‹ Les seins dans l'histoireChapitre 8 sur 67 · II- s S K I N S DANS I. ’ Il I ST 0 1 11 K · texte numérisé non relu

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henne est encore de mode, mois ou lieu de réduire leurs seins, nos acéphales, nos cucurbitées, comme dirait Juvénal (1), cherchent

Fig. 45. Fig. 16. Fig. 17.

au contraire à les faire valoir et, en cas d’absence, les remplacent par des postiches.

La nature et la forme de ces seins artificiels sont variées ; les couturières ont l’habitude de les désigner sous le nom du fabricant,

(1) Sat. XIV. Le poète satirique et misogyne a l'irrévérence de comparer les tètes féminines à des citrouilles, c'est-à-dire à des tètes vides... Horresco referens !

1, K (i K N I) A I R K S lï T H I S T O R I Q U E S

des « Berjingeon » ou des « ronds Broustons ». Les petites bourses se contentent de coussins ovalaires ou rectangulaires, rembourrés (fîg. 18, 19), cpie l’on coud à l’intérieur du gousset; ils sont reliés par une tresse qui permet de les suspendre au même clou, à l’état de repos. Mais ces édredons minuscules sont bien chauds en été et les plus fortunées préfèrent les « fausses gorges » en fils de laiton, reliés par un tissu léger en treillis et agrémentés d’une

ruche décorative en guipure (fîg. 20, 21). Ces postiches ont, en outre, l’avantage d’être élastiques à la pression et au toucher des amateurs : l’illusion est complète. On emploie aussi les « faux avantages » en caoutchouc plein ou creux, que Ton gonfle suivant le degré de proéminence désiré. Victor Tissot, dans Vienne et la vie Viennoise, signale un des inconvénients de ces appas factices et conte malicieusement la mésaventure arrivée à une Viennoise qui se faisait remarquer par l’opulence de ses formes : en épinglant une rose à son corsage, elle creva la doublure en caoutchouc dont le gonflement automatique remplace les charmes absents. Cet accident ne serait pas arrivé si la Viennoise eut connu et profilé de l’annonce suivante : « Corsets pneumatiques, en caoutchouc creux, se gonflant à volonté, garantis increvables, même sous les plus fortes pressions ». Le nec plus ultra de ce genre de postiches, le dernier cri est V idéal plastron (fîg. 22, 23), qui bombe suivant les goûts, par tension ou relâchement d’une dizaine de sangles

dissimulées à la face postérieure de la combinaison. Ce mécanisme réunit les qualités requises par les plus exigeantes : légèreté, élasticité et hémi-sphéricité ; c’est du moins le prospectus qui l’affirme. Œufs sur le plat ou omelette soufïlée, au choix.

En 1788, dit la marquise de Créquy, les Parisiennes avaient recours à des artifices moins compliqués : « Les jeunes femmes étaient misérablement habillées en fourreau de linon, de toile de Perse ou de petites soieries mesquines ; fichu de mousseline empesée qui grimpait roidement jusqu’au milieu des joues et qui leur simulait, par de gros plis sur la poitrine, une sorte de protubérance exorbitante ».

La suppression de ces « mouchoirs ridiculement gonflés, qui recèlent les charmes les plus agréables de la femme » fut proposée, par la Société des Arts, comme contraire à l’esthétique. Cette mode était vertement critiquée dans la Décade philosophique : « Ce sont, sans doute, des nourrices ; voyez comme leurs seins se projettent ! Non, ce sont de très jeunes personnes qui cherchent des maris, toutes ont l’air de faire ainsi gonfler les plis de leurs robes (1) ». Du reste, les mouchoirs bouffants n’empêchaient pas les coquettes hupées de porter les postiches, appelés « suppléants» (2), comme de nos jours les couturières, en dehors des seins factices, ont recours à des artifices de toilette, aussi bien pour donner de l’ampleur aux poitrines déshéritées que pour restreindre les rotondités débordantes : dans le premier cas, des épaulettes en guipures, de larges revers, des bouillonnés et surtout des étoffes claires élargiront et arrondiront la poitrine à souhait.

Dans le district d’Eger, même simplicité de moyens pour conserver une habitude, une mode disgracieuse : les femmes Tchèques se rembourrent la poitrine et les épaules avec de gros coussins de plumes, qui transforment leur buste en une sphère presque parfaite. Les femmes Croates, au contraire, compriment leurs seins avec le strophion ou la bande des Grecques de l’antiquité et se passent de corset.

