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CHAPITRE CINQUIÈME

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Métamorphose par le climat. Convergence de couleur sous l’action de l’identité de climat. — Bien plus que P éducation, le climat est un agent modificateur. Il exerce une action individuelle intense, et la transmission héréditaire des effets acquis est soutenable ou tout au moins soutenue par des exemples à demi plausibles. Ainsi les races anglaises de chiens subissent dans l’Inde une modification rapide, qui porte sur les sujets amenés d’Europe et sur leurs descendants, persiste chez ceuxci jusqu’à leur retour et disparait sous l’influence du climat britannique. Dans ce phénomène il y a un fait certain: la diminution du volume des os et des muscles, la perte de la graisse, la chute ou la réduction de longueur du poil, un fait douteux, la transmission, car il est impossible de savoir si les (, jeunes héritent de la modification subie par les parents, si le plasma germinatif a été directement influencé par le milieu, ou bien l’œuf ou le spermatozoïde, ou le sujet même dès la période fœtale. En négligeant le mode douteux, il reste le fait

certain, pris comme exemple au milieu d’une infinité d’autres cas aussi bien établis '.

L’action du climat chez l’homme est très grande, non seulement celle qui s’exerce, pour prendre un exemple analogue, sur les Anglais transportés dans l’Inde, mais l’action du climat d’une manière tout à fait générale.

Il y a longtemps qu’on a fait cette remarque : le climat européen rend blanc, le climat asiatique rend jaune, le climat américain rend rouge, le climat africain rend noir, et les teintes sont d’autant plus foncées que le pays est plus chaud et plus humide. Il ne faut toutefois accepter cette formule que sous le bénéfice des exceptions qu’elle comporte dans l’état de nos connaissances. Le fait d’être soumis à une même action climatérique produit des variations analogues chez les hommes de race différente et tend à leur donner un cachet commun qui va jusqu’à dissimuler parfois la variété des origines. C’est pourquoi la couleur est un mauvais caractère pour différencier les races et 11e peut être acceptée qu’à titre d’auxiliaire.

La division des hommes en blancs, jaunes et noirs est courante dans le public étranger aux notions scientifiques, et les anthropologistes ont eu tort d’encourager cette opinion en ajoutant pour compléter la classification vulgaire des catégories d’hommes rouges ou basanés. En réalité, la classification ternaire est une mauvaise reproduction d’une autre classification ternaire plus ancienne répondant aux noms des éponymes Sem, Chain et Japliet. Les Sémites, les Chamites, les Japhétiques de la Bible correspondent à peu près aux trois groupes politiques de l’époque oii la Genèse fut rédigée : Assyrie et protectorats, Egypte et protectorats, peuples libres civilisés. Ces trois groupes n’ont rien de commun avec les jaunes

1. La dernière publication sur cette question est la remarquable étude sur l’Adaptation des plantes au climat alpin de M. <L Bonnier (Ann. des se. liât., Botanique, 1 89 4-, p. ^ 1 7-3G0).

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et les noirs, et ne comprennent qu’une petite fraction de ce qu’on appelle la race blanche.

Il n’y a pas de race blanche, pas de race jaune, pas de race noire, la couleur n’étant que secondaire comme caractère de race; il n’y a pas que trois races au monde, et l’anthropologie ne peut tirer qu’un parti tout accidentel de l’ethnographie de la Genèse, dont les lignes principales ont été vraies au vne siècle avant J.-C., pas avant et pas après. Je crois que tous les anthropologistes sont à peu près d’accord sur ces points et il ne faut voir dans les expressions contraires de leur terminologie que la constatation de la grande difficulté du classement scientifique des hommes. Ainsi s’explique l’emploi qu’ils font des mots race blanche, jaune, noire, aussi inexacts au fond que ceux de race latine, germanique, etc., ou que le terme aryen appliqué à la race dolicho-hlonde.

