CHAPITRE TROISIÈME
TRANSMUTATION ET SELECTION
Evolution en masse et par sélection. — Les changements qui s’opèrent dans un peuple sont dus à deux causes principales, d’une puissance fort inégale, la modification sous l’influence des milieux et la sélection. Comme la sélection suppose d’une manière à peu près nécessaire une modification qui lui sert de point de départ et lui donne lieu de s’exercer, il convient de préciser d’une manière rigoureuse le rôle de l’une et de l’autre. Cette précaution est d’autant plus nécessaire que dans la pratique il s’établit une confusion constante, et que l’on regarde souvent comme le résultat d’une modification survenue chez tout un peuple le produit d’une sélection sociale bien déterminée.
Sous l’action d’une cause générale, une population entière a-t-elle subi une transformation lente ou rapide, en bien ou en mal, on peut dire qu’il s’est produit une transmutation. Il y a sélection au contraire quand une partie bonne ou mauvaise de la population est mise en état de remplacer les des-
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cendants de l’autre, qui disparait sans laisser de postérité. Cette sélection suppose une modification partielle, qui a porté sur une quantité quelconque d’individus, et les a rendus plus aptes, ou moins aptes, à la concurrence avec la masse. Les deux cas se différencient nettement par la perte ou le maintien de l’équilibre. Dans le premier, l’arbre généalogique des familles s’élève en flèche, et le schéma qu’on pourrait donner d’une population qui se modifie en masse aurait à peu près l’aspect d’un semis de blé, où toutes les tiges s’élèvent parallèlement et d’un mouvement à peu près uniforme. Dans le second, certains arbres jettent dans toutes les directions des rameaux vigoureux, tandis que les autres s’étiolent, cessent de croître et périssent. L’expression graphique est l’image d’une foret aux frondaisons luxuriantes, aux troncs clairsemés, au sol nu.
La transformation en masse a par suite un caractère absolu et ne rompt pas les rapports relatifs des éléments ethniques ni môme des familles entre elles. Les bienfaits du progrès, — si nous supposons que la marche se fasse vers le mieux, — sont équitablement répartis, il y en a pour tout le monde. La sélection procède à l’inverse : ôte-toi de là, que j’y mette les miens; malheur et mort aux vaincus!
Il existe donc une opposition parfaite entre l’évolution collective et l’évolution sélective. Il y a aussi une singulière différence de rapidité entre elles. La sélection est plus expéditive : en un tour de main elle a parachevé son œuvre. L’évolution collective se traîne avec une lenteur séculaire. Supposez un jardinier qui cherche à faire varier une plante dans un sens déterminé, qui veuille par exemple augmenter le volume de la racine. En soumettant de génération en génération sa plante à la culture et aux soins nécessaires, il lui faudrait un temps prodigieux, plusieurs existences peut-être, pour ame-
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ner à un bon résultat la postérité de tous les individus; il est probable même et presque certain qu’il n’y parviendrait pas d’une manière absolue. Qu’il emploie au contraire, à chaque génération, comme seuls porte-graines, les individus qui auront les plus grosses racines, il pourra user une bonne partie de sa vie à la réalisation de son but, mais il est sur d’y parvenir. Il aura dû sacrifier un nombre prodigieux d’individus moins doués, dont la postérité suspecte aurait encombré son champ d’expérience sans espoir de succès prochain, et ce sacrifice lui aura valu une récolte définitive entièrement composée de sujets irréprochables. Dans ce cas et d’une manière générale, la sélection coûte en existences ce qu elle rend en vitesse.
