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CHAPITRE SIXIEME

CROISEMENTS. — METISSAGE

Préjugés sur l’utilité des croisements. — Les croisements sont regardés par beaucoup de gens comme un agent très efficace de transmutation, qui exerce sur les populations une action aussi heureuse que générale et rapide. Il y a beaucoup d’erreur dans cette croyance. Les croisements modifient bien, et d’une manière profonde, l’extérieur et la mentalité d’une population, mais l’effet n’est d’ordinaire ni heureux, ni général, ni définitif.

La croyance au croisement des races considéré comme une panacée n’est pas de date ancienne. Elle a pour origine une fausse interprétation utilitaire des prescriptions contre l’inceste, et une erreur commise par des zootechniciens ignorants dans le maniement empirique de l’hérédité. Jusqu’à un temps i voisin du nôtre, on veillait avec un soin jaloux à la pureté des 1 races humaines et animales. L’Egypte a vécu cinq mille ans sous le régime et par la vertu de l’adelphogamie ; la société chaldéenne a duré tout autant pour le même motif. En Egypte

il n’y avait qu’un même mot pour exprimer frère et amant, ] sœur et maîtresse (Maspéro, Etudes égyptiennes , t. I, passim. j et Histoire ancienne des peuples de l'Orient , t. I, p. 51). En Babylonie et en Assyrie, le mari devenait frère de sa femme 1 par un afl'rérissement fictif, quand il n’était pas son frère par le sang; c’est le cas du gendre de Bunanitun, qui est ina marutisu (Lapouge, Le dossier de Bunanitun, étude de droit ba- j bylonien, Nouv. Revue historique de droit, 1887, p. 122). La Chine doit sa pérennité à la pratique conservatrice des unions dans la famille. Les lois de presque tous les anciens peuples défendaient d’épouser des étrangères ou des femmes d’une autre caste. De même pour les animaux. Les races précieuses, depuis l’antiquité la plus reculée, ont été gardées pures avec un soin jaloux, et les Arabes présentent pour justifier l’origine de leurs chevaux de haut sang des généalogies fabuleuses, j Naguère encore dans certaines provinces de l’Europe il était : soigneusement défendu d’importer des chevaux qui ne fussent j pas hongres, ou des taureaux, ou des béliers.

Chose singulière, c’est au déclin du christianisme que les 1 idées ecclésiastiques sur l’union entre parents, les idées bibli- j ques sur la fraternité des hommes finirent par prévaloir contre j la tradition impeccable des siècles. Tous les peuples ne sont j qu’une humanité,- il faut les fondre et compenser par les vertus j des uns les défauts des autres : devise optimiste qui Tut celle j du xvme siècle, le plus songe-creux, le plus anti-scientifique 1 depuis l’origine du monde. Là-dessus vinrent les tentatives 1 d’agronomes, qui, unissant des rosses à des chevaux anglais, I obtinrent des rosses moins détestables. Il se fit un courant d’opinions dans un monde demi-savant, demi-ignorant. Lu i homme de grand talent, Lucas, donna asile à cette doctrine j dans son Traité philosophique et physiologique de l'hérédité (Paris, 1850). Le mouvement qui avait commencé avec Bufl'on,

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partisan a priori des croisements, reçut ainsi de Lucas sa forme dernière : « Les résultats de la consanguinité, dit-il, varient selon que le système d’alliance se poursuit ou ne sei poursuit pas... dès qu elle se prolonge au delà d’une certaine : limite, même dans les cas très rares où elle n’entraîne alors le développement d’aucun mal héréditaire, elle cause cependant j l’abâtardissement de l’espèce et de la race, la duplication et le redoublement de toutes les infirmités, de tous les vices, de j toutes les dispositions fâcheuses du corps et de l’âme, l’hébétude de toutes les facultés mentales, l’abrutissement, la folie,

: l’impuissance, la mort de plus en plus rapprochée de la nais- ! sance chez les produits. »

Le livre de Lucas marque l’apogée de la faveur des croisements. Depuis, la théorie scientifique de l’hérédité s’est constituée, on sait que la consanguinité, comme les autres unions, i donne des produits bons quand les auteurs sont bons, mauvais ; quand ils sont mauvais, et que son seul inconvénient est de diminuer la fécondité à la longue, après des unions adelphogames indéfiniment répétées. I/accord est parfait dans le monde scientifique, biologistes, médecins, zootechniciens sont fixés, mais les erreurs d’autrefois, sur les croisements comme sur la puissance de l’éducation, continuent à dominer le public i étranger aux progrès de la science. Un sociologiste d’une grande valeur a pu écrire en 1893, sans étonner la plupart de ses lecteurs, ces lignes ruisselantes d’hérésies : « Il est reconnu qu’une race s’abâtardit par les unions consanguines et qu’elle s’améliore par les croisements... Les croisements sont donc indispensables pour soutenir et augmenter la vigueur d’une race... Les croisements sont d’une utilité si incontestable qu’il i faudra les favoriser le plus possible. De nos jours encore, nombre de sociétés non seulement barbares, mais même civilisées, tâchent d’entraver les croisements. Elles se causent à elles-

mêmes le plus grand de tous les maux, l’abâtardissement de la race » (Novicow, Les luttes entre sociétés humaines, Paris, Alcan, 1893, p. 201-204). On ne saurait trop protester au nom de la. biologie contre la persistance de tels préjugés, mais leur existence même nécessite une exposition exacte des effets du croisement considéré comme mode de transmutation.

Le croisement et le métissage en zootechnie. — En zootechnie, on enseigne que pour produire des sujets réunissant certains caractères utiles de deux races différentes, il faut procéder à un croisement soit direct, soit à trois générations, ce dernier présentant souvent plus de chances de succès qui compensent le retard dans les résultats. Dans ce dernier cas on recroise les produits du premier croisement séparément avec chacune des races pures, de manière à avoir des 3/4 de sang, et on unit ensuite un sujet qui a 3/4 de sang A et V 4 de sang B avec un qui a 3/4 de sang B et 7 4 de sang A. On obtient ainsi des produits plus homogènes, présentant la réunion des caractères visés, quand l’éleveur a été assez instruit ou assez expérimenté pour ne pas sortir des limites du possible.

Il ne faut pas croire en effet que le croisement systématique puisse être utilement pratiqué en toutes circonstances. On fabriquera industriellement de bons agneaux de boucherie par l’emploi d’un bélier Dishley dans un troupeau de brebis pyrénéennes ou de la race de Millery ; pour les brebis du Larzac il faudra un bélier New-Leicester, mais il faut toujours tenir compte des rapports généraux des races mises en présence. Corrievin, dans son Traité cle zootechnie générale (Paris, Baillière, 1891), que je ne saurais trop recommander aux personnes professionnellement étrangères à la biologie, donne (p. 617) une série d’exemples de croisements utiles, et (p. 603) une autre série d’exemples de croisements absurdes qui ne pou-

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vaient réussir. Il est impossible d’employer le croisement à la compensation des contraires. Le croisement doit être exécute en vue de compléter une conformation, de la renforcer, de la perfectionner dans le sens de son développement, et non d’en prendre le contre-pied. Il faut, en d’autres termes, n’unir que des analogues, dont l’un présente à un degré un peu plus fort la qualité trop faible chez l’autre, l’ensemble des caractères neutres devant être aussi uni forme'a'que possible dans les deux races. Le croisement, malgré cette précaution fondamentale, ne réussit pas également avec toutes les races analogues, il y a des affinités et des antinomies probablement histologiques qui échappent à la vue, mais se manifestent par la différence des résultats obtenus. Enfin il n’est pas indifférent que le mâle soit de l’une ou de l’autre des races en présence : un mâle A et une femelle B, un mâle B et une femelle A ne donnent pas des résultats identiques.

Le croisement est employé couramment, d’une manière industrielle, pour fabriquer selon une formule donnée une orchidée plus étrange, un chien de taille et de forme déterminée, un cheval d’un usage spécialisé. On garde des reproducteurs de race rigoureusement pure, d’une pedigree hors de soupçon, pour avoir sans cesse sous la main les matières premières du croisement demandé. L’éleveur a ses pure-race, comme le chimiste a ses produits avec lesquels il fera les préparations les plus variées selon les besoins. C’est, en effet, une véritable opération de chimie biologique qu’il aura, lui aussi, à faire, et il semble qu’il existe dans les combinaisons héréditaires de véritables lois de proportions définies.

Le croisement ainsi compris n’a rien de commun avec le croisement incohérent préconisé entre les races humaines. Il est réglé d’une manière rigoureuse et sa notion même exclut l’idée de hasard ou d’arbitraire dans les accouplements. On ne

s’avise pas davantage, ou du moins on ne s’avise plus, le résultat obtenu, d’essayer de continuer par génération le type réalisé. La reproduction indéfinie des métis entre eux, le métissage proprement dit, ne donne de bons résultats que dans des cas fort rares. L’expérience a prouvé que les métis les plus parfaits donnaient entre eux des produits défectueux, et que le moyen pratique d’avoir un sujet excellent était de le fabriquer directement chaque fois que le besoin s’en faisait sentir.

