‹ Les seins dans l'histoireChapitre 3 sur 67 · E T HISTORIQUES · texte numérisé non relu

E T HISTORIQUES

niença à Pao-Ting-fou. Entre autres atrocités commises dans cette ville, l’enquête du général Bailloud révéla qu une Américaine, avant d'être mise à mort par les révoltés, avait été promenée toute nue, les seins coupés. Les Chinois, en effet, ont une profonde indifférence pour ces organes ; ils reportent toute leur tendresse sur ces horribles moignons de pieds, qui éveillent chez eux les mêmes idées voluptueuses que les mamelles en Occident (1).

Ablation rituelle des seins. — Certaines sectes chrétiennes, en Russie, les Klysty ou flagellants et les bkopsty ou Mutilés, qui se châtrent, comme Origène, par fanatisme religieux, se procurent d'une façon bien cruelle la matière nécessaire à la communion : « Après avoir décidé une vierge de quinze ans, par force promesses, on lui extirpe le sein gauche pendant une immersion dans un bain d’eau chaude. Cette chair est alors découpée sur un plat en menus morceaux , que les assistants consomment. Ensuite la jeune fille estretirée du bain et onia pose sur un autel à proximité. Toute la communauté exécute autour d’elle une danse folle et sauvage et entonne des cantiques (2). »

Et chez nous, d’autres sectaires — les antisémites — accusentles juifs de meurtres rituels qui n’ont jamais existé! Est-il donc vrai que la foi attire la mauvaise foi?

Anomalies mammaires. — Nous passerons sous silence les mamelles supplémentaires, étudiées déjà à tous les points de vue : anatomique, religieux et artistique. Observons seulement que certains goitres globuleux peuvent avoir l’apparence, surtout chez la femme, d’un troisième sein. «Dans le Valais, écrit, en 18o0, le Benvenuto du style, nous avons rencontré ma chimère, c’est-à-dire la femme à trois tétons; mais le troisième était un goitre et c’était le seul dur. » Cas pathologique qui rappelle le vers de Boileau :

Son menton sur son sein descend à triple étage.

Les seins hypertrophiés sont assez rares chez l’homme; cependant le D1 Bedor, chirurgien en chef de l’Hôtel-Dieu de Troyes,

(!) Dr G. Matignon, Superstition, crime et misère en Chine, 2° édit. 1900.

(-) Haxthausen, Etudes sur ta situation intérieure de la Russie ; cité par M. A. Leroy-Beaulieu dans l 'Empire des Tsars et les Russes (Hachette, 1881-1882, 3 vol. in-8°).

LES SEINS DANS 1,’llISTOIKE

vers 1836, a rencontré cette conformation sur trois jeunes gens, dans les conseils de révision de l’Aube. Ils furent déclarés impropres au service militaire, attendu que tout habit de drap, tenu fermé sur la poitrine, leur était trop pénible à supporter; n’était-ce pas le cas de recourir aux corsets?

Chez la femme, l’hypertrophie mammaire, en dehors des tumeurs, est assez fréquente ; nous rappellerons les observations les plus curieuses, publiées par les chirurgiens : Marcé, en 1854, a opéré avec succès une mamelle droite de 2,500 grammes, la gauche normale ; Ashwell, en 1842, a enlevé une mamelle de 10,000 grammes; Durston a observé une malheureuse portant une mamelle droite de 18,200 grammes et une gauche de 30,200, et qui fut frappée de mort spontanée; enfin le D1' Garcia, directeur de l’hôpital militaire de Mexico, a publié, en janvier 1901, ie cas le plus extraordinaire qu’on ait observé jusqu’à ce jour : une mamelle de 40 kilogrammes.

Christine de Suède présentait une difformité mammaire moins accusée : cette « Messaline du Nord » était contrefaite ; elle avait, non seulement, « le nez plus long que le pied », assure une lettre apocryphe conservée à la bibliothèque Harlayenne, mais elle était agrémentée d’ « un téton plus bas que l’autre, d’un demipied, et si enfoncé sous l’épaule, qu’il semble pas qu’elle avait la moitié de la gorge absolument plate (1). »

Variétés ethnographiques. Mœurs et Coutumes. — Chez les primitifs comme chez les civilisés, les femmes sont portées à la coquetterie; c’est un faible inhérent au sexe de ce nom. Le désir

(1) La grande Mademoiselle a raconté à la duchesse d'Orléans « que cette singulière reine, étant fort blanche, se couchait toute nue sur un lit de velours noir, pour se présenter ainsi à ses amants ». Ce raffinement de lubricité ne concorde guère avec le portrait ou plutôt la caricature tracée par l'auteur inconnu de la lettre en question, qui exagère certainement ses difformités corporelles : « sa taille, écrit-il, est voûtée ; elle a une hanche hors d’architecture; elle boite:... elle rit de si mauvaise grâce que son visage se ride comme un morceau de parchemin que l’on met sur des charbons ardents;... elle n’a pas soin de ses dents, elle pue assez honnêtement pour obliger ceux qui l'approchent à se précautionner et à se parer de la main... » Ce n’est qu’une charge émanant de quelque courtisan dépité, d'un amant transi ou d’une rivale jalouse.

