‹ Les seins dans l'histoireChapitre 51 sur 67 · S IJ 11 I, K I) KG 0 I. LE T AU R · texte numérisé non relu

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san entretenait, comme Mmo Boucher, sur l’autel de Y esta, un feu qui, à tout moment, menaçait de s’éteindre. »

M“° Contât, paraît-il, fut statufiée en Vénus callipgge , et Mlle Colombe se fit peindre en Pomone , ofirant ses « pèches » — de l’espèce tétons de Vénus — au dieu des jardins. Mlle Gaussin, de la Comédie-Française, qui se révéla dans les tableaux anacréonliques, où elle faisait admirer sa gorge damnatrice sous

Fig. 1G4. — Marie-Anne de Mailly, marquise de Tournelle, duchesse de Châteauroux. La photographie de ce tableau se trouve chez Braun, Clément et Ciu.

la métamorphose de Vénus, Junon ou Diane, fut aussi portraiturée par Nattier, vêtue ou plutôt dévêtue en vestale du xvme siècle ; son portrait est au Théâtre Français : « elle ne prend guère souci de cacher son sein », ajoute A. Houssaye, à qui nous empruntons encore ce document.

E. de Lyden raconte, dans le Théâtre d'autrefois , que, pendant un entracte du Devin de. Village. , à l’Opéra, où assistait le jeune roi de Danemark, MUe Grandi, l’une des plus jolies figurantes, lui fit passer son portrait en pied, miniature exquise, où elle était représentée en costume de Diane , sortant du bain ; et il parait que « 1 Ours » — c était le nom donné au monarque par ces demoiselles du ballet — tint à s’assurer lui-même de la ressemblance.

MCS S Kl NS DANS I.’ HISTOIRE

Mmo de Cavlus prétend que la duchesse de Berry, si fantasque, si passionnée, l’image même de la Régence, posa dans le costume classique de Chloé , pour l’illustration de la fameuse « édition du régent » de Daphnis et Chloé. Mme de Lattaie possédait un portrait de la (ille du régent, en Europe , offert par sa rivale à son

mari : « elle se fût bien gardé de le conserver, dit-elle, si la maîtresse de son mari n’avait été qu’une simple particulière ». Santerre peignit en Eve Mmo de Parabcre, avec l’assentiment de son seigneur et maître, Philippe d’Orléans. « Comme le roi Candaule, écrit A. Houssave, il lui dévoila les beautés de sa maitresse : Mme de Parabère fut une autre Nissia. Je ne suppose pas que Santerre fut un autre Gvgès. » Nattier, le peintre en litre du sérail de Louis XV, sacrifia également au mauvais goût du jour ; il a reproduit les traits et les contours des quatre filles de ce monarque, dans les Dresses des quatre éléments, et ceux de Mm0 de Chûteauroux, dans la Nuit et en Point du jour (fig. 161).

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Le même artiste nous a montré, en entier, le sein gauche de la marquise de Flavacourt (collection du comte B. de Castellane).

Dans les g'aleries de Versailles, sous le n° 3739, Françoise-Marie de Bourbon (M“° de Blois), duchesse d’Orléans, en Amphitrite , le sein droit complètement à nu, se joue sur un dauphin, au milieu <les naïades (fig. 163).

Fig. 160.

D après la chronique des ateliers, la première maîtresse de Louis X\ , Mme de Mailly, aurait servi de modèle pour l’exé- •cution de la Madeleine dévêtue du Louvre. Une autre favorite du roi « Bien-aimé », la néfaste et ambitieuse Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, recherchait les caresses du pinceau et les morsures du ciseau : elle sera l 'Aurore, avec Nattier (Marseille ; b love, avec Boucher (Versailles) et dans ce dernier tableau un de ses boutons se confond avec les fleurs qu’elle tient à la main (Hg. i 66) ; elle posera pour la Diane de Coustou ; pour Y Abondance

d’Adam l’aîné (fig. 1(57); pour Y Aurore de Yinache (fig. 108 ; pour V Amitié de Pigallc, la main droite sur le cœur et la poitrine au

