‹ Les seins dans l'histoireChapitre 44 sur 67 · SUR U E 1) É C 0 I- 1. E T A G E · texte numérisé non relu

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aussi le portrait de sa jeune femme pendant sa première grossesse ; on la retrouve encore en tête des Néréïdes du Débarquement de Marie de Médicis à Marseille et dans le Christ voulant foudroyer le inonde (1). On a dit que, pour se venger de 1 infidélité d’Isabelle Brandt avec Van Dyck — mais rien n est moins démontré — , Rubens l’aurait placée au milieu des damnés de la

Fig. 133.

Grappe de raisin ; des médisants ont voulu voir aussi son portrait posthume dans le Jugement dernier, qui est à Dusseldorf : un diable la tient dans ses griffes et l’entraîne aux enfers, tandis qu’Hélène Fourment est placée au paradis. Quant à sa seconde femme, Rubens l’a peinte bien des fois et toujours avec un débordement de chairs que le corsage est impuissant à endiguer. Qu’il nous suffise de signaler, à l’Ermitage de Saint-Pétersbourg, le dessin, exécuté en 1634, et au musée de Vienne, le portrait en pied, dont nous ne donnons que le buste et ses volumineux contours fig. 133) : la fameuse Petite pelisse. Le bras qui retient la four-

!l) Aneccl. hist., fig. 87 bis,

rurc, sert en môme Lemps de cadre et de support aux mamelles

Fig. 135.

exubérantes d'Hélène; dans cette œuvre de chair, Rubens a déployé toute la magie de son pinceau capiteux.

La chapelle mortuaire de l’église Saint-Jacques, à Anvers, où

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reposent, côte à côte, le peintre et sa dernière épouse (1 ), possédé une des plus brillantes compositions de Rubens, la Vierge et l enfant Jésus , accompagnés des saints (fîg\ 136). C’est en fait un tableau

Fig. 136. — D’après la gravure de Paul Pontius.

de famille ; l’artiste s’est peint, sous les traits du vaillant saint Georges, à côté de ses deux femmes : Isabelle, en Vierge, assez

(1) Isabelle Brandt fut ensevelie à l’église Saint-Michel, dans le tombeau de sa mère.

LES SEINS DANS 1,’hISTOIRE

décolletée pour montrer une mamelle, et Hélène, nue jusqu’à la ceinture, sous le personnage mystique de la pécheresse Marie-Magdeleine; une autre sainte, assure A. Michiels, serait l’ciïigic d’une prétendue maîtresse, MUo Lunden. Enfin saint Gérème est l’image du père de l’artiste et un ange, celle d'un de ses fils. Par compensation, à la chapelle de la Visitation de la môme église, Victor Wolfvoet a peint la Madone sous les traits d’Hélène Fourment, dans un décolletage moins accusé cependant qu’à son habitude. Ne quittons pas cette église sans signaler le tableau d’autel de la chapelle de Saint-Antoine, la Tentation, par Martin de Vos, le vieux. Ce peintre a donné au malin esprit la figure gracieuse de sa femme, Jeanne Leboucq, offrant à l’ermite, dans la corbeille de son corsage, deux pommes appétissantes.

Dans un tableau mythologique, de Vienne, Rubens a réuni sa mère, ses deux femmes — en costume de Diane et de Vénus au bain — - et ses deux enfants, dont le plus jeune, au berceau, étouffe deux serpents, comme Hercule (1).

La femme de van der Werff fut la muse de ses meilleures inspirations et posait pour l’amour de l’artiste. A son exemple, une des nièces de Gaspard de Crayer, imitateur du maître flamand, devint un modèle complaisant. On la retrouve dans la Vierge adorée par saint François d’ Assise, de l’église d’Anderlecht « avec sa mine égrillarde, sa chair potelée et sa gorge succulente » (2) . David Ténier, le vieux, se met en scène dans plusieurs de ses tableaux, avec l’une ou l’autre de ses femmes, dont le corsage bâille souvent à gorge déployée. Une légende d’atelier veut que la femme très belle de l’Albane et ses douze enfants aient servi de modèles à 1’ « Anacréon de la peinture » pour ses nymphes et ses amours. Quant à l’épouse de Rembrandt, elle retire et corsage et chemise pour montrer un torse peu attrayant (3). La Femme au bain, de 1 illustre peintre de l’école hollandaise, qui porte, au Louvre, le n° 2349, serait le portrait de sa seconde femme. La figure, au buste proéminent et nu, de la ville à' Anvers, mère nourricière <lcs peintres, œuvre allégorique de Boeyermans, passe pour le portrait de Marie Ruthven, la femme du peintre de Charles Ier. Luca Giordano a

(1) Viardot, les Musées d' Allemagne et de Russie.

(2) Alfred Michiels, Rubens et l'Ecole d’Anvers.

(3) Curios. art., fig. G3.

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exécuté, pour l'abbaye des Bénédictins du mont Cassin, le portrait de sa femme, sous la figure de la Bonté, avec l’ouverture traditionnelle du corsage et les accessoires symboliques de la Chante. A l’église de Santa Croce, où se trouve le colossal mausolée de

Fig. 437.

Michel-Ange, Maximilien Misson remarque, dans la chapelle de la famille Zanchini, un tableau curieux : « 11 y a là je ne sçay combien d’àmes femelles, qui sont bien gaillardes pour un tabeau d’autel. On dit mesme que celle qui figure Eve, estoit le vrait portrait de la maistresse du peintre, nommé Angelo Bronzini ».