D’ailleurs les difformités physiques ne semblent pas rebuter autrement les Don Juans septentrionaux: Pierre III n'avait-il pas, pour favorites, une bossue, la duchesse de Courlande, et Elisabeth Voronlzof, qui était marquée delà petite vérole, et de plus « louchait, puait et crachait en parlant », affirme une mauvaise langue de l’époque.

FAITS Légendaires et historiques

de plaire ne consiste pas seulement en parures ; certains organes subissent des déformations spéciales, s’accordant avec 1 esthétique de la région : pour les Chinoises, les pieds, transformés en moignons, représentent le nec plus ultra de la beauté (1); les Boschidiennes s’efforcent de distendre les lèvres vulvaires jusqu’à ce quelles servent de tablier ou de pagne; certaines peuplades font sauteries incisives médianes; d’autres cherchent à modifier la forme de la bouche, celle des seins, etc. C’est, d’après Mondière, pour la femme Assinienne un signe de beauté d’avoir le mamelon le plus long possible. Elle atteint rapidement son idéal en se faisant saisir le bout du sein entre les pinces des nymphes du myrmyle ou fornicarius ; cette coutume est répandue dans plusieurs parties de l’Afrique.

Claudius Madrolle, dans son curieux ouvrage En Guinée, a fait des remarques intéressantes sur la plastique thoracique des femmes Soussous, peuplade du Sierra-Leone : on rencontre souvent des petites filles d’une dizaine d’années avec des seins d’un développement peu en harmonie avec celui du corps ; souvent le mamelon forme une saillie considérable simulant une glande surajoutée à la première, en forme de gourde.

Nous savons que les Indiennes viennent arroser la tombe de leur enfant nouveau-né avec leur lait (2) ; mais cette pratique contribue à prolonger la sécrétion lactée, plusieurs mois après la mort de l’enfant. Chateaubriand, dans Atalci , rapporte une coutume analogue : une mère, avant d’exposer, sur les branches d’un arbre, le cadavre de son enfant, le berce encore dans son giron : « Et la jeune mère chantait d’une voix tremblante, balançait l’enfant sur ses genoux, humectait ses lèvres du lait maternel et prodiguait à la mort tous les soins qu’on donne à la vie ».

(1) La beauté Chinoise réside en grande partie dans le pied. « Le pied d’une femme, d’après le Dr G. Matignon, pris dans la main d’un Céleste, lui produit le même effet qu’à un Européen, la palpation d’un sein jeune et ferme. » Napoléon partageait les goûts de la race mongole : il prisait, avant tout chez une femme, les mains et les pieds; il trouvait que Mü° George, qui couchait avec ses bas pour cacher ses grands pieds, avait les « abattis canailles ». Les seins, aux yeux du conquérant, étaient secondaires: aussi Joséphine et Marie-Louise avaientelles des extrémités priviligiées, mais la poitrine delà première, « bas placée et plate », ballottait dans un corsage sans corset ni brassière et celle de la seconde était, au contraire, « très forte, tout à fait d'une nourrice », dit l’auteur de Napoléon el les femmes, F. Masson.

(2) Curios., p. 78, fig. 49.

En Laponie, d’après Alexandre Duchemin, les seins sont flétris avant l’âge : « tel nourrisson — chacune presque a le sien — qui tète un sein amaigri, semble téter sa grand’mère. »

Dry a publié de curieuses notes de voyage sur Lisbonne et, en particulier, sur les Ovarinas, originaires d’un petit port du littoral portugais, Ovar. Le type féminin y est admirable et ces marchandes de poissons sont les plus belles filles de la péninsule :

« Elles ont la poitrine jeune et très cambrée; les jupes relevées jusqu’au-dessus du genou, elles marchent vite sans presque bouger le haut du corps, avec une grâce infinie. N'emprisonnant jamais leur taille dans le moindre appareil de torture, elles gardent longtemps les apparences de l’extrême jeunesse ». Cet explorateur a vu des Ovarinas dont le visage n'était plus très jeune, mais dont la poitrine était toujours superbe. Par opposition : les Portugaises de la ville de Guimanarez ont la gorge remarquablement développée, assure Alexandre Dumas.

Lors du voyage de Théophile Gautier en Italie, les seins, sur les bords du lac Léman, n’étaient pas en odeur de sainteté; le poète en exprime ses regrets à Mme S..., la « Présidente » de la rue Frochot :

«... Genève, ville protestante, où, pour humilier les catholiques et leur montrer qu'ils ne sont que des pavens sensuels, les femmes se rabotent le. . . derrière et les tétons avec la varlope de la modestie, selon la méthode américaine. »

Au pays où les hommes portent le jupon, en Grèce, « les filles’ couvrent leur tête et ne couvrent pas leur poitrine, » dit About ; les mamelles atteignent, vers la trentaine, un développement quasi pathologique. Les impressions des observateurs sérieux concordent sur ce point : « A quinze ans, écrit Gaston Deschamps, la maigreur atlique des femmes d’Athènes est étoffée et robuste. A vingt ans, leur beauté s’épanouit comme une fleur splendide nourrie de lumière et saturée de soleil. Après quelques années de rayonnement, leurs nobles formes, après avoir atteint à la majesté olympienne, débordent en ampleurs exagérées et éclatent en boursouflures intempérantes ». En style moins pindarique, le sceptique auteur delà Grèce contemporaine arrive aux mêmes conclusions : suivant la mode du pays, les Hydriotes, en toilette de soirée, montrent leur poitrine « tombant en cascades dans leur chemise ».