Quatrefages lui-même, le vénérable défenseur des vieilles doctrines antérieures à Darwin et à Broca, Quatrefages si fermé au progrès qu’il est mort avec l’illusion d’avoir vaincu le transformisme, Quatrefages 11e croyait qu’à demi à sa division des races d’après la couleur, et l’on retrouve la trace de ce doute dans les Races humaines du Dr Verneau, recueil sans valeur scientifique, mais écho des dernières pensées du dernier anthropologiste de l’ancienne école.

Climats qui font blanc. — En Europe il y a une région des blancs-rosés: elle commence en Bretagne et en Irlande, se termine vers Moscou et la Finlande. Dans cette zone, des dolicho-blonds, des brachycéphales et d’autres races ont à peu près la meme coloration de peau et ne s’en distinguent pas moins profondément par les autres caractères. C’est la zone humide.

Des Pyrénées aux Carpathes on rencontre une autre zone, où

le teint est blanc, mais non plus rosé. Elle est peuplée de brachycéphales, de quelques ilôts d’Aryens et de Méditerranéens, mais surtout de métis. C’est la région des hivers et des étés modérés, de l’humidité seulement relative.

Du Portugal à l’Oural, à la Caspienne et à l’Archipel, le teint est un peu brun et très mat. Dans cette zone il y a des Méditerranéens, des brachycéphales, peu d’Aryens, quelques Sémites, lous ont à peu près la môme coloration, à la nuance près. C’est la région des hivers secs et froids, des étés secs et ardents.

Dans la première région il y a tendance au lymphatisme, sans distinction de race, en raison de l’humidité. Dans la dernière la sécheresse de l’air et l’inégalité de la température augmentent l’épaisseur du revêtement cutané, la circulation se fait trop profondément pour donner par transparence une teinte rosée, et la lumière plus intense d’un ciel pur pigmente plus fortement la peau.

Des races très différentes portent donc dans chaque région de l’Europe une même livrée de climat. Les caractères morphologiques qui les distinguent ont une valeur générique ou spécifique, ils sont, en tout cas, bien plus tranchés que ceux d’espèces animales considérées comme distinctes par tous les naturalistes, la couleur seule de la peau reste la même.

Climats qui font noir. — En Afrique, même diversité chez les races qui portent la livrée noire: il y a de petits négrilles inésaticéphales ou sous-brachycéphales; des sémites, grands, au nez caractéristique ; des nègres dolichocéphales à nez infantile, etc. Toutes ces populations n’ont en commun que la livrée du climat, et les races ne se distinguent pas entre elles à ce point de vue. La réceptivité particulière des individus varie même davantage que celle des races. Le noir le plus noir

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que j’aie vu de ma vie était un beau sémite du Haut Niger. On eût dit une magnifique statue de marbre noir, aux traits fins et réguliers, à la mine fière et à l’œil plein d’intelligence. Je me souviens au contraire d’une négresse d’Accra, très pure de race, dont la couleur était celle de nos mulâtres des Antilles, avec une patine toute particulière aux reflets ambrés, qui adoucissait encore sa belle teinte de bronze clair. Tous ceux à qui les populations africaines sont familières savent à quel point ces variations individuelles sont étendues.

En Asie, les habitants de la région tropicale étaient noirs autrefois. 11 reste encore des traces de ces populations noires en Susiane, dans l’Inde, en Indo-Chine, au Japon, aux lies Andaman et surtout dans la Malaisie. Ces noirs sont des sous-bracbycéphales sans parenté avec les noirs africains, à l’exception peut-être des négrilles. Le climat semblable à celui de l’Afrique a donné une coloration semblable à celle des nègres à ces hommes dont les affinités sont toutes différentes. L’action du soleil n’a pas encore noirci les diverses populations qui ont dispersé et presque anéanti les premiers habitants de l’Asie tropicale, mais elles sont déjà très foncées.