La Judith (le C. Allori, du palais Pitti, ne serait autre que Mazzafina, la favorite du peintre; et les traits de celui-ci se retrouveraient dans Holopherne. La jeune femme de Boucher, morte à vingt-quatre ans, posa souvent pour ses saintes Vierges et ses profanes Vénus, la divinité infâme du paganisme, suivant l'expression flétrissante et énergique de R. -P. Beauregard. Elle lui donna deux filles charmantes, « qui semblèrent se modeler sur les plus fraîches et les plus jolies images du peintre » fl). Greuze prêtait aussi les charmes de sa femme, qu’il adorait, à ses aimables compositions et Diderot à qui, paraît-il, Mme Greuze n’était pas indifférente, quand elle s’appelait MUe Babet, le constate non sans quelque dépit : « En la peignant tous les ans, il a l’air de dire, non seulement : « Voyez comme est belle ! » mais encore : « Voyez ses appas ! » Je les vois, monsieur Greuze ». De mauvaises langues disent même qu’il ne se contentait pas de les voir. David, dans sa prison, apprit que sa femme — qui avait cessé de l’être depuis longtemps — faisait des démarches pour le sauver; en récompense de son dévouement, il la place au premier rang des Sabine s court vêtues (fig. 44).

Qui ne connaît le portrait si vivant, où Mme Elisabeth Vigée Lebrun s’est représentée tenant sa fdle embrassée sur sa poitrine à nu? Le bord en dentelle de sa chemisette diaphane est retenu, juste à point, par la saillie du mamelon droit, faisant office de patère. La même particularité s’observe dans le portrait d’Angelica Kauffmann, à Buda-Pesth, peint par elle-même.

Plus près de nous, André Gill a portraituré, dans le plus simple des appareils, sa maîtresse, connue sous le prénom de Joséphine ; ce tableau fait partie de la collection de M. Malherbe, bibliothécaire rie l’Opéra (fig. 137), qui a eu l’obligeance de le mettre à notre disposition. C’est d’après ce tableau que le célèbre caricaturiste a campé sa République (fig. 55). Enfin M. Devré a sculpté sur la façade d’une maison de la rue Poussin, à Paris, toute la famille de l’architecte de l’immeuble (fig. 138). Ce groupe sympathique, qui a figuré au salon de 1901, symbolise en quelque sorte le bonheur conjugal et l’amour filial : l’heureuse mère expose aux regards des passants ses mamelles gonflées parle lait de la mater-

(1) A. Houssaye, Histoire de l'Art français.

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nité; c’est d’un salutaire exemple par ce temps d’accroissement progressif... de la dépopulation (1).

Fig. 138.

Modèles professionnels. — A la suite des modèles familiers

(1) A rapprocher de ce tableau de famille un groupe sculpté sur une porte de la maison de M™« Dupré-Latour, à Valence, de l’époque de la Renaissance, représentant une nymphe allaitant ses enfants, surprise par des satyres.

viennent les modèles professionnels, tels Rosalie (1), le modèle préféré de Baudry, qui la mit largement à contribution dans les différentes scènes mythiques du foyer de l’Opéra; Marie-Louise, la collaboratrice de Benjamin Constant; Emma, modèle ordinaire de M. Gérome, qui a posé pour son Omphale ; Pauline Saucey (2) qui se spécialise pour le torse, dans les ateliers de MM. Bouret, Bayard, etc.; Sarah Brown, dite Sarah la Rousse, qui a prêté sa figure exquise à la Clémence lsaure de M. Jules Lefebvre et son « ensemble », qu’il est à peine besoin d’idéaliser, à Y Ariane abandonnée de M. A. Laurens; Chiara, la Chaste Suzanne de Henner, exposée en 1807, que tous les peintres se disputèrent à Rome. L’énumération de tous ces modèles serait longue et fastidieuse (3), contentons-nous de signaler encore Marie Renaud qui, dans la Femme au masque de H. Gervex, n’est vêtue que d’un loup en dentelle, comme les dames galantes ou de qualité d’autrefois (4).

M. Paul Dollfus raconte que Bartholdi ne trouva qu’une seule femme assez robuste de poitrine pour personnifier la Liberté éclairant le monde ; ce fut la grande Céline, qu’il découvrit dans une « maison Tellier ». Le statuaire ignorait-il l’existence du modèle, mammifère par excellence, bien connu des rapins et surnommé par eux « Mme de la Tétonnière ? »

(1) C’est son portrait qui figure sur les billets de la Banque de France. En Hongrie, dans une nouvelle émission de billets de banque (1902), le gouvernement a décidé d’y faire graver le charmant minois de M110 Blaha, l’actrice la plus populaire de Pesth.

(2) On trouvera les portraits de ces célébrités de l’atelier, en costume de travail. dans l’intéressante étude de M. Paul Dollfus, Modèles d'artistes : Flammarion, édit.

(3) Ces professionnelles du nu sont parfois des modèles... de vertu. On cite, entre autres, la séduisante prima ballerina Ghita, de Rome, que Court fail figurer dans sa page magistrale des Obsèques de César, un poignard a la main. Cette arme joua, du reste, un rôle important dans son existence. Les adorateurs éconduits avaient criblé de blessures le corps de la jeune fille et. elle-même, pour maintenir en respect les peintres qui utilisaient sa superbe plastique, portait toujours un poignard.

(4) On connaît l’incident du Palais de Justice, oü M" Barboux, défendant un notaire traduit en police correctionnelle par M“° veuve du Gast, sous 1 inculpation de vol et de recel, affirma, malgré la protestation du peintre, que le tableau, si vivement commenté au vernissage du Salon de 1886, était le portrait en peau et en pied de son adversaire (juillet 1902). L’ex-bâtonnier n ayant pas répondu a la jeune femme calomniée, qui lui demandait une rétractation et des excuses publiques, fut bâtonné par le prince de Sagan, aspirant à la main de la victime.

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