V Keresova, en Arcadie, le même auteur assiste a la célébration de la Saint-Nicolas : « Les femmes grecques sautent aussi haut quelles peuvent ; or les femmes grecques (je n’ai pas dit les dames) ne portent jamais de corset, quoiqu’elles en aient besoin plus que personne il v avait dans cette foule bon nombre de nourrices au corsage exagéré, qui riaient du haut de leur tête en voyant osciller librement toutes leurs richesses maternelles. Mais ces mères de famille, rudement ballottées, ne servaient qu’à mieux faire valoir deux ou trois jeunes filles à l’œil calme, au visage sévère, qui pouvaient bondir impunément, sans troubler 1 harmonie de leurs lignes

sculpturales ».

Autre trait d’observation qui ne manque pas de saveur : « Une fois mariée, la paysanne la plus élégante ne s inquiète plus déplaire à son mari; elle se trouve assez belle, le dimanche, si elle peut aller à la promenade, précédée de son mari, suivie de cinq ou six marmots. Elle ne prend aucun soin poui cachei ou poui soutenir le sein formidable qui a abreuvé toute cette petite famille. Elle s’avance d’un pas majestueux, le ventre en avant, comme une oie. Ainsi le dit la chanson : « Abaissez- vous, montagnes, afin que je voie Athéna, mes amours, qui marche comme une oie ».

La statuaire antique n’admettait que des seins petits et ce sont cependant les ancêtres de ces Grecques tétonnières, qui lui ont servi de modèles. Lessing soutenait que « la nature et l’art ne font qu’un » ; Albert Durer, que « l’art se cache dans la nature ». Durer avait raison contre Lessing : à l’artiste, il appartient de de dégager le diamant de sa gangue.

A Rome, comme à Athènes, les beaux seins n’étaient pas les plus gros : Ovide conseille de couvrir, sous un léger voile, les seins trop élevés ou trop amples, et Martial (1) demande que la poitrine de la femme soit telle ut capiat nostra legcitque mai ms.

Quant aux Romaines contemporaines, les impressions des voyageurs sont contradictoires ; il est vrai qu’à un siècle de distance, les modes ont pu changer. Ainsi Kotzebue, en passant à Rome, juge le costume des femmes désagréable : « elles portent une espèce de

(1) Cité par le Dr Slraz, la Beauté île la femme.

corps qui leur aplatit tout à fait le sein ». Théophile Gautier, au contraire, leur trouve une apparence « potiroforme » : « Les Romaines sont outrageusement belles, d'une beauté lourde, compacte, massive, mais incontestable... Elles sont énormes et semblent descendues des piédestaux du Musée. Vingt enfants tiendraient à la fois dans leurs flancs robustes; il faudrait des corsets garnis de fer, pour contenir leurs gorges orgueilleuses. L’histoire de la mère de Béatrice Cenci, à qui l’on ne pouvait couper la tête, parce que ses tétons, gros comme des bombes, l’empêchaient d’appuyer son cou sur le billot, (et qui m’avait toujours paru singulière), se comprend parfaitement ici : ce n’est pas la grande tétasse avalée et brimballante de Rubens ; le grand baquet de colle à la flamande, qui tremble à chaque mouvement ; le Niagara de viande, qui ruisselle, du haut de la poitrine, sur les montagnes du ventre et dans les vallées du pubis, comme on voit dans les bacchanales de Jordaens ; ce sont deux mappemondes que l’on porte devant soi, un second fessier appliqué sur l’estomac, deux immenses terrines vues du côté bombé, un Capitole et un Palatin de chair humaine ». Qui reconnaîtrait le délicieux poète d 'Emaux et Camées dans cette description rabelaisienne ?

Suivons le volage Théo à Venise, où la Fénice, danseuse âgée de dix-huit ans, l'autorise à s’agenouiller devant l’autel de ses seins. « Ils étaient gros, passablement fermes, très blancs, veinés de bleu, avec un petit bout rose, entouré d une grande auréole couleur d’hortensia. Le lait qui les gonflait leur donnait un air de tétons de Rubens... J’ai oublié de dire que la pauvre créature était un peu enceinte, sous prétexte que 1 armée autrichienne ne se retire pas et que les Hongrois ne sont pas hongres. »

Finissons par un coup d’œil rapide sur les bustes féminins des différentes régions de la France. Les Provençales et les Languedociennes ont moins de gorge que les femmes du Nord, mais elles sont plus voluptueuses. Un touriste Anglais, qui a publie un voyage en Provence, dit que les Arlésicnncs et les Avignonnaises sont les plus belles filles de l’Europe; le (ils d Albion en donne cette raison un peu vaine : « C’est que les Anglais fréquentent beaucoup dans ces parages. » L’auteur rend le même hommage ù ses nationaux, en prônant les Lyonnaises et les femmes du p«\>s de Caux : « Par la taille, le sein, etc., elles peuvent le disputer a

FAITS

légendaires et historiques

toutes les tailles et à tous les seins des trois royaumes unis ^ (I » • 11 n’y a pas que M. Josse qui soit orfèvre, le pince-sans rire John bull l’est aussi à ses heures. Les Normandes et les Bretonnes, a la gorge assez opulente, ont un corsage élégant ; les femmes du centre, d’Auxerre, par exemple, sont superbes par l’ampleur de leurs formes et font d’excellentes nourrices ; enfin la Parisienne, qui possède « la science du faux », change de poitrine suivant les exigences de la mode. En résumé, la remarque d’Henri IV est toujours juste : « Oncques ne vis, disait le Vert-Galant, si belles tétonnières qu’au pays de France » ; et il s y connaissait.