Quant aux bayadères de l’Inde, elles se contentent d’enfermer leurs seins dans de légers écrins. « Rien n’égale leur attention a conserver leur sein, comme un des trésors les plus précieux de

(1) IR Quercy, la Rulholot/ie de la Révolution.

(2) Aîieccl. hist., fi g1. Ifi.

FAITS légendaires et

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leur beauté. Pour l’empêcher de grossir ou de se. déformer, elles l’enferment dans des étuis d’un bois très léger, joints ensemble et bouclés par derrière. Ces étuis sont si polis et si souples qu ils se prêtent à tous les mouvements du corps, sans aplatir, sans offenser le tissu délicat de la peau. Le dehors de ces étuis est revêtu d’une feuille d’or parsemé de brillants : c’est là, sans contredit, la parure la plus recherchée, la plus chère à la beauté. On la quitte, on la reprend avec une légèreté singulière : ce voile qui couvre le sein

n’en cache point les palpitations, les soupirs, les molles ondulations; il n’ôte rien à la volupté (1). »

Les seins postiches ont fourni, aux caricaturistes de nos périodiques illustrés, matière à de nombreuses plaisanteries. En voici quelques-unes : de G. Lion, dans la Vie pour rire (juin 1900), les Surprises du mariage. Stupéfaction du mari, la première nuit de noces, quand il voit son épouse retirer ses seins : Ciel, s’écrie-t-il, ma femme qui s'en va de la poitrine !

Du Rire (février 1900), dessin de Calumet : Pendant le déshabillage d’une conquête facile, un vieux beau remarque que la « péripatéticienne » enlève ses « avantages » et murmure philosophiquement, parodiant un distique célèbre :

Nous entrerons dans la carrière Quand les nënés n’y seront plus.

(1) Raynal, Hist. philosophique des deux Indes.

Dcj)uis plusieurs années, dans le monde où l'on s’amuse, la poitrine a passé de mode ; celles qui en sont pourvues doivent l’étirer, l’étaler en tous sens, la réduire à sa plus simple expression : il faut souffrir pour être plate, lladiguet, dans un de ses tableaux vivants et parlants, nous montre une jeune « crevette », dépourvue d’appas, se faisant de faux mollets avec ses faux nichons, et disant à une amie étonnée qui assiste à sa toilette : « — Bah ! on porte si peu de poitrine, maintenant... autant s’en faire des mollets pour les jours de bicyclette. »

Autres temps, mêmes mœurs, pour ce qui touche à la coquetterie; nous avons donné (1), de l’époque du Consulat, les dessins du lion genre : des dames, âgées de plusieurs lustres, mettent de faux appas pour briller en soirée, à la lueur d’autres lustres plus éclatants.

Tatouages mammaires. — Les tatouages mammaires sont assez rares, en raison de la sensibilité de la peau des mamelles. Aussi ne voit-on de pareils dessins que sur des images, comme le Nouveau tatouage, par C. Lion, de la Vie 'pour rire, représentant une « cosmopolite », buste découvert, qui, en dehors des « langues vivantes », professe d’agréables « leçons de choses » et porte, tatouée sur ses seins, la carte des deux hémisphères, avec cette invite : « Allons, qui veut apprendre la géographie ?... Qui m’aime, s’instruit! ».

Cependant, les femmes consacrées à Vichnou, appelées Garoudah-bassays (femmes de Garoudah), se font imprimer sur la poitrine l’image de l’oiseau de ce nom, comme la marque distinctive de leur dignité ; les prêtresses de Siva, les Linga-bassoys, ou femmes du lingam , portent sur leurs cuisses l’empreinte de cet obscène symbole (2).

Les prostituées, qui ont souvent recours à la pratique du tatouage, n’acceptent guère ces illustrations indélébiles que sur le bras ou l’avant-bras ; tous les dessins reproduits dans l'intéressante étude des DIS Leblond et Lucas (3) figurent sur ces régions. Par exception, Amélie Ch..., vingt-deux ans, couturière, du service

(1) Anecil. hisl.. fîg. 17 et 18.

(2) Grand Diction, univ. du XIX • siècle.

(3) Du tatouage chez les prostituées.

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du D1' Louis Jullien, à Saint-Lazare, portait le nom de Leon, entre les deux seins. Elle le conserva cinq ans ; puis Léon étant mort, elle demanda au Dr Badilliot de la délivrer de ce souvenir compromettant. Le D‘ C héron a aussi rencontré chez l’une des pensionnaires de la même prison un municipal à cheval, tatoué sur le sein (1).

