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« compère » pour estomper d’une ombre légère la poitrine de l’épistolière.
L’Académie des Arts de Buda-Pesth possède le portrait de Mme de Maintenon, Françoise d’Aubigné, en Ponione (tig. 160), par Giov. Fr. Romanelli ; elle était alors dans tout l’éclat de sa jeunesse et de sa beauté. Ce sont bien là les « deux grands yeux forts mutins, le très beau corsage et la paire de belles mains » que le cul-de-jatte Scarron reconnaissait à sa fiancée, quand on dressa son contrat de mariage. Nous ne sommes pas habitués à voir sous cet aspect frivole la prude et dévote renégate, qui mêlait à sa piété un peu trop d’ostentation et que la Palatine qualifiera bientôt de « vieille ordure, de répopée, de ratatinée ». Nous nous la représentons plutôt à Saint-Cyr, où elle se retira après la mort de son époux morganatique, pour se livrer à des travaux manuels et faire, comme elle l’écrivait à Mmo de Caylus, « de fort. jolis lacets ». Mais on reconnaît bien les yeux « noirs, brillants, doux, passionnés, pleins d’aspect », que lui donne « une femme qui suait l’encre », Mmo de Scuderi. De même la Montespan lui écrivait, un jour, dans une de ses couches : « J’ai besoin de vous voir; mais, au nom de Dieu, ne venez pas jeter vos grands yeux noirs sur moi dans l’état où je suis... »
Nous allions oublier MUe Duclos, qui avait toutes les beautés, corporelle et spirituelle, mais la reine de théâtre ne se trouvera pas déplacée à côté de la marquise d’Aubigné, devenue, par la grâce de ses grâces, reine de cour ; n’est-ce pas un rôle de comédie et parfois de tragédie que l’emploi de femme de Louis XIV ? Largillière a peint l’actrice en Ariane abandonnée ; tout à sa douleur et au souvenir du cruel Thésée, elle néglige de rentrer son sein, en état de vagabondage : distraction dont profite la galerie.
Ne quittons pas le xvne siècle sans jeter un coup d’œil rétrospectif sur les œuvres des portraitistes qui se sont illustrés chez nos voisins d’Outre-Manche. Aussi bien l’extrême licence de la cour de Charles II nous fournira une récolte suffisante. Avant son règne, l’élégant pinceau d’Antoine Van Dyck célébrera la beauté langoureuse de Vénétia, Lady Digby, dans un décolleté savoureux, sans être excessif ; à l’inverse de Rubens — qui préfère, comme l’Allemand, au dire de Montaigne, l’avaller au goûter, c’est-à-dire les corsages adipeux et les rondeurs phénoménales — le peintre flamand
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s’éprend du galbe aristocratique et de la taille élancée des Anglaises. Avec Peter Lely, les attitudes équivoques se multiplient, les seins s’émancipent : devant le peintre de la cour, la belle Cleveland et Louise de Kéroualle, maîtresses de Charles II, Nell Gwyn, la comtesse Ossorv (fig. 161) et tant d’autres « se dévêtent la gorge » en entier, avec hardiesse ; bien avant Danton, leur mot -d'ordre est : « de l’audace, et encore de l’audace ! ». Les décolletés de G. Kneller ont un peu plus de réserve : il s’arrête aux boulons, tel le corsage de Mrs Soams.
Plus tard, Reynolds donnera le portrait de Théophila Palmer, qui devint Mrs G. Watkin, dans un tableau allégorique : V Espoir nourrissant l’Amour (fig. 162)'.
Rappelons que la beauté ensorcelante d’Emma Harlh, future lady Hamilton , fut peinte en Vénus, en Cléopâtre, en Phnjnè , par George Romney, l’un des artistes les plus populaires de l’Angleterre, qui en fit sa maîtresse et son modèle préféré.
