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déesse qui punit si sévèrement Actéon, de l’avoir surprise au bain ? Plantureuse plus que gracieuse, avec des yeux « demi esteints et pleins de chassie », dit Mézeray, un air froid, et un nez fort et recourbé, sa beauté a été trop idéalisée par les artistes et les littérateurs, Pierre de Bourdeilles entre autres (1).
M. George Guiffrey, commentateur des Lettres inédites de Diane de Poitiers, nous guidera à travers l’iconographie de la courtisane royale, « qui maintint son empire pendant deux règnes et a légué à l’admiration de l’avenir, sous une étiquette mythologique, la représentation plastique de ses charmes les plus secrets ». Dans l’ordre des sculptures : Diane chasseresse , groupe de Jean Goujon, d’après un dessin du Primatioe (2) (musée du Louvre) (fig. 1 13, Anec. hist.). La vive imagination de Michelet lui fait trouver au cerf royal « un air de Henri II » et jusque dans le « barbet hérissé », il croit reconnaître l’image du mari, de Brézé, qui « mêle timidement à la fête d’amour quelques gémissements de grondeuse fidélité ». Notre historien aurait pu pousser l’analogie plus loin, suivant la remarque malicieuse de M. GuifTrev, et dire que le barbet fait le gros dos comme pour rappeler la bosse du grand Sénéchal; pourquoi n’a-t-il pas vudanslebeau levrier, couché à ses pieds, une allusion au beau maréchal de Brissac, pour lequel la favorite royale aurait éprouvé de tendres sentiments?
Un œil flatteur retrouvera les traits de Diane dans le célèbre bas-relief en bronze deBenvenuto Cellini, la Nymphe de Fontainebleau, que l’on peut admirer au Louvre : elle est couchée nue, au milieu de chiens et de fauves. Le bas-relief, représenté figure lit) (collection de M. d’Yvon), est d’une exécution des plus remarquables; il appartient à l’école de Jean Goujon, qui possédait l’art de donner à sa sculpture beaucoup de relief et de modelé avec peu de saillie. Diane, habillée d’un carquois, caresse un jeune cerf, museau contre museau, qui n’est autre que Henri II, allusion aux amours de Léda et du Cygne olympien ; dans ce groupe figurent
(1) Comment expliquer, sinon par l'aveuglement de la passion, la préférence marquée de Henri II pour une amie aussi peu attrayante, qui aurait pu tMre sa mère, alors que sa légitime, Catherine, à en croire le même abbé et seigneur de Hrantôme, « avoit la gorge très belle, blanche et pleine ; fort blanche aussi par le corps ; elle étoit joviale et aimoit à dire le mot? »
(2) On sait que le Primatice célébrait principalement les charmes de la duchesse d’Klampes, favorite du roi libertin, dévot et avarié, tandis que Jean Goujon consacrait son ébauchoir à la maltresse du dauphin.
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encore Phocion et Syrius, deux des chiens préJérés de la déesse de la chasse . L’hôtel Cluny possède un moulage de ce beau marbre. Passons aux peintures. Diane, du château de Fontainebleau,
attribuée au Primatice, tient un arc à la main ; la tunique couvre à peine la moitié du sein et est retroussée au-dessus du genou, comme il convient à la « déesse aux belles jambes». Hippolyle Flandrin a exécuté, à mi corps seulement, la copie de ce tableau qui figure au musée de Versailles, sous le numéro 4003. Lucas Penni, élève du Primatice, l’a aussi représentée en déesse, avec une chlamvde sur l’épaule et un javelot à la main; ce tableau a été
Fig. 147. —
Vénus du Titien; gravée par Nargeot..
LES SEINS DANS l/lIISTOIHE
gravé par Ransonnette. Une autre Diane chasseresse du château de Chenonceaux, attribuée au Primatice, est un portrait qui offre certains caractères d’authenticité. Quant à la déesse du château de Chaumont, qui est vêtue d’une simple tunique de gaze, laissant à nu les seins, ce serait un cadeau de Diane â son royal amant. Au musée de Versailles (n° 3193), elle apparaît encore; mais, cette fois en toilette terrestre, avec une robe en velours rouge qui laisse à découvert une gorge richement développée; le tableau a été peint au xvnc siècle, c’est donc une œuvre de fantaisie.
Fig. 149. — Tirée de l'Art, pour tous.
Diane au milieu <les dames de la Cour de Henri II, par François Clouct (?), de la collection Lachnicki, est, d’après Vitet, le portrait le plus authentique de Diane de Poitiers. Le sujet serait Moïse, présenté à la fille de Pharaon, figurée par Diane en costume d’Eve, selon la tradition; mais en réalité, on lui présente un nouveau-né de la reine, comme pour le mettre sous son auguste patronage. Elle seule a le buste entièrement à découvert I). On distingue la reine reléguée au second plan parmi les dames de la cour : la légitime épouse vient faire ses rclevailles chez la concubine et accepte pour son fils cet insolent patronage. A la collection de lord Spencer appartient une Diane, dont la partie supérieure est
(1) Revue des deux Mondes, 1er déc. I8G3.
S U li LE DÉCOLLETAGE
dépouillée de tout vêtement ; une des gravures anglaises, exécutées