soleil ; enfin Bouchardon la fera figurer — comble de l’ironie

parmi les quatre Vertus, supportant la statue de son roval pacha, en compagnie de Mmes de Mailly, de Vintimille et de Châteauroux, ses émules. Les estampes françaises et étrangères l’ont souvent représentée, sans le moindre linge, sous le titre de la Jeune

femme à sa toilette et son chien (fig. 109). Finissons-en avec les favorites de Louis XV : à la vue du magnifique buste de la Du Barry, sa dernière idole, immortalisée par le ciseau de Pajou, on est tenté d’excuser les folies du vieux roi, et Voltaire n’exagérait pas quand il s’écriait, devant un de ses portraits : « L’original est fait pour les dieux ! » Mécontente de Drouais, qui la peignit en Muse (salon de 1771) et en Flore (salon de 1773), elle s’adressa à Grcuze. La M use est gazée, en partie, d’une draperie légère et transparente, qui se retrousse au-dessus du mamelon gauche.

Après ce long défilé d’impures, la vue se reposera sur le frais et gracieux portrait de la toute jeune Charlotte Helvétius, par Charles Loo,dit6Y;;7 Van Loo (f\ ig. 1 70) : la beauté, l'esprit et la bienveillance,

cette époque, et le tableau est plutôt de Philippe Van Dyck. Au moment où l’épidémie de lactomanie sévit en France, le fils de la marquise fit graver cette œuvre par Massart, sous ce titre : La plus belle des mères (1). La gravure est bien connue des amateurs d’estampes et porte la dédicace de la marquise avec ses armes en cartouche.

\oici la critique que celleci lait de 1 œuvre du graveur : « Cet artiste mo-

les trois qualités de sa mère, se reflètent sur sa mignonne figure; quant au bouton de rose de son sein en fleur, il est bien en évidence pour symboliser le printemps de la vie.

Avec àlmo de Créquy, nous laisserons de côté les divinités du paganisme, pour nous occuper d’un tableau religieux : le sacré après le profane. La marquise attribue à Van Goyen une peinture du château d’Heymont, qui représente sa belle-fille sous les traits de la Vierge allaitant Jésus, c'est-à-dire le petit-fils de la marquise ; mais le peintre hollandais, mort en lfilo, est bien antérieur à

169. — D’après la gravure de J. Weiss, reproduite dans le Décolleté et le retroussé, de J. Grand-Car teret..

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dernc est loin d’avoir reproduit la physionomie franchement farouche et la curieuse naïveté de l’original; mais à qui la

Vis 171.

faute? Ce fut un acte de complaisance envers ma belle-fille, le graveur avait dédié La P/as belle 'les )neres, et dans œuvre-ci, du même graveur, où vous représentez 1 Enfant

à qui cette Jésus

dans le giron de la Vierge, on me permettra de vous dire (1) qu’il ne s’est rien trouvé de ressemblant, sinon votre portrait. »

La campagne lactophile, entreprise par l’auteur d'Emile , explique les nombreuses toiles de l’époque, où des mères de toutes les classes de la société découvraient leur sein nourricier, caressé par un petit polisson en état d’ivresse lactique. Cette attitude donnait une contenance aux mains, toujours maladroites dans les

tableaux de famille. La figure 171 est le portrait d’une jeune femme, peinte par Beaucourt, au Cap, en 1780, remplissant son devoir de mère dans la pose la plus naturelle et la plus gracieuse; la noble exilée perpétuait ainsi, à l’étranger, le bon exemple. A défaut d enfant a nourrir, les dames désireuses de suivre les fantaisies de la mode et de montrer leurs seins en peinture, se faisaient représenter : les unes, donnant à téter à de petits chiens; d’autres, taquinant, giclant leur lait dans le bec de

(1) La marquise, dans ses Souvenirs, s’adresse à son petit-fils, Tancrède, ou mourut avant son aïeule.

(2) Reproduite dans le Décolleté el le retrousse . de J. Grand-Carteret.

