Trouvères , d’Antony Méray, même attitude — pour une cause différente — - chez la belle Arlette de Falaise; mais quand le duc Robert de Normandie est introduit auprès d’elle, au lieu de retirer sa chemise, elle la déchire du haut en bas. A l’étonnement de Robert, la gracieuse jouvencelle répond, spirituellement, qu'il n’est pas convenable qu'elle mette à la hauteur de sa bouche ce qui a touché ses pieds (2). La chemise, à cette époque, passait pour un objet de luxe qu’on retirait la nuit; elle était rare dans les armoires au linge : Marie d’Anjou, épouse de Charles VII, possédait seule, de son temps, deux chemises de toile : la déchirer, comme le fit Arlette, était donc un réel sacrifice.

Le tableau anecdotique de E. Deveria, gravé par Pierre Adam (fîg. 52), montrant Jeanne (T Arc dans sa prison, prête a une double interprétation. S’agit-il de la nuit du 2G mai 1431, où ses geôliers lui enlèvent ses vêtements de femme pour la contraindre,

(1) La dévotion du Vert-Galant lut des plus complaisantes : non seulement nous le verrons figurer parmi les « pénitents », mais il acceptera le titre de chanoine de Saint-Jean de Latran. La statue du joyeux Béarnais figure encore dans cette église ; son visage de circonstance est méconnaissable et « il a 1 ait tout mélancolique de se voir en un tel lieu ».

(2) De leur union devait naître Guillaume le Billard.

faits légendaires et

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à son réveil, de revêtir les habits d’homme, que son juge, l’évêque Cauchon, lui interdit sur l’autorité des canons de 1 Eglise . On l’accusera alors d’être « rencheue », afin d’attirer sur la pauvre recluse les rigueurs de son implacable tribunal. Ou bien, le peintre

Fig. 52.

a-t-il voulu rappeler l’infamié d’un « grand lord d’Angleterre », le comte de Stafford, dit-on, qui entra dans le cachot de Jeanne, pendant son sommeil, et tenta de lui faire violence? Les Anglais

croyaient que si Jeanne perdait sa virginité, elle perdrait en même temps son « heur », c’est-à-dire son charme, sa fortune ; et, poussés parce sentiment, ses gardiens l’avaient, à plusieurs reprises, menacée de lui faire subir le dernier outrage. C’est pour arriver plus facilement à leurs fins qu’ils engageaient Jeanne à quitter ses

habits d’homme, qu’elle s’obstinait à garder, comme étant plus propres à défendre sa pudeur et aussi comme signe de sa mission guerrière non terminée : chasser l’Anglais de France. Quelques inexactitudes sont à relever dans cette composition : l’étalage complet des seins, qui jure avec la pudeur de la villageoise do Domrémy; d’autre part, sa chevelure était taillée en rond, à la manière des hommes, et fut rasée vers le 25 mai : l’artiste a cru devoir augmenter les charmes de son héroïne en lui rendant une opulence de cheveux qu’elle ne possédait pas.

Lors de son passage à Avignon, François Ier eut la curiosité de faire ouvrir le tombeau de Laure — l’amante immaculée de Pétrarque — dans l’église des Cordeliers ; on y trouva, au milieu des ossements, de huit dents et des cheveux, une médaille en bronze offrant le profd d’une femme qui, de ses deux mains, se cache pudiquement les seins ; certains prétendent qu’elle se les déchire. La première interprétation nous semble plus vraisemblable en raison de la chasteté de l’amante immatérielle de Pétrarque.

Parmi les nombreuses compositions qu’inspira la Henriade , la plus importante est la peinture d’Eisen (fîg. 53) ; « l’artiste, disent les Goncourt, dans ce tableau, atteint la grâce d’un petit Boucher historique ». Le héros vient d’abandonner son camp pour courir aux pieds de son adorée :

D'Estrée était son nom : la main de la nature De ses aimables dons la combla sans mesure.

Le peintre a suivi fidèlement le récit du chant IX et montre

Au fond de ces jardins, au bord d’une onde claire,

Sous un myrte amoureux, asile du mystère,

D'Estrée cà son amant prodiguant ses appas.

Mais voici le raseur Mornay, qui

toujours sévère et toujours inflexible Entraîne cependant son maître trop sensible.

