‹ Les seins dans l'histoireChapitre 40 sur 67 · S U U I, E T) É COLL E T A G E · texte numérisé non relu

S U U I, E T) É COLL E T A G E

Nous ajouterons, avec Antony Meray, qu’à ces anniversaires licencieux, on absolvait les fornications et les adultères; aussi s’empressait-on de commettre ces péchés, quelques jours avant la sainte fête, pour avoir le bénéfice de ces absolutions. Les Innocents étaient donc le prétexte de jeux qui ne l’étaient pas toujours.

Dans une des fêtes de Chenonceaux, que Catherine offrit à Henri III, en 1577, et qui coûta 100 000 francs, le service fut fait par les dames de la cour, « à moitié nues et ayant leurs cheveux espars comme les nouvelles espousées(l) ». La soirée se termina par la représentation d’une de ces farces italiennes qui, au témoignage de l’Estoile, « n’enseignent que paillardises ».

Henri III, en sa qualité d’affilié à l’une des confréries de pénitents appelés « les battus », abusait de la flagellation : il lui prit un jour fantaisie d’aller fouetter le garde des sceaux de Morvilliers ; une autre fois, en compagnie de Charles IX, il va au quai des Augustins, à la demeure de Mlle de Nantouillet « pour la fouetter » ; était-ce à l’époque des Innocents ? Ce prince vicieux, au dire du garde des sceaux du Yair, « fit donner assignation à toutes les

p plus célèbres de Paris, qu’il invita à Saint-Cloud et les y fit

mener dans des carosses ; où étant, il les fit dépouiller toutes nues dans le bois, puis fit aussi dépouiller tous nus les Suisses et les y lâcha à la chasse, voyant le plaisir ».

A Douai, le 3 septembre 1G62, pour la translatation, dans l’église des Recollets, des reliques de saint Prosper, une estrade entre autres, élevée dans la Basse-Rue, devant la porte de Mlle Léonore, présentait le Théâtre cl’ Amour ou « les Vanités du Monde » : des courtisanes étalaient et offraient leurs charmes « par dérision des pauvres dévotes qui n’avoientpas d’autre amant que Jésus »; sur la place publique , c’était « la Tentation de saint Antoine », avec toutes les exhibitions de la chair féminine que comporte ce spectacle.

Sous la Régence, en 1722, le duc d’Orléans inventa les Fêtes d’Adam, qui se célébraient à Saint-Cloud et où les compagnons de joie étaient costumés « en peau ». Suivant Richelieu, on y amenait de nuit et les yeux bandés des « femmes publiques » ; le Régent et ses roués portaient le masque. Ou bien on faisait répéter

(I) Aneccl. hisl., fig. 8 bis.

LES SEINS DANS l/lIISTOIUE

les ballets de l’Opéra aux jeunes choristes des deux sexes, en costume de nos premiers parents.

Mmo de Gavlus, dans ses Mémoires , rappelle les bruits qui circulaient sur les soupers où le Régent et sa fille, la duchesse de Berry, s’enivraient en commun et la fameuse séance de peinture où la duchesse posa toute nue devant le duc d’Orléans.

La Guimard, qui fit tant de passions, dansait sans voile devant ses adorateurs, en catimini ; elle écrivait, un jour, au prince de Soubise : «... Un soir, souvenez- vous-en ! vous avez voulu (j’allais m’endormir) que je danse une gargouillage dans le plus simple appareil : c'était ridicule pour moi plus encore que pour vous ; pourtant j’ai dansé... » Ses admirateurs, dont un évêque in partibus, M. de Jarente, la comparaient aux trois Grâces réunies.

Après le 9 thermidor, une subite détente fit sortir de toutes les poitrines angoissées, des cris de soulagement qui dégénérèrent en furieuses bacchanales : « Dans la promenade qu’on fit faire à Robespierre, dit Michelet, pour le mener à l’échafaud, le plus horrible, ce fut l’aspect des fenêtres louées à tout prix... Un monde de riches et de filles paradait aux balcons... Les femmes surtout offraient un spectacle intolérable. Impudentes, demi-nues, sous prétexte de juillet, la gorge chargée de fleurs, accoudées sur le velours, penchées à mi-corps sur la rue Saint-Honoré, avec les hommes derrière, elles criaient d’une voix aigre : A mort ! A la guillotine ! ... Elles reprirent ce jour-là hardiment les grandes toilettes, et, le soir, elles soupèrent... Le Palais-Royal regorgeait de joueurs et de filles, et les dames, demi-nues, faisaient honte aux filles publiques, puis ouvraient ces « bals des victimes », où la luxure impudente roulait dans l’orgie son faux deuil ». Mercier, l’auteur du Tableau de Paris, décrit une de ces saturnales ; les femmes ont adopté le costume grec, les bras nus, ie sein découvert, les pieds chaussés avec des sandales : « 11 y a longtemps que la chemise est bannie, car elle ne sert qu’à gâter les contours de la nature: d’ailleurs, c’est un attirail incommode, et le corset en tricot de soie couleur de chair, qui colle sur la taille, ne laisse plus deviner, mais apercevoir tous les charmes secrets ».