Cas de réussite des races métisses. — On est allé jusqu’à nier la possibilité du maintien des races métisses. C’est un extrême qui avait succédé dans l’esprit des praticiens à un autre extrême. On avait cru quelque temps en Angleterre et très longtemps en France que les métis pouvaient se perpétuer par eux-mêmes avec une exactitude de type suffisante. La mode a été pendant une bonne moitié de ce siècle aux croisements et aux races croisées. On a préconisé les chevaux anglo-normands, les moutons de la Charmoise, les Dishley mérinos, les vaches d’Ayr, les porcs Berkshire, jusqu’au moment où l’on s’est aperçu que de génération en génération ces races métisses allaient de pire en pire et finissaient par s’écarter du type voulu d’une manière trop capricieuse pour donner de bons résultats économiques. Aujourd’hui on n’élève plus guère de races métisses et on tend à se soustraire par une bonne sélection à la néces- .sité de fabriquer directement les chevaux, les moutons et les bœufs à la fois acclimatés et perfectionnés (pie l’on demandait autrefois au croisement des étalons étrangers et des femelles du pays. L’étude scientifique de la question des croisements a donné tort à la fois, mais à degré inégal, aux adversaires et aux partisans du métissage.

Il parait certain, en effet, que certaines races sorties de

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métis peuvent rester fixes et se perpétuer, au moins pendant un temps considérable. Peut-être se dislocjueront-elles comme se sont disloquées d’autres races métisses en qui l’on a eu jadis confiance, mais de bons zootechniciens regardent leur persistance comme probable. Il faut supposer que certaines combinaisons à proportions définies entre certains éléments peuvent être stables, à peu près comme les combinaisons chimiques par opposition aux simples mélanges. Ces cas, tout à fait exceptionnels, de métissage heureux impliquent les conditions suivantes : 1° croisement systématique, en général à trois degrés; 2° métissage consanguin, au moins dans les premières générations; 3° sélection rigoureuse et constante. On arrive ainsi à obtenir des sujets homogènes quant aux caractères cherchés, et l’on pourrait arriver sans doute à l’homogénéité parfaite en généralisant la sélection, c’est-à-dire en la faisant porter même sur les caractères indifférents. La dernière condition est de rigueur absolue : sans sélection, pas de fixation, ce qui nous amène à une remarque capitale. La fixation n’est pas la conséquence directe des circonstances heureuses du croisement, puisqu’elle ne se produit pas en panmixie, c’est-à-dire quand tous les produits s’accouplent au hasard, mais seulement en amixie, entre individus rigoureusement sélectionnés. Le rôle principal n’est donc pas celui du croisement, c’est la sélection qui intervient comme agent prépondérant dans la formation de la race.

Gomme exemples de races métisses fixées, Cornevin cite les chevaux de la race de Knapstrup, un certain nombre de races gallines, les porcs Yorkshire, Berkshire, Essex. On peut ajouter, comme exemple tiré du règne végétal, le blé Dattel. Je crois que l’on pourrait ajouter quelques exemples à la liste, mais combien courte elle reste en présence de celle des métissages innombrables qui ont échoué !

La règle presque absolue dans les métissages systématiques, absolue dans les métissages accidentels, générale dans les simples croisements au premier degré, c’est la loi d’incohérence de IXaudin complétée par la loi de réversion.

Rattachement de l’incohérence à la loi des localisations héréditaires. — J’ai déjà expliqué en parlant de la seconde loi de l’hérédité le phénomène de l’incohérence des métis, et à plus forte raison des hybrides. La variation désordonnée et la disjonction des caractères ainsi que l’affolement sont les divers aspects de cette incohérence qui est la conséquence directe de la localisation des manifestations héréditaires.

Les produits de deux types spécifiques, subsp'écifiques ou ethniques différents sont naturellement des mosaïques incohérentes, d’autant plus, peut-on dire, que la distance morphologique des facteurs est plus considérable. La question biologique de l’effet des croisements est d’une importance tellement capitale en science sociale que l’étude détaillée des faits s’impose. Pour bien analyser les faits, nous devons les grouper sous deux chefs : dissemblance des métis comparés les uns aux autres, physionomie composite ou dysharmonie de chaque individu étudié en lui-même.

Dissemblance des individus. — La dissemblance des individus provenant d’un même croisement est la règle. 11 est déjà facile de différencier les produits d’une union adelphogame ou en ligne directe dans une race très pure. Les produits d’étrangers sont plus différents. Ceux d’individus de race différente sont encore plus hétérogènes, qu’ils naissent d’un même couple ou de couples différents.

Quelquefois un caractère fort d’une race, ou d’un individu fort raceur, es.t imposé à presque tous les descendants par croise-

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ment. C’est là-dessus qu’est fondé l’emploi industriel des croisements. Chez l’homme nous avons des exemples marquants de ce phénomène : les métis (Y Alpinus ont presque toujouis la région postérieure du crâne élargie et aplatie, ceux d Européens ont une tendance à montrer dans les yeux, dans la barbe, et pendant l’enfance dans la chevelure, des traces de coloration claire. Les métis de negritos, et, je puis ajouter, de II. contractus, qui ressemble tant au negrito par sa morphologie squelettique, offrent une profonde dépression ptério-bregmatique. Quelquefois ce sont des caractères nouveaux qui apparaissent avec une fréquence et parfois une constance remarquable chez des métis ; ces caractères résistent même à plusieurs g 'n 'rations de métissage. Cornevin a consigné dans son livre le résultat de ses recherches expérimentales sur la localisation dîs caractères héréditaires, spécialement chez les métis. Il expose avec soin les cas où la loi de Naudin s’est trouvée, par l’heureuse rencontre d’une position d’équilibre, souffrir des exceptions partielles portant sur un ou plusieurs caractères.

De semblables exceptions sont très rares, sauf entre formes très voisines et quant à des caractères définis et subordonnés. Le plus souvent la dissemblance des individus est extrême, et la localisation des plasmas héréditaires s’éparpille d’une manière confuse au lieu de suivre des lois géométriques. Les deux hérédités ne peuvent pas cristalliser dans un système unique. Quoique les arlequins soient construits aux dépens des mêmes matériaux, ils varient à l’infini par le mode de juxtaposition de leurs pièces. Chez certaines plantes à Heurs obtenues par premier croisement, il est très difficile de trouver deux pieds à peu près pareils (giroflées, œillets, dahlias, belles de nuit, pétunias, etc.). Les chiens sans race, dont les unions ne sont pas surveillées, présentent toutes les formes possibles, tous les pelages. La même variété se retrouve na-

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lurellement dans les familles issues d’unions disparates. Il n’est pas rare de voir deux frères germains dont l’un est blond, l’autre brun, l’un grand, l’autre petit, l’un bracliy, l’autre dolichocéphale. A la Réunion, nul ne s’étonne de voir dans les familles croisées toutes les nuances de la peau et toute l’échelle des traits, depuis le blancjusqu’au nègre, chez les enfants d’un même couple.

Les dissemblances s’exagèrent avec les générations, que la reproduction se fasse par métissage ou par recroisement avec les races primitives. Quand à force de sélection, ou par un hasard heureux, le résultat se trouve passable, la dislocation commence. M. Samson dans son Traité de zootechnie , donne une série de dessins qui montrent à quel point d’hétéromorphisme jeuvent parvenir les métis issus demétis. De génération en génération, la dislocation s’est accentuée, et ses chevaux anglo-normands, ses Charmois, ses Dishley donnent la même impression de chaos morphologique que les hybrides de cucurbitacées étudiés par Naudin. Plantes, animaux et hommes sont soumis à la même loi, et l’observateur qui, dans nos grandes villes, étudie les foules, se trouve obligé de convenir que les différences sont plus multiples et plus profondes chez ces derniers : le roi des animaux est aussi celui qui surveille le moins ses unions.

Dysharmonie dans l’individu. — Si la différence des individus issus de croisements directs ou de métissages est grande, la dysharmonie chez l’individu est aussi de règle : elle revêt mille formes et va jusqu’aux extrêmes les plus disgracieux.

Chez les végétaux ce sontdesdilférences profondes de feuille à feuille, de Heur à fleur. Dans la même fleur les bigarrures peuvent être fantastiques. Telles les tulipes flambées, et le triple produit des belles de nuit jaunes, blanches et rouges,

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dont les pétales olfrent un fouillis de taches et de stries à contours variés, tranchant crûment sur un fond étranger. Chez les animaux le décousu existe de métamère à métamère, ou d’antimère à antimère, c’est-à-dire entre les segments successifs ou entre les moitiés d’un même segment,

Le cas est d’une fréquence extrême. Le chien de rue et le chat de gouttière en sont des exemples classiques : incohérents de la tête à la queue. L’homme est encore plus maltraité, lies habitants des grandes vallées du Rhône, de la Loire surtout et de la Seine nous présentent l’assemblage presque habituel et indéfiniment varié de caractères contradictoires. La tète et le corps, les membres thoraciques et pelviens ne sont pas faits pour être ensemble. Ce manque d’harmonie est même si habituel qu’on n’y fait pas attention, et qu’on remarque au contraire les très rares individus bien proportionnés, coulés d’un seul jet : en un mot concordants.

A ne considérer que la région céphalique, on rencontre chez les métis des morceaux hétéroclites, étonnés pour ainsi dire de se trouver ensemble, et dont le raccordement suppose des compromis d’un effet peu esthétique.. Rien de plus fréquent, par exemple, qu’un front dolichocéphale associé à un occiput de brachy, ou bien un crâne de brachy associé à un visage leptoprosope, un nez long à un visage large, une barbe blonde à des cheveux bruns. Il suffit à chacun de regarder autour de soi pour être fixé.