Usages singuliers des seins. — Avant de servir de garde manger à bébé, le sein est la pelote, l’oreiller du père; aucun organe ne réunit mieux les avantages de 1 utile dulci. Ces appas palpables sont des appâts magiques qui, avec les charmes du visage, provoquent, chez l’homme, la griserie nécessaire à la reproduction de l’espèce ; d’autre part, les caresses du mamelon déterminent, chez la femme, un éréthisme favorable a 1 union sexuelle .

« Où vont ces doigts curieux ? »

demande l'amante pâmée :

— Puisque j’en tiens un, Madame,

Laissez-moi prendre les deux,

répond Y Amant timide d’Hégésippe Moreau... L’ivresse des sens dissipée, ces organes deviennent quelconques ; la froide raison reprend ses droits et le dialogue des amoureux se termine dans l’angoisse et les sanglots :

« Qu’avons-nous fait là, grands dieux ?

— Oh ! rien qu’un enfant, Madame !

Oh ! rien qu’un enfant... ou deux! »

C’est surtout dans le mécanisme de l’appareil génital, que le merveilleux artiste delà Création a fait preuve d’ingéniosité et... de malice.

Avec son sein — MUo Mars disait : « avec son éventail » (2) —

(1) Hector France, les Dessous de Ici pudibonderie anglaise, 1900.

(2) Le sein de la célèbre tragédienne n’aurait pas eu la même vertu, car. à ses débuts, elle était si dépourvue de charmes, qu’on la comparait à « un pruneau sans chair. »

LES SEINS DANS l’ III ST 01 HE

une femme est plus redoutable qu’un homme, l’épée à la main ; c’est l’arme la plus puissante du sexe faible pour subjuguer, non seulement le libre arbitre du sexe réputé fort, à l’exemple de Phryné, mais aussi sa force physique. Lactance rapporte un curieux épisode du siège de Messène par les Lacédémoniens. Les Messéniens sortirent, la nuit, pour s’emparer de Lacédémone, mais ils furent repoussés par les femmes casquées, cuirassées et en armes. Les Lacédémoniens accouraient à leur secours, quand ils les rencontrèrent allant au-devant d’eux ; ils les prirent pour une troupe ennemie, et afin de faire cesser cette méprise, les Lacédémoniennes eurent l’idée de se dépouiller complètement de leurs vêtements ; il en résulta une mêlée, non sanglante, mais amoureuse, où « chacun, dit Larousse, donna les preuves de son amour à celle qui la première se rencontra dans ses bras. »

Autre exemple de victoire sans effusion de sang : le b octobre 1789, les femmes de la Capitale se rendirent à Versailles, ayant à leur tête Théroigne de Méricourt ; elles se découvrirent la poitrine devant la rangée de fusils, du régiment de Flandre, prêts à faire feu et parvinrent à détourner des excès un grand nombre de soldats. C’est à cet incident que fait allusion l’empereur Léopold, dans la Théroigne de Paul Hervieuj, jouée par Sarah Bernardt : il reproche à l’héroïne (1791), d’être entrée dans les rangs, et d’avoir harangué les soldats pour les détourner de leur devoir « par des provocations impudiques ».

Le sinus ou creux des seins — étymologie de ce mot — est la cachette de prédilection des femmes :

Faites, mon Dieu, qu’à cet instant je meure,

s’écrie Ruy Blas, apercevant sa manchette de dentelles cachée dans la gorgerette de la reine. M"‘e de Montespan agonisait à Bourbon-Lancy, lorsque son fils, le duc d’Antin, découvrit cachée dans son sein la clef de sa cassette.

La cavité inter-mammaire, qu’Adam de la Halle appelait « le ruiotel d’amours », la vallée d’amour, sert, à l’occasion, de portefeuille à valeurs, d’écrin aux perles liquides, fausses ou vraies, qui tombent des yeux de nos rusées et belles endolories. Jules Clarctiea tiré des Mémoires inédits dcMlle George l’anecdote suivante : l’Empereur, étant à Saint-Cloud, envoya chercher, ù Paris, cette célé-