Explication classique de l’évolution des peuples par le progrès et la dégénérescence. Elle est inexacte. — On s’est toujours fait beaucoup d’illusions sur la puissance des causes modificatrices et sur l’évolution en masse. Les historiens ont abusé de l’idée d’évolution, avant même que le mot fût inventé. Ils ne manquent jamais quand un peuple périclite de s’en prendre à la dégénérescence. Un des lieux communs les plus célèbres de. la rhétorique des anciens, l’invocation des vertus des ancêtres, est basé sur le même thème. Pure illusion! les peuples ne dégénèrent pas plus qu’ils ne progressent. Ils contiennent de bons éléments qui se multiplient et d’autres qui pullulent comme des microbes destructeurs, la résultante visible de cette fermentation continuelle se traduit dans les esprits superficiels par les notions de progrès et de dégénérescence, mais l’analyse scientifique l’interprète par une sélection progressive ou régressive. Ce qu’il y a de faux dans la conception ordinaire du progrès et de la dégénérescence des peuples, ce n’est pas l’idée d’évolution en soi, mais
la manière grossière dont on la comprend. L’évolution est, mais sélective et non collective comme on le pense. Je ne connais pas dans l’histoire un seul exemple d’évolution collective, et si j’en ai supposé la possibilité tout à l’heure, c’était pour marquer d une manière tranchée l’opposition qui existe entre l’évolution collective et l’évolution sélective. La seconde est la seule qui existe en réalité dans le domaine historique, peut-être même dans celui de la biologie.
J’ai montré comment les vicissitudes de l’histoire sont subordonnées à la composition ethnique des peuples qui la vivent. 11 n’y a rien d’étonnant dans cette idée que l'homme est le facteur principal de son histoire. Ses actes en sont la trame ; ils lui sont imposés par sa structure cérébrale, soumise elle-même aux lois de l’hérédité. Ce qui importe, c’est de montrer commentées variations de composition qui dominent celles de l’histoire sont le résultat d’une évolution non pas collective mais sélective, et de souder ainsi l’histoire à la biologie. Je vais reprendre mes exemples à ce nouveau point de vue.
La sélection sociale à Rome. — Si l’on relève à deux cents ans d’intervalle les grandes familles de Rome, on s’aperçoit que les plus illustres parmi les anciennes n’existent plus, et qu’il s’est élevé à leur place d’autres familles de moindre valeur, sorties de partout et même du rang des affranchis. Quand Cicéron se plaignait de la décadence des vertus romaines, l’homme d’Arpinum oubliait que dans la cité, dans le Sénat même, les Romains de souche étaient rares, et que pour un descendant corrompu des Quiritos il y avait dix Latins corrompus et dix Etrusques. 11 oubliait que la cité romaine avait commencé à péricliter le jour où elle s’était ouverte, et si le titre de citoyen perdait sans cesse de son lustre, c’est qu’il était porté par plus de (ils du peuple vaincu que du peu-
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pie vainqueur. Quand de naturalisation en naturalisation la cité romaine se fut étendue à tous les peuples, quand Bretons, Syriens, Thraces et Africains furent affublés du titre de citoyen trop lourd pour leur courage, les Romains de race avaient disparu.
Evolution du peuple romain. Eléments ethniques. — Il n’y
arien de brutal comme les chiffres. Les historiens romains nous en ont laissé beaucoup, et Userait facile défaire avec leurs écrits et avec les données de l’archéologie et de l’anthropologie une histoire de la population romaine.
Nous ne connaissons pas encore d’une manière certaine l’origine des Ombro-Latins. On les trouve dans l’Italie moyenne vers 1133, époque de la fondation d’Améria. Ils étaient sans doute installés déjà dans la même région à l’époque où ils paraissent avoir pris part aux expéditions tendant à la conquête de l’Egypte. Un corps d’arm ie osque figure parmi les troupes européennes qui, après avoir ravagé l’Asie Mineure et la Syrie, essayèrent de débarquer en Egypte l’an 8 du règne de Ramsès III, c’est-à-dire au xme siècle. C’est ce qui résulte de la dix-huitième ligne de l’inscription du deuxième pylône de la première cour de Médinet-Abou, et du récitde la guerre dans le grand papyrus Prisse. Les Latins paraissent avoir fourni un essaim qui parti de Cortone s’est fixé en Crète, à Samothrace et en Troade, pour revenir après les catastrophes fonder Albe. Le récit de Virgile, regardé comme une œuvre d’imagination, tire des découvertes de ces dernières années un caractère historique d’autant plus important que l’existence dune écriture antérieure au système graphique phénicien est archéologiquement démontrée. Le témoignage d’Homère et de Solin sur l’existence de l’écriture à l’époque du bronze est confirme par les découvertes faites dans les ruines égéennes. Le
souvenir de cette migration a donc pu être conservé autrement que par des légendes orales.