Enfin le Recueil choisi (le procès, en 12 volumes, contient, comme les Contes de La Fontaine, des gravures licencieuses; celle de milady Albergavenny, par exemple, exhibe deux énormes tétons, au chevalier Lyddel, en s’écriant : « Tu m’es nécessaire comme l’air que je respire (1) ! »
Passons au xvme siècle. Déjà, vers la fin du siècle précédent, les daines de qualité commencent à se faire représenter en déesses de l’Olympe, montrant leur poitrine avec le mépris du qu’eu dirat-on, et cette originalité sera bientôt une mode (2). C’est ainsi que
(1) Hector France, loc. cit.
(2) M“» (Je La Haie, grand’mère de M»« de Uenlis, s’était fait peindre en Vénus, à côté de son fils en Cupidon. G. Valck exécuta le portrait de Mademoiselle de Bournonville, en Diane, avec le sein gauche à nu.
Nous concevons fort bien que La Du Barry se laisse peindre en Diane, par Nattier — cette œuvre est charmante, pleine de la grâce du xviii" siècle et tout
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le ciseau de Coysevox déshabilla, pour la transformer en Diane chasseresse, le haut et le bas du corps de la gracieuse, spirituelle et peut-être légère Marie-Adelaïde de Savoie, épouse du duc de
Bourgogne. Cette statue à peine vêtue, que MM. B. Pinset et J. d’Auriac ont reproduite dans leur Histoire du portrait en Front e, a été faite pour le duc d’Antin et placée à Petit-Bourg. On trou-
h fait digne des meilleurs tableaux du maître - : mais représenter, dans le costume de cette chaste divinité, la princesse Palatine, mère du régent, celle dont « le style, disait Sainte-Beuve, a de la barbe au menton », n est-ce pas une véritable gageure de la part de C. Ne’.scher '? (Voir au musée
de Blois).
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vera dans le commerce une reproduction photographique d un portrait de la duchesse de Bourgogne, avec ses deux mamelons prenant l’air à la lisière du corsage (fig. 162 bis), mais, en y regardant de près, on reconnaît le buste magnifique de la toile qui figure
Fig. 162 bis.
à Versailles et qu’un industriel peu scrupuleux a dénaturée. Nous connaissons, d’Antoine Coypel, le portrait de Catherine de Sevne (l) en costume de Bidon, exhibant un sein des plus vivants bien qu’ensanglanté. Mais il paraît que ce sein ne fut pas fait d’après nature. Nattier l’a aussi reproduite en costume du temps « ne
(b Curios. art., fig. 83. Elle débuta dans Hermione, en janvier 1723 « toute nue et toute vêtue d'or » : le jeune roi lui avait fait présent d'un costume de 8000 livres. A lloussaye. Princesses de comédie ei Déesses d'Opéra.
montrant que discrètement sa gorge et pour cause » écrit A. Houssaye. Elle s’appuie sur une urne, la Seine : « De Seyne, de la scène, à la Seine, » comme on disait alors. Raoux, le « peintre des grâces », eut la malice de peindre en Vestale M“e Perdrigeon, connue pour ses mœurs légères. « La mythologie, dit Charles Blanc (1), subsistait encore fort à propos pour fournir aux demoiselles de l’Opéra un costume, c'est-è-dire une occasion de se mon-
trer à demi nues ou en galant déshabillé. M“° Journcl voulait qu on la peignit en Diane, dans Iphigénie ; M"e Quinault (fig. H>d) posait en Amphitrite, traînée par des chevaux marins; Mlle Prévost, l’ex-petite Fanchonnette, se couronnait de pampres, sous prétexte de se faire peindre en Prêtresse de Bacchus ... Enfin sous les traits d’une Naïade, figurait MUo Carton... Naturellement, la cour et la ville, qui étaient à l’unisson, se disputaient les places dans cet Olympe. Les duchesses blondes ceignaient la ceinture de Vénus ou tenaient à la main la faucille de Cérès; les marquises brunes portaient sur l’épaule le carquois de Diane et Mm< de Scno-
(1) Histoire des peintres.
Madame de Parabère, Maîtresse du Régent