Dysharmonie antimérique. — La dysharmonie des antimères est plus rare que celle des m Vtamères, en raison d’une nécessite d accommodation bien plus impérieuse. Toutefois, comme cette dysharmonie aflecte immédiatement le plan symétrique des animaux supérieurs et de l’homme, elle saute positivement aux yeux. J’ai cité dans mon travail sur les Lois de l'hérédité

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beaucoup d’observations sur l’asymétrie chez les métis et les hybrides du régne animal. 11 avait été publié déjà une grande quantité de faits depuis le commencement du siècle. J’en ai observé moi-mème au cours de mes recherches expérimentales sur la dislocation et le retour chez les m 'tis. Les plus curieux sont cependant le résultat des recherches que j’ai faites sur la morphologie des coléoptères, en particulier du genre Carabus, dans le but de fixer mes idées sur l’amplitude et la cause des variations dans l’espèce, sur la convergence, sur l’hybridation, le croisement et le métissage à l'état dénaturé, etc. Il est passé entre mes mains, en dix ans, plusieurs centaines de mille de ces arthropodes, recueillis par moi-mème, ou reçus des diverses régions de l’Europe et de l’Amérique. Dans les séries réservées comme documents sur la théorie des variations, j’ai une quantité d’intermédiaires asymétriques qui paraissent des métis. On en trouvera dans le travail indiqué quelques exemples qui depuis ont été souvent reproduits.

Dans notre espèce, on rencontre des individus dont le crâne est plus court d’un côté que de l’autre, de sorte que l’axe biauriculaire ne coupe pas à angle droit le grand axe. L’asymétrie de l’occiput est encore plus fréquente, mais due quelquefois à des causes accidentelles. Dans mes riches collections de crânes préhistoriques ou actuels, la proportion des pièces plus ou moins asymétiiques s’élève à plus de dix pour cent. Le crâne du chef de Tlioran, époque du cuivre, est entièrement asymétrique : le crâne propre, la face sont eu discordance bilatérale. Cette anomalie est rare, même aujourd’hui. La proportion des crânes asymétriques par antimérie, et d’ailleurs aussi par métainérie, va en croissant des séries néolithiques aux séries actuelles.

Des anomalies de même ordre sont fréquentes chez les animaux à intercroisement facile. Chez un hybride de Macacus

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enylhræus et de Ccrcopithecus mono , singes de familles différentes, j’ai observé un cas extrême : l’axe alvéolo-iniaque formait une courbe très marquée au lieu d’être rectiligne. J’ai lait trois fois la même observation sur des chiens sans race, des patients de laboratoire.

Une violente asymétrie de la face est exceptionnelle chez l’homme, mais un examen minutieux fait voir que les deux yeux sont généralement dans un plan qui dévie de l’horizontale, et que le centre du menton n’est pas sur le prolongement exact de la ligne médiane du front. La bouche est souvent de travers, et quelquefois d’une manière qui frappe. Les yeux sont rarement de couleur entièrement différente, l’un noir et l’autre bleu, plus souvent ils présentent une différence moindre mais appréciable dans la proportion du pigment. Je ne parlerai pas de l’asymétrie autimérique de la coloration des phanères: chez les animaux à pelage varié, comme les chiens et les chats, elle est la règle. Chez l’homme où la fixité est plus grande, on rencontre quelquefois des individus dont la chevelure ou la barbe sont de nuance différente à droite et à gauche. La dissymétrie de lacloison du nez est assez commune. Vue de face, la cloison parait alors disposée en biseau, et ses deux parties s’accommodent avec des plans et des narines tirant d’un côté sur le type lepto, de l’autre sur le type chamœprosope, au point de donner à la physionomie un cachet tout différent, selon que l’on regarde le profil de droite ou de gauche. C’est le secret de la physionomie singulière de certaines personnes. L’asymétrie s’étend souvent aux parties osseuses du nez. l/indice nasal de beaucoup de crânes est faussé par la coexistence de deux moitiés de hauteur et de largeur différente. Les deux orbites présentent plus fréquemment encore une différence d’indice, parfois très marquée. L'asymétrie des organes internes rst d’une fréquence remarquable, mais elle

n’a pas encore été l’objet d’études suffisantes. Nous connaissons peu de chose de la splanchnologie des races, les anthropologistes n’ont guère eu le temps de s’en occuper, et les médecins ne sont pas préparés à ce genre d’observations. On accordera plus tard en pathologie une grande importance à cette cause actuellement méconnue de prédispositions morbides.

Asymétrie de l’utérus. Cause de stérilité des populations mélangées. — J’ai attiré depuis longtemps l’attention sur l’asymétrie fréquente de l’utérus chez certains métis, et en particulier chez beaucoup de femmes de sang très mélangé. Elle est plus fréquente chez les métisses cYAlpinus. Cette indication a été regardée par Baron comme la première étiologie réellement positive qui ait été donnée de la stérilité des métis et des hybrides. J’attache à cette asymétrie qui rend la conception difficile une réelle importance démographique. Elle contribue à expliquer la fréquence très grande des unions stériles dans les régions à population très croisée. Cette cause est un des facteurs physiques importants delà dépopulation de la France. Si l’on compare la carte de l’indice céphalique de la France publiée par Collignon ( L’indice céphalique des populations françaises, Paris, Masson, 1890, p. 17) et celle du nombre des familles ayant 7 enfants et plus sur 100 dressée par M. Turquan et reproduite par M. Levasseur {La population française, Paris, Rousseau, 1889-92, t. 3, p. 158), on est frappé de leur ressemblance. Si l’on dresse la liste des départements féconds et inféconds, celle des départements à indices extrêmes et à indices moyens, on est frappé de leur coïncidence. J’ai attiré dès 1880 {La dépopulation de la France, p. 74) l’attention sur ces rapports, trop précis pour être fortuits, entre le mélange et la fécondité, mais les biologistes seuls paraissent avoir fait leur

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profit de cette observation. L’asymétrie de l’utérus n’est d’ailleurs ni la seule ni la plus importante cause de dépopulation due à l’excès du métissage, on le verra plus loin. Elle est aussi la moins grave en soi : j’ai démontré par une belle série d expériences faites à Paris et à Montpellier qu’il était facile d y remédier sans opération, par des procédés très simples de fécondation artificielle. Non seulement la fécondation artificielle donne des résultats certains quand il n’existe pas d’autre cause de stérilité, mais j’ai constaté chez les produits une vitalité particulièrement forte, comme si l’aération inévitable et le refroidissement relatif produisaient une action bienfaisante sur le spermatozoïde, ou comme si la réduction du trajet lui permettait d’arriver plus vigoureux au contact de l’ovule.

Extinction des races métisses. Retour et infécondité. — L’incohérence des métis, comme leur dissemblance, va d’ordinaire en s’exagérant de génération en génération, jusqu’à l’extinction de la race. L’amplitude des oscillations augmente, et peu à peu, par une série de coups d’atavisme, les derniers descendants retournent au type des races composantes. Ce retour est facilité si les métis, au lieu de se reproduire en amixie, peuvent se recroiser avec les races dont ils descendent. Ils sont rapidement absorbés par celle avec laquelle on les unit, mais leurs descendants restent sujets à la reproduction totale ou partielle de caractères ataviques provenant de l'autre lignée. Sang croisé ne redevient jamais pur. Le retour se manifeste même dans les cas où les métis et les races primitives vivent à l’état de panmixie parfaite, comme chez l’homme et le chien des rues: les formes mélangées se font et se défont sans cesse au hasard des unions. La production de nouveaux métis compensant le retour au type d’un nombre égal d’individus, l’aspect total de la population humaine ou canine ne change guère, si

1 écart entre les deux puissances en lutte n’est pas bien marqué; s’il est sensible, l’une des races finit par absorber les métis, jusqu’à épuisement et disparition de la race antagoniste.

Le retour est la règle quand les deux formes sont peu éloignées ; il devient l’exception dans le cas contraire, et l’extinction des métis issus de croisements dissemblables, celle des hybrides à plus forte raison, résulte de leur infécondité. Celleci comporte une infinité de degrés. La plupart des hybrides issus d’animaux de genres différents sont radicalement inféconds. Le chabin, hybride de mouton et de chèvre, fait exception mais retourne au mouton dès la seconde génération, ou la troisième au plus tard, faute de pouvoir se maintenir sans être recroisé avec lui. Les hybrides d’espèces de même genre sont, en règle, inféconds ; par exception les femelles issues de l’union de certaines espèces peuvent être fécondées par le mâle de l’une ou des deux espèces. Les hybrides de Bos laurus et de bison américain, de Bos laurus et de Bos gnmniens, de porc et de sanglier, de coq et de faisan, de canard ordinaire et d 'Anas moschata donnent ainsi des trois quarts de sang sans trop de difficulté, mais le retour ou l’infécondité apparaissent un peu jdus tard. Les hybrides des équidés sont : les mâles toujours inféconds, les femelles, rarement ou très rarement fécondables par le mâle de l’une des espèces dont elles dérivent. Chez la mule ordinaire la fécondation atteint le maximum de rareté. Les simples métis ont, en général, plus de tendance à finir par retour que par infécondité, mais, dans la grande majorité des cas, ils sont moins féconds que les races piimilives, et cette infécondité va en croissant.

