‹ Les seins dans l'histoireChapitre 64 sur 67 · AP P F NU IC F · texte numérisé non relu

AP P F NU IC F

Florentin Guisto, chargé d’orner de ces allégories coutumières la

chapelle du couvent des Ermites, à Padoue, s’est quelque peu

(1) Il nous a clé impossible de découvrir l’auteur de celle vaillante composition.

Fig. 221 (1).

DES SEINS DANS i/hISTOIRE

écarté du thème habituel, et la façon dont il a compris sa Grammaire symbolique, donne ù cette composition le droit de figurer ici. Elle tient bien d’une main le paquet de verges traditionnel, mais, elle appuie l’autre doucement sur la télé d’un petit enfant, qui, le bout du sein dans la bouche, en suce avidement le lait. Malheureusement, toutes les figures supérieures de la fresque, où se trouvait cette composition originale, ont été détruites au xvne

siècle pour l’établissement des charpentes d’une voûte; on n'en connaît les détails que par les esquisses tracées à la pointe d’argent, et repassées à la plume, de la main même de l’artiste, elles forment ainsi un précieux manuscrit sur parchemin du Cabinet national des Estampes, à Rome (1).

La Grammaire était encore figurée par une jeune femme aux mamelles découvertes, d’où sort un lait abondant, tenant une lime d’une main et, de l’autre, une verge, pour corriger les enfants paresseux. « Mais cette légère peine est suivie d’une grande satisfaction, pource qu’elle leur fait gouster avecque le temps, la merveilleuse douceur des sciences, qui est dénotée par le laict qui luv sort des mamelles ».

(1) A. Venturi, II libro cli Guisto per la Capella ilegli Eremilani in Padova. dans les Gallerie nationali italiane. vol., IV.

Liberi Pietro a peint la Géométrie (Académie de Vienne), sous les traits d’une femme nue, dont on ne voit que le torse ; elle lient un compas de la main gauche. Cette toile sert de pendant à la Peinture et au Dessin, représentés par les bustes de deux fortes filles dévêtues et qui sont enlacées, comme deux sœurs inséparables.

Les qualités psychiques se prêtent aux plus aimables allégories : la Perfection morale a les apparences d’une belle femme, tenant un compas à la main, le corps perdu dans le zodiaque,

couvert de gaze d’or et, le sein à nu, « pour signifier, par là, une des principales parties de la Perfection qui est de nourrir autrui et d’estre toujours prest à faire du bien à son prochain ; car c’est une chose beaucoup plus parfaite de donner que de recevoir. »

Les figures symboliques de la Modération (Raphaël), de la Bénignité, de la Mansuétude (Vatican, salle de Constantin), de la Patience (Salviati Cecchino, Florence), montrent en entier une ou deux mamelles; la Patience est enchaînée et soutient ses seins volumineux de ses bras croisés.

Entre les mamelles de la Sagesse (1), statue du musée Poldi

fl) En 1793, pour la fête de l’Être suprême, David exécuta les bas-reliefs du Triomphe de la Sagesse ; l’un d’eux représente la Sagesse portant sur sa poitrine l'œil de la Vérité ; « pourquoi pas deux mamelles fécondes », observe Arsène Houssaye.

La Ville de Nice est figurée sous l’emblème d'une femme armée et casquée, avec la poitrine ouverte et la croix de Savoie empreinte sur le cœur.

1<F. S SEINS DANS l/ HISTOIRE

Pezzoli, à Milan, brille un soleil, dont les rayons dorent les mamelons du voisinage. Au môme musée, la Vertu est couverte d'une draperie, trop courte, qui laisse à découvert une de ses jambes et

scs deux seins ; mais elle tient une massue de la main gauche et

semble dire : « Malheur à qui me touche! »

h' Humilité porte sa main sur la mamelle gauche, non pour la cacher, mais pour indiquer qu’elle émane du cœur. Autrefois, la

Pudicité était couverte d’un vêtement austère, la tôte dissimulée sous un voile épais; à la Renaissance, le voile enveloppe encore le corps,

mais il est transparent et dessine les formes; plus tard, il s’entr’ouvre peu à peu, d’abord au niveau du buste,

pour donner de l’air aux

mamelles, comme on le voit

dans Y Innocence et l'Amour, de Coypel (musée du Louvre) ; puis il tombe tout à fait :

la Pudeur , de Frédéric (Salon de 1896) et la Candeur, de A. Asti, par exemple, gardent juste assez de linge pour voiler une partie de leur sexe.

