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CHAPITRE TREIZIÈME

SÉLECTION ÉCONOMIQUE

Causes économiques de sélection. — Les causes économiques de sélection sont nombreuses et fort actives. Dans l’état actuel des sociétés de type européen, leur prépondérance est indiscutable. La plupart des sélections que nous avons étudiées sont en décroissance, leurs effets tout au moins ne tendent guère à se manifester avec plus d’énergie. Il en est autrement de celles que nous allons voir, leurs ravages vont croissant, et nul ne saurait dire quel sera le terme de leur développement. Les sélections économiques sont le résultat de la lutte pour la vie matérielle, pour la jouissance ou le pain quotidien. Celte lutte est plus impitoyable qu’entre les hommes primitifs euxmèmes, elle est plus âpre surtout que dans les siècles écoulés, chaque jour elle le devient davantage, parce que les égoïsmes sont plus brutaux et les désirs monstrueusement accrus dans un siècle de luxe, de richesse et de raffinement psychique. L’homme n’a guère plus de moyens qu’autrefois de les satisfaire, ces besoins croissants et souvent factices, il n’a plus la

crainte de peines éternelles, et les compensations d’une vie future où les premiers rangs seraient pour les déshérités de ce monde, pour les malades, les opprimés et les miséreux, il n’y croit plus !

Quand le paysan vient à la ville dans l’espoir d’y trouver un salaire meilleur, quand l’Anglais s’expatrie en Australie ou dans l’Inde, quand le fds d’ouvrier s’efforce de devenir employé, l’employé fonctionnaire, le salarié patron, le pauvre aisé, le riche milliardaire, quand l’eugénique sans fortune épouse un être riche et taré, quand une belle fdle, saine de corps et d’esprit, se vend, quand un homme de talent meurt de misère ou se tue, quand tous ceux qui espèrent parvenir s’imposent la limitation delà descendance pour maintenir leur rang et accroître leurs ressources, la sélection qui intervient est d’ordre économique. Il y a sélection pour l’accès de chaque classe, tous ceux qui aspirent à s’élever n’étant pas du nombre des élus; il y a sélection pour se maintenir et pousser en avant sa dynastie, sélection enfin dans la destruction des familles parvenues ù l’apogée de leur prospérité, qui s’écroulent par la ruine ou s’éteignent par la stérilité naturelle ou volontaire. >

Le désir de s’élever, d’arriver à une situation meilleure, est naturel chez l’homme, mais diversement développé suivant les races, associé aussi à des aptitudes diverses et à des goûts différents. C’est pourquoi l’analyse ethnique a donné de si beaux résultats dans ses applications à ce que l’on a appelé l’anthropologie de classe. Il existe des différences morphologiques incroyables entre les catégories humaines qui composent une même société. Le fonctionnement de ce que M. Dumont a baptisé si exactement la capillarité sociale produit un triage incessant des éléments ethniques, et les divers groupes diffèrent à la fois par leur situation sociale, leurs aptitudes et leur natalité, de façon que les sélections économiques déterminent

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dans la composition anthropologique des classes et des sociétés un changement rapide et considérable. Nous verrons bientôt par des chiffres combien intense est le mouvement de concentration et d’élimination des dolichoïdes. Si l’on n’y met ordre, le régime ploutocratique conduira droit à l’imbécillité les peuples qui le pratiquent, et tout d’abord ceux dont nous faisons partie. L’élément social à l’entière destruction duquel s’acharnent les sélections économiques, c’est en effet, l’aristocratie intellectuelle, ou pour mieux dire tout ce qui n’est pas la plèbe psychique.