Une caricature de James Gillray, Occupations de ci-devant , montre Mme Tallien et Joséphine dansant nues devant Barras, pendant l’hiver de 1797 ; voici la traduction de la légende qui accompagne cette gravure satirique et satyrique. I n fait : Boiras {pendant qu'il était au pouvoir), étant fatigué de Joséphine,

E T HISTORIQU K S

faits légendaires

promit une promotion à Bonaparte , a la condition que ce dernier [en débarrasserait ; Barras avait, comme d habitude, ni copieusement et placé Bonaparte derrière un parlent, pendant J’il s'amusait lui-même avec ces deux dames. M lalhen est une superbe femme , grande et élégante ; Joséphine est plus petite et mince, avec de vilaines dents [quelque chose comme des « clous de girofle »); il 'est inutile d’ajouter que Bonapai te accepta la promotion et la femme ; maintenant... impératrice.

de. France !

Fig. 53.

Un tableau de Jean C. Tardieu (Galeries de Versailles) rappelle l’entrevue de la reine de Prusse et de Napoléon, à Tilsitt ; la poitrine de la souveraine est toute nue ; il est vrai que nous sommes le 6 juillet de l’année 1 807.

Au même musée, une toile de Mme Auzou représente Marie-Louise distribuant ses bijoux à ses frères et sœurs, avant son départ pour la France; et bien que l’incident se passe en mars 1810, le décolletage de la future impératrice ne peut être plus complet.

La Vélocipédomanie date de loin : une caricature anglaise de 1817, reproduite par le Décolleté et le Retroussé, de Jobn Grand Cartcret, offre, dans un coin, le groupe sympathique d’un moniteur du manège qui maintient fortement... la poitrine d’une de ses élèves (fig. 54) : « C’est bien, pas trop vite, doucement, Madame; penchez- vous vers moi, Madame ! C’est cela ! Je n’ai pas de meil-

I< K S S Kl NS DANS 1,11 1 ST 0 I U K

leurc élève que vous. Encore quelques leçons, et vous pourrez lutter avec le baron lui-même. — Je ne comprends pas comment sont faits ceux qui ne prennent pas de leçons avec vous, votre méthode est si agréable que je passerais la journée entière à chevaucher avec vous. »

En gracieux et vigoureux crayon d’André Gill (fig. 5.")) nous trace le buste de la République de 1870, en son printemps, pressant ses « puissantes mamelles » et se disant avec satisfaction : « Ça pousse ! » Allusion à sa vaillante constitution, qui lui promet

de longs jours ; de fait, c’est jusqu’à présent, depuis Louis XV, le gouvernement qui a eu la vie la plus longue.

A cette aimable figure politique, opposons, en repoussoir, une vieille et horrible pétroleuse avinée, de Faustin, dont les mamelles pendantes et flasques pourraient servir d’enseigne à une marchande d’abats.

L 'Auscultation, découverte par Laënnec, a inspiré de multiples fantaisies dans une note badine, qui contraste avec le caractère sérieux de la méthode exploratrice : les artistes ont négligé son utilité pour n’envisager que ses agréments. Gustave Poetzich et Jean Morax, en 1891, ont décoré les murs de la salle de -garde de l’hôpital Laënnec de fresques égrillardes : l’une symbolise l 'Auscultation (fig. 56) et une autre la Percussion (fig. 57), sous les traits de l’interne, Jean Binot, percutant ou plutôt « pelotant » une timide hospitalisée.

Une spirituelle vignette de Draner surprend un jeune médecin dans l’exercice de ses fonctions, l’oreille appliquée sur la poitrine engageante de la jolie cliente, et leur prête ce dialogue : « Il me semblait, docteur, que c’était dans le dos qu’on écoutait. — Poulies poitrines faibles, oui... mais pour vous, ce n’est pas le cas ».

Le Rire, sous le crayon piquant d'Abel Faivre, présente un vieux confrère, qui certes ne pense pas à la bagatelle, — le pauvre n’a plus de roide que les articulations — , il ausculte avec attention une malade, dépourvue d’attraits sinon de trayons, et sa conviction s’affirme dans cette repartie peu galante : « Pourquoi levez-vous

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les bras? — Docteur, pour que mes seins ne tombent pas. Eh ! Madame, soyez sans crainte, on a balayé ce matin ». Eue auüc drôlerie du même caricaturiste, parue dans le Journal lait voir

Fig. 55.

une jeune femme, au torse nu, auscultée et palpée par un vieux polisson qui, la joue et la main au contact de cette chair fraîche, jubile et rit sous cape : « Oui, docteur, je me sens un point dans le dos. — Que vous ôtes enfant !!... C’est le mien. »

Albert Guillaume qui, dans ses dessins et légendes satiriques du Matin, peiftt, avec tant de vérité, l’attitude et l’expression comiques de ses personnages, fait figurer en tète des Don Juans modernes , émules du marquis de Priola, un médecin consciencieux qui, pour

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