Sous le Directoire, la licence de la mode ne le cède pas à la dissolution des mœurs : c’est le triomphe de la ligne courbe et du nu, entrevu sous les étoffes transparentes : en plein hiver, on porte

SUR UK DÉCOLLETAGE

des robes de linon ! « Nosjeunes femmes, écrit Mmt de Genlis, dons une critique delà toilette des « Merveilleuses » au Longchamp de 1 797, ne veulent plus porter maintenant qu’une simple mousseline bien claire et sans apprêt... Avant tout, les vêtements d aujourd’hui doivent ressembler à du linge mouillé, afin de coller plus parfaitement sur la peau. J’espère qu’incessamment elles se montreront en sortant du bain, afin de dessiner encore mieux les formes. »

Sous le Consulat et l’Empire, à la mode grecque succède la mode romaine, la nudité étant toujours regardée comme le plus élégant accessoire du vêtement. A un bal delà duchesse de Berg, la reine Hortense avait organisé un quadrille de Vestales : l’Opéra de ce nom faisait alors fureur et tout était à la « Vestale ». La reine de Hollande figurait dans son quadrille avec le costume d une prêtresse vouée à la chasteté, malgré une grossesse de huit mois! — elle portait alors dans son sein le futur Napoléon III. — En 181 1 , raconte Georgette Ducrest, à un bal travesti des Tuileries, la même souveraine parut en Péruvienne, se rendant au temple du Soleil : « son élégante tournure ressortait admirablement sous un vêtement tellement léger, qu’il semblait alourdi par les flexibles plumes de marabouts dont il était orné ». A ce bal, Marie-Louise avait adopté le costume de Cauchoise — nourrice sèche — qui convenait parfaitement à l’ampleur de son corsage.

Les dames de la cour et de la haute société du Second Empire, n’eurent rien à envier à celles du Premier, dont elles restaurèrent, ou peu s’en faut, les modes audacieuses. Ces grandes dames, dont Eugène Pelletan disait qu’elles dansaient « en costume abrégé » connaissaient sans doute le mot de Prosper Mérimée à une couturière en renom de la rue de la Paix : « Il n’y a que le nu qui habille ». Dans ses Lettres à vue inconnue, le même romancier, familier de la cour impériale, parle en ces termes d’un bal donné à l’hôtel de la duchesse d’Albe, sœur de l’impératrice : « On était décolleté d’une façon outrageuse, par en haut et par en basaussi... Il y avait des Anglaises incroyables. La fille de lord ***, qui est charmante, était en nymphe, driade, ou quelque chose de mythologique, avec une robe qui auraitlaissé toute la gorge cà découvert, si on n’y eût remédié par un maillot. Cela m’a semblé aussi vif que le décolletage de la maman, dont on pénétrait tout l’estomac

d’un coup d’œil.... La princesse Mathilde était en Nubienne, peinte en couleur bistre très foncé, beaucoup trop exacte de costume ».

La belle comtesse de Castiglione fit sensation à un bal costumé du ministère de la Marine, où « on la vit paraître presque sans voile, sous les atours de Salambô : on put admirer tout ce qu'il n’est pas d’usage démontrer dans les salons (1) ». 11 est peu de fêtes où elle n’ait éveillé, par un savant déshabillage, toutes les jalousies féminines : Horace de Viel Castel décrit en détail, dans ses Mémoires, le costume de « Dame de Cœurs » que la comtesse portait à une autre soirée de la Marine, et il termine par cette remarque indiscrète : « La fîère comtesse n’a pas de corset ; sa gorge, qu’entourait, sans en rien masquer du reste, une légère gaze, est vraiment admirable et se dresse fièrement ». Triste retour des vanités d’ici bas : la pauvre vient de mourir après vingt années de décrépitude, passées dans l’ombre d’un appartement d’où elle ne sortait jamais.

Les costumes féminins des bals de l’Opéra avaient et ont encore des corsages réduits à leur plus simple expression, quelques-uns même une simple ceinture. Voici une anecdote d’A. Mortier, qui se serait passée à l’une de ces réunions chorégraphiques, en janvier 1877 : « Dans une loge d’entre-colonnes du second étage, d’autres fées du maillot prennent les poses les plus gracieuses et les plus provocantes. Lin pierrot malin vide un sac de dragées dans le corsage excessivement ouvert d’une jolie laitière. La salle entière acclame ce haut fait : « Rendez les dragées ! crie-t-on de toutes parts ».

II nous souvient de notre déconvenue, à notre première visite aux bals de l’Opéra, de la rue Lepelletier, où nous portions toutes les illusions du jeune âge et l’espoir d’ébaucher, voire de débaucher une intrigue de foyer : à peine étions-nous entré dans la cohue, qu’une Écossaise hospitalière — de la rue Feydeau — . fortement poitrinée, prend ses appas, ou plutôt ses abats, a pleines mains et nous les présente, en disant : « C’est pas d la m.... ?» Horribile clic tu ! Il n’en fallut pas davantage pour nous faire rebrousser chemin, sur le champ, « honteux et confus »,

Jurant, mais un peu tard, qu’on ne m'y prendroit plus.

(I) Mm0 Carette, Souvenirs intimes de la Cour des Tuileries.

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