S U II L E 1) ÉC O 1. 1. ET AG E
Portraits de personnages connus. — Certaines célébrités féminines ont eu le malin plaisir — Tartuffe dirait 1 indécence de se faire représenter, par la statuaire ou la peinture, à 1 état de nature ou à peu près. Le nombre de ces ferventes de la Vérité est suffisant pour en composer une galerie des plus émoustillantes. Le grognon Kotzebue constate le fait en le critiquant avec sévérité : « On trouve, à Naples, un monument de la vanité outrée des femmes, que jamais aucun étranger ne pourra considérer sans rire. Une impératrice romaine, j’ai oublié laquelle, a eu la ridicule fantaisie de faire faire sa statue, grandeur naturelle, à l’âge de soixante ans passés, sous la forme de la Vénus de Médicis. L’impudence d’une vieille femme qui se fait représenter nue est déjà quelque chose de très surprenant; mais il y a réellement de quoi mourir de rire d’imaginer qu’une vieille tète se fasse représenter avec un jeune corps, dans une posture indécente, et paraissant vouloir cacher des charmes qu’on ne cherchait plus à voir. »
A la salle d’Apollon du musée de Munich, on voit une statue de Cerès, qui n’est que le portrait d’une dame romaine. La même coutume s’est propagée dans les temps modernes et provoque encore la critique de Kotzebue : le tableau exposé à Rome, par Landi, représente une superbe femme nue, couchée sur un lit de repos j nne vieille proxénète soulève le rideau de pourpre qui cachait la JcauL aux yeux d’un jeune homme, en lui recommandant le ■silence, le doigt appuyé sur ses lèvres; d’après notre censeur, ce sera.t le portrait d’une femme des plus belles et des plus distinguées,
et il ajoute que souvent la vanité porte les dames romaines à dévoiler ainsi leurs charmes.
Reprenons l’ordre chronologique : aux temps anciens, si le fanatisme religieux a empêché les traits des Laïs et des Phrvné d’arriver jusqua nous, ceux de la reine d’Egypte, Cléopâtre, ont
Fig. 140. — D’après la photographie de Braun, Clément et Cic.
échappé aux mutilations imbéciles de Théodose et de ses imitateurs. Les sculptures du temple de Dendera, consacré à 1’ « Hélène du Mil », nous ont transmis le sourire et les charmes qui ont ensorcelé César et Marc-Antoine (fig. 139) ; elle est représentée en Isis, dans la fleur de sa jeunesse et l’éclat de sa gloire.
Un antique du Louvre représente Julia Mamrnæa (1) en Cé-
(I) Elle fil construire le pont Mammolo, ü Home, cl lui donna son nom.
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rès (1); le sein gauche, d’un développement normal, est à nu, comme il convient à la déesse de la fécondité. Mais un autre buste de la mère d’Alexandre Sévère, sans attribution mythologique (n°1055, salle des Saisons), est entièrement recouvert d'une tunique et aucune saillie ne révèle le sexe de la poitrine ; on dirait un éplièbe.
Ces contradictions artistiques ne nous éclaireront pas sur l’origine de ce nom de Mammæa, bien au contraire. Se rattache-t-il à
Fig. 141.
Fig. 142.
la perfection des formes pectorales (2), à un incident d’allaitement ou simplement au hasard? Les documents écrits sont muets sur -cette question. Au Vatican, la tête d’une Vénus, avec son fils Eros, passe pour le portrait de l’épouse d’Alexandre Sévère.
Nous connaissons le décolletage outré de la Vierge du musée d Anvers, attribuée à Jean Fouquet (3), et nous savons qu’une tra-
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81 P,lbli<ine qu’elle se presCoit S loti le monde I. "l'e * sa mêre oslml
,3) A neccl. hist., fig. 110 bis.
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dition en l'ait le portrait d’Agnès Sorel « la belle Aunes », la favorite de Charles VII. Ce tableau, ou plutôt cet exvolo, appartenait à un diptyque représentant, sur un panneau, le donateur Etienne- Chevalier, trésorier de France et contrôleur des finances sous- Charles VII et Louis XI : ce pieux personnage offre à la madone « les hommages de sa piété » ; le second panneau a été détruit par un vandale inconscient, ennemi de la chair en peinture et fanatique de la chaire dite de vérité :
De ce fait, la Vierge d’Anvers n’en serait qu’une reproduction en grisaille. Ce diptyque était exposé, à son origine, dans l’église de Melun; Henri IV, l’amateur des « belles tétonnières », en offrit paraît-il 10,000 livres; qu’eût-il donné de l’original!
Nous trouvons une émule de la « dame de beauté » et de volupté dans la marquise Simonetta Vcspucci, maîtresse de Jules de Médicis, morte de la phtisie à vingt-trois ans : Antonio Pollajuolo, de l’école Florentine, a peintson buste, nu jusqu’au nombril (fig. 140). Simonetta aurait servi de modèle pour la Vénus d’Alexandre Botticclli (fig. 141), qui aurait modifié les traits du visage; plus tard, F aiguière fera le contraire pour sa Danse.
Le type de beauté pour Léonard de Vinci était Monna Lisa Ghc-
l’ar de pareils objets Jes âmes sont blessées, Et cela fait venir de coupables pensées.
Fig. 143.
La Fornarina, Maîtresse de Raphaël (Par Raphaël)