Avant leur passage en Italie, les Ombro-Latins paraissent avoir habité l’Aveyron et le Languedoc. Les textes anciens qui parlent de leurs origines les font venir de Gaule : « Bocchus absolvit. Gallorum ve terum propaginem Umbros esse, Marsus Antonius refert » Solin, h, 11. Idem Servius, ad Æneidem, xn, 753 et Isidore, Origines, ix, 2,87. Aous retrouvons dans la région indiquée le nom Umbranicia sur la carte de Peutinger, et ma série de crânes préhistoriques des Cévennes et de l’Hérault prouve l’existence d’un type particulier, très commun depuis la fin de la pierre polie et l’époque du cuivre jusqu’à celle des nécropoles de Tréviès, Gignac et Castelnau, lequel parait la forme ancestrale du type romain.
Cette race ou espèce très distincte que j’ai appelée B. contractas a probablement laissé beaucoup de son sang en Gaule et parait avoir formé l’élément le plus nombreux des populations ombro-latines. Avec elle nous trouvons dans la population romaine deux ou trois autres éléments secondaires, et VH. Europæus en assez grande abondance, surtoutdans les classes supérieures. L’élément Europæus a pu venir de la classe supérieure des Etrusques, et de divers autres cotés, mais existait déjà dès l’époque du cuivre chez les ancêtres hypothétiques des Romains en Gaule. J’ai décrit ( Crânes préhistoriques du Larzac, l’Anthropologie, 1891, p. G83) les squelettes de la grotte de Thoran, près Tournemire, Aveyron. Le chef inhumé dans cette grotte avec une vingtaine de jeunes guerriers se distingue d’eux par sa haute taille et sa dolichocéphalie. Le type Europæus domine en lui, le type contractas chez la plupart des autres sujets.
De l’origine à la décadence nous trouvons dans Rome deux classes d’hommes libres, différant surtout par la proportion
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de sang européen. Au-dessous des patriciens et des plébéiens, la masse des esclaves a été sans cesse grossissant, et avec elle celle des étrangers. Les unes et les autres se recrutaient d’abord dans l’Italie moyenne, région où l’indice céphalique (78.8), l’indice de nigrescence encore bas tous les deux aujourd hui, supposent une proportion respectable d’éléments Europæus et contractus dans l’antiquité.
Les différentes catégories sociales sont d’abord bien tranchées. Les éléments les plus eugéniques ont la charge du pouvoir, et les lois veillent à la conservation de la race. Jusqu’en 445 les mariages sont défendus entre patriciens et plébéiens. ' Le premier consul plébéien date de 366. A ce moment la période héroïque est déjà terminée, la puissance romaine s’étend en Italie et au dehors, mais le droit de cité n’a encore été accordé qu’à des villes latines dont lapopulation devait être bien analogue à celle de Rome, avec un degré d’infériorité cependant, puisqu’elles avaient été Araincues.
Elimination des éléments primitifs. — A la veille des guerres puniques, la primitive population romaine a déjà subi des altérations. Les familles patriciennes commencent à ne plus garder la pureté de leur sang ; beaucoup ont disparu depuis l’origine, il a fallu faire des promotions de familles sénatoriales et les nouveaux conscrits ne sont pas de même souche que leurs collègues. L’affranchissement d’esclaves, la naturalisation d’étrangers, la collation en [masse du droit de cité aux habitants des villes voisines ont renforcé la plèbe d’éléments nouveaux, inférieurs, et le changement est d’autant plus sensible que les plébéiens d’origine quiritaire ont souffert comme les patriciens des luttes extérieures des premiers siècles.