J . Mornu a eu l’occasion d’observer un cas très curieux de tatouage, dessiné parle porteur lui-même.

Ce travail était remarquable par l’abondance des détails et la perfection du dessin, contrastant avec la facture grossière ordinaire à ce genre d’images. 11 s’agit d’un soldat au 2e régiment d’infanterie de

marine, envoyé aux compagnies de discipline. En sa qualité d 'actif, il ne portait aucune enluminure sur la face postérieure Fig. 24.

du corps, mais la poitrine, les bras et les épaules, en étaient couverts (fig. 24). « Au niveau de la mamelle, un peu au-dessus du mamelon et à droite, une femme accroupie à la façon arabe ; à un centimètre du genou de cette femme, une étoile à cinq branches, à droite, et, à gauche, au niveau du cœur, une femme à califourchon sur la garde d'un poignard ; au-dessous, cette inscription latine en lettres de deux dimensions : Marjis cogilare quam dicerc. (L’action vaut mieux que la parole !) La pointe du poignard ressort sous cette inscrip-

(1) Anecd. hisl., |>. 93.

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lion et la souligne violemment. A côté du trait de tatouage, représentant la plaie faite par le poignard, quelques taches simulant du sang. Une secondé étoile à cinq branches se trouve à peu près entre les deux mamelles. Un peu au-dessus du mamelon droit, une ancre chargée d’une pensée ».

Georges d’Esparbès a donné, dans une monographie consacrée à la Légion étrangère (1), la photographie d’un joyeux singulièrement tatoué sur le thorax (fig. 25). Entre les deux mamelles est dessiné, au pointillé, une femme couchée nue sur un canapé, dans la pose alanguie de la Danaé du Titien, les jambes écartées, un bras pendant, l’autre replié sur la poitrine, elle semble sortir d’un rêve voluptueux. A ses pieds, un homme nu, vu de dos, taillé en Hercule, probablement le « petit homme » de son rêve, fait des poses plastiques. Au bas du canapé se lit l’inscription : Réveil de Vénus. Ce « petit homme » nous paraît être tout simplement

(I) Edit., E. Flammarion, 1901, p. (>.‘i

l’Amour, Eros, lançant une flèche à sa mère, dans une position très classique. « Un autre homme s’est déshabillé devant moi, poursuit G. d’Esparbès, et j’ai pu suivre, en tournant autour de son corps, les divers incidents d’une impressionnante chasse au renard : une meute de soixante chiens spiralait ses jambes, sautait

sur ses bras, cernait son cou, dégringolait sur sa poitrine avec les piqueurs à cheval escortés d’un carrosse de dames, gravissait les fesses et redescendait, au galop, vers la tannière innommable, d’où ne pointait à peine, du renard engouffré déjà qu’un rigide cl imperceptible bout de queue bleue. Chef-d’œuvre ! »

Grâce à l’extrême obligeance de M. Bertillon, directeur du service anthropométrique à la Préfecture de police, nous pouvons reproduire divers spécimens de tatouages relevés sur la poitrine de repris de justice'; les « gigolettes » prisent peu ce mode d’ornementation et préfèrent les « pectoraux » mobiles des joailliers. On remarquera surtout les Dernières cartouches , de Neuville (fig. 27).

Fig. 27.

donl 1 incrustation, à l’aide d’aiguilles trempées dans l’encre de Chine, a demandé plusieurs mois à l’opéra teur-arliste : ce tableau, malgré le nombre de ses personnages, est d’une exécution assez exacte. La billctte accoudes (fig. 26) et la Vénus, de barrière, sur les genoux de Mars, en bordée (fig. 28), sortent des sujets ordinaires de ces illustrations cutanées.

Fig. 28.

Le D1' Le Bayon a vu sur la poitrine d’un disciplinaire une magnifique reproduction d’un tableau de maître : la Charité, présentant le sein à un jeune enfant. Un autre s’exhibait à Paris, montrant sur la poitrine divers épisodes de la guerre de Sécession, tandis que le dos était occupé par le bombardement d’Alexandrie. Plus récemment, M. Emile Gautier a raconté, dans le Journal , l’odyssée d’un dévoyé, sortant des compagnies de disciplines, qui portait sur la poitrine et le dos toutes les phases de l'affaire Dreyfus, ne comprenant pas moins d’une centaine de personnages.

Leca, le chef des « Apaches», ex-disciplinaire des «Bat’d’AfT »,

faits léukndairës et

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