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brité dramatique — la favorite du moment et lui annonça qu il partait le lendemain matin, à cinq heures, pour le camp de Boulogne. La reine -de théâtre ne semblait pas autrement émue de cette nouvelle ; l’Empereur lui en fit le reproche et mettant la main sur le sein gauche : « 11 n’y a rien pour moi dans ce cœur, dit-il. » MMo George était au supplice et aurait donné tout au monde pour pouvoir pleurer, « mais elle n’en avait pas envie ». Ils étaient sur le tapis de la bibliothèque, près du feu... Après un long silence, la comédienne finit par obtenir de ses glandes lacrymales deux grosses larmes libératrices, qui tombèrent sur sa poitrine. « L’Empereur, avec une tendresse que je ne peux reproduire, écrit MUe George, baisa ces larmes et les but... Je fus tellement touchée au cœur de cette preuve d’amour, que je me mis à sangloter de véritables larmes. Ce soir-là, ajoute-t-elle, l’Empereur me fourra dans la gorge un gros paquet de billets de banque — il y avait quarante mille francs — en disant : « Je ne veux pas que ma Georgina manque d’argent durant mon absence. » Et pendant cette scène intime, où, de 1 aveu du même témoin, jamais César, descendu de son piédestal, ne fut plus amoureux, M. de Talleyrand, qui venait travailler avec son souverain, l’attendit en vain. C’était la seconde fois que le fin diplomate était congédié pour le même objet : « Soyez fière, disait-il plus tard à Mlle George, cela n’était jamais arrivé ».

Chez nos belles pécheresses, la poitrine est une sorte d’étalage de joaillerie ; certaines — les acteuses surtout — sont parées comme des châsses et couvertes de diamants qui en font de véritables lustres ambulants : ainsi les belles dames du temps de Henri IV étaient « si fort chargées de pierres et pierreries qu’elles ne pouvoient se remuer ». Un couplet de la chanson d’Odette Dulac, Le français tel qu'on le parle, fait allusion à cet usage :

Sachez que la belle Otero Pour ses bijoux fut proposée.

Mais elle dit : Lou boléro Soûl il a fait ma renommée;

J’ai piou de place à la poitrine :

On se fiche de moi, je crois,

En me l’offrant comme vitrine.

En 1412, Jérôme de Prague fit afficher, par dérision, une bulle

LES SEINS DANS l/niSTOIRE

du Pape sur la gorge d’une fille publique; idée lubrique qui autoriserait ce disciple de Jean Huss revendiquer l’invention des femmes-sandwich.

Les seins interviennent dans certaines conjurations ou dans l’expression de la douleur. D’après René Bazin, les Siciliennes qui conjurent le ciel d’accabler leur ennemi de toutes sortes de maux, se dénouent les cheveux, se jettent à genoux, puis se découvrent la poitrine et baisent trois fois le sol. Les Ambouélas de l’Afrique centrale se congratulent mutuellement, en se frappant à coups réitérés la poitrine. Quand l’explorateur Cesova fut introduit auprès de leur roi, les favorites se mirent à battre vigoureusement leurs mains; après quoi, ramassant un peu de terre, elles s’en frottèrent les seins et la poitrine, en disant : « hamba et calounga ». En Orient, les femmes se frappent , à poings fermés, la poitrine, aux enterrements et en signe de deuil. Pendant le chemin de la croix, le Nazaréen s’adresse aux femmes qui se lamentent et « se frappent la poitrine » sur son passage : « Filles de Jérusalem, leur dit-il, ne pleurez pas sur moi, mais pleurez sur vous-mêmes et sur vos enfants; car voici que des jours viendront dans lesquels on dira : « Heureuses les entrailles stériles qui n’ont point enfanté et les mamelles qui n’ont point nourri ». Ce qui, entre parenthèse, ne concorde guère avec une précédente exhortation à la repopulation ; « L’arbre qui ne produit pas de fruit sera coupé et jeté au vent ».

Rappelons rapidement les usages fantaisistes que les littérateurs et artistes ont attribués aux mamelles : Scarron, dans le Virgile travesti (liv. VII), parle d’un « téton qui servoit à se moucher » ; le conte de La Fontaine, la Courtisane amoureuse (fig. 2), en fait des coussins moelleux : Camille consent, avec dédain, à laisser coucher à ses pieds la courtisane Constance, follement éprise de lui :

Camille donc s’étend, et sur un sein Pour qui l’ivoire auroit eu de l'envie,

Pose ses pieds; et, sans cérémonie,

Il s’accommode et s’en fait un coussin.

Ces boules chaudes peuvent en même temps servir au butor de « moine », de chancelière.

Sterne, dans son Voyage sentimental, considère les seins de

faits légendaires et historiques

.Julielle. la chevrière, comme un séchoir. A oyant son héroïne laver un mouchoir dans le ruisseau, il lui demande : « Mais où le feraistu sécher, ma chère enfant? — Dans mon sein, dit-elle, cela me fera du bien ». Déjà dans l’antiquité, la superstitieuse Julie, fille d’Auguste, n’a-t-elie pas utilisé la chaleur des seins, en faisant de sa poitrine une couveuse temporaire (1)?

Fig. 2. — Tirée des Contes, édités par Garnier.

Les seins de MUe Chouin, fille d’honneur « grosse et courte » de la princesse de Conli, étaient assimilés, par la féroce princesse Palatine, à un instrument de musique : « Elle avait, écrit-elle dans une de ses lettres (20 avril 1719), une gorge horriblement grosse; cela charmait Monseigneur, car il frappait dessus comme sur des timbales. »

Signalons enfin un usage peu ordinaire des seins, révélé par la peinture naturaliste : la Femme au bock , d’André Gill (fig. 3), est une fille de brasserie, en négligé du soir, qui se livre à des exercices dequilibriste, devant une galerie de piliers d’estaminet;

(1) Curios., p. 3.

le développement et la rigidité de ses seins lui permettent de porter un moss, à tétons tendus, et de chanter :

C’est pas d’là chair, ça, c'est du marbre!