Les guerres puniques marquent le commencement de la débâcle. Romains anciens et Romains nouveaux sont tellement
diminués après Cannes que le recrutement des légions devient difficile. On admet les affranchis, des esclaves de la veille, à défendre une patrie où ils ont été naguère amenés comme marchandise. On affranchit même tout exprès pour faire de nouveaux citoyens et de nouveaux défenseurs. Tous, ces hommes, Italiens, Grecs, Africains, nés dans toutes les îles et sur toutes les côtes de la Méditerranée occidentale n’avaient déjà de romain que le nom et de latin que la langue.
Les guerres puniques, les guerres sociales, les guerres civiles ont anéanti en deux siècles le peuple romain primitif. Si Ton écarte les Romains de pure fiction, les habitants de toutes les provinces italiennes admises au droit de cité après la guerre sociale, il ne reste à peu près rien. Les progrès de l’oliganthropie vont croissant avec une rapidité terrible, plus vite que les expédients destinés à la pallier. Après Cannes (21 G) on avait pu lever encore 23 légions. En 180 on parvient avec difficulté àen recruter 9. En 139 il ne reste plus que 340.000 citoyens anciens ou nouveaux, les Italiens non compris. En 131 il n’en reste que 317.000. Plus tard le chiffre remonte un instant à 430.000, mais il y a dans le nombre plus de 100.000 affranchis, le reste est composé de descendants d’affranchis, d’Italiens fixés à Rome, avec quelques débris de la plèbe romaine. Sur ces 450.000 citoyens, 320.000 vivent aux frais du trésor public et de la vente de leurs suffrages. Aous sommes au temps de César, la démocratie qui avait commence avec la décadence bat son plein.
Le patriciat avait à peu près disparu dans cette période. Les proscriptions avaient surtout porté sur la classe supérieure. La lutte de Marins et de Sylla, succédant aux troubles des Gracques, avait presque détruit le capital d’eugénisme accumulé pendant des siècles. Des fournées sans cesse plus nomhreuses maintiennent l’effectif sénatorial par l’introduction d e-
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léments suspects et d’origine extérieure, qui s’alliant aux derniers patriciens d’autrefois en altèrent bientôt la race. Les guerres de César et de Pompée achevèrent l’œuvre. 11 y eut des proscriptions comme au temps de Sylla, mais Sylla s’était contenté de 5.000 victimes d’élite et il n’y avait pas eu de grandes batailles. Les Pompéiens, dans les rangs desquels combattaient les restesde l’aristocratie, perdirent 10.000 hommes à Valence, 6.000 à Sagonte, 5.000 ailleurs, à Munda 30.000 et ainsi de suite jusqu’à la défaite suprême. Depuis Orange où 80.000 légionnaires avaient été tués par les Cinabres, on n’avait rien vu depareil. Ce qui restait des fondateurs de la puissance romaine périt avec la liberté.
Extension de la cité romaine à des populations d’autre race. —
Par un phénomène étrange, à mesure que les dernières gouttes de sang fuyaient les veines des derniers Romains, le titre déprécié de citoyen était prodigué à de nouvelles populations hors de l’Italie et de l’Europe même, aux vaincus de la veille et de l’avant-veille. Tout le monde finissait par avoir le titre légal de citoyen romain sans avoir une goutte de sang romain dans les veines, et à mesure que la chose cessait d’être, le nom se répandait davantage. Les Romains, c’étaient tous les vaincus des grandes guerres de conquête, et il ne restait plus rien des vainqueurs. Il n’avait guère fallu plus d’un siècle de démocratie pour préparer Auguste et l’empire des nations.
Restait-il trace des Romains d’origine dans la Rome impériale? Dans la plèbe, nous ne le savons guère. Comment finissent les rares lamillcs patriciennes noyées dans ce milieu corrompu, nous le savons trop. C’est chez elles que se réfugient d’abord les dernières vertus de la République, et les hommes qui meurent le mieux descendent souvent des sénateurs, mais la contagion gagne par contact, par le mélange avec les nou-
veaux patriciens, par la pression constante de la tyrannie. Malgré la continuation artificielle des familles par l’adoption, un trompe-l’œil, l’histoire n’enregistre bientôt plus que des noms inconnus de la Home ancienne. Le dernier pas est franchi par Caracalla, qui dans un intérêt fiscal impose la qualité de citoyen romain à tous les sujets de l’empire qui ne l’avaient pas encore subie.