Le régime ploutocratique. — Dans la nuit qui descend sur les Dieux, Mammon brille d’un incomparable éclat. Le veau d’or est toujours debout. Gounod, dans une heure d’inspiration diabolique a écrit son hymne triomphal, le chant sacré des liturgies modernes. La fortune est tout et peut tout : telle est, ou à peu près, la formule de la société contemporaine. Donc beauté, science, génie, vertu, courage, tout s’efface devant le prestige de l’or, car tout s’achète. Celui qui a les richesses, beaucoup de richesses est maître indiscuté : les plus belles femmes pour maîtresses, les hommes, les plus savants pour médecins, pour ingénieurs, pour secrétaires, les plus grands artistes pour construire, orner ses palais, réjouir ses oreilles. Comme le grand boursier méprise le pauvre officier qui pour deux ou trois mille francs par an conquiert des pays nouveaux, les ouvre à la spéculation, et meurt! Cet état de choses n’est pas neuf, certes, mais jamais la crise n’avait atteint le degré d’intensité qu’elle est en voie d’acquérir. Ce qui faisait la force de la noblesse phénicienne, de la noblesse grecque, de la noblesse romaine, c’était la possession des capitaux, mais ceux-ci n’étaient pas dans des mains viles : tout au plus pouvait-on dire que celles-là étaient rapaces. C’est un fait historique que toute

aristocratie a commencé par la richesse, mais cette richesse s acquérait par le talent politique, les vertus guerrières et 1 autorité morale. La noblesse féodale avait pour base la possession de la terre, mais cette acquisition originelle supposait une certaine valeur personnelle, un mérite quelconque mettant hors de pair le fondateur de la race. Notre aristocratie d’argent ne ressemble en rien à l’ancienne : pour acquérir la fortune, le hasard est le grand auxiliaire et les qualités qui doivent s’y joindre ne comptent pas parmi les plus relevées. Elle ne comporte presque point de mérite et diffère ainsi par son principe des aristocraties qui l’ont précédée.

J’ai dit ailleurs comment s’est faite cette classe, comment elle se recrute, comment son infériorité psychique et l’insuffisance de l’aristocratie intellectuelle, écrasée par sa dangereuse influence, ont rendu nécessaire la constitution parallèle d’une aristocratie juive. Celle-ci complète le contingent d’hommes supérieurs que les autres ne produisent pas en suffisance, et parait appelée à concentrer entre ses mains toutes les forces politiques, financières et intellectuelles du pays. Ce phénomène de conquête pacifique par la nation israélite n’est pas propre à la France : il se produit dans les pays, mais dans ceux-là seulement, où l’élément aryen fait défaut ou disparait. L’Amérique, l’Angleterre, la Scandinavie n’ont ni peur ni besoin des Juifs.

La plupart des causes qui font entrer un homme dans la classe riche sont à peu près fortuites: successions, riches mariages, loteries, hausse de valeurs achetées sur renseignements heureux, hausse de denrées due à des accidents atmosphériques ou économiques, constructions de voies ferrées, percements de rues, découverte de mines, etc. Ces diverses chances favorisent d’une manière à peu près égale les individus méritants et sans mérite: c’est la sélection du hasard.

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La fortune qui ne vient point du hasard seul ne se crée pas par le talent, du moins en règle. L’économie, poussée souvent chez nos populations rurales au degré d’une avarice sordide, sert de point de départ. Il entre plus de cupidité que de hardiesse dans l’esprit fruste de ces rudes épargneurs. Le commerce sans spéculation, c’est-à-dire sans intervention de l’intelligence, ou quelque autre moyen analogue développe l’embryon de fortune amassé. Tout cela ne suppose pas de bien hautes vertus. Il faut plus d’intelligence pour la spéculation et les escroqueries tolérées qui constituent à peu près le seul moyen d’arriver à la véritable richesse. On citerait bien peu de fortunes considérables créées par le commerce ou l’industrie sans le concours de la spéculation. Les grosses sommes s’y gagnent en jouant sur la hausse et la baisse des matières premières ou fabriquées : cuivres, cotons, cafés, etc. Il faut^une certaine dose d’intelligence, et parfois un génie spécial, pour arriver à mener à bien ces grandes affaires, mais les génies de cette sorte ne sont pas de ceux dont s’enorgueillit un pays. Il en est de même de celui des grands barons de la finance;

Quelques hommes, mais ils sont rares, entrent dans l’aristocratie d’argent par l’effet même de leur supériorité intrinsèque. Ils appartiennent sinon toujours à l’élite, au moins à la bonne moyenne de l’aristocratie intellectuelle. Certains avocats, quelques chirurgiens habiles, des chimistes peuvent arriver ainsi, mais l’immense majorité des hommes les plus remarquables de l’aristocratie intellectuelle ne parviennent à sortir de la gène que par un heureux hasard.