De même en Océanie, les Papous, les Australiens et les Tasmaniens étaient noirs; les Polynésiens seulement olivâtres sont les derniers arrivés. Les traces d’anciennes populations noires sont plus difficiles à saisir en Amérique, mais de la Californie à la Plata on en retrouve les débris dispersés. Toute l’ethnographie de ce continent a été bouleversée à une époque assez récente par des conquêtes et des migrations de peuples que l’arrivée des Européens est venue interrompre.

Hors des régions tropicales, il n’existe point de nègres dont on ne puisse dire qu’ils ont été importés. En sens inverse, les régions tropicales ne sont habitées que par des noirs partout où il n’y a pas eu d’immigrations récentes.

La sélection aux Etats-Unis. — Jl n’est guère utile d’insister sur cette action bien connue du climat; on l’admet d’une manière générale, sans toutefois que l’on puisse citer un exemple de population transformée par le climat, sans mélange avec les anciens habitants du sol. La date trop récente de nos observations n’a pas encore permis de suivre pendant un temps suffisant une population soumise ainsi à l’action d’un milieu nouveau. Les Juifs noirs de Cochin et d’Abyssinie sont des indigènes judaïsés, les Portugais noirs d’Angola des mulâtres dont les aïeules noires sont trop nombreuses pour être avouées. L’exemple que l’on propose volontiers des Américains des Etats- Unis pèche par la base. Les Américains sont plus grands, moins blonds, moins lymphatiques que les Anglais, et ils ont une psychologie spéciale. La variation individuelle n’est pas contestable, mais tant que le type ne sera pas fixé par un certain nombre de générations, on ne sera pas autorisé à regarder le résultat comme acquis. Les caractères morphologiques de l’Américain se maintiendraient-ils pendant une ou deux générations, si l’on transplantait la race en Hongrie, par exemple, ou en Portugal, régions dont le climat est analogue à celui des différentes parties des Etats-Unis ? Assurément il serait absurde d’exiger la persistance indéfinie des caractères acquis, malgré la variation du milieu, carie nouveau milieu devrait avoir aussi son effet, infliger une déviation nouvelle au type modifié, mais il est permis de demander une persistance suffisante pour permettre de constater que la variation est héréditaire, ce qui nous ramène au cas des chiens anglais dans l’Inde.

Il ne faut pas d’ailleurs méconnaître à quel point la sélection est intervenue dans la formation du type yankee. Qui sait jusqu’à quel point ce qu’il pourrait avoir d’héréditaire ne serait pas dd au triage effectué par l’émigration et par l’accli-

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maternent? D’une part, la population yankee des Etats-Unis a été recrutée parmi des individus solides, hardis, l’élite de la population anglaise pour la vigueur et le caractère, car c’est toujours cette catégorie qui émigre d’abord; de l’autre, l’acclimatement opère toujours une sélection dans le sens de la plus grande affinité avec les populations indigènes.

La sélection dans l’acclimatement. — Le rôle de la sélection dans l’acclimatement d’une race est bien souvent méconnu : il importe de le mettre en évidence. Quand une population est transplantée d’un pays dans un autre, il y a toujours une mortalité plus ou moins intense, chez les enfants surtout, et encore plus chez ceux qui viennent à naitre dans le pays colonisé. Au bout d’un certain temps, on dit que la population est acclimatée, c’est lorsqu’elle commence à augmenter par reproduction et que décidément les naissances compensent et au delà les pertes. Mais si certains immigrants meurent et si d’autres survivent, c’est qu’il y a résistance inégale au climat, et la génération nouvelle résiste d’autant mieux qu’elle descend des sujets qui ont pu résister eux-mêmes. C’est ainsi que s’est formée en Amérique la race de chats à fourrure laineuse que l'on emploie à la garde des viandes dans les chambres de refroidissement. Le rat s’étant acclimaté, et transformé en animal à toison épaisse, dans les locaux où sont maintenues à l’état de congélation les viandes destinées aux marchés de l’Europe, on a cherché à lui opposer le chat, mais celui-ci s'est très mal prêté à l’acclimatement dans un milieu où la température est à la fois constante et au-dessous de zéro. Un seul individu est parvenu à résister, une chatte angora, dont la postérité s’est si bien adaptée au milieu qu’elle souffre ou périt à la température normale. Le chat des chambres de congélation est donc le résultat d’une sélection adaptative. Le