Pour l’usage interne, nous ne connaissons que les supiina, mets fort recherché par les anciens : c’était un ragoût préparé avec les tétines d’une truie qui venait de mettre bas ; Martial (1) nous en a conservé le souvenir.

Nous examinerons plus loin le parti que les artistes ont su tirer des seins, dans l’ornementation et le symbolisme pictural ou sculptural. (Voir notre Appendice).

Erreurs et préjugés relatifs aux seins. — Entre autres pratiques ou remèdes conseillés par les guérisseurs et toucheurs poitevins, le D1' Tiffaud cite cette perle : « Pour préserver les femmes de tout mal au sein, frottez-leur la poitrine avec le cordon ombilical, aussitôt après l’accouchement. Quant à la délivrance, elle se fera sûrement si l’ accouchée mange de la galette cuite, la veille de Noël ».

Les sages-femmes ou ouan-pou, de l’Empire du Milieu, ne sont pas embarrassées, pour prédire à toute femme grosse le sexe de son enfant : l’aréole se fonce légèrement pour une fille et se noircit pour un garçon. Et voilà!

Nous avons sous les yeux une image, coloriée à la façon d’Epinal et sans nom d’auteur, intitulée : Y Avenir dévoilé par la conformation des seins des dames. Voici les pronostics portés par le mammologue anonyme et folichon, d’après la forme des seins; il est inutile de « tâter », comme pour les bosses crâniennes des phrénologues : Seins normaux , bon caractère. — Seins Vénus de Milo, beauté de visage, bonheur parfait. — Seins ronds, bonne santé, mariage heureux. — Sei/is parachute , très bonne santé, entêtement. — Seins géants, bon cœur, très longue existence. — Seins cornichons, faible santé, mauvais caractère. — Seins maigres, grand amour maternel, santé délicate. — Seins nuis, faible santé (2).

(1) « On croirait plutôt boire que manger celte tétine, tellement coule abondant le lait frais dont la mamelle est gonflée. » Liv. XIII, ép. 44.

(2) Hector France, loc. cil.

faits légendaires et historiques

Du même émule de Gall, une autre page coloriée . la Signification des veines des seins, toujours S. G. D. G. Supposons le

sein droit, par exemple, divise comme un cadran de montre :

les veines des régions voisines de I, II, III heures annoncent .4 venir heureux ;X, Nombreuses maternités ; IV, V, Excellente nourrice; IX, Longue vie; N I,

VII, Bonne santé ; XII, Même pronostic cpie IV, V; VIII, Avenir absolument heureux.

Une lithographie bien connue :

les Indiscrétions de Lavater, montre à nu le buste d’une jeune femme, couvert de chiffres correspondant à ceux de la figure.

Les « signes de naissance » qui se voient au visage, seraient répétés sur une partie du corps déterminée ; ainsi celui du front se retrouve, du même côté, à la partie inférieure du sein. C’est enfantin.

Les recettes propres à raffermir et à développer les seins sont innombrables ; elles ont toujours beaucoup de succès...

à la quatrième page des journaux, chez les gogottes et les cocottes défraîchies. Disons de suite qu’un seul procédé est efficace pour le développement et suralimentation. Mais ce procédé a même temps toutes les parties du contrarie l’esthétique de nos jolies

(1) Dans son Hygiène de la Beauté, le I

la fermeté des mamelles : la l’inconvénient d’engraisser en corps, taille comprise, ce qui « oies blanches » ou noires (1).

ir E. Monin conseille, pour avoir de

Exécutons quelques vieux remèdes : Ovide conseille des cataplasmes de mie de pain délavée dans du lait ; Jérôme de Monteux, médecin de Henri 11, préconise cette recette abracadabrante. Pour étreindre les seins pendants : « Pour rapetisser les grandes mamelles pendantes qui sont chose malséante, il faut user de pommade faite avec œufs de perdrix et cire qui les redresse et les rend fermes. On peut aussi se servir d’un composé de racines de lis blancs, d’huile rosat et de cire. Pour les empêcher de grossir, il faut souvent les oindre avec du suc d’acacia, ou les bassiner souvent avec poudre d’encens détrempée dans du vinaigre (1). »

L ' Anourrja Rounga, livre érotique de l’Inde, composé par le poète Koullianmoul, vers la fin du xve siècle, donne des recettes aussi singulières : la 21e, pour faire grossir les seins; la 22°, pour les affermir et les relever.

La belle madame Tallien, qui ignora toute sa vie l’existence du corset, attribuait la conservation de ses attraits aux bains de fraises et de framboises écrasées — - vingt livres des unes, deux livres des autres — dont elle faisait un fréquent usage. Le procédé de Diane de Poitiers, pour entretenir si longtemps la fraîcheur et la fermeté de ses seins, était moins compliqué : à son réveil, elle mettait son corps à la température de son âme, en se plongeant dans l’eau glacée. Ainsi faisait la Du Barrv.