Il ne reste plus à cette époque une famille qui puisse se vanter de représenter les Quintes, mais tous les Espagnols, tous les Gaulois, tous les Africains, tous les Orientaux sont Romains. Ces barbares romanisés sont mûrs pour la venue des autres barbares.
Voilà pour le plus célèbre exemple de dégénérescence que l’histoire ait cru enregistrer. Je parlerai ailleurs des Grecs.
Evolution du peuple anglais. Stratification ethnique. — On cite en sens inverse le peuple anglais comme un exemple de perfectionnement continu. Il est certain que d’âge en âge sa valeur augmente, mais est-il certain aussi que ce changement soit dû à une évolution en masse? L’étude de la question à l’aide des données actuelles de la science permet d’en juger autrement.
Nous ne savons à peu près rien de la population des Iles Britanniques avant l’époque néolithique. Les insulaires néolithiques étaient très nettement dolichocéphales. Barnard Davis a trouvé une moyenne de 71.6 sur 31 crânes, Rolleston, Garson et Wilson attribuent à trois autres séries des long barrows les indices de 72.8, 70.3, 71.6. 11 y a de fortes raisons pour croire que ces dolichocéphales étaient blonds, car ils paraissent être les ancêtres des peuples qui, après avoir traversé la France de la Bretagne au Languedoc en laissant derrière eux un monde de dolmens, envahirent par mer tout le bassin oc-
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cidental, puis tout le bassin oriental de la Méditerranée. Or ces peuples, Tamehou, Pélasges ou Mycéniens étaient blonds. Des éléments à crâne plus court, amenés du continent comme esclaves, ou venus en immigrants après l’évacuation partielle des Iles, relèvent l’indice pendant la période du bronze. La moyenne de 80 crânes des round barrows est de 81 environ, en tenant compte de la méthode particulière de Davis dans la mesure de la longueur maxima. Cet élément n’était pas homologue à notre brachycéphale alpin, mais au type de Borreby. Un reflux ramena ensuite d’Espagne et d’Afrique dans le S. 0. des îles des tribus descendant des anciens émigrés, croisés à un très faible degré avec des éléments noirs. Les Méditerranéens en général et les Silures en particulier ne paraissent pas avoir dû à une autre cause leur teiut bistré et leurs cheveux noirs et bouclés.
A une époque contemporaine ou postérieure, probablement entre 1500 et 900 avant J. -C., des tribus gauloises s’installèrent dans les îles et se superposèrent aux anciens habitants. Ces tribus, congénères probables des habitants les plus anciens, étaient nettement dolicho -blondes.
Il y avait donc dans l’Archipel Britannique au moins quatre éléments distincts à l’arrivée des Romains, sans compter les brachycéphales ordinaires qui, plus ou moins nombreux sur la cote voisine, devaient s’ètre infiltrés en proportion quelconque dans les lies. La domination romaine introduisit une certaine quantité d’éléments continentaux, dolicho-blonds ou brachycéphales du type alpin, avec une quantité négligeable d’Italiens. On a publié peu de crânes de cette époque. Le petit lot df‘ Silures présumés déterré à Glocester a un indice de 75.2.
Les invasions des Angles, des Saxons et des Danois, celles des Norwégiens introduisirent dans les régions baignées par la Mer du Nord une quantité considérable de populations
blondes, parmi lesquelles prédominait le plus pur type européen. La moyenne des indices est d’environ 75, plus ou moins suivant la pureté de race des tribus.
Après ces invasions, les Iles Britanniques commencent à avoir une histoire. Les Romains n’avaient pas pu tirer les indigènes de la barbarie, une civilisation relative commence avec les envahisseurs. La conquête normande apporta de nouveaux éléments. Les troupes du conquérant, recrutées en Normandie, en Anjou, en Bretagne, un peu partout, comprenaient une assez forte proportion de nos brachycéphales de France, et l’immigration continua longtemps après la conquête, dirigée surtout sur les villes. Beddoe, The races of Britain, p. 227, attribue à cette influence l’indice relativement élevé de ses séries de Ilythe, 81.3 et de Bristol, 80, appartenant à cette époque. Les crânes plus récents de Bristol lui ont donné 76.6. A Rothwell en Northamptonshire, les crânes du Moyen-Age lui ont donné 78.7. L’indice du vivant, toujours plus fort, est aujourd’hui de 77.63 àiBristol et d’environ 78 dans le comté de Northampton.
