‹ Les seins dans l'histoireChapitre 59 sur 67 · S U 11 I, E CORSET · texte numérisé non relu

S U 11 I, E CORSET

quand elle n’a pas opposé trop de résistance à cette opération ; elle vous laissera certainement entrer dans la place en maître.

Gerbault.

wv A l’aphorisme d’IIippocrate, « toute la femme est dans sa matrice », on peut ajouter que « toute la femme est dans son corset »; c’est-à-dire, d’une façon générale, que son hygiène, sa santé, le bon équilibre de ses fonctions dépendent de la manière dont cet accessoire indispensable de la toilette féminine a été compris et exécuté.

wv Définitions. — Cornet : Prison pour femmes. — La taille artificielle. — Niche à seins. — Corbeille à fruits. — Garde-manger des bébés. — Boite à joujoux des papas.

tv» Synonymie. — Se cotonnev, bourrer son corset de coton.

Se corseter. — Se serrer, se comprimer, s'étrangler la taille. — Se sangler. — Se ficeler. — Se saucissonner. — Passer la taille à la filière. — La comprimer dans un étau ; l'enfermer dans un étui.

Laçage du corset. — Serrement du Jeu de Pommes (Gerbault).

wv Méditez, jeunes filles, la recommandation d’une mère à sa fille : « Ce qu’on gagne en pointure de taille ou de chaussure, on le perd en visage : yeux battus, traits tirés, pâleur du teint, sans compter le reste. »

»-v»> Ni constriction, ni compression, de la contention seulement; tels sont les principes fondamentaux qui doivent régir le dispositif et l’emploi des corsets. Dr Cüluneau.

wv L’influence du corset est d’autant plus pernicieuse qu'il est plus serré, qu’il monte plus haut et qu’on a commencé plus tôt à le porter.

P1' Stratz.

wv On renoncera au corset comme on a renoncé à se perforer le nez et à se déformer le crâne. Letourneau.

wv Parodie d’un refrain populaire, de l’opéra de Charles VI :

Paix au tyran. Toujours (bis) en France,

Toujours, le corset régnera.

wv La femme n’hésite pas à limiter sa respiration, à se priver de manger et de digérer, à s’anémier, à se ruiner la santé, pour la seule joie de se sentir une taille fine ! Elle sait que son corset la torture et se console à la manière de cette actrice qui me disait lui devoir une joie quotidienne, l’ennui de le mettre le matin étant largement compensé par le plaisir de l’ôter le soir... La femme consent à tout souffrir, pourvu qu’elle perde quelques centimètres de tour de taille ; étrange

émulation ou plutôt aberration, les désirs de l’homme normal ne pouvant guère être aguichés par ce qu’on est convenu d’appeler une taille de QUl'pe, Dr E. Monin. — Les Propos du Docteur.

wv L’usage du corset est un mode de suicide lent.

Que de maux dans un corset.

Que de morts dont ils sont cause.

1)' Derieux.

Dès qu’il y a corset, il n’y a plus de corps naturel.

Taine.

w* Sous la Révolution (1), on offrait aux gourgandines un assignat de cinq livres avec la signature Corset, contrôleur préposé à l’émission de ce papier-monnaie, en leur disant : Corset contre corset ». A l’époque de Louis XI, on pouvait dire aux beautés faciles, en échange de leurs faveurs : Tcston (2) contre teston. De nos jours, une jolie solliciteuse en quête d’une protection ou de la signature d’un personnage influent et libidineux, peut offrir : Sein contre seing ou même sein blanc contre blanc-seing .

Boutade du « Passant », du Figaro, sur l’origine du corset : « Je ne crois pas non plus qu’on se soit beaucoup servi du corset dans l’antiquité païenne, au temps où, sans vouloir blesser personne, ont vécu les plus belles femmes. Les statues de nos musées et de nos places publiques n’ont gardé aucune trace de cet objet de dernière nécessité. La Venus de Milo n’a jamais porté de corset ; elle n’aurait pas pu le délacer. C’est, peut-être Cérès, la déesse aux puissantes mamelles, qui a commencé. A moins que ce ne soit tout simplement quelque femme qui était bossue. Car nous oublions trop que le corset se porte par derrière comme par devant. Il n’y aurait même rien de surprenant à ce que ce fût un médecin qui l’ait lancé le premier. Cela expliquerait que presque tous le combattent aujourd’hui.

«Vaine tentative, du reste. La femme est intimement persuadée que le comble de la beauté pour elle consiste à avoir une taille qui tienne dans le trou d’une aiguille. Comme s’il ne suffisait pas qu'elle puisse tenir dans les deux mains! »

Note sans portée : « Aux baleines, les baleines » ; c’est-à-dire aux poitrines corsées, les corsets.

Le corset dans l’art. — Au Vatican, J. Romain a muni Y Innocence (fig. 1 97) d’un corset à jour qui conviendrait mieux à la Luxure. En effet, Jorsa, du Paris- Vivant, affuble la poitrine

(1) Anecd. hist., p. 281.

(2) Pièce de monnaie qui valait onze sous d’argent.

SUR LE CORSET

d'une impure contemporaine d’un corsage analogue, confectionné avec du ruban de velours noir.