même phénomène s’accomplit, avec une intensité moindre, chaque fois que s’opère la colonisation d’un pays nouveau. Au bout d’un temps il se trouve qu’une partie seulement des colons a contribué à la reproduction du tout.

Survivance des éléments les plus voisins des indigènes. Explication de la convergence vers un type régional. — Si nous cherchons dans quel sens la sélection s’est faite, nous trouvons qu’elle a épargné, et c’est bien naturel, les individus qui se rapprochaient le plus des indigènes par les caractères constitutifs de l’adaptation au climat. Une série de races pourra se succéder dans un même pays, il ne survivra de chacune que les individus présentant certains caractères, et il se formera un type régional apparent où les caractères communs dissimuleront les caractères différentiels. C’est ce qui a donné lieu à l’idée de race blanche, de race noire. Le phénomène se remarque surtout en Afrique, où les races les plus diverses sont devenues noires, parce que, pour une raison qui nous échappe, la coloration noire parait accompagnée d’immunités particulières. La Mélanésie fournit un autre exemple. En Asie et en Amérique le phénomène est moins apparent, parce que les régions chaudes communiquent largement avec des régions froides, qui les ont inondées d’émigrants.

Colonisation de l’Algérie. Eléments acclimatables. — Nous avons en Algérie un exemple très concluant de la sélection naturelle qui s’exerce dans l’acclimatement. 11 est intervenu dans la colonisation de l’Algérie des éléments ethniques fort divers : Français du Nord, Français du Midi, italiens, Espagnols, Maltais. La population se recrute aujourd’hui d’une manière satisfaisante par les naissances, mais pendant longtemps l’Algérie n’a été qu’un vaste cimetière. L’Algérien né

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dans le pays descend presque toujours, au moins dans une ligne, de parents espagnols, italiens ou maltais. La naturalisation privilégiée, les mariages mixtes dissimulent cette vérité que l’Algérie est tout ce que l’on voudra, excepté un pays peuplé par des Français de race. Les Languedociens et les Catalans des Pyrénées-Orientales sont presque les seuls Français qui aient pu faire souche en s’alliant à des femmes françaises. Les Prussiens de l’émigration de 1860, les Alsaciens établis après la guerre vont disparaître. Ils étaient 5.816 en 1861, ils furent près de 7.000 après l’arrivée des Alsaciens, il en reste un peu plus de 3.000 avec une mortalité qui varie entre le simple et le double de la natalité. Les Français du Nord ne se sont maintenus qu’individuellement, à part quelques points favorisés d’un climat particulier, où ils ont pu élever des enfants.

En résumé, la colonisation algérienne a été tentée avec toutes sortes d’éléments, mais elle n’a donné de résultats féconds que pour les populations appartenant aux races méditerranéennes, et ces résultats ont été d’autant meilleurs que les immigrantsse rapprochaient plusdes indigènes, c’est-à-dire des Kabyles. Le secret du développement prodigieux des Espagnols dans l’Algérie en général et dans la province d’Oran en particulier, des Italiens des Deux-Siciles en Tunisie, et des Maltais partout, c’est leur identité de race avec les indigènes, c’est la parenté préhistorique de tous ces peuples.

Les colonisations ne réussissent, pour cette raison, que dans le cas où les immigrants ou une partie d’entre eux présentent fies caractères particuliers favorables à l’adaptation. De là résulte aussi d’une manière nécessaire ([lie la population fille ne ressemble plus en moyenne à la population mère, et pour deux raisons : le caractère partiel de la descendance, et l’action modificatrice, personnelle ou héréditaire, du nouveau milieu.

