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des redoutes publiques où l'on voit défiler le Cortège cle Vénus, En route pour Cythère, Nymphes et Sirènes, l'Amour et les fleurs, etc., mais les personnages de ces « cortèges symboliques » sont moins court-vètus et des maillots, couleur cuisse de nymphe émue, atténuent et estompent la vigueur de la carnation.
Les bals du Courrier français offrirent des fêtes du même genre, où défilaient les professionnelles du nu, sans compter d’autres attractions alléchantes, telles que tableaux vivants, poses plastiques, concours de seins. Dans les tableaux vivants, deux jeunes et jolies filles représentaient les héroïnes du tableau de Bayard, Duel de, femmes, et montraient aux spectateurs émerveillés les splendeurs de leurs torses. Sous ce même titre, on a joué à l’Olympia une pièce écrite tout entière en vue du tableau final, reproduction de la même peinture. Mais la censure interdit aux deux adversaires de montrer à nu leurs poitrines — comme naguère au
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Divan japonais — ce qui eut rendu le spectacle des plus capiteux : en face de Liane de Pougy se trouvait Jane Thilda, toutes deux l'épée à la main ; la brune et la blonde, l’une et l’autre aux formes sculpturales et marmoréennes. M. Gennert (1) a reproduit en photographie (fig. 126), à l’aide de figurantes de bonne volonté, une scène analogue. Le duel vient d’avoir lieu; la blessée, affaissée
Fig. 125.
sur le sol, se réconcilie avec son adversaire, qui est sans doute aussi sa rivale; la doctoresse lui tâte le pouls.
Le concours des seins donnait lieu à une « agitation prolongée » — comme on dit à la Chambre — et provoquait des oh ! et des ah ! enthousiastes et bruyants. Sur un grand écran (fig. 127), une douzaine de femmes, de diverses conditions, femmes du monde, nourrices, etc., étaient peintes, grandeur nature et le buste à nu! L’un des seins de chaque personnage était remplacé par une ouverture circulaire, à travers laquelle les concurrentes, se tenant à des poignées, en arrière de l’écran, passaient le sein correspondant. Les spectateurs appréciaient et discutaient le galbe des for-
(1) Photographie d’art, 50, boulevard de Strasbourg.
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mes présentées, puis distribuaient les prix à la majorité des voix : il était naturellement défendu de toucher aux objets exposés, comme dans les musées. Ce genre de luttes galantes était un passe-temps favori des courtisanes grecques. Les Lettres d’Alci-
Fig. 126.
l>hron rappellent ces coutumes, particulièrement une missive de Mégaie, adressée à Bachis, mais il s agit ici des « mamelles inférieures », comme dans la composition de Shall, la Statue ou la comparaison (fig. 127 bis), dont nous ne reproduirons qu’une partie. De même Georges Meunier, dans l’almanach du Rire, de 4901, imagine un concours d’hémisphères postérieurs ou austraux, devant un jury de vieux « voyeurs ».
De l’autre côté de l’Atlantique, la mode est également aux concours d avantages physiques, par exemple dans les Trilby parties ;
LES SEINS DANS I.’lIISTOIRE. — I.
mais ccs concours admettent seulement les régions du corps que la pudeur autorise à ne pas cacher; ainsi sur la jetée de la plage do Narragansette, A eu lieu un concours de petits pieds. Les baigneuses, assises derrière un paravent, ne laissaient voir que leurs extrémités inférieures. A Paris, les « concours de beauté » permettent l’exposition plus intéressante du buste.
Le 15 octobre 1900, eut lieu à Bullier le traditionnel bal de l’Internat (1). Le défilé des tableaux vivants ne rappelait, il est vrai, que de fort loin le chemin de la croix : les Madeleines non repenties avaient seules répondu à l’appel de la jeunesse laborieuse et joyeuse; la Presse médicale était représentée par Georgette,
(1) Le soir de la composition écrite du concours de l’internat, il est de tradition que les salles de garde convient les candidats à un festin pantagruélique, qui se termine par de gais ébats à l’ancienne Closerie des lilas. Il s’y passait, au début, des scènes si rabelaisiennes que le bal de l'internat fut fermé, en 1880, pendant trois ans; depuis, grâce au concours d’artistes tels que Bellery-üesfontaines, ce bal est devenu, par ses spirituelles allégories, l’émule des Quatre z1 Arts. (Dr Michaut, Citron, médic.).
« le minois le plus chiffonné du quartier ». Parmi les douze cortèges des salles de garde, celui de la Salpêtrière représentait le Triomphe (le Messaline, traînée sur un char par des captifs gau-
Fig. 127 bis.
lois, entourée de Vestales et de courtisanes, vêtues d 'étoffes transparentes.
Nous empruntons à la Chronique médicale et au Correspondant médical les détails de la fête intime qui fut donnée l’année suivante. On voyait des femmes vêtues d’une capote Greenaway, dans le char de la Dépopulation ; la Vénus lesbienne, dominant le char de y Invasion des barbares à Mitylène ; le cortège pompéien de l'hôpital Broca; les divinités égyptiennes de Saint- Antoine et la figuration légère de V Apothéose de la cocaïne, de l’ Hôtel-Dieu.
LES SEINS DANS i/hISTOIRE
Le bal de 1902 fut digne des précédents; notons, parmi les « gros numéros » du défilé : la Dame au loup, sortant du bois, qui n’a, comme la Femme au masque, de Gervex, qu’un loup pour tout costume ; la trop célèbre Casque d’or, la belle Hélène des Apaches, en dame de cœur; une femme nue, en croix, figurant le démon irrésistible du jeu. La fête se termina par un concours de beautés... drapées dans leur impudeur. M. Paul Bru consacre un chapitre de son roman pathologique, le Droit d'être mère , à la description détaillée d’un bal d’internat, à Bullier; l’auteur avait toute latitude de se documenter dans ces fêtes de la jeunesse et il ne s’en est pas privé.