Les causes de l’infécondité des métis et des hybrides sont très variées et se superposent dans les cas extrêmes. I. 'asymétrie de l’utérus a une importance sérieuse chez les métis de //. A/pinus, et probablement des autres races humaines ou ani-

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males chez lesquelles cet organe présente des dimensions différentes ou une conformation particulière. Chez certains métis et chez beaucoup d’hybrides, la spermatogénèse est défectueuse : il n’est produit que peu de spermatozoïdes normaux, et souvent pas du tout. Il est probable que le plasma germinatif transmis est dans un étatd’anarchiequi ne lui permet point de fournir des chromoblastes complets, ou bien qu’il ne présente pas une vitalité suffisante pour suffire à la prolifération immense que comporte le sexe masculin. L’ovogénèse se fait mieux, et l’on comprend qu’il en soit ainsi : la femelle n’a à produire qu’un nombre limité d’œufs, quelques dizaines ou quelques centaines, tandis- que l’esprit humain ne saurait comprendre le nombre prodigieux de spermatozoïdes nécessaires au fonctionnement sexuel d’un mâle pendant son existence. Les causes de beaucoup les plus générales de l’infécondité sont d’autre sorte et inhérentes non pas aux auteurs, mais au produit. Ce sont des causes embryogéniques, que j’ai signalées il y a déjà dix ans, mais auxquelles on ne parait pas avoir attaché toute l’importance qu’elles méritent.

Insuccès des embryons soumis à des hérédités multiples. — La théorie de l’infécondité par défaut d’accommodation réciproque, tellequejel’ai exposéeen dernier lieu dans mou étude sur Les lois de l’hérédité, découle d’une manière nécessaire de tout ce que nous savons du mécanisme de la formation et du développement du blastoderme. Quand les deux éléments de la fécondation ne sont pas empruntés à des sujets de même race et surtout de même espèce, on peut s’attendre à des insuccès nombreux. Chacun apporte des tendances différentes dans l’évolution embryogénique, soit quant à la vitesse, soit quant au point de manifestation des phénomènes. Si dans la segmentation de 1 œuf fécondé certaines cellules ou certains groupes

de cellules se divisent avec beaucoup plus de rapidité que les autres, le désordre ne tarde pas à se produire. C’est ce que l’on observe directement quand on essaie de féconder artificiellement les œufs de certaines ascidies ou de certains écbinodermes par le sperme d’autres espèces, fia segmentation commence, continue d’une manière irrégulière, puis s’arrête plus ou moins vite, selon les espèces qui font l’objet de l’expérience. Ce qui se passe sous le microscope dans l’évolution de ces êtres inférieurs se passe exactement de même dans les voies génitales de la femelle des mammifères. De même si les parties de l’embryon organisées d’après des tendances héréditaires qui leur imposent une morphologie un peu différente ne peuvent se raccorder. Victime de l’intransigeance de ses molécules, l’embryon succombe, l’œuf se désorganise, et aucune manifestation extérieure de la fécondation n’est saisissable.

La discordance, soit dans le temps, soit dans le mode, soit dans les formes, explique, sans autre intervention que celle de l’hérédité dont elle est une manifestation directe: 1° l’infécondité des rapports entre espèces trop éloignées, et sur ce point le désaccord peut commencer par l’impossibilité d’une fusion des cbrcmoblastes ; 2° l’infécondité des races métisses en puissance d’affolement et des hybrides. Le secret ultime de l’infécondité apparente des espèces éloignées entre elles, du peu de fécondité des autres, de l’extinction des métis, n’est pas à chercher ailleurs, les autres causes ne sont qu’accessoires. 11 n’y a pas d’accord possible entre deux hérédités qui prétendent imprimer au développement embryonnaire des vitesses, des modes, ou des formes incompatibles.

Je me borne, en ce qui concerne les cellules sexuelles, dont l’isolement se fait de bonne heure, à rappeler que la moindre discordance suffit à. les doter de plasma héréditaire d’une manière insuffisante ou imparfaite : l’ovogénèse, la spermatoge-

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

nèse en souffriront seules. L’individu vivra quand même. Il vivra chaque fois que le désaccord des hérédités n’aura pas fait périr le germe de bonne heure, ou tout au moins il aura des chances de naître vivant, sinon de vivre. Si l’on songe que l’édifice organique se construit par une prolifération de cellules et que la postérité de chacune tend à une spécialisation progressive, on comprend qu’il suffit d’une différence très minime dans la vitesse ou dans le mode d’évolution de tels ou tels éléments voisins pour que le mouvement d’ensemhle soit empêché. Le moindre tiraillement entre les plastidules d’un élément anatomique, la plus petite mésintelligence entre deux atomes collaborateurs peut entraîner tôt ou tard une difficulté embryogénétique insurmontable, en laissant dans l’œuvre qui s’élabore une lacunecorrespondantà toute la postérité histologiquede l’unité cellulaire où le conflit a fait son apparition. Ce n’est plus la mort immédiate et certaine, sanction des discordances de la première heure, de la lutte des hérédités lointaines artificiellement mises aux prises, mais c’est le salut compromis. Quand même la lacune se réduirait à la production d’une monstruosité, d’une hémitérie, d’une tare physiologique, on conçoit qu’elle constituera encore une sensible infériorité dans la lutte pour la vie. Ces discordances tardives, entre hérédités cousines, se traduisent par des accouchements prématurés, des produits mort-nés ou monstrueux, des anomalies. Du défaut de fécondation à la production de tares, la gamme est complète.

Il arrive parfois qu’un conflit d’hérédités se produise de bonne heure sans empêcher le développement ultérieur de 1 embryon et du fœtus. J’ai étudié avec soin une petite fille à deux tètes et quatre bras, née en 1894 à Rennes et apportée à 1 Ecole de Médecine aussitôt après la naissance. Le sujet, parfaitement symétrique, provenait sans aucune hésitation possible d’un embryon unique, dont la partie supérieure s’était sein-

dée en deux parties par un processus bien étudié par Dareste. La tète n° 1 était sous-brachycéphale, 83,33, la tète n° 2 aux confins de la sous-dolichocéphalie, 75.00. Je suppose que le dédoublement de la partie céphalique de l’embryon avait été produit par l’intransigeance d’influences héréditaires antimériques. A un stade plus avancé de l’évolution cette discordance aurait abouti à une asymétrie crânienne; se produisant dés le stade blastodermique, elle a déterminé une monstruosité incompatible avec la vie, mais qui n’a pas empêché l’entier développement du fœtus et sa naissance à terme.

Les croisements dans l’espèce humaine. — Il nous faut faire maintenant l’application des notions qui précèdent, et qui représentent le dernier état des connaissances biologiques sur la question des croisements. Il est toujours pénible pour certains esprits mal organisés d’entendre dire que l’homme doit s’appliquer tout ce qui a été constaté chez les animaux, et que la nature n’a pas fait deux biologies, l’une pour l’être privilégié, l’autre pour la bête qu’il mange ou qu’il attelle. Il n’existe cependant point d’exceptions en sa faveur. La difficulté de produire entre races éloignées et souvent rapprochées, la dissemblance des produits, l’incohérence des caractères de tout ordre, la fécondité limitée des métis, l’instabilité et le retour s’observent chez nous comme chez nos moutons et nos chevaux, avec les conséquences sociales en plus. De toutes les causes qui peuvent modifier une population, le croisement est donc la plus intense; j’ajouterai: la plus inévitable.

Nous savons déjà quel nombre prodigieux d’ancêtres suppose chacun de nous, pour peu que l’on remonte à deux mille ans en arrière. Nous savons à quel degré est invraisemblable l’idée de pureté absolue de race chez l’homme, et nous pouvons en déduire le chaos qu’il y aurait .sans d intervention

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

de l’infécondité et du retour. Dix-huit millions de milliards d’ancêtres, chiffre impossible en soi, cela nous prouve que le sang d’un même individu a dù intervenir bien des fois à des titres différents et à des générations différentes dans la généalogie de chaque personne. Ces chiffres prouvent aussi la parenté probable de tous les individus d’une même région fort étendue. Ils établissent d’une manière surabondante le métissage prodigieux qui a dù se produire, et qui aurait abouti depuis longtemps à l’équilibre parfait et à I uniformité de type, si celle-ci n’était pas contraire aux lois de la physiologie.

Stérilité relative de la femme en général. — Le caractère hybride des populations humaines est révélé par le fait même de la difficulté avec laquelle conçoit ou retient la femme. Si chez l’homme et les animaux domestiques la fécondité au moins relative des croisements est la règle, c’est que depuis longtemps la sélection a éliminé tous les individus incapables de se reproduire par intercroisement. Il ont disparu devant l’impossibilité fréquente de trouver un individu de leur type. L’acquisition de la faculté d’iutercroisement est une des plus importantes pour le maintien d’une population. La barrière a donc ét ■ abaissée, mais elle n’a point disparu. Au point de vue de la fécondité, l’humaine espèce se comporte comme un ensemble de métis, et la dysgénésie se montre plus marquée que chez les animaux domestiques des races les plus croisées. Il nous est permis de comprendre par là quelles radicales différences spécifiques existaient entre les ancêtres dont le sang mélangé coule dans nos veines. Il ne nous reste aucun autre témoignage du temps lointain où ces espèces ne pouvaient utilement s’unir, sauf, peut-être, ce fait singulier que nos brachycéphales ont fait une apparition historique si tardive, alors

(|uc les espèces dont ils paraissent dériver ont coexisté sur notre sol depuis le quaternaire.

11 n’y a pas d’espèce de mammifères dont la femelle puisse plusieurs fois subir l’action du mâle sans être fécondée. Chez tous les animaux domestiques la conception est pratiquement assurée après une ou deux saillies, et l’expérience des éleveurs prouve que les insuccès consécutifs sont rares. D’après les documents de l’administration des Haras, la moyenne des juments fécondées est de 51 à 52 pour cent présentées à l’étalon. Le Herd-book de la ferme d’application de Lyon donne 75 0/0 de fécondations. Dans l’espèce ovine, en prenant pour type le troupeau national de Rambouillet, le pour cent des fécondations est 83 ; en Australie il est de 82.