Une population ne s’acclimate qu’en cessant d’être identique.

— C’est une grande naïveté de croire qu’une race quelconque pourra un jour s’étendre sur toute la terre en supplantant les autres, et s’adapter à tous les climats sans changer ses caractères. Si une race doit jamais exterminer le reste de la population du globe, par la force ou par la misère, elle se divisera en sous-races nombreuses, et pour être moins accusée qu’aujourd’hui la diversité des types humains n’en subsistera pas moins, car elle est le résultat nécessaire de la différence des milieux. Tous les spécialistes en matière d’acclimatation sont d’accord sur ce point, mais il y a beaucoup de personnes et môme d’hommes d’Etat qui ne s’en doutent pas et qui commettent, au détriment de milliers d’existences, de graves fautes dans les questions de colonisation. En réalité une population ne peut se déplacer sans subir de variations ni de sélections que sur le même parallèle, ou en remontant un peu plus vers le pôle, et encore faut-il que les conditions météorologiques, l’altitude, le terrain ne présentent pas de différences profondes. De l’Europe à l’Amérique, de la Russie à la Sibérie, l’acclimatement modifie déjà la race. On ne cite pas de déplacement en latitude qui ait réussi ; toutes les migrations heureuses se sont faites sans sortir de la même zone. L’exemple môme des Juifs, que l’on suppose à tort ubiquistes, est une preuve certaine du contraire.

Pas de race ubiquiste. Les Juifs ne sont plus une race. — Nous ne savons rien de bien précis sur le type morphologique des plus anciens Hébreux. Peut-être cesTérachites ne s’éloignaientils pas beaucoup du type arabe supérieur, peut-être se rapprochaient-ils davantage de VII. Europæus, car il est permis d’entrevoir le moment où il sera permis de les rattacher au rameau oriental de la race dolicho-hlonde, cest-à-dire aux

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tribus qui passèrent les premières d’Europe en Asie-Mineure, en Arménie et dans les régions voisines, puis de là, et ce sont les Aryas dans le sens strict du mot, dans la Bactriane, la Perse et l’Inde. Ils devaient être singulièrement m 'langés quand ils s’établirent en Palestine. Ils y trouvèrent trois races au moins : les Amorites, de pure race dolicho-blonde, débris des grandes invasions maritimes des peuples occidentaux en Orient, les Chananéens et dans le Nord des éléments brachycéphales encore mal étudiés. Malgré toutes les prétentions contraires, le peuple d’Israël s’est fortement, si fortement mêlé à ces trois éléments, dont le chananéen était dominant, qu’il fut absorbé. Les Juifs les plus purs ne descendent pas plus d’Abraham que nous ne descendons des Gaulois. A l’époque de la conquête babylonienne, le peuple d’Israël était profondément phénicisé d’idées, de mœurs et de langue, de langue surtout, car il avait complètement oublié son langage primitif, que nous ignorons, pour parler un dialecte phénicien : l’hébreu biblique ne diffère que de l’épaisseur d’un patois du dialecte de Tyr et de celui de Carthage. A l’époque de la conquête romaine, les Juifs étaient les seuls au monde qui représentassent encore le vieux monde phénicien, sa langue et son génie, mais ils reprenaient déjà, et pendant deux mille ans ils ont suivi cette idée, le programme d’affaires de Sidon, de Tyr et de Carthage.