Si elles levaient les yeux au lieu de les baisser, on les prendrait volontiers pour la Luxure. IA Espérance (fîg. 213) tient Eros dans ses bras et lui donne le sein, rappelant ainsi que l’amour n’est soutenu que par l’espérance : « l’amour, sans l’espérance, a dit saint Augustin, ne peut jamais venir à bout de ses désirs. »

Après les Vertus viennent les Défauts moraux et les Vices. La Coquetterie est figurée par Oct. Tassaert sous les traits et les attraits d’une jeune fille à sa toilette, en admiration devant la pureté des lignes ondulées de son torse. La Vanité (1), de Grün

(1) Au Capitole, la Vanité, du Titien, tient compagnie à la Fortune, du Guide, dans un cabinet réservé ; il en est de même à Naples, pour les Danaé de Yéro-

APPENDIC F.

(Vienne), est nue comme la Vérité et tient aussi un miroir à la main ; mais il lui sert t\ explorer ses charmes. Derrière elle, un cadavre décharné rappelle la coquette à la réalité, en murmurant à son oreille le pu l vis et timbra similis, d’Horace. Au Salon de 1898, L. Belmonte a exposé une Vanité , d’une philosophie moins macabre,

Fig. 226. — Sphinx ailés et Dianes d’Ephèse. Cheminée par S. Serlio. École italienne (xvi° siècle) (1).

sous l’aspect académique d’une beauté provocante, dans le costume d’Eve avant le péché, cherchant à imiter la pose inclinée (2) et pudique de la Vénus de Médicis.

nèse et du Titien. Que n’imite-t-on, en Italie, le fanatisme aveugle de Louis d’Orléans, fils du régent, qui coupa les tètes d lo et de Léda, du Corrège. Nous sommes bien de l’avis du IP Stratz, quand il dit que l’immoralité est non pas dans le nu, mais dans les yeux de ceux qui le regardent.

(1) La boule de feu est un bas-relief exécuté sur le contre-cœur en fonle de la cheminée. Figure tirée du 4° livre de Serlio et reproduite par l 'Art pour tous.

(2) Les Anglais admettent que l’inclinaison de la taille, chez la Vénus de

LES SEINS DANS l/ IIISTO I HE

Plaisir d'amour, sous la silhouette d’une jeune femme, au torse moulé sur celui d’Aphrodite, lient une tourterelle de chaque main; la Luxure , de A. Rocher, offre ses mamelles saillantes aux caresses du zéphyr, en attendant celles du bien-aimé.

Le Regret des fautes passées (fig. 223) a été symbolisé par une femme dont le sein gauche, c’est-à-dire le cœur, est rongé de vers,

Fig. 227. — Sphinx-Sirène ailé. Panneau tiré des Cahiers d'arabesques, de Prieur.

Ecole française (xvm» siècle).

« image des sedrets remords delà conscience affligée. » L'Hérésie et la Discorde ont les mamelles pendantes, flétries et desséchées. 11 en est de même de Y Avarice : Albert Durer, au musée de Vienne, en a fait une vieille femme décrépite, tenant une sébile remplie d’or ; la mamelle droite — immense besace vidée, flasque et tombante — dévale du corsage entrouvert. U Envie (fig. 224), qui caresse l’hydre venimeuse, a la mamelle gauche rongée par un serpent.

Médicis, est, le signe de la pudeur, et, par analogie, considèrent le dos un peu voûté des jeunes miss comme une grûce physique et morale.

Les qualités physiques, la Beauté , la Force (1;, la Sanie, , la Fécondité, etc., ont toutes le torse découvert, orné de globes accusés.