La fécondation immédiate est au contraire l’exception chez la femme, et la rétention du germe est eu outre un problème jusqu’à la première ou seconde poussée menstruelle. Il est très difficile d’évaluer la proportion de ces avortements précoces ; on ne peut prendre pour base que les observations faites par des physiologistes expérimentés sur des femmes dont la vie sexuelle soit pour eux sans mystère. Il s’agit, en effet, de grossesses sans manifestations extérieures, dont la cessation comme l’existence est toujours obscure, à moins que des circonstances favorables ne permettent de retrouver intact l’ovule expulsé. Ce petit globule de quelques millimètres au plus de diamètrepasse d’ordinaire tout à fait inaperçu, et il est très rare qu’il parvienne intact hors des voies génitales. 11 parait probable cependant que les grossesses qui aboutissent à des manifestations extérieures sont une très faible minorité. Le chiffre des grossesses qui s’arrêtent durant le premier ou le second mois est au moins double de celui des grossesses apparentes, et il est probablement fort au-dessous lui- même de celui des conceptions suivies d’une destruction de l’œuf pendant les pre-

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

miers jours du développement. Les avortements pioprement dits ou fausses couches sont plus faciles à évaluer. Leur nombre varie du quart au double de celui des grossesses qui arrivent à terme. Cette proportion de 23 à 200 0/0 est énorme, chez aucun animal étudié par les zootechniciens elle n arrive à 10 0/0. Il faut enfin ajouter que la proportion des morts-nés,

3 à 6 0/0 suivant les pays, est supérieure à celle qui se produit chez les animaux domestiques, dont la parturition est pourtant moins favorisée par les soins de toute espèce.

La stérilité complète, sans manifestations de fécondation ou sans production d’enfants viables, se rencontre dans un ménage sur cinq à dix suivant les régions et les milieux. Fréquente dans les villes et les plaines, elle est plus rare dans les pays écartés, à population plus homogène. En France, sur environ 10.000.000 de familles, on en compte toujours à peu près 2.000.000 sans enfants légitimes vivants. Si l’on en déduit 280.000 couples mariés depuis moins d’un an, il reste encore à peu près 18 0/0 de ménages qui pourraient avoir des enfants mais n’en ont pas. Les naissances tardives réduisent le chiffre des couples inféconds à 12 ou 15 0/0. On estime à 2 0/0 les cas de stérilité dus au mari: impuissance physique, absence de spermatozoïdes, etc. Il reste à peu près 10 0/0 de femmes qui ne peuvent jamais arriver soit à concevoir, soit à développer leurs embryons. Dans divers pays étrangers ce chiffre tombe à 8 et même à 5. Ces moyennes ne sont d’ailleurs qu’une expression relative où les extrêmes se compensent. Dans les villes, dans les régions à grand mélange, la proportion monte parfois à 22, 25, et descend dans les recoins des Alpes ou des Cévennes à 2 ou 3 0/0. Il est très difficile d’établir une comparaison avec les animaux. Dans les pourcentages indiqués plus haut à propos des juments, des vaches et des brebis, les défauts de fécondation comprennent indistinctement : 1° les

cas de stérilité, 2° les cas de non fécondation ; 3° les avortements prématurés. Cette observation, qui augmente encore l’écart au détriment de la femme, explique pourquoi il est difficile d’avoir des résultats à mettre eu parallèle avec les statistiques concernant la stérilité radicale de la femme.

La stérilité relative est encore plus répandue que la stérilité absolue. Dans une très forte proportion de ménages, la limitation à un ou deux enfants vivants, quelquefois péniblement obtenus, n’est point le résultat d’une abstention, et tous les spécialistes savent quels regrets cause dans beaucoup de maisons l’impossibilité d’augmenter le nombre des enfants ou de remplacer ceux qui viennent à succomber.

La femme présente donc par rapport aux femelles de nos animaux, dont le sang n’est pourtant déjà pas si pur, une exagération de toutes les manifestations d’infécondité. Les raisons en sont complexes, mais, déduction faite des autres causes physiologiques, l’abus des croisements demeure responsable au premier chef, et l’on peut dire que l’humanité se rapproche plus des hybrides que des métis ordinaires par ses manifestations génétiques.

Effets morphologiques du croisement. — Les chiffres que je viens de donner pour expliquer par une preuve physiologique la prodigieuse complexité de nos populations humaines serviront un peu plus loin à faire comprendre quelle fin attend ces populations. Il faut avant d’en arriver à la question les étudier au point de vue de leurs caractères physiques et psychiques.

Je crois qu’il n’est pas utile d’insister beaucoup sur les premiers caractères. Il suffit à chacun de se considérer soi-même pour être édifié sur l’incohérence de son être physique. Je donnerai seulement quelques chiffres pour permettre d’évaluer la proportion des sujets cohérents, c’est-à-dire chez les-

CROISEMENTS

MÉTISSAGE

quels se réunissent les principaux caractères d’un type de race. Je dis les principaux, car si l’on allait au delà de trois ou quatre, on arriverait aisément à zéro. Cette sorte de statistique exige une masse énorme d’observations. Je prendrai pour exemple, et c’est à peu près le seul que je puisse citer, les recherches d’Ammon sur les conscrits badois. Sur 4,665 conscrits il en a trouvé 61 du type dolichocéphale blond, H. Europæus, et 30 du type brachycéphale, U. Alpinus, soit 1.3 et 0.6 0/0. D’après cette proportion, le Grand-Duché, avec ses 1,600,000 habitants, compterait 20,900 individus du premier type, 10,300 du second et 1 ,570,000 métis plus ou moins rapprochés ou éloignés de ces types. C’est peu, mais dans beaucoup de pays on trouverait avec peine autant de sujets de type pratiquement irréprochable, et l’on n’est pas tenté de se montrer exigeant quand on songe que les deux races étant en présence dans le pays depuis près de 3,000 ans, le chiffre des ancêtres de ces sujets rares s’élève depuis cette époque, pour chacun d’eux, à des milliards de milliards de milliards, — .en théorie. (Comp. Collignon, l’Anthr., 1892, p. 43-54).

Il convient d’ailleurs de remarquer que ces sujets sont surtout des reconstitutions par atavisme, dues à des convergences d’hérédités. Il est même improbable qu’un seul descende, en lignée ininterrompue et tout pure, des premiers Aryens installés dans le pays, ou des brachycéphales primitifs, si ceux-ci sont autre chose qu’un type mixte consolidé.

C’est aux croisements que nous devons les individus hétéroclites dont nous vivons entourés. En général, les résultats de ces unions n’ont rien d’avantageux. Laideur, vulgarité, manque de vigueur, moindre durée de vie, tares physiques nombreuses, nos sang-mêlés ont tout contre eux. Ils offensent le regard même après leur mort. En collection les disgracieux crânes modernes font contraste avec les crânes antiques

et préhistoriques, aux lignes élégantes et nobles. 11 convient toutefois de ne pas généraliser trop : des exceptions notables sont à faire à divers points de vue.

La loi biologique d’barmonie qui préside à la formation des types a doté chacun de caractères corrélatifs dont la présence fait sa beauté. Un type bréviligne n’est pas laid quand tout est bréviligne chez l’individu. De même un longiligne. Une Caucasienne de beau type brachycéphale vaut assurément la plus belle Anglaise de pur sang aryen. Chez l’une toutes les lignes sont courtes, toutes les courbes de petit rayon, chez l’autre c’est tout l’inverse, et cependant toutes deux sont belles. La seconde aura un peu plus de distinction, mais la coiit et ion esthétique sera égale. Cette harmonie est rompue dans les métis, quelquefois dès la première, souvent dès la seconde génération. De là leur laideur, qui est le résultat de l’incohérence. Les chances de laideur seront au maximum chez les produits d'une race bréviligne, comme VAlpinus, et d’une race longiligne, comme YEuropæus. Tout autour du plateau central, en Bretagne, ce genre de laideur est fréquent, parfois il va jusqu’au grotesque ou à l’horrible. L’Anglo-Saxon longiligne et le nègre aussi longiligne donnent des produits au crâne harmonieux, à la face longue, qui sont très supérieurs à nos paysans du Centre et de l’Ouest au point de vue esthétique. Il n’y a pas eu de compromis à établir entre des squelettes radicalement hétérogènes. Le conflit n’a porté en apparence que sur la pigmentation, sur le nez et sur la bouche : même taille, même type général du crâne et de la face. Le croisement de l’Espagnol et du nègre donne de bien plus beaux résultats encore, et les quarteronnes de cette origine sont le plus souvent d’une beauté sculpturale. Les mulâtres turcs de Tunis et d’Egypte sont hideux, pour le même motif que nos paysans bourbonnais ou bretons.