Le régime ploutocratique a donc le grave inconvénient de placer bien en évidence, et comme exemple pour le reste de la nation, des individus en possession d’un pouvoir immense et dépourvus de mérite. Si je dis individus, c’est avec intention. L aristocratie d’argent est une noblesse presque person-

nelle. A la seconde, h la troisième génération la fortune se fond entre les mains d’un rejeton incapable de l’utiliser avec intelligence, et môme de la conserver: il gaspille avec les chevaux et les fdles l’argent amassé par le fondateur de sa dynastie. Alors la famille disparait, elle s’éteint ou retombe dans la plèbe, dont elle n’aurait jamais dû sortir. C’est un phénomène très rare de voir surgir de ces riches familles de parvenus des hommes de talent qui ennoblissent la fortune acquise par de bas moyens ou par les coups du hasard.

Notre aristocratie d’argent, en France, en Allemagne, en Autriche, n’a donc qu’une valeur fonctionnelle, elle sert par ses capitaux et non par ses hommes. Son utilité est purement économique. On comprend d’ailleurs que lecapital soit le grand ressort de la machine sociale. Tant que l’humanité n’aura pas atteint la période d’état, d’équilibre sur tout le globe dont j’ai parlé, il ne faudra pas songer à une organisation plus rationnelle, si ce n’est à titre d’essais. J’entrevois bien dans l’avenir la société comme un immense monastère laïque où Pargept n’aura pas cours, et où la suppression de l’indépendance assurera l’exécution régulière de toutes les fonctions, mais le temps de cette société, regardée par certains comme un paradis civil, est encore éloigné. En attendant cette période de collaboration systématique et contrainte, nous traversons une ère de collaboration mal coordonnée et conventionnelle, où il n’y a pas d’autre ressort possible que l’or. Celui-ci est le moyen factice de coordination des forces humaines, en attendant que le perfectionnement humain et social arrive à permettre le jeu naturel de la machine, l’emploi synthétique et sans déperdition de la puissance humaine dans le monde matériel et dans celui de la pensée.

La ploutocratie nous fait d’ailleurs payer cher les services qu’elle nous rend. La nécessité de compter avant tout avec Par-

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gent rend très difficile la pratique des unions eugéniques. Elle est l’empêchement principal, du moins en France et quant à présent, à toute tentative sérieuse de sélection systématique. Au prix que coûte une femme et sa postérité, il faut qu’elle apporte dans le ménage de quoi complémenter les ressources du mari. Si celui-ci n’a pas de fortune, le rémunération de son travail est d’autant plus insuffisante qu’il occupe un rang plus élevé. Bien plus difficile est le problème de l’éducation d’une nombreuse famille, et on s’efforce de l’éluder.

Elimination de l’aristocratie intellectuelle. — Aux yeux du peuple, les deux aristocraties n’en font qu’une. Un savant, un poète, un sculpteur sont des bourgeois: confusion malheureuse qui peut aboutir un jour aux conséquences les plus tragiques. Les mammonistes entretiennent avec soin cette confusion, qui leur donne un peu de prestige. Ils ne s’estiment pas moins audessus de l’aristocratie intellectuelle, qui leur rend le mépris avec usure. Le peuple définit le bourgeois : celui qui vit aux dépens d’autrui. Flaubert l’a défini : celui qui pense bassement. Les deux définitions se complètent et peignent bien l’aristocratie d’argent.

