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beau ». Les bustes émancipés ne ressemblaient plus à des mannequins d’osier et, sous les corsages légers, les chairs flottantes laissaient deviner leurs contours rondelets et grassouillets.
Sans considération pour les saisons, notre « ralliée », la sainte Russie, prononça l’ostracisme général contre les corsets : plus de tutelle métallique ni baleinée! Aux termes d’une ordonnance du commencement de 1898, le ministre de l’instruction publique, M. Bogoljcwow, interdit le port du corset aux élèves des écoles supérieures, des gymnases de jeunes filles, des Conservatoires de musique et des beaux-arts: sur mm, cor... sets!
Notre directeur du Conservatoire de musique, moins exclusif, se contenta d’interdire, aux candidates des concours, le décolletage des bras et de la poitrine, sans s’occuper du corset, qui gêne cependant le jeu de l’appareil respiratoire.
En Roumanie, comme en Russie, le ministre de l’instruction publique a adressé aux directeurs des écoles de jeunes filles la circulaire suivante : « Les expériences basées sur la science et la pratique ayant établi que le corset est nuisible à la santé, qu’il est un obstacle permanent au développement du corps et à l'activité des organes de la respiration, j’arrête que vous devez interdire strictement l’usage du corset aux élèves de votre établissement. » Quel ministre français débarrassera nos filles de ce carcere duro, qui ôte à la taille sa souplesse et justifie une fois de plus cette parole du sage : « Les femmes n’auraient pas assez de larmes pour pleurer, si la nature les avait faites comme elles se font(l). »
Théophile Gautier, l’amant du beau et du vrai, était un ennemi déclaré du corset et élevait ses filles en Lacédémoniennes ; mais la place publique, en raison des convenances sociales, était limitée à son appartement. Le Dr Michaut, dans le Correspondant medical , raconte la visite que fit, vers I8(i6, un de ses amis au célèbre écrivain : en entrant, il ne fut pas peu surpris de voir, dans le salon, jouant sur le tapis, deux jeunes filles complètement nues ; l’une d’elles, Judith, qui devait être plus tard Mmc Catulle Mendès, avait alors seize ans. Combien de pères ont les idées du poète, en matière de régénération physique ? Mistral, lui aussi, était parti) L’Impératrice < I n Japon vient de décider que nulle ne pourrait paraître a la Cour, sans gants et sans corsets — ces gantelets de la poitrine. A quand le smoking obligatoire pour les sujets de Sa Majesté nipponaise
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tisan de la suppression du corset. Le chantre provençal entendant, dit-on, discuter dans un salon l’utilité des corsets, répondit à la maîtresse de la maison, lorsqu’elle lui demanda son avis : « Le corset, Madame? Pourquoi donc se servir de cela ? Les vaches n’en mettent point ». Peu galante, mais bien méridionale la comparaison.
D après 1 Echu de Paris , une société de dames de Vienne a décidé la suppression du corset. Le nouveau costume, comprimant les seins et paralysant le libre jeu des poumons, consisterait en un péplum, ajusté par le haut, décolleté ou non, et s’évasant en bas. Le vêtement serait soutenu par les épaules et non plus par les hanches. S il ne dessine pas les formes, il les laissera du moins deviner et la souplesse du tissu permettra même un certain collant, qui, sans épouser la ligne, ne sera pas dépourvu de charme.
Mais que les corsetiers se rassurent, leur gagne-pain n’est pas prêt de disparaître : l’Ecole municipale Jacquard, leur Alma parens, veille et étend sa protection sur la corporation tout entière. En emploi de « maîtresse corsetière « étant devenu vacant, cette Ecole tutélaire vient d’ouvrir un concours (janvier 1903), dont voici le programme :
Une leçon orale après une demi-heure de préparation;
2° La confection d’un corset de coutil blanc;
3Ü La couPe> te baleinage, l’essayage, la rectification, la /mission, la garniture d'un corset sur mesure ;
4° Un corset sur mannequin, d’après une forme déterminée par un dessin, une gravure ou une description écrite.
Les concurrentes pourront être interrogées sur Lhistoire du corset, son origine, ses avantages, ses perfectionnements, etc.
Le corset dans la littérature (1). — On trouvera à la Bibliothèque nationale une Boutade contre l'usage du corset, publiée, en 1855, par un M. Charles D...; elle est toujours d’actualité mais trop longue pour être reproduite ici. Il propose de changer la dénomination de Corset en celle d’ Etrangleur . Un court extrait indiquera le ton de la diatribe :
celui
La loi punit certaines tentatives de suicide, elle punit de mort qui, parfois, sans beaucoup de réflexion, met avec intention le
(1) L’analyse des pièces de théâtre où dans nos Seins à l'E f/lise et au Théâtre.
est question du corset, sera faite
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feu à une cabane; elle punit aussi de mort le soldat qui frappe, le moins du monde, son supérieur; mais elle se garde bien, cette même loi, de punir la femme qui, à son nez et à sa barbe, se suicide en s’étranglant les lianes, et, souvent, étouffe son enfant dans ses entrailles...
Xanrof a brodé sur le Corset avertisseur, à musique, une de ses plus folles et fines fantaisies (l). Il en énumère tous les avantages avec sa verve antispleenique : c’est le palladium des familles; la sauvegarde des jeunes filles et des épouses en détresse, car il pousse le cri d’alarme, dès qu’un danseur serre de plus près qu’il ne convient la taille de sa compagne d’un instant : si la danseuse ne crie pas, son corset criera pour elle. Ce corset, dernier cri, est appelé à faire beaucoup de... bruit, si le beau sexe veut l’adopter; mais nous nous permettrons d’en douter.
Après la prose, les vers. Le corset n’a pas, comme son contenu, inspiré les familiers du Parnasse et l’on compte les rimailleurs qui ont fait vibrer leur lyre en son honneur. Une chanson populaire célébrait, vers 1830, les bienfaits du Corset ; quantum mutât us ab illo !
Ma méthode,
Vraiment commode,
Retient Vénus dans mes lacets,
Venez m’acheter des corsets.
Mes coussins, de Paris à Rome,
Ont passé jusque dans les cours,
Et c’est à bon droit qu’on me nomme La tapissière des Amours.
Doux oreillers de notre enfance,
Fruits séduisants, bouquets de lys,
Hochets d’amour et d’innocence,
Mes soins vous auront embellis.
Avec la baleine flexible Cernant vos charmes casaniers,
Je sais bien que l’homme sensible S’intéresse à mes prisonniers.
(1) Supplément du Petit Journal, l" juillet 1900.