Dans ses Mémoires d' Outre-Tombe (2), Chateaubriand raconte que les Seminoles et les Muscogulges, de la Floride, « afin de s’affermir le sein et les bras », se frottaient avec l’apoya ou souchet d’Amérique. Les naturels de l’équateur, pour accélérer le développement mammaire, font prendre aux jeunes filles, dès l’âge de dix ans, des infusions de feuilles de cindiera, dont l’extrait forme la base des pilules de Boerhaave.

Enfin le mirifique massage est recommandé... par ceux qui en

beaux seins : avant chaque repas, trois pilules composées de 0.20 d'extrait de galéga et 0.05 de tanin (six par jour) ; après chaque repas, une cuiller à café d’un mélange de teinture de fenouil et d’extrait fluide d’ortie blanche, dans un peu d’eau sucrée ; enfin, cinq minutes de courants induits, matin et soir, sur chaque mamelon. Les vergetures des seins se traitent, avec succès, par l'électrolyse et les compresses d’alumnol. Le même auteur nous donne, dans son riche formulaire, un grand nombre d’ordonnances variées concernant les seins.

(1) La Confraternité médicale.

(2) Première partie, Liv. VI.

faits légendaires et historiques

vivent (1) ; mais depuis longtemps, il est reconnu que les patinages (2) ou massages amoureux des seins tendent plutôt à les ramollir :

De mille bouches mignotté Dans le déduit cubiculaire Tettin perd grâce et fermeté...

Au xviic siècle, la belle lady Digby, pour conserver ses charmes, ne prit longtemps d'autres aliments que des chapons nourris avec des vipères : ainsi le lui avait conseillé son mari, philosophe, quelque peu alchimiste.

A Londres, vers le milieu du xvme siècle, les gardes-malades ne manquaient jamais, pour empêcher le sein des nouvelles accouchées de se flétrir, d’y appliquer des peaux de lièvres. Dans une enquête de la cour ecclésiastique, en 1708, au sujet d’une demande en divorce du duc de Grafton contre sa femme, la garde-malade, Martha Tyson, confirme cette pratique : « Aussitôt l’accouchement, le sommelier reçut l’ordre d’acheter six peaux de lièvres, de première qualité, chez M. Lucas, dans Panton Street. Quand je les eues, je les étendis sur la gorge de la duchesse tout le temps qu’elle passa au lit ». Ces topiques s’appliquaient sur les seins des accouchées qui voulaient en chasser rapidement le lait, en vertu de la médecine des signatures : il devait fuir avec la vélocité du lièvre.

Le privilège attribué, par les superstitieux, aux difformités des bossus, s’étend- il à toutes les bosses indistinctement? Pourquoi ne pas généraliser, se demande un bossu à qui, dans une soirée, une décolletée sollicite la faveur de toucher sa protubérance : « — Ça porte bonheur, dit-elle. — Bien volontiers, fait le spirituel rachitique, en regardant le corsage de l’interlocutrice ; mais à charge de revanche. » Une repartie analogue se trouve dans la charmante berquinade de Pierre Wolff, le Secret de polichinelle.

Mamelles géologiques (3). — Le mont Thabor, qui domine la

ü) Chez les Ambouélas de la Couchibi, la femme soupçonnée de stérilité par son mari est conduite à « l'homme de médecine », le masseur de l’endroit, qui fait étendre le sujet sur le sol et passe, it plusieurs reprises et avec forcé, un rouleau de bois, en fuseau, sur la poitrine et les lianes.

(2) M- de Maintenon écrit à sa nièce de prendre garde de se laisser patiner ; au figure, sans doute.

(3) Anecd. hist., p. 123. - En minéralogie, on appelle mastite une pierre grise, dont la forme rappelle celle d’un bout de sein.

LF. S SEINS DANS l’hIS.TOIRE

vallée du Jourdain, offre une belle forme arrondie, que l’antiquité comparait déjà à un sein. De môme, dans l’île Maurice, la montagne des Trois Mamelles était ainsi nommée « parce que scs trois pitons, écrit Bernardin de Saint-Pierre, en ont la forme ». L’auteur de Paul et Virginie ajoute en note : « Il y a beaucoup de montagnes dont les sommets sont arrondis en forme de mamelles et qui en prennent le nom dans toutes les langues. Ce sont, en effet, de véritables mamelles ; car c’est d’elles que découlent beaucoup de rivières et de ruisseaux, qui répandent l’abondance sur la terre. Elles sont les sources des principaux fleuves qui l’arrosent, et elles fournissent constamment à leurs eaux, en attirant sans cesse les nuages autour du piton de rocher qui les surmonte à leur centre comme un mamelon... »

Enfin la Jungfrau (4180 mètres), la Vierge des Alpes (1), qui doit son nom à ce qu’aucun être humain n’avait souillé son manteau de neige, présente une particularité analogue : « Ce nom de jeune fille donné à la montagne, écrit A. Dumas dans ses Impressions de voyage , s’harmonise merveilleusement avec ses proportions élégantes et sa blancheur virginale... C’est avec un sourire que les guides vous indiquent deux autres montagnes posées sur sa puissante poitrine, que les géographes appellent : celle de droite, Silberhorn (Pointe d’argent), celle de gauche Schneehorn (Pic de neige) (2), et auxquelles les guides, plus naïfs, ont donné le nom de Mamelles (3). »