Le pire ennemi de l’intelligence, c’est le riche. La classe parasite impose à la classe intellectuelle un genre de vie qui comporte d’une manière nécessaire son extinction rapide. Aux causes naturelles d’infécondité, les obligations somptuaires ajoutent une nécessité sociale. Ge fléau pèse d’une manière, non pas exclusive mais tout à fait particulière, sur les intellectuels. Le développement du luxe, ou plutôt des besoins artificiels, est le résultat d’une contagion émanée de cette classe û laquelle l’argent ne coûte rien. Le danger vient moins de ceux qui se ruinent à grandes guides que des manieurs d’argent aux caisses toujours remplies. Les premiers durant peu

nuisent peu de temps par leur exemple, les seconds nuisent doublement pour suffire à leurs dépenses. Les prodigalités folles de l’aristocratie financière, de sesfilsoisifs, de ses femmes, de ses maîtresses créent un courant d’émulation qui sepropage de proche en proche. Chacun se modèle sur celui qui dans l’échelle de la fortune occupe le degré placé au-dessus du sien; il se croit, il est presque obligé de le faire, et à mesure que le vrai luxe et le gaspillage foisonnent en haut, le faux luxe et les vaines dépenses se développent en bas. La vie est sans cesse rendue plus difficile par l’introduction de causes nouvelles de coulage dans les ménages modestes, et le besoin du bien-être, celui plus pressant de paraître se traduisent par le célibat prolongé ou définitif, les mariages d’argent et la limitation volontaire de la natalité. C’est ainsi que le luxe effréné des ploutocrates aboutit par répercussion à diminuer la natalité des classes utiles, en particulier de l’aristocratie intellectuelle, dont les obligations sociales sont celles de la classe riche, et les moyens le plus souvent très limités.

Avec des ressources égales à celles de plusieurs familles d’ouvriers, une famille d’intellectuels peut avec peine élever deux enfants. J’ai montré dans le premier chapitre quelle influence avait au bout de peu de temps une différence de natalité telle que de deux classes l’une produise 4 enfants et l’autre 3 seulement par mariage. Les deux classes étant supposées d’abord égales en nombre, la proportion respective devient au bout d’une génération 57 contre 43, de deux générations 64 contre 36, de trois générations 70 contre 30, et au bout de 300 ans la classe féconde constitue 93 °/o de la population, l’autre 7. L’écart entre la fécondité des travailleurs manuels et celle des intellectuels est certainement d’une unité; les individus qui composent ces deux classes, loin d’être en nombre égal, sont répartis de telle façon que l'une représente

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à peine 5 °/0 de l’autre. Il est facile de voir quel danger immense pour l’avenir intellectuel d’un pays peut résulter de l’écrasement de l’intelligence par la fortune, ou plutôt par le luxe contagieux de la richesse mal acquise et mal employée.

Dès à présent on peut dire que la classe intellectuelle, en France et dans plusieurs autres pays, ne maintient que par artifice une existence chaque jour plus précaire. De toutes les aristocraties, celle de l’intelligence est la plus instable ; une alliance malheureuse, l’invasion de la névrose suffisent pour arrêter dans son essor la famille la mieux douée. Quelque soin qu’on y prenne, l’hérédité ne se poursuit jamais bien loin, et toujours la classe intellectuelle, hors d’état de se perpétuer par ses seuls descendants, fut obligée de compter pour son recrutement sur l’accession constante d’éléments nouveaux. Il en est ainsi plus que jamais. Le nombre des familles fécondes en hommes distingués se restreint de jour en jour, et celui des individus isolés, qui ne laissent rien après eux, va croissant, f/aristocratie intellectuelle répare ses pertes avec des nouveaux venus, les uns sortant de l’aristocratie d’argent, les autres, les plus nombreux, qui peuvent surgir des masses profondes ou du peuple, mais cette ressource devient sans cesse plus restreinte dans une société où l’instruction très répandue, les bourses nombreuses, dégagent avec rapidité les éléments précieux encore dissimulés par l’ignorance et la misère. Ces réserves s’épuisent et n’iront plus bien loin. Ce n’est pas le hasard qui fait les hommes de valeur, c’est le concours d’hérédités heureuses. Il est pénible d’avoir à le constater, mais sans les emprunts faits à la nationalité juive, et en particulier aux familles rabbiniques longuement sélectionnées dans le sens intellectuel, la France et la plupart des Etats du continent ne parviendraient plus à pourvoir d’une manière suffisante aux exigences de la situation. Combien de

temps pourront suffire les réserves juives, et qu’arrivera-t-il après de l’Europe artificiellement maintenue debout' par la suggestion d’un génie différent du sien ? problème redoutable, connexe à beaucoup d’autres et dont la solution est obscure.