Des Phéniciens, voilà ce qu’il faut voir dans la majorité des Juifs de race pure, et chez ceux qui sont blonds, les descendants des Amorites. Dans tout le bassin de la Méditerranée, ces deux éléments sont nombreux parmi les Juifs modernes, mais partout l’élément local prédomine. Pendant les premiers siècles de notre ère, la religion mosaïque fit à peu près autant de prosélytes que le christianisme lui-même, et chaque communauté juive devint un centre de judaïsants. Les Romains

s’inquiétèrent de ce mouvement plus que du christianisme lui-même, et les premiers chrétiens furent frappés comme Juifs d espèce particulière. A Alexandrie, dans l’Afrique propre, en Espagne, en Gaule, il y avait infiniment plus de Juifs convertis que de Juifs d’origine. Les Sephardim, Juifs méditerranéens ou portugais, descendent à peu près tous de ces convertis.

L’origine locale est toujours bien marquée par la morphologie. Le Juif possède à peu près l’indice céphalique de la population dont il fait partie : 74-7o en Orient, en Egypte ; 76 en Algérie, comme les Arabes et les Kabyles, 76 à 78 en Italie, en Espagne, à peu près 80 dans le midi de la France, 76 en Hollande et en Angleterre. Dans le bassin méditerranéen, il est plus blond que les autres indigènes, par ce point il accuse une proportion de sang aryen supérieure à la leur. Dans les pays purement aryens, Angleterre, Hollande, il est bien plus brun que les indigènes, parce que ceux-ci sont presque tous blonds. Le plus souvent il ne conserve de son type primitif que deux caractères, d’une fixité héréditaire qui en fait des caractères forts par excellence, persistant malgré la dilution infinie du sang : le nez, le génie phénicien. Nez de compromis, où le squelette nasal du type Européens torture des cartilages et des téguments hérités des Chananéens du Golfe Persique, chez lesquels le type negrito parait avoir prédominé. Le nez fait un départ triomphal, qui rappelle Cro- Magnon ou les crânes germains les plus accusés, mais dès qu’il n’est plus soutenu par les os propres, il se coude brusquement, tiré en bas et en arrière par des muscles trop courts. Ce nez se retrouve, avec des^variantes dues à la différence des éléments héréditaires, chez les Arabes et la plupart des peuples qui ont un peu de sang noir dans les veines. On ne s’attendrait guère à voir un pareil détail morphologique prendre

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la valeur d’un caractère fort : l’observation des populations africaines, où le sang arabe s’est infiltré, et des Juifs d Europe, nous prouve cju’il a ici une valeur égalé à la conformation de la région pariéto-occipitale dans les croisements de brachycéphales avec des races quelconques. Quant au génie phénicien, qu’il est superflu de définir, il a été entretenu et fixé par sélection pendant la période longuement séculaire où les Juifs n’ont pu vivre qu’aux dépens d’autrui.

Les Juifs de l’Europe centrale, les Askhenazim, se rattachent de beaucoup plus loin au peuple de Moïse. Une partie se rattache aux Khasares ou à d’autres tribus qui avaient embrassé en bloc la religion juive'. Beaucoup d’autres tirent leur origine de conversions plus récentes. J’ai relevé dans les Regestes des Papes du xne et du xme siècle des textes qui prouvent combien le judaïsme faisait de conversions en Allemagne. Je citerai en particulier la bulle du 4 mars 1233 ( Registres de Grégoire IX, 1159) b II fallait une psychologie spéciale pour se faire juif au Moyen-Age, et même pour le rester. Ces Askhenazim font, à peu près huit des neuf millions d’Israélites que possède l’Europe, ou plutôt qui possèdent l’Europe. Par le crâne, ils sont comme les Sephardim, très près des populations au milieu desquelles ils vivent : les Juifs Polonais ont un indice céphalique de 83, les Polonais non juifs sont un peu plus brachycéphales, 84. Dans cette région, l’élément venu de Palestine ou du Midi de l’Europe est peu nombreux, mais il a suffi pour imposer ses caractères forts dans le croisement avec les néophytes.

En résumé les Juifs sont, non pas une race, mais une nationalité, dont le principal caractère commun est dans la religion et dans une psychologie spéciale, due à une légère quantité d’infiltrations chananéennes. En réalité Israël est

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