POST-SCRIPTUM
Fustigation des esclaves à Rome. — Juvénal (sat. VI) parle d’une esclave, la malheureuse Psecas, qui, « les cheveux épars, les épaules découvertes et les seins nus, arrange la chevelure de sa maîtresse. — Pourquoi, s'écrie l’irascible patricienne, cette boucle est-elle si haute? Aussitôt un coup de nerf de bœuf puni le forfait d’un cheveu mal frisé. » Si la dame romaine veut que sa coiffeuse ait les épaules découvertes et les seins nus, c’est pour la châtier plus aisément à coups de nerfs de bœuf, comme d’autres enfonçaient une longue épingle d’or dans la poitrine et les épaules de leurs habilleuses, décolletées à cet effet. N'est-ce pas Ovide qui recommande aux Romaines « de ne pas abuser de cette réprimande devant leurs amants? » Une telle cruauté ne pouvant que nuire à la passion qu’elles inspirent.
La nurse Victoria et l’origine de la platitude anglaise. — Le
D1' Ilelme, dans ses curieux et instructifs Souvenirs, publiés par la ■Revue moderne de médecine, rapporte un incident de voyage à Londres que lui conta le Dr Anselmier. Appelé pour accoucher une Française, mariée .à un lord anglais, l’éminent gynécologue, avant de rentrer en France, sollicita et obtint de la reine, qui s’intéressait à la jeune mère, une audience particulière. « J’étais auprès d’elle, dit l’accoucheur, depuis un instant, quand soudain, la porte s’étant ouverte à deux battants, un chambellan annonça S. A. R. le prince de Galles. Je vis alors entrer un gros gaillard blond, trapu, qui s’élança vers sa mère, et après les trois saluts d’usage, la prit tendrement dans ses bras, en la couvrant de baisers et en l’appelant: ma chère nourrice, my dear nurse. »
Cette historiette suggère au D1' Michaut, de la Chronique médicale, des réflexions originales, qui expliquent pourquoi « elles n'en ont pas en Angleterre ». « Pour comprendre ce que cette appellation du futur Edouard VII, remarque notre ingénieux commentateur, avait de flatteur pour la reine Victoria, il faut savoir qu’en Angleterre, durant cent cinquante ans, aucune femme de la société n'avait consenti à nourrir ses enfants. Toutes les nourrices venaient d'Irlande. Mais cet abus prolongé et constant des « remplaçantes » avait eu des conséquences curieuses, qu’aucun des apôtres modernes tic 1 allaitement
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maternel n’a mis jusqu’ici en lumière : à savoir que les glandes mammaires, ne fonctionnant plus, avaient fini par s’atrophier de génération en génération, d’où la poitrine maigre et plate des Anglaises. Très avisés, les médecins, qui désiraient voir restaurer l’allaitement maternel, ne manquèrent pas d’insister sur cet inconvénient de 1 usage des nourrices. C’était, n’est-il pas vrai? prendre les femmes par le côté sensible, je veux dire la coquetterie. Aussi la reine, poui donnei la première le bon exemple, s’était-elle décidée à nourrir elle-même tous ses enfants. » Se non è vero...
Les seins chez les Japonaises. — Encore au Dr Michaut, chargé d’une mission scientifique en 1892, nous devons les renseignements suivants sur la plastique et le naïf sans-gène des chastes Japonaises. Le Kimono (robe), largement ouvert sur la poitrine, laisse voir la naissance des seins. Cependant la robe des courtisanes n’est pas plus ouverte que celle des jeunes filles ou des femmes mariées, et même les danseuses se couvrent entièrement la gorge; elles ne quittent partie ou totalité de leur costume qu’à la suite de paris perdus entre elles : la chiri-fouri, danse opposée au ventre, alors ne manque pas de couleur locale et elles s’en amusent infiniment. Dans le nord seulement, d’après Maurice Dubard, il n’est pas rare de rencontrer des fillettes dont « la partie supérieure du buste, laissée à découvert, est presque toujours parfaite ». D’ailleurs, la Japonaise n’a pas l’art, non plus que l’intention, de faire valoir Ja nudité de la poitrine si appréciée en Europe; l’obi (ceinture) ne le lui permet pas.