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

Diminution de vitalité. — Le manque de vigueur paraît être un cas particulier d’une sorte de déficience générale qui affecte tous les métis de races très éloignées. Cette déficience se marque souvent par une réduction du squelette, du système musculaire, plus souvent du cerveau. Je ne connais pas une race métisse qui ait le poids cérébral de ses composantes. L’exemple que je vais donner a une importance particulière, parce qu’il porte sur un grand nombre d’inclividus d’un mémo pays, étudiés par un même anatomiste. M. Sandifort B. Hunt a étudié pendant la guerre de sécession le poids du cerveau sur une série nombreuse de soldats blancs, noirs et métis :

Moyenne du poids

278 blancs 1 u. 403

25 trois quarts de blanc lk.390

47 demi-blancs (mulâtres) lk.334

51 quarts de blanc 1k.3l9

95 huitièmes de blanc lk.308

22 seizièmes de blanc lk.280

141 nègres purs ... . lk.33l

De ces chiffres il résulte : que le cerveau du mulâtre n’est pas plus lourd que celui du nègre, que les produits du mulâtre et du nègre sont inférieurs au nègre lui-même, que les produits du mulâtre et du blanc se rapprochent du blanc (Sandifort B. Hunt, Negro as a soldier, et Anthropologie;! 1 review, mi, 1809). J emprunte à Topinard une sériation bien conclu mtc qui permet de suivre en détail cette différence des poids :

Poids

au-dessus. .

Bhincs

Métis bl.

Mulâtres

Métis n.

Nègi

1559 incl.. .

au dessous .

Ce phénomène est important au point de vue psychique, mais le cerveau n’est pas seulement un organe pensant, la vigueur physique du sujet reste sous sa dépendance au moins autant que sous celle de la musculature. Or la faiblesse physique des métis est un fait sur lequel s’accordent tous ceux qui ont vécu en Indo-Chine, dans l’Inde, en Egypte, dans nos colonies insulaires ou d’Afrique. On n’en peut tirer aucun travail utile, leur résistance à la fatigue est inférieure même à celle des nègres ou des Hindous, leur résistance aux maladies est moindre encore. Je me borne à signaler celte infériorité dont l’étude statistique exigerait des développements étendus. Le même fait s’observe d’ailleurs chez nous : tous les travaux durs sont faits par des alpins des Alpes françaises ou du Piémont, par des ouvriers belges dans le Nord, c’est-à-dire par des gens de race plus pure que les paysans des vallées de la Seine, du Rhône ou de la Loire.

Au point de vue de la durée de vie, la longévité des mulâtres aux colonies, au Brésil et aux Etats-Unis est inférieure à celle des noirs eux-mêmes, bien que les conditions de vie soient meilleures. On relève cependant des exceptions locales. En Europe, la race européenne présente une vitalité plus grande que la race alpine et ses métis. Il suffit pour s’en rendre compte de parcourir le tableau suivant, qui résume lès tables de

survie de

Levasseur

: {La population française , 11,

p. 234 sqq.) :

Italie

France

Belgique

Pays-Bas

Angleterre

Suède

Norvège

tcoo

tO ans .

20 ans .

30 ans .

40 ans .

50 ans .

60 ans .

70 ans .

80 ans .

CROISEMENTS

MÉTISSAGE

Italie

France

Belgique

Pay3-Bas

Angleterre

Suède

Norvège

00 aus . .

100 aus . .

Iud. cépli .

Il existe une corrélation marquée entre l’indice céphalique et la survivance aux divers âges. Le nombre des survivants pour les Pays-Bas est cependant plus faible qu’il ne devrait l’être, mais il faut tenir compte de l’insalubrité de leur climat très humide. L’écart d’ailleftrs est surtout apparent : les autres chiffres se rapportent aux statistiques de Bodio, généralement aux années 1881-1882; ceux des Pays-Bas à la période 1840-1851. Depuis ce temps la survivance a augmenté partout d’une manière régulière, et il est probable que les Pays-Bas sont aujourd’hui très près de la Belgique. Les chiffres étaient à peu près les mêmes dans les deux pays vers 1850 et il n’y a pas de raison pour qu’ils aient progressé d’une manière inégale. Quant à l’Italie, sa situation est ce qu’elle doit être : ce pays comporte trois éléments à peu près égaux : européen, alpin et méditerranéen. Le mélange est donc plus complexe. Il ne faut tenir compte de la misère que comme facteur secondaire : elle est en Italie une conséquence de la race. La Norvège, au contraire, est pauvre aussi, mais en dépit de la race. Sa survivance est cependant excessive. Il faut donc interpréter ainsi le tableau : 1° vitalité et longévité supérieures des éléments européens (région du N.-O.); 2° moindre vitalité des populations riches en métis.

Effets psychiques. — Les croisements ne donnent donc pas de bons résultats physiques. Les résultats psychiques sont encore pires. L’incohérence des métis n’est pas seulement somatique, elle existe au point de vue de l’intelligence et du caractère. Elle établit un contraste remarquable entre l’homme

de race pare, ayant toute sa vie le même idéal, les mômes tendances, dont la mentalité est d’un seul bloc, et le métis, tiraillé entre des tendances différentes, fatalement voué à l’existence décousue et aux allures versatiles par la multiplicité des hérédités psychiques qui le dominent tour h tour. La supériorité du Yankee, de l’Anglais, du Hollandais, du Scandinave sur le Français, l’Italien, l’Espagnol, l’Américain du Sud n’est pas seulement la conséquence de la supériorité de la race, mais aussi de la pureté du sang. Les premiers sont à la fois de roce européenne et de race pratiquement pure, les autres ont peu de sang européen, et leur degré d’infériorité correspond à leur degré de métissage. Les Français procèdent de deux races principales, les Italiens et les Espagnols de trois, les Américains du Sud de quatre ou cinq.

On a fréquemment remarqué que deux individus d’un caractère très net, mais d’organisation intellectuelle différente et de goûts opposés donnent des enfants qui ne savent pas ce qu’ils veulent, et bien que voulant fortement paraissent ainsi sans caractère. Il en est ainsi à plus forte raison quand la divergence des tendances est ethnique, enracinée par l’hérédité, et quand l’un d’eux ou tous deux manquent de caractère. Au lieu de vouloir fortement des choses contradictoires, le produit ne veut plus rien du tout et devient une girouette. C’est la cause de l’affaissement des caractères et de la prodigieuse versatilité de notre époque, oii les croisements se précipitent et la décadence avec eux.

Dans sa remarquable Ethnographie criminelle (Paris, Reinwald, I89i-), le Dr Corre se demande si les mœurs politiques actuelles de la France, « ne seraient pas quelque peu d’imitation créole (p. 16) ». L’observation est singulière dans la forme, mais juste au fond. Nous avons une politique de métis en dislocation, tout comme nos compatriotes de couleur que

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE 180

ce sociologiste a passé sa vie à éludier. Il y a une étude comparative à faire de certains milieux français, des Eurasiens de l’Inde, des créoles de couleur dans les colonies, des Hispano- Américains de l’Amérique centrale, du Pérou, etc., des Brésiliens enfin, tous gens en état de rupture d’équilibre ethnique et mental, chez qui l’intelligence surnage et le caractère a péri. Je me borne à l’indiquer.

Les documents abondent en ce qui concerne la France, l'Italie, l’Espagne, les Etats hispano-américains et le Brésil. Poulies coloniaux on lira avec fruit l’ouvrage du Dr Corre, le plus récent sur la matière, et le seul qui sorte de la plume d’un sociologiste. L’exécution qu’il fait du mulâtre (p. 30, p. 422 sqq) peut être considérée comme définitive. Partout il se montre élément démoralisé et démoralisateur. A la Louisiane et dans les autres Etats du Sud, l’horreur méritée qu’il inspire aux deux races est telle que la crainte d’engendrer des mulâtres est un obstacle aux unions, même illégitimes, entre blancs et noirs : aussi ces hybrides disparaissent-ils avec rapidité. Sur la côte d’Afrique, les nègres ont pour proverbe que Dieu a fait le noir et le blanc, mais que le diable a inventé le mulâtre. Dans l’Amérique du Sud et au Mexique il est regardé comme un fléau politique : partout il se montre tel que le Dr Corre le décrit aux Antilles. L’opinion de cet auteur sur les Eurasiens, métis d’Anglais et de femmes hindoues est plus favorable, mais ne repose pas sur des observations personnelles. Les sociologistes anglais et avec eux le D1' Le Bon et tous ceux qui ont vécu dans l’Inde les dépeignent comme des déclassés dangereux, dont le cerveau n’est apte à fonctionner ni d’après le type indigène ni d’après le type européen. L'instruction des métis qui sortent des écoles et des universités anglaises de 1 Inde a pour effet de leur meubler l’intelligence d’une foule de notions qu’ils retiennent, — le psittacisme est développé

chez eux, — le temps de passer les examens. Il leur en reste ensuite juste assez pour troubler leurs vues, et les rendre impropres à une conduite normale de la vie. C’est un peu le cas de bien des bacheliers d’Europe, mais avec une généralité plus marquée, une intensité plus grande et des conséquences sociales plus graves encore.

Destruction des populations mélangées. — Quand deux ou plusieurs races sont en présence pendant un temps indéfini et en proportions équilibrées, il arrive que la situation s’éternise. En vertu des lois biologiques les éléments premiers se reconstituent et se combinent de nouveau, par une série de retours individuels et de mélanges nouveaux. Les races se reconstituent et se croisent indéfiniment. Cet état de choses peut durer, mais il a toujours une fin. Il existe sur le globe une immense quantité de populations croisées, et même issues de croisements contrastés, mais il serait difficile de citer une race fixée dont l’origine mixte soit certaine. Nos brachycéphales de France et de l’Europe centrale sont, je pense, des métis; on pouvait les considérer comme fixés, mais l’étude cràniométrique montre qu’ils sont en pleine réversion vers le type Acrogonus. J’aurais plus de confiance dans certains méditerranéens, si leur caractère de métis était bien établi. Pour toutes les races mixtes citées jusqu’ici par des anthropologiste?, il y a eu confusion entre les notions de race fixée et de population qui se maintient autour d’un type à l’état instable, par d’incessantes dislocations suivies de reconstitution. Chez toutes, on saisit l’effet de la double réversion et du recommencement des mélanges.