En regardant de près les œuvres de Lucas Cranach, exposées à Dresde, le docteur Schlanz a fait des constatations archéologiques qui tendent à réhabiliter le corset. Le Journal des Débats publie, à ce sujet, la curieuse note suivante : « Le docteur Schlanz a été frappé d’y voir qu’Eve, Lucrèce et les déesses même

avaient le dos rond. L’infirmité de ces figures n’est pas un caprice dépravé de Cranach; car ses portraits de femmes sont également rachitiques et la duchesse Catherine présente un cas de scoliose bien accentué. Albert Durer, qui dessine un Adam magnifique, infléchit pareillement l’épine dorsale d’Ève. Comme on ne peut douter de la sincérité de ces maîtres, on doit avouer que la femme allemande de la Renaissance avait l’échine tordue. Le docteur Schlanz a trouvé la cause d’une si grande disgrâce dans le costume, qui était bien moins soutenu qu’aujourd’hui de baleines et d’acier. Là est la cause de dégénérescence du type féminin. Poursuivant ses études sur d’autres époques, le docteur Schlanz est arrivé à cette formule générale que toutes les générations sans corset avaient le dos voûté. »

LES SEINS DANS l/lIISTOIRE

Gillray nous fournira la note gaie à l’étranger avec le corsctier Thomas Payne, prenant mesure d’une constitution toute neuve à Mme Britannia; mais cette constitution, qui devait la mettre à l'aise, gène tous ses mouvements (1).

Les compositions artistiques et badines, relatives au corset, abon-

Fig. 198.

dent au xyiii0 siècle et vers 1830; mais, quel que soit le talent de l’artiste, aucun n’a dépassé Wille, avec son croustilleux Essai du corset (2). On trouvera dans le Panorama, et surtout dans le Décolleté et le Retroussé, de J. Grand-Carteret, la reproduction de plusieurs de ces pièces, telles que le Lacet , vignette de Monsiau (1796), pour les Œuvres de J. -J. Rousseau (fig. 198) ; le Lacet raccourci (fig. 199), à la suite d’une fluxion de neuf mois,

(1) Augustin Filon, la Caricature en Angleterre.

(2) Anecd. fiist., fig. IGG.

s UIÏ LE CORSET

par Deny ; le Corset, lithographie banale, de Vallou de \ dleneuve (vers 1821)), imitation du Coucher de Devéria (1) ; \ Amant femme de chambre , gravure anonyme de la même époque, montrant un damoiseau en bras de chemise délaçant ou laçant sa belle, pour mieux l’enlacer ; le Corset , de A. Devéria, lace pai une femme, à sa toilette du matin ; le Lacet , de N. Maurin, avec lequel joue un chat, qui profite d’un temps d arrêt de sa maî-

tresse, occupée à se mirer dans une psyché; enfin, l’une des mille et une Facéties de M. May eux, (G. -J. Traviès delineavit), portant pour légende : « Elle n’est pas piquée des vers, nom de D. 1 » (fig. 200).

Parmi nos contemporains, un fusain de Léon Lhermitte, trop sombre pour être reproduit : Une paysanne se déshabille, le soir, et s’apprête à retirer une sorte de corsage faisant l’office de corset, lacé par devant; une indigène de Mont-Saint-Père, sans doute, le pays natal du maître. Voici deux des types chiffonnés et mouvementés de la nombreuse collection de Henri Boutet (fig. 201, 202), qui a croqué la Parisienne, dans toutes ses attitudes, surtout au moment où elle met et retire son corset.

(1) Anecd. liisl., (ig. 182.

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Après le sévère et le gracieux, le plaisant : une enseigne du peintre Abel Truchet, destinée à une corsetière et primée par le jury du Concours des enseignes (déc. 1902), porte pour dédicace ce jeu de mots : A tous les Saints (fig. 203). Le corsetier de la reine Wilhelmine en aurait, paraît-il, commandé une au môme artiste, figurant les armoiries de Hollande, avec leur devise si pleine de promesses : Je maintiendrai !

Terminons par une revue rapide des caricatures humoristiques de nos périodiques illustrés, légendes folichonnes comprises.

Un dessin de Bailly, du Rire, représente un « surnéné » , un « petit crevé », dansant avec une demivierge et échangeant ce dialogue , fort vraisemblable , si l’on songe aux mœurs et aux corsages relâchés de nos jeunes acéphales mondaines : « Tiens !...

Pas de corset, ce soir? — T'es Fig. 200. bête... Je savais bien que tu

viendrais. »

J. Belon, du Journal pour tous, nous montre une acteuse, qui n’a pas inventé la poudre de riz, dans le cabinet du directeur ; l’imprésario manifeste ses appréhensions au sujet de la censure : Le directeur. — Je crains que la 3e scène du deux ne soit un peu corsée... Elle. — Mais, Monsieur, si vous préférez, je n’en mettrai pas du tout.

Du Petit Journal pour rire, crayon de Lourdey : Une bonne, le genou droit arebouté sur les reins de sa maîtresse, tire les lacets de toutes ses forces : « Serre tant que tu pourras, dit l’oiselle. — Mais Madame ne pourra pas dîner. — Possible, mais ça fera rager la grande Irma, qui prétend qu’il n’y a qu’elle à Paris qui ait 43 de tour de taille. »

Au moment de « l’Affaire », les Ligues se multiplièrent à l’infini ; H. Gentil, du Journal pour tous, imagina la Ligue contre les corsets. Dans un premier dessin, un vieux Père la Pudeur, accompagné de deux agents, s’adresse, le chapeau à la main, à

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