La représentation des classes de la Société offre aussi un certain intérêt : la Noblesse et Y Autorité des classes dirigeantes sont munies, en raison de leur maturité, de seins volumineux; le mythe de YEgalité fait étalage d’une paire de splendides mamelles bien semblables, parité rare chez la femme ; enfin la Pauvreté laisse passer ses mamelles à travers les trous de ses haillons.

Des quatre Saisons, il en est trois qui exhibent habituellement

Fig. 228. — Chimère. Anse de vase, tirée du Livre de croquis de Cardillac (2) (xvn° siècle). (Musée Sauvageot.)

leurs mamelles; celles de Y Eté ont atteint leur maturité, telle la gracieuse composition de Le Barbier ; le torse du Printemps est celui d’une jeune fille aux saillies pectorales peu accusées ; celui de M. H. Guinier, exposé au Salon de 1898, portait des seins un peu proéminents pour une demoiselle : « C’est intitulé Printemps, objecta un critique sévère, et les fruits sont déjà mûrs ; Automne eût été plus de saison. » Quant à Y Hiver, si les artistes lui donnent le corps d’une femme, ils l'emmitouflent dans des fourrures et ne découvrent que le bout du nez ; mais Pastelot, pour se singulariser, n’habille que les extrémités de son Hiver, d’un chapeau, de bas et de bottines, lui fourre les mains dans un

(1) Une des quatre statues d’angle du tombeau de Louis XII et Anne de Bretagne, à Saint- Denis ; voir les Seins à l’Eglise et au Théâtre.

(2) Orfèvre ultra-pratique, qui détroussait ses clients, pour rentrer en possession des œuvres d’art qu’il avait créées.

manchon, qui sert à la fois de feuille de vigne et de soutien à deux boules de neige, saillant d’un torse complètement nu !

A 1 Exposition de 1900, section italienne, nous avons relevé le croquis d’un tableau allégorique de Jean Segantini (fig. 225), les Mauvaises mères , dont nous ne pouvons pénétrer le symbolisme: une mère accrochée par les cheveux aux branches d’un arbre

Fig. 229. — Chimère. Applique à trois lumières. Bronze doré, époque de la Régence.

Exposition rétrospective de l’art français de 1900.

submergé, allaite un enfant suspendu, on ne sait comment, à sa mamelle; tandis que, sur la rive lointaine, s’estompent les silhouettes d’une théorie de mères éplorées qui fuient dans un brouillard aussi confus que le sujet.

Les seins dans l’ornementation. — L’art décoratif agrémente souvent ses conceptions des courbes gracieuses et des saillies globuleuses des seins, surtout à l’époque de la Renaissance. Les artistes se plaisaient alors à accuser le côté pittoresque des mamelles chez les animaux de la fable: sphinx (fig. 220), sirènes (fig. 227), chimères (fig. 228, 229), dauphins (fig. 230), etc... Un

APPENDIC E

singulier et gracieux ornement, composé par Claude Mellan, montre deux dauphins enlacés caressant à leur manière les mamelles d’une Pomone (fig. 230).

Un des spécimens les plus curieux de cette décoration fantaisiste se trouve au château d’Ecouen (xvie siècle). La partie haute d’une cherhinée de la salle à manger de l’intendante (fig. 231), offre deux mamelles débordantes sur le cadre du tableau d’en

Fig. 230.

dessous. Elles sont comme isolées, à moins que l’artiste ait voulu les rattacher à la tète du faune, courbé sous le poids du sujet assis à califourchon sur son cou. Une originalité à peu près semblable se remarque dans une frise imaginée par Claude Mellan (fig. 23 2) ; les seins remontés de l’Abondance n’ont pas de relief et donnent lieu à l’équivoque : on les prendrait pour une collerette échancrée en son milieu et munie de deux boutons. Une composition non moins bizarre est le Terme de H. Sambin (fig. 233), l'un des sculpteurs les plus ingénieux de la Renaissance, qui rappelle certaines sculptures symboliques de l’Inde. Nous avons décapité ce « poudrait » et supprimé la base, en raison du peu d intérêt que présentent, pour nous, ses extrémités. On remarquera cette assise de mamelles qui sert de piédestal aux nymphes, pro-

LES SEINS 1> ANS i/hISTOIRE

tégeant leur nudité postérieure sous le môme manteau. L’auteur exprime naïvement sa satisfaction libertine et sa recherche de la

Fig. 231.

lubricité, dans ces lignes : « le croy que sa grâce ne sera point trouvée mauvaise et me semble qu’elle viendra bien à propos pour faire quelque mignarde (1) et légère architecture. »

Fig. 232.

