I. K S S Kl NS DANS I. H I ST 0 I H K
leurs charmes fugitifs? Sans doute au xvte siècle, les femmes curent des accès de pudeur exagérés, par exemple à l’égard des médecins : pour leurs couches, elles préféraient les sages-femmes aux accoucheurs, et l’on rencontrait des jouvencelles qu’inquiétait l’idée « de paraître nues au jugement dernier » ; mais ces rélicences pudiques ne les empêchaient pas d’avoir un goût immodéré pour les Vénus païennes et, comme le fait remarquer leur indulgent et galant avocat, « le puritanisme outré du moyen âge provoque une réaction audacieuse du réalisme, qui alla jusqu’à sculpter, surleurs tombeaux, les corps nus d’Anne de Bretagne et de Catherine de Médicis (1). »
Au xvne siècle, grâce à la corruption des mœurs (2), que de beautés, égarées dans le pays du Tendre, montrent leurs mamelons sur des toiles licencieuses ! Voici d’abord Mme de Thianges, une des Reines de Paris qui, devant un de ses portraits, reconnaissait qu’elle avait « la gorge belle » et la montrait à tout venant. Elle finit dans la dévotion, dit Mmo de Sévigné et « cache sa gorge ». La jeune Marie de Rohan (fig. 156), mariée à Charles,
(1) Il ne fallait pas que les mœurs lussent bien austères pour que Clément Marot pût se permettre d’adresser les étrennes suivantes à l’une des fdles de l’escadron volant de la reine, Sidoine de Mervilliers, dite Merlurillon. âgée de quatorze ans à peine — il n’y a que le premier pa...pa qui coûte — :
Si quelqu'un pour son estreine,
Vous emmeiuc.
Je vous donne, ou à peu près,
Au bout de neuf mois après,
Panse pleine.
(2) Le rigorisme excessif du duc de Mazarin était heureusement exceptionnel. Il fit détruire un certain nombre de chefs-d'œuvre que Richelieu avait réunis dans son palais et qui ne choquaient nullement ce cardinal, sous prétexte que les femmes qui y figuraient étaient trop décolletées. Le même cagot défendait aux villageoises de traire les vaches dans l'intérêt de leur chasteté, et aux nourrices de donner à téter le vendredi et le samedi. « Il enseignait aux tilles, écrit un contemporain, dans quelle position pudique elles devaient battre le beurre ou filer. » Il n'est malheureusement pas le seul à avoir eu des idées aussi saugrenues et désastreuses pour l'art. Ghiberli (1381) rappelle les idiotes persécutions de Constantin, qui (il renverser et mettre en pièces toutes les statues et les peintures impudiques et les châtiments Sévères dont on menaça quiconque en ferait des nouvelles, « ce cpii amena l'extinction de l'art et. des doctrines qui s’y rattachent ».
Un autre cornichon, confit en dévotion. Sublet des Noyers, surintendant des finances sous Louis XIII. (il brûler un tableau de Michel-Ange, une Léda de loule beauté, que le grand artiste exécuta à Florence pour Alphonse, duc de Férrarc. « Cette Léda, dil Roger de Piles, dans sa l ie des peintres, était représentée dans une passion d'amour si vive et si lascive que M. des Noyers la depuis fait brûler par principe de conscience. » Le béat benêt !
Vit
La Valu k rk (Maîtresse de Louis XIV.)
D apres la miniature de Petitot, dans la possession de Sir Tollemaehe Sinclair
SUIS LE DÉCOLLETÂT. E
duc de Luynes, connétable de France, peinte par Morcelsi, à dixhuit ans (1618). Citons ensuite la belle et honnête Mmc Deshoulières, deux qualificatifs difficiles à accoupler, surtout à l’époque (fig. 157). Cette beauté du corps et de l’esprit (1) suit le goût du jour et expose à tous son sein de déesse, redoute imprenable, devant laquelle le grand Condé, lui-même, fut obligé de capituler ; peutêtre est-ce ce même sein qui, rongé par un cancer, l’emportera le
. 1 7 février 1 694 , comme plus tard Mme de la Popelinière, que Voltaire appelait Polymnie, muse de la poésie lyrique. Le chantre des fades moutonneries avait le mot pour rire et sa houlette enrubannée se changeait parfois en un fouet malicieux et satirique (2), témoin son fameux sonnet où, prenant parti pour la Phèdre de Pradon contre celle de Racine, elle attaquait sans pitié Fauteur et ses interprètes, en particulier sa tendre amie , La Champmeslë (3).
(2) Voir sa chanson sur Jacques Teslu, abbé de Tlplvii •.
inutilement, la conversion de Ninon de Lenclos reprit, mais
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Une grosse Aricie, au cuir rouge, aux crins blonds,
N’est là que pour montrer deux énormes tétons,
(J ue malgré sa froideur Ilippolyte idolâtre (1).