A la fin du Moyen-Age, après avoir reçu toutes les alluvions ethniques que je viens d’indiquer, la population des Iles Britanniques présentait à peu près les caractères suivants: population dolichocéphale blonde, avec mélange d’éléments dolichocéphales bruns dans la région atlantique, brachycéphales bruns dans celle de la Manche, brachycéphales blonds dans celle de la mer du Nord. L’Angleterre n’avait pas encore une prépondérance numérique considérable sur l’Ecosse et l’Irlande.
L’histoire ethnographique de la population des Iles Britanniques à partir de ce moment peut se résumer ainsi: élimination progressive de l’élément brachycéphale brun et de l’élément dolichocéphale brun. Les derniers arrivants, les descen-
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dants des Normands et des émigrés de France, ont disparu d’abord, leur élimination est à peu près complète aujourd’hui. L’élément anglo-saxon a pris le dessus et tend de plus en plus depuis deux siècles, à distancer les autres éléments ethniques, après avoir été pendant un temps en balance avec eux.
C’est ce qui nous explique comment à la période de fanatisme religieux du xvn6 siècle, époque où l’élément dolichocéphale brun a joué un grand rôle par l’effet des circonstances, a succédé une période de conquête et de colonisation conforme au génie de la race blonde. Il n’y a guère eu d’autre différence entre les sectaires anglais du xvne siècle et leurs congénères d’Espagne que l’idéal de leur fanatisme, les uns brûlaient les Maures et les autres les catholiques. Galton a étudié leurs portraits et depuis Galton plusieurs autres anthropologistes dont l’opinion se résume ainsi : prédominance des types ibériques. L’Anglais blond de notre époque est tout autre et ne diffère guère que par l’état de civilisation de son ancêtre anglo-saxon ou Scandinave; il a repris possession de lui-même et continue en très grand les traditions ancestrales.
Ce n’est pas que l’élément dolichocéphale blond ait entièrement supplanté les autres. Les types secondaires interviennent partout dans la composition de la population, et dans les régions les plus aryennes ils paraissent encore faire un quart ou davantage du sang total. Si l’on examine dans l’ouvrage de Beddoe les cartes de l’indice de nigrescen.ee et de l’excès du type blond pur sur le type foncé pur, on constate que l’Irlande anglaise, la partie voisine de l’Ecosse, le pays de Galles, la Cornouaille, tout ce qui parle celtique est teinté de noir. L’Angleterre proprement dite est elle-même semée par place de taches noires. Cela veut dire qu’il s’y rencontre des descendants nombreux des dolichocéphales bruns, car, û part la Cornouaille et quelques parties de l’Angleterre, nos brachycépha-
les ne peuvent point être mis en cause, l’indice céphalique ne s élevant guère au-dessus de 78 dans les régions brunes. Cet indice varie de 76 à 78 dans les régions blondes. Les deux régions comportent donc l’une et l’autre une faible quantité de sang brachycéphale, un peu moindre seulement dans les provinces blondes.
L’indice de nigrescence, tiré de la coloration plus ou moins foncée des sujets, est le meilleur moyen d’analyse ethnique que nous donnent les tableaux de Beddoe pour doser le sang aryen, la couleur claire étant la meilleure caractéristique de H. Européens.