11 a déjà été question des chapiteaux imaginés par l'architecte Chedanne et sculptés par M. E. Derré, pour l’hôtel de M. Dehavnin, à Passy, qui tous portent, au milieu de feuillages, le buste à nu d’heureuses mères souriantes et entourées de leur progéniture

(1) Ce qui prouve que le mot mignardise est bien antérieur à Pierre Mignard, le célèbre peintre de portraits du xviii0 siècle.

APPENDIC E

(fig. 5, 5 bis, 233 bis et ter) ; telles les colonnes du palais ducal, à Venise, formées de feuilles d’où se détachent des figures symboliques :

Aoaricia , Alacritas , Castitas, Abstinent ia.

Les seins des cariatides sont toujours fortement dessinés; ils contribuent ainsi pour beaucoup à l’effet décoratif des portes monumentales que ces statues encadrent ou des corniches qu’elles semblent soutenir.

Au Musée Poldi-Pezzoli, à Milan, les seins figurent dans l’architecture même de l’édifice : les nervures ogivales de la salle d’armes se rejoignent, deux à deux, par leur extrémité libre et laissent pendre dans le vide une demi-sphère avec saillie centrale, en forme de mamelle. Fig. 233.

Dans les hermabicipes — bustes réunis dos à dos comme des têtes de Janus — gravés sur cornaline ou sur agate, on a donné, pour la symétrie, le même volume

Fig. 233 bis et 1er.

aux mamelles des deux sexes (fig. 234). Une autre pierre gravée du même genre (Pig. 235), montre la poitrine d’une jeune femme : ses cheveux déroulés forment, derrière elle, la barbe d’un masque de vieillard.

Le Musée de Naples possède plusieurs « pectoraux» ou plaques de métal circulaires et bombées, que les guerriers orientaux appliquaient sur leur costume au niveau des seins. Ces ornements sont en métal doré, ou même en or, en argent, parfois sertis de pierres précieuses. Mounet-Sully nous a présenté un Othello orné de ces plaques, sur son costume de guerre.

Nos actrices, dans les féeries ou les revues, emploient de semblables parures : une perle blanche y simule la saillie du mamelon (fig. 236), Les Romaines, d’après Pline, portaient des colliers de perles à un rang ( linum ), le jour, et à trois rangs (trilinwn , la nuit; le troisième rang descendait jusque sur les seins; « cette conjecture, remarque Larousse, est encore confirmée par l’expression auratæ papillæ, dont Juvénal se sert en parlant de Messa-

Le musée du Caire possède une sorte de collier formé de deux disques ciselés à jour et reliés par quatre chaînes d’or. On y voit aussi Yonoshk, ou ou.se/ih, parure agrafée sur les épaules et couvrant toute la poitrine ; ornements luxueux qui, selon saint Jérome, « mettent le corps à nu sous prétexte de le vêtir » : le luxe, en effet, engendre la luxure. Dans les galeries du même musée, le couvercle des sarcophages d’Égyptiennes représente sou-

Fig. 234, 233. — Tirées du Muséum de Florence.

liriel »

vent les seins à nu ; ils sont colorés en jaune, teinte réservée à la peau féminine, tandis que le rouge appartient aux corps masculins; les mamelons sont peints en noir.

Enfin, dans un fragment de fresque, ornement d’une case de Graoros (1), dessiné par Boudier et reproduit por le Tour du

Fig. 237.

Monde (18 mai 1901), on croit reconnaître une idole fantastique *. n une sonie mam0!!0, crimnm W rlivinitpc; égyptiennes qui ornent loo paroio-dos temples (fig. 237).

(!) De la Côte cl’Ivoire au Soudan et à la Guinée, par le capitaine d’Ollone.

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