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Fig. 173.

vre précédente. Plusieurs critiques -s’adressent à ces compositions similaires : développement insuffisant des seins, gonflés de lait par la maternité; absence de la coloration pigmentée, si caractéristique, de l’aréole d’une femme qui vient d’accoucher; enfin, inexpérience de la jeune femme qui se presse le sein entre le médius cl l'index,

pigeons patlus, comme la Nourrice deGaspard Mensch (fig. \12 ). Une toile de notre galerie (fig. 173), qui rappelle les types flamands et l’éclat du coloris de Jordaens, semble avoir inspiré l’œu-

comme si elle l otirait à un enfant, au lieu d’utiliser la puissante pince du pouce et de l’index, nécessaire pour obtenir la douche lactée.

Marie-Antoinette $ servi de modèle à ÏAmphitrite (fig. 173 bis, de Pajou, exécutée en l’honneur de la naissance du Dauphin (1781); la reine, sommairement vêtue, assise sur des dauphins, tient le nouveau-nedans ses bras et le regarde avec tendresse. Lamanufacture de Sèvres ne possède qu’une copie de ce groupe; l’original, en biscuit, pâte tendre, a été adjugé à la vente San Donalo, au prix de 17 900 francs. James Gillray, qui oublie la licence de la cour de Charles II, manque de mémoire et de générosité lorsqu’il caricature, en Messaline, celte reine imprudente, frivole et prodigue, mais non débauchée. Le même satirique anglais, plus brutal que grivois, montre, en compensation, la princesse de Galles découvrant la maîtresse de son mari,

1 ignoble Jersey, dans le lit conjugal.

Duplessis nous a laissé le portrait de la malheureuse duchesse de Lamballe (1), dont l’artiste a peint les deux boutons roses, émergeant d'une guipure immaculée.

Dans sa Diane, Borel a reproduit les traits langoureux de Sophie de Rutfet, marquise de Monnier — in bel corpo anima bella — la douce maîtresse de Mirabeau, « enlacé dans ses passions comme Laocoon dans ses serpents »

A ces gracieuses figures, opposons celle de Théroigne de Méricourt (fig. 173). Ce portrait, d’après une gravure anonyme, à la manière noire, montre à nu le sein de la fougueuse exaltée; mais il est probable qu il n a pas été pris sur le vif, bien que cette virago se préoccupât fort peu du qu’en dira-t-on. Une autre

Fig. 173 bis.

(1) Anecd. hist.. fig. 35.

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héroïne de la Révolution, Mmo Tallien, qui après la réaction du t) thermidor — dont elle fût l’âme — donna le signal des fêtes et

Cor'l Ml JjI flou c- ’L J: u i fi

Fig. 174.

du luxe, se promenait en public la gorge découverte et laissait deviner les parties les plus secrètes de son corps, sous les transparences d’une tunique de gaze; c’était promettre un portrait autre-

suit LE I) K COL L ETAU E

ment déshabillé que celui de la figure 17u bis, où le bouton du sein gauche se cache mal derrière la bordure en dentelle de sa chemisotte.

Mno Rosalie Duthé, actrice de second ordre, mais courtisane di primo cartello, figure déjà dans nos Curiosités artistiques (fig. 84) avec les deux seins complètement émancipés de la tutelle du corsage; elle se fit encore représenter en Danaé, recevant une

Fig. J7o. Fig. 17o bis.

pluie d’or dans le « tonneau des Danaïdes ». C’est elle que l’on chargea de l’éducation amoureuse du duc de Chartres, père de Louis-Philippe; il paraît que l’élève fut digne de sa maîtresse. Le roi trop chrétien Charles X, en rupture de banc d’œuvre de chair, 1 avait aussi honorée de ses laveurs; c’était une manière de princesse du sang : « comme une cabotine de notre époque, à qui les planches servent de trottoir, elle eut pu mériter le surnom de Passage des princes (1) ». Celte hétaïre des coulisses avait pour camarade une actrice du même théâtre des Variétés, Ozy, dite Callipyge, qui était fière, à juste titre, de ses mamelles postérieures et les décolletait volontiers dans l’intimité.

(1) Gr. clict. univ. du XIXe siècle.

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