L’indice de nigrescence, très bas aux Shetland, 1.9, et aux Orkneys, 8.7, régions colonisées par les Scandinaves à l’époque historique et à peu près désertes avant eux, s’élève à 25 environ dans les régions où l’élément blond domine, mais a trouvé un substratum brun. Cette moyenne cesse d’être exacte si, quittant le S. E. et les grandes vallées ouvertes vers la mer du Nord, on s’avance vers l’Ouest. Le pays de Galles donne 51 dans le Nord et 63 dans le Sud. Strachum dans les montagnes de l’Ecosse nous montre les anciens habitants en possession des hauteurs, où la vie est dure et tente peu l’envahisseur. L’indice est de 57 à Strachum, tandis que dans les vallées de l’Ecosse il est très bas en raison du voisinage de la mer : Fife, 6, Aberdeen 8, Stirling 10. Dans l’Angleterre proprement dite, tandis que Boston dans le Lincolnshire donne seulement 14, Redruth dans la Cornouaille monte à 64, presque aussi haut que le South-Wales voisin et dont il est la continuation ethnographique. En Irlande tandis que la classe supérieure de Dublin, d’origine anglaise, reste à 14, l’élément indigène donne à Galway 54, dans le même comté, à Clilden 89, et dans le comté de Sligo à Moytura75 ! Comme terme de comparaison, je donne les indices de nigrescence de quelques populations françaises :
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Dieppe 38, Quimper 97, Bourges 73, Arles 78, Paris, classe inférieure 54.
Il est facile de reconnaître une corrélation entre l’importance des provinces comme richesse et population et la quantité de sang européen de leurs habitants. Dans les provinces montagneuses et arides, pauvres ou peu accessibles, l’influence dolichocéphale brune est encore très forte, dans les riches plaines, dans les régions industrieuses où la population est infiniment plus nombreuse, l’élément blond est de beaucoup prépondérant. Depuis le commencement du siècle, le développement de l’Angleterre, et surtout des régions nettement anglo-saxonnes, est incomparablement plus rapide que celui du reste des Iles.
Angleterre et Galles
Ecosse
; Irlande
Entre les comtés d’Angleterre le taux d’accroissement est presque dans un rapport exact avec l’indice de nigrescence. Cette inégalité est saisissante pour la période de 1861 à 1871, pendant laquelle est née la génération audacieuse qui a doublé sous nos yeux l’étendue de l’Empire Britannique :
Comtés du Nord . 23 »/0 \
Yorkshire 19 (
Comtés du N. O. . 19 ( ré8l0US lcs >llus bloaies
Londres 16
Comtés du Ceulre. 9
— de l’Est. . 7
— du S. O. . 2
régions les moius blondes
Des temps les plus reculés jusqu’à nos jours l’histoire des Iles Britanniques reflète le génie des races dominantes. A l’origine, sur ce débris du massif anglo-scandinave qui fut le berceau de la race européenne, celle-ci domine ou vit seule. Une période d’expansion commence avec les premiers essais de la navigation. Des essaims de dolicho-blonds envahissent toute l’Europe occidentale et centrale, s’installent dans tout le bassin de la Méditerranée, pillent et colonisent les cotes d’Asie et d’Afrique, s’emparent même des bouches du Nil. Les Iles se vident presque, le reflux dolicho-brun s’opère. C’est la période d’incubation du druidisme qui s’imposera aux conquérants gaulois et se répandra ensuite sur le continent même. Puis vient la guerre des races jusqu’à la fin du Moyen-Age, puis une reprise de l’élément brun et de son génie, puis la floraison superbe du génie aryen et le débordement des Anglo-Saxons, vainqueurs dans la lutte pour l’existence. A mesure que notre siècle s’avance le débordement se fait déluge, et l’on peut dire que le globe entier est devenu anglais. A part quelques déserts de sables ou de glaces dédaignés par l’Anglo-Saxon, il a tout pris, tout conquis, tout colonisé, d’un pôle à l’autre il est chez lui.