Quand des forces inégales sont en présence, ou quand une cause extérieure vient rompre l’équilibre, la reconstitution incessante des types primitifs ne se lait plus d’une manière suffisante : peu à peu l’un d’eux l’emporte, et le mouvement de re-

CROISEMENTS

- MÉTISSAGE

tour s’accuse dans celte direction avec une rapidité croissante. C’est ce qui se produit en France, la sélection sociale dévorant les dolichocéphales à mesure qu’ils sont reconstitués par l’atavisme, comme elle a dévoré ceux qui étaient de race à peu pr< s pure. Abstraction faite des sélections sociales, la nature se debarrasse souvent d’elle-même. Au Mexique, au Pérou, 1 clément européen est presque éliminé : les créoles ne sont plus guère que des métis, les métis ne diffèrent plus des indigènes. La population de Haïti est déjà retournée au type nègre et à la psychologie de sa race ; le progrès du mal est très rapide dans les petites Antilles et à la Jamaïque. Le Brésil suit la même voie et constituera sans doute d’ici un siècle un immense état nègre, à moins qu’il ne retourne, et c’est probable, à la barbarie. La situation des Etats du Sud de l’Union est de plus en plus inquiétante : les mulâtres s’éteignent, blancs et noirs restent en présence, ces derniers avec tendance à élimimer entièrement les premiers.

Ces crises sont accompagnées d’une forte diminution de natalité. Il arrive que des populations disparaissent, que l’extinction spontanée se produise, sans raison appréciable. Certaines grandes populations de l’antiquité, par exemple dans l’Asie antérieure et la vallée du Tigre paraissent avoir disparu de cette façon, car la guerre et la sélection sociale ne suffisent pas à expliquer l’extinction des Babyloniens, des Susiens et des Assyriens. La sélection explique bien la disparition d’un élément d’un peuple, mais non de l’entière population. La crise éliminatoire peut se compliquer de phénomènes particuliers. L’inégalité des sexes, le nombre des naissances féminines dépassant plusieurs fois celui des naissances masculines sont des faits observés depuis longtemps chez les oiseaux hybrides dans nos volières : la race s’éteindrait faute de mâles. C’est ce qui se passe aujourd’hui sur une moindre échelle aux Iles de la Sonde,

dans les Etats hispano-américains, et en particulier dans l’Amérique centrale. Il y a des raisons sérieuses de supposer que dans les états cités plus haut ce phénomène a précédé l’élimination définitive : le monde clialdéen parait avoir souffert vers la fin d’une prodigieuse oligandrie, dans le sens physiologique du mot.

La dépopulation de la France. — J’ai rattaché à cet ordre de faits la diminution croissante et régulière de la natalité en France. Quelques mots seulement sur cette question grave, à laquelle j’ai l’intention de consacrer un travail spécial.

Les publicistes en général, les économistes en particulier, ont expliqué le phénomène par une foule de causes, toutes exactes, mais occasionnelles. Le Gode Civil? il régit aussi la Belgique si prolifique. L’amour du bien-être? il est autrement développé en Angleterre, qui exporte les émigrants par millions. Les goûts libidineux? ils n’empêchent point la Chine d’être une inquiétante pépinière. Le culte aristocratique de l’oisiveté ? cela est plus sérieux, mais encore bien superficiel. L’instinct de la reproduction ne se laisse arrêter par de si faibles motifs que quand il est déjà presque oblitéré. Pour moi la crise actuelle de dépopulation, en France et hors de France, est surtout la phase aiguë et finale de l’élimination de Y B. Europæus.

La diminution de la natalité a deux causes profondes, l’une physiologique, l’autre psychologique.

1. Accroissement du nombre de ceux qui ne peuvent pas se reproduire: 1° Stérilité morphologique: asymétrie de 1 utérus, ou physiologique : discordance d’évolution, insuffisance de la spermatogénèse et de l’ovogénèse ; 2° stérilité pathologique: oophorites à gonocoques, orchites, blennorhagie, etc. ; 3e stérilité sénile: mariages tardifs, précédant peu l’Age du repos.

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

II. Accroissement du nombre de ceux qui n’éprouver. t pas le besoin de laisser une postérité.

Je n’ai pas besoin d’insister sur la plupart de ces cas : asymétrie de l’utérus, discordance, mariages tardifs. J ai dit aussi le nécessaire en ce qui concerne l’insuffisance de la spermatogenèse et de l’ovogénèse, sauf sur un point que je n’ai pas traité dans mon exposé biologique, parce qu’il est spécial à la femme. Je veux parler du travail excessif des ovaires chez les femmes qui, mères seulement à de longs intervalles, sont soumises d’une manière permanente à la menstruation. L’ovaire est par sa nature môme un organe à fonctionnement intermittent. Si la femme remplissait en conscience sa fonction de femelle, elle serait à peu près constamment enceinte ou nourrice depuis la puberté jusqu’à la ménopause.. Telle devait être son existence avant la civilisation, telle elle demeure chez la plupart des peuples sauvages ou barbares. Les aïeules de nos contemporaines ont vécu à peu près sous ce régime, mais aujourd’hui trois ou quatre grossesses à terme ou interrompues, une ou deux périodes d’allaitement, c’est la moyenne. De quinze à quarante-cinq ans, la femme primitive comptait douze ou quinze grossesses, la plupart heureuses, suivies d’allaitement. Les ovaires n’avaient à fonctionner que par intervalles, pendant de courtes périodes suivies de longs repos. On peut évaluer le total des périodes de repos à vingt ou vingt-cinq années sur trente, celui des périodes d’activité à cinq ou dix, en moyenne soixante à cent vingt menstruations. La production totale d’ovules ne dépassait donc pas cent ou cent cinquante, plutôt moins que plus, répartie entre deux organes fréquemment reposés. Nos contemporaines peuvent être taxées en moyenne à six années de repos et vingt-cinq ans de travail des ovaires, soit trois cents menstruations. Ce travail énorme et incessant imposé à des

organes faits pour un tout autre régime est le facteur principal des ovarites sans nombre dont souffre la féminité de nos jours : l’abus de l’avortement ne vient tpi 'après, avec le gonocoque. Il est permis en outre de se demander, et c’est ce qui nous intéresse, si la prolifération des cellules sexuelles peut se faire ainsi d’une manière constante, si les réserves héréditaires ne finissent pas par diminuer, en d’autres termes si la femme peut avec ce régime fournir constamment et jusqu’à la fin des œufs normaux, et si ces œufs peuvent emporter avec eux une suffisance de plasma ancestral. 11 y a là, je crois, une cause sans cesse plus menaçante d’insuffisance de l’ovogénèse, de nature à renforcer les dangers qui résultent du métissage.

A l’occasion de la stérilité pathologique, il convient de dire un mot de la stérilité chirurgicale, c’est-à-dire de la castration. Rare chez l’homme, elle devient fréquente chez la femme, depuis les progrès de l’antiseptie, depuis surtout que le traitement par l’acier a prévalu dans les affections ovariennes et utérines. L’ovariotomie stérilise chaque année en France près de 10.0Ü0 jeunes ménages. Le couteau du chirurgien guérit une malade, mais détruit une famille, et la loi ne fait môme pas un cas de divorce de la castration survenue au cours du mariage.

Psychologie du neutre. — J’arrive à l’infécondité volontaire. Celle-ci reconnaît une infinité de causes occasionnelles, mais la cause première, fondamentale, c’est l’absence ou la faiblesse du besoin de se perpétuer.

La seule immortalité à laquelle l’homme puisse prétendre, celle qui n’est point du domaine des rêves théologiques, c’est celle qu’il s’assure en transmettant son plasma aux générations futures. Chacun de ses descendants est une partie de lui-même, indéfiniment reproduite, transmise, et construi-

CROISEMENTS. — MÉTISSAGE

sant des organismes nouveaux. Cette immortalité matérielle par la génération, le monde antique en a eu d’instinct une notion très vive. Le double culte des ancêtres et de la génération possédait une base scientifique infiniment supérieure à celle de toutes les religions spiritualistes. Le christianisme est venu, qui a porté le défi à la raison et opposé une morale sexuelle paradoxale et factice à la morale antique. Cette morale jette le discrédit sur la fonction de reproduction et la tolère comme une nécessité, au lieu de la glorifier comme faisait celle de l’ancien Orient. La morale sélectionniste met le devoir envers l’espèce à- la place suprême, là où celle du christianisme met les devoirs envers Dieu. Le brusque énoncé de cette proposition produit toujours un mouvement de surprise: cet acte réflexe est la preuve spontanée de la profonde perversion morale produite par le christianisme dans l’ordre sexuel. Cette perversion est le fruit d’une longue et sévère sélection pratiquée par la substitution de la continence au devoir envers l’espèce dans les prescrits de la religion et de l’opinion. Je montrerai ailleurs comment ce vice primordial devait, en vertu des lois de l’hérédité et de la sélection, fatalement conduire à la faillite la réforme de l’humanité tentée par le christianisme, et comment il se trouve la cause invisible de l’écroulement auquel nous assistons. Il suffit ici de marquer que le travail de l’Eglise avait préparé les peuples à l’infécondité volontaire. Le jour où la dislocation de l’instinct génésique s’est produite, elle a trouvé dans l’opinion un auxiliaire plutôt qu’un frein.