L’ile de Sein « la bien nommée », au dire d’Anatole France, bien qu’elle ne paraisse pas avoir la forme arrondie d’une mamelle, abritait les druidesses — Velléda, entre autres — occupées à faire des sacrifices humains afin d’apaiser la Divinité courroucée. « Des fouilles récentes, dit Larousse, ont amené la découverte de curieuses médailles celtiques très bombées du côté de la face, représentant une tète humaine et très concaves du côté pile, marqué d’un cheval androcéphale. » Est-ce une simple coïncidence

(1) Mais un chasseur de chamois, Paulmann. entreprit de déflorer la pucelle et, depuis cette ascension mémorable, on l’appelle la Frau, car elle n'a plus le droit de porter l’épithète de Jung.

(2) La première a une altitude de 370a m. : la seconde, 3415.

(3) Nous avons à Paris la butte Montmartre, Butte sacrée de Sarcey, que le « gentilhomme cabaretier » Rodolphe Salis, renchérissant, qualifiait de Mamelle de la France, mais sous forme métaphorique.

FAITS légendaires et historiques

qui fait ressembler à un sein métallique ces médailles trouvées clans l’île du môme nom ?

Pour compléter l’analogie des mamelles géologiques avec celles de la femme, observons qu’elles sont souvent déchiquetées par des crevasses. Ainsi à Pienza, on donne le nom de balze aux fissures profondes des mamelons crevassés.

Incidemment, une curiosité étymologique qui n’a, il est vrai, qu’un rapport éloigné avec notre sujet : d’après Gérard de Ner-

Fig. 4.

val (1), le Liban tirerait l’origine de son nom du mot leben, qui veut dire, en allemand, la vie ; il le devrait à la blancheur des neiges qui couvrent ses montagnes et que les Arabes, « au travers des sables enflammés du désert, entrevoient de loin comme le lait, comme la vie ! »

Les gomilen dalmates (2) (fîg. 4), très fréquents à Zara et aux environs de Janpria, dans la presqu’île de Sabioncello, peuvent servir d’intermédiaires aux mamelles géologiques et architectoniques ; ils sont moitié naturels, moitié artificiels. Ce sont des monticules de pierres et de terre ayant exactement la forme d’un sein de femme, surmonté de son mamelon, et qui, très anciennement, ont servi de sépultures. Ils appartiennent à des époques

(1) Voyage en Orient.

(2) Pluriel de gomila, mot dalmalc.

très diverses ; quelques-uns datent des temps préhistoriques, d’autres sont d’un âge moins reculé (1).

Mamelles architectoniques. — La conformation extérieure de certains monuments religieux et funéraires rappelle-t-elle, par hasard ou avec intention, la forme du sein ? C’est ce que nous allons examiner. Tandis que la forme carrée domine 'dans les temples antiques, les églises byzantines, dont le modèle est San Vitale, de Ravenne, adoptèrent la forme globulaire : à Sainte Justine de Padoue, par exemple, « des ballons circulaires font cercle autour des coupoles » ; les dômes bulbeux de Saint Marc sont célèbres, et l’on connaît, au moins par le récit des voyageurs, les clochers en toupies renversées des églises moscovites (2 . Presque toutes les mosquées furent imitées de Sainte-Sophie et se couvrirent aussi de coupoles laiteuses : à Jérusalem, ce sont de simples renflements ombellés : chez les Arabes, le dôme prend une forme ovoïde avec tendance manifeste à se terminer en pointe mamelonnée (3). Est-ce pur hasard, ou l’intention de rappeler, par la forme de la mamelle, que le temple de la Foi abrite la nourrice de l’âme, comme la mamelle élabore la nourriture du corps? Toujours est-il qu’en Orient, la vue de ces rondeurs blanches évoque l’image des globes mammaires. « On sait aujourd’hui que la coupole arabe, dit Léon Hugonnet, n’est qu'un agrandissement de la coupe grecque, moulée sur le sein de la belle Hélène. Mais la gracieuse fantaisie des artistes orientaux l’a recouverte d’une résille d’or. La mosquée arabe, avec ses dômes émergeant au milieu des arbres, ressemble à une sultane, nonchalamment étendue, et dont les formes chastes et marmoréennes sont rehaussées par les magnifiques dentelles confectionnées par des doigts de fées et que les artistes musulmans ont pudiquement, mais élégamment, jetées autour de la belle dormeuse. »

Théophile Gautier, écrit, d’autre part, que les coupoles blanches

(1) V. le Tour du Monde cl la Revue d'anthropologie, lo oct. 1899.

(2) L’Eglise de l’Assomption, à Moscou, ne compte pas moins de treize coupoles de hauteurs différentes.

(3) Il semble que l’architecte du Sacré-Cœur de Paris, ail voulu éviter, dans les cinq coupoles, la forme profane du sein en les allongeant et en les coiffant de lanternes maigrichonnes: il en a fait autant de bonnets de coton gigantesques. Lie loin, on dirait encore une vaste mamelle de vache a cinq pis.

faits LÉGENDAIRES et

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