Les Iles Britanniques ont depuis le commencement du siècle jeté douze millions d’émigrants aux quatre vents du ciel. Cet exode formidable croit encore. Menace-t-il la puissance de la race? Peut-être, par son excès même. Des traces d’affaiblissement se laissent saisir : l’indice céphalique monte, le Census de 1891 n’a pas accusé l’augmentation de population que l’on attendait, lesjeunes gens sont moins nombreux et les vieillards le sont davantage, les campagnes se dépeuplent. 11 suffirait d’un arrêt de l’émigration pour rétablir l’équilibre. 11 suffirait au contraire que l’émigration continuât indéfiniment pour donner la supériorité numérique aux brachycéphales dont l’in-
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filtration lente est le plus grand danger qui menace l’Angleterre. La grande fortune des lies est le fruit de ce hasard singulier que jamais les brachycéphales n’y ont pris pied. L’avenir dira si, seul en Europe et peut-être au monde, ce pays privilégié doit rester au pouvoir des Aryens ou s’il suivra le sort commun. Si ce fait venait à se produire, il ne faudrait pas parler de la dégénérescence du peuple anglais, on devrait dire: il a vécu !
Evolution collective en biologie. — Je ne connais pas, et je ne pense pas qu’on puisse trouver jamais uu seul exemple d’évolution collective dans une population humaine. On a été victime d’une illusion chaque fois qu’on a cru à la réalité d’un pareil fait. 11 n’est pas inutile d’insister sur cette idée que l’évolution collective est problématique en biologie, même dans les expériences de laboratoire. Cette question présentant une importance très grande, j’ai cherché à me faire une opinion personnelle par la méthode expérimentale. Les Daphnies placées dans un aquarium bien aéré, à l’eau normale duquel on ajoute graduellement une solution de sel ordinaire peuvent arriver à vivre dans de l’eau chargée de plus d’un centième de sel. Cette expérience est bien connue et réussit toujours à la condition d’être menée lentement. Pour peu que l’on ait la main lourde, la mortalité devient grande, mais on peut arriver quelquefois à dépasser le second centième sans avoir cessé de posséder dans l’aquarium des Daphnies vivantes. Il faut à peu près trois mois pour atteindre ce résultat. Cette expérience a été citée quelquefois comme un exemple d’évolution collective. C’est à tort. Les Daphnies de la fin ne sont plus celles du commencement, elles en sont séparées par une série de générations, les différences morphologiques apparaissent graduellement, et la mortalité qui frappe les individus rebelles à l’a-
daptation prélève un contingent à chaque nouvel emploi du compte-gouttes. J’ai constaté la môme mortalité d’adaptation en opérant sur des Branchipus et des Artemia. Dans ce cas encore les formes sont séparées par une quantité de générations intermédiaires sur lesquelles la mort fait de tels prélèvements qu’à la moindre imprudence l’expérimentateur voit périr jusqu’au dernier sujet, parfois jusqu’aux œufs même, et l’expérience finit toujours pour une dernière goutte de trop.
J’ai fait les mômes constatations en habituant à une température de plus en plus élevée divers organismes inférieurs. Pour les cultures de microbes en bouillon, le phénomène se constate à l’œil nu. Quand on veut élever de quelques dixièmes de degré une température déjà excessive, le bouillon le plus louche s’éclaircit et ne reprend son aspect qu’après plusieurs heures, parfois plusieurs jours. Tous ceux qui se sont occupés d’atténuation des virus par la chaleur savent combien la moindre variation accidentelle du fonctionnement de l’étuve compromet l’expérience dès qu’on arrive aux températures extrêmes. On fabrique ainsi in vitro de véritables espèces nouvelles, douées de propriétés particulières, et qui, replacées dans un milieu de température normale restent, chose singulière, assez longtemps identiques à elles-mêmes, sans retourner au type originaire comme font bientôt les Artemia replacées dans l’eau normale. Pour en arriver là, il faut toutefois, et c’est le point qui nous intéresse, des milliers et des milliers de générations, et un sacrifice tellement grand d’individus que l’expérience consiste en définitive beaucoup moins dans la production d’une variation que dans l’élimination aussi rapide que possible des individus incapables de varier.
Ce que nous constatons chez les peuples est donc simplement un cas particulier des conditions biologiques de l’évolution. Celle-ci se fait à peu près toujours, pour ne pas dire tou-
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jours, par voie de sélection, d’autant plus sévère que l’intervalle à franchir est plus grand. La différence est toute dans la proportion des victimes, qui peut varier de quelques unités pour mille à la presque totalité des individus de chaque génération.