Le gracieux pinceau de Pierre Mignard découvre le bouton gauche de la sémillante nièce de Mazarin, Maria Mancini Colonna (2) (fig. 158), candidate éphémère au trône de France, qui ne paraît pas être autrement gênée de celle licence ; c’était peut-être la seule chose qu’elle eût de bien dans sa personne. A l’époque où elle parut au Louvre, elle manquait de séduction, au dire d’une mouche de la cour, Mme de Motteville : « Elle avait de longs bras, décharnés, un cou d’oie, un teint jaune, des yeux rudes, une bouche grande et plate ». Cette description donne à penser que si le portrait de Mu,e de Motteville n’est pas flatté, celui du grand peintre pourrait bien l’être un peu. Avait-il, comme Daniel Dumouslier, peintre du roi, le bon esprit d’embellir ses modèles ? « Us sont si sots, disait-il, qu’ils croient être comme je les fais et m’en paient mieux. » Pourquoi le peintre d’Elisabeth d’Angleterre a-t-il été assez maladroit pour reproduire fidèlement son ro}ral modèle ? Il lui en a coûté d’avoir le poignet tranché. Mais revenons à la Mancini : Lucien Perrey a raconté les aventures de cette charmeuse exotique, dans un fort volume, Une princesse romaine au XVIIe siècle. L’ouvrage est illustré d’une magnifique eau-forte, copie du portrait peint par Mignard. Mais pour ne pas choquer les }reux de lecteurs trop coilets-montés, l’aquafortiste a dissimulé la chatoyante fraise du sein sous un pli de la guipure de la chemisette. Où la pudeur va-t-elle se nicher? Nous espérons que les documents historiques reproduits par l'auteur ont plus d’exactitude que le graphique du frontispice, maquillé
(1) La partie adverse, attribuant ce sonnet au duc de Nevers, riposte par un autre, ou l’on malmène sa sœur, Marie Mancini, duchesse de Bouillon :
... Une sieur vagabonde, aux crins plus noirs <iue blonds,
Va par loul l'univers promener deux tétons Dont, malgré son pays, Danton est idolâtre.
Le duc, piqué au vif, réplique .par un troisième sonnet contre Racine; il ne croyait pas si bien dire en parlant de l’auteur du premier, sans le connaître :
... Ce fut une Furie, aux crins plus noirs que blonds,
Qui leur pressa du pus de scs alTreux tétons,
Ce sonnet qu'on secret leur cabale idolâtre.
(2) Son arrivée à Rome fut saluée par cette Pasquinade de mauvais goàt : « la Vache est attachée à la Colonne. »
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sous scs auspices et expurgé ad umm Delphini et puellariun.
Lady Harley se laissa décolleter jusqu’aux mamelons par le pinceau de Caspar Netscher; ce portrait figure au musée de Buda-Pcsth. Frcminet a représenté l’altière et blonde Mmo de Montespan. qui
« crève d’embonpoint », en Charité (fig. 159). L’attribution n’était pas heureuse, car « la plus belle femme du royaume », comme elle se qualifiait modestement, mais « une sale personne », au dire de la Palatine, avait un cœur sec, un cœur « vernis » ; elle n’était occupée que de sa parure et de ses intérêts : il fallait bien entretenir les ardeurs de son royal amant et conserver le renom de « merveille de la France », que son habile rivale, Mmo de Mainte-
non, lui avait généreusement octroyé. Ce tableau figure actuellement à la chapelle de la Sainte-Trinité, au palais de Fontainebleau. Voici les réflexions qu’il suggère à Michelet ; elles sont sévères, mais justes : « Elle avait déjà vingt-sept ans. C’était une fort belle Poitevine, enjouée, grande et grasse. Son portrait (à Fontainebleau) la représente assise, nourrissant de jolis enfants, dont l’un tette avidement ses beaux seins pleins de lait. Eh bien, ces attributs touchants, cette plénitude charmante de la seconde jeunesse, qui éclipse la première, ici ne charment pas du tout. On ne la sent vraiment pas mère. Pas un enfant n’irait à elle. Elle n’aimait pas les enfants, ni les siens même, ni personne. Avec ce grand luxe de chair, cette richesse de vie et de sang, qui souvent donne au moins certaine bonté physique, une nature ingrate perce pourtant. Le peintre en appelant ce portrail-là La Charité , a l’air de se moquer de nous. » Par une condescendance maladroite, un émule de Daniello Ricciarelli (1), a voilé en partie le bas de la poitrine d’une gaze transparente qui moule les moindres détails, de sorte que l’enfant qui est au sein tette en réalité la mousseline ajoutée après coup. O pudeur, que de bêtises on commet en ton nom !
Après « la grassette, la maigrette » dirait Ronsart. Quand La Vallière, qui « marchait en cane », se fut retirée aux Carmélites, sous le voile noir et le vocable de sœur Louise de la Miséricorde,
Car de l’amour à la dévotion
11 n’est qu’un pas ,
on la représenta souvent en Madeleine repentie , mais jamais avec le costume traditionnel; tel, par exemple, le portrait de la belle pécheresse, par Le Brun (Munich), d’une altitude trop théâtrale pour une pénitente qui a renoncé aux joies de ce monde. Dans un seul tableau, celui du château d’Azay-le-Rideau, elle apparaît le torse à demi dégagé de tout vêtement, les cheveux dénoués, jouant avec souplesse sur ses épaules et sa gorge luxuriante. L'attribution est plus heureuse, car avant sa disgrâce, la favorite de Louis XI\ approuvait, avec Ninon, cette doctrine épicurienne du médecin Bernier : « l’abstinence des plaisirs est un grand péché. » Avant de jeter ses parures aux orties, pour se recouvrir du cilice de la
(1) Peintre qui, sur l'ordre de Paul IV — le culottier — habilla les nudités du Jugement dernier de Michel Ange.
SUR LE DÉCOLLETÂT, E
pénitence, sœur Louise fut représentée en déesses du paganisme : Diane, H èbê, Aurore, par Mignard, Girardon, Coysevox. Dans la
Fig. 160. — D’après la photographie de Weinwurm Antal.
collection du château, dont nous venons de parler, figurait le portrait de Mmc de Sévigné avec un corsage « gourgandine » amplement ouvert, sans la moindre dentelle, sans le plus petit