Il ne faut pas, en effet, exagérer la responsabilité, du christianisme : il n’a joué qu’un rôle de complice. La perte de la notion du devoir envers l’espèce n’est pas d’origine principalement morale, elle comporte l’abolition de l’instinct le plus primordial, le plus loin hérité, de celui auquel est liée l’exis-

tence môme de la vie dans le monde. Cet instinct, qui a commencé avec Ls espèces et qui a joué dans la création le rôle attribué par les religionsaux dieux, cet instinct est trop puissant pour être neutralisé par une autre force que lui-môme.

Chez le métis humain, le besoin moral de perpétuer sa race n’existe pas ou n’existe guère. Il ne sent que l’aiguillon matériel du plaisir, qu’il peut satisfaire sans engendrer. 11 se produit dans son esprit une dissociation entre le besoin de reproduction qui disparait et le besoin de jouir, qui subsiste. La fécondation n’est plus le but, elle est l’accident. Le métis ne sent pas la charge d’une race à perpétuer: il sent que chez lui se heurtent les hérédités de plusieurs. Ce n’est pas une race qu’il aurait à perpétuer, c’est deux, c’est plusieurs, c’està-dire l’impossible en soi. Par là s’explique l’égoïsme social, et la rupture des liens sociaux. Dans mon mémoire de 1880 sur la dépopulation j’écrivais : « Cette résorption dans le moi de tous les sentiments de race, de nation, de famille, substitue au peuple une simple collection d’individus juxtaposés ». La facilité avec laquelle l’individu saisit les prétextes économiques ou sociaux de ne pas se reproduire vient de là. Telle est la cause profonde et première de la dépopulation de la France.

Corrélation de l’indice et de la natalité. — Si l’on compare la carte de l’indice céphalique de Collignon avec celle des naissances pour un mariage reproduite par M. Levasseur (t. III, p. loi) on constate d’abord une analogie générale.

Les départements sombres, à haute fécondité dans l’une, à fort indice dans l’autre sont ainsi répartis : un massif couvrant et débordant la Bretagne ; une large écharpe joignant les Vosges aux Pyrénées; une forte bande couvrant les '\ osges, le Jura et toute la région des contreforts alpins, une autre bande sur les Pyrénées, plus forte à l’occident. Il y a quelques

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exceptions apparentes. Ainsi le Nord et le Pas-de-Calais, la Seine- Inférieure, les Pyrénées-Orientales, l’Aude, la Haute- Vienne, la Dordogne sont teintés fortement sur la carte de la natalité, en blanc ou en clair sur celle de l’indice céphalique. Ces départements à haute natalité sont en même temps les plus dolichocéphales. La forte natalité coïncide donc avec la brachycéphalie franche et avec la dolichocéphalie, la faible natalité pèse sur les intermédiaires. Si l’on y regarde de plus près, l’analogie devient plus saisissante :

Départements les dix plus dolichocéphales: Pyrénées-Orientales, Aude, Corse, Haute- Vienne, Indre-et-Loire, Dordogne, Seine-Inférieure, Nord, Pas-de Calais, Aisne, — les dix plus brachycéphales: Lozère, Haute-Loire, Cantal, Saône-et-Loire, Jura, Haute-Saône, Savoie, Vosges, Doubs, Haute-Savoie.

Départements à natalité supérieure à 3o : Basses- Alpes, Pyrénées-Orientales, Aveyron, Lozère, Haute Loire, Corrèze, Corse, Alpes-Maritimes, Hautes-Alpes, Savoie, Haute-Savoie, Doubs, Nord, Pas-de-Calais, Seine-Inférieure, Finistère, Morbihan, Côtes-du-Nord, 18. De ces 18 départements, 10 sont soulignés : ce sont ceux qui se retrouvent sur la liste des plus et des moins dolichocéphales, les 8 autres se rapprochent de la haute brachycéphalie : Corrèze, Aveyron, Départements alpins, ou se trouvent dans une situation particulière : départements bretons dont le littoral est nettement dolichocéphale, l’intérieur fortement brachycéphale.

Contre-épreuve : les départements à faible fécondité sont aux environs de 82 ou 83, sauf le Rhône et les départements gascons, dont l’indice est brachycéphale sur la carte de l’indice des conscrits, parce qu’ils sont actuellement envahis par une immigration du plateau central et arrivés près de l’entière usure de leurs dolichocéphales indigènes.

Ce qui vient d’être dit de la France est vrai des autres pays

de l’Europe : la fécondité est proportionnelle à la pureté de la race, et à l’état de stabilité des croisements locaux. Le parallèle peut être suivi très loin : ainsi les villes en général sont consommatrices d’hommes. En France, c’est la règle. A l’étranger elle souffre davantage d’exceptions, mais les villes dont la population s’accroit pour une forte partie par la natalité sont toutes dans les régions où le sang dolicho-blond domine. Les cinq villes d’Europe dont l’accroissement par natalité dépasse 30 °/0 sont : Londres 80, Christiania 68, Copenhague 45, Vienne 35, Hambourg 30.

De tout ce qui vient d’être dit il résulte que les croisements sont en principe à éviter. J’ai signalé des inconvénients multiples, j’en signalerai un dernier pour conclure. En vertu des lois de l’hérédité, la réversion par métissage au type préhumain est à craindre comme résultat final du mélange des races. Il est le seul dont l’influence atavique existe à la fois chez tous les individus, et les influences de race, moins anciennes, sont probablement moins fixées. Lombroso a senti ce danger, et il en a tiré des conséquences actuelles excessives. Comme biologiste je me borne à constater qu’il existe.

Consanguinité. — Il suffit d’un seul croisement pour compromettre pour des générations l’avenir d’une famille et déclasser la postérité d’un eugénique. La consanguinité entre individus parfaits est au contraire le moyen de fixer la perfection. Cela ne veutpasdire que la consanguinité doive être employée ù. tort et à travers, permise à n’importe qui. L’emploi en zootechnie de la consanguinité suppose toujours sélection préalable. Elle peut autrement arriver comme en Egypte ou en Chine à pétrifier un peuple, c’est-à-dire aie rendre imperfectible tout en lui assurant une durée infinie. Elle peut arriver aussi par l’union des pires à créer ce qu’il y a de plus mau-

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vais dans le pire. Enfin, c’est un principe biologique à peu près établi qu’il ne faut point en user d’une manière indéfinie., car elle aboutit plus ou moins vite à une diminution de fécondité.

De même qu’il y a infécondité par discordance à la suite des croisements, de même l’abus de la consanguinité a pour sanction une infécondité par excès d’identité. Il semble que le plasma transmis puisse comporter parfois certaines lacunes, et que la génération digène ait justement pour but de les combler. Or quand on use de la consanguinité, surtout de l’adelphogamie germaine, on arrive à un équivalent de la reproduction monogène. Les expériences de Maupas montre que les espèces à reproduction scissipare peuvent avoir de temps en temps besoin de se recompléter par la conjugation. Une infinité d’espèces hermaphrodites sont organisées de façon à empêcher l’autofécondation. Chez les mammifères, le chevreuil, le mouton, chez les oiseaux, le pigeon ne paraissent pas souffrir de l’adelphogamie. Il parait que chez les chevaux et les bovidés, la reproduction indéfinie en ligne directe ou par adelphogamie finit par affaiblir parfois la fécondité. Il faut avoir de temps en temps recours à un étalon étranger à la famille, ou appartenant à une autre branche. On repart ensuite pour une série de générations consanguines (Y. Cornevin, p. 589- 590).

Chez l’homme la consanguinité longtemps pratiquée parait aboutir à des résultats analogues. Il serait toutefois utile de vérifier les faits allégués. Les métis de Chatam, issus de femmes kanaques et des marins anglais de la Bounty, ont vécu en consanguinité non adelphogame pendant un siècle. Quatrefagesa longtemps cité cette population comme une preuve victorieuse de la fixation des métissages. Elle tend aujourd’hui à s’éteindre, et certains écrivains ajoutent : par l’effet de la con-

sanguinité. Des indications précises me permettent au contraire d’affirmer que ces métis sont dans leur période de dislocation et en voie de retour. Il est regrettable que Quatrefages n’ait pas vécu plus longtemps.

Je citerai, comme plus probable, un cas étudié avec soin par le Dr Lancry {La commune de Fort Mardyck, Paris, 1890). Fondée il y a deux siècles par quatre familles, elle ne comprend guère que leurs descendants. De 1862 à 1886 on a compté 273 mariages dont 63 de consanguins, dont 26 de cousins germains. Tous les enfants issus de ces unions sont normalement sains, on compte un sourd-muet et un idiot, mais qui ne sont pas à mettre au p assif de la consanguinité. Celleci s’exerce donc entre gens sains, et donne d as produits normaux. La fécondité au contraire baisse. Sur 360 ménages restés au pays, on compte il familles avec un seul enfant, 23 sans enfants. Parmi les non-consanguins on trouve 3 °/0 de ménages unipares, 7,95 n/o parmi les consanguins. Les non consanguins accusent 7,5 °/0 de ménages stériles, les consanguins 16 °/d et, chose significative, ce chiffre se décompose ainsi : cousins au delà du 2e degré, 13,5 °/o, cousins au 2e degré, 19,2 °/0. Il est regrettable que l’étude anthropologique n’ait pas été faite, le cas serait probant, à la condition d’ètre confirmé par un groupe suffisant de cas analogues, et d’ètre sur que toute cause étrangère de perturbation s’est trouvée écartée. On pourrait en conclure, non pas à la nocuité de la consanguinité, comme on l'a fait quelquefois en pareille matière, mais à celle de la consanguinité prolongée.

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