De même, ni parures de la gorge ou du cou, ni colliers, ni rivières de diamant — l’étincelante devanture d’Otero n’aurait aucun succès chez ces Asiatiques fermées — pas la moindre fleur provocante ; c’est uniquement le décolletage triangulaire qui dégage un cou très long, sous l'échafaudage que la coiffeuse dresse sur la tète des élégantes, et lui laisse toute sa grâce dans la simplicité de sa courbe. Mais les Japonais n’attachent pas, comme nous, une idée esthétique et lubrique à la forme et au volume des seins. Pour eux, le type de la beauté pectorale est une platitude relative qui, sans être l’indigence, n’est pas l’opulence, mais une honnête aisance; leur idéal se rapproche des vierges pré-raphaéliques. La suggestion génésique vient moins de la gorge que du cou, de la nuque, de la main et du pied, comme chez les Célestes. La vue d'une femme nue ne semble inspirer au Japonais aucune idée sensuelle. A Yokohama, le D1’ Michaut a assisté à une série de réceptions où l’hôte présentait à ses invités sa femme absolument nue. Mais la Japonaise ne supporte pas la moindre plaisanterie légère, qu’elle considère comme un manque de respect. « Pourquoi s’adresser à nous? disait un jour, rouge de colère, l’une des actrices d un théâtre de femmes, après avoir fait expulser un intrus qui avait osé porter une main libertine sur la poitrine de la mignonne créature; ce n’est pas notre métier d’agacer les hommes. Le Yankiro (quartier
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des prostituées) est assez habité. », Beaucoup, ajoute Maurice Duhard portent un poignard à leur ceinture, et ce n’est pas un vain hochet mais
bien une arme dont elles n’hésitent pas à se servir pour défendre leur vertu en danger.
Les youya, maisons de bains chauds, sont de véritables grenouillères, où les deux sexes se baignent en commun, dans le costume de nos premiers parents. Ilonni soit qui mal y pense! Un clergyman a essayé de faire tendre une corde de séparation, mais sans y réussir.
D’ailleurs, jamais, de mémoire d’homme, aucune scène scandaleuse ne s’est passée dans ces établissements. Outre les piscines, il existe des barriques balnéaires pouvant contenir une famille entière. En voyage, on rencontre souvent des femmes et des jeunes filles qui prennent des douches, toutes nues, sous les cascades naturelles si nombreuses au Japon : elles ne s’effarouchent pas et cherchent encore moins à tirer vengeance des indiscrets Endymions de passage.
Les mères allaitent très tard; pendant trois et même quatre ans. 11 n'est pas rare de voir de grands enfants interrompre leurs jeux pour téter; aussi, le rachitisme, les diarrhées infantiles, les gastro-entérites sont-elles des maladies dont l’enfance est exempte. Les « remplaçantes » sont ignorées et les biberons inutiles. Les bêtes à cornes et les vaches en particulier sont très rares : ainsi s’explique la fidélité des mères japonaises à leur devoir de nourrices; au reste, elles ont tout ce qu’il faut pour le remplir, contenant et contenu; en Extrême-Orient, la mamelle est petite comme la race, mais très propre à la lactation. Détail piquant : dans le langage japonais, le même mot tchi-tchi désigne le sein et le lait, l'organe et la fonction; sorte d’onomatopée qui rappelle « le bruit argentin du lait jaillissant dans les seaux », dit A. Houssaye.
Le corset est inconnu au Japon, du moins chez laclasse moyenne; mais les Japonais sont trop favorables aux idées occidentales pour ne pas adopter nos modes avec notre civilisation, et bientôt la Japonaise aura le corset et le décolletage de la Parisienne; la cour a franchi le
Fis. 250.