J’ai dit que le danger menace non seulement l’aristocratie intellectuelle, mais tout ce qui n’est pas plèbe d’esprit. La cause agit avec une intensité égale sur le savant illustre et sur le maître d’école, sur le peintre célèbre et sur le pauvre décorateur de province, sur le haut fonctionnaire et sur le petit receveur d’enregistrement. La gêne est la même pour celui qui jouit d’un fort traitement et de revenus personnels assez élevés que pour le pauvre diable aux appointements modiques. Il faut descendre jusqu’aux masses, aux intelligences frustes ou mal dégrossies pour que l’action du fléau cesse de se faire sentir avec la même intensité. C’est pourquoi le danger qui menace notre civilisation est si grand. Les petits intellectuels sont menacés de disparaître, et nous verrons bientôt par des chiffres comment les villes les attirent et les dévorent.

Les riches Romains avaient des esclaves grecs musiciens, poètes, médecins, peintres et sculpteurs. Les musiciens les charmaient, eux et leurs invités, les poètes disaient les vers des anciens, les leurs, et ceux qu’ils attribuaient h leurs maîtres ; les médecins soignaient la clientèle urbaine, au bénéfice de leur propriétaire, les artistes faisaient des statues, peignaient des fresques. Si nous ne connaissons à peu près rien des artistes, des chimistes, des architectes de l’Empire, c’est que la plupart étaient esclaves. Ils travaillaient sans gloire, et leur talent enrichissait leurs maîtres. Nous avons des tarifs qui marquent la valeur légale de ces catégories d’hommes. Aujourd’hui l’asservissement de l’aristocratie intellectuelle est moins complet; rares cependant sont les indépendants. Les ingénieurs, les chimistes, les électriciens et bien d’autres vi-

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vent presque tous sous la dépendance de patrons qui leur sont inférieurs en tout, sauf quant à la fortune. Ceux-là sont des ouvriers d’élite, mieux payés, mais témoignages vivants de la subordination du talent à la richesse qui est la base de la féodalité contemporaine. Un nombre plus grand d’hommes intelligents forme les cadres de l’armée du fonctionnarisme. Avec eux l’intelligence devient serve de la politique.

Ravages du fonctionnarisme. — Dans les pays brachycéphales surtout, en France, en Allemagne, en Russie, le fonctionnarisme consume une quantité de familles sinon eugéniques du moins intelligentes. Les dolichocéphales blonds, d’humeur plus indépendante et plus hardie, recherchent moins la plupart des fonctions, c’est pourquoi le fonctionnarisme est moins développé en Angleterre, aux Etats-Unis. Dans les pays où le dolichocéphale brun est en nombre, il ne se comporte pas comme le blond : l’Italie, l’Espagne, l’Amérique espagnole fourmillent de fonctionnaires.

Les fonctions publiques ne rebutent pas l’esprit cultivé comme le commerce et l’industrie. Elles laissent des loisirs. Elles n’exigent pas de capitaux. Elles procurent une considération proportionnelle à la part d’autorité déléguée. Elles permettent de favoriser les siens, de vexer ses ennemis. Elles présentent enfin une sécurité relative et conviennent ainsi à merveille aux esprits réguliers et sans audace. En revanche les traitements sont le plus souvent dérisoires, hors de proportion avec la valeur du fonctionnaire et les profits qu’il aurait pu réaliser dans une autre carrière. Son talent s’éteint sans fruit et scs appointements lui permettent au plus, s’il se marie, d’élever un ou deux enfants. Un des plus grands obstacles à la formation ou ;i la conservation de l’eugénisme vient assurément de là. Les éléments intelligents de chaque génération sont en partie drai-

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nés par les fonctions publiques, qui jouent à peu près le rôle des couvents (le l’ancienne France.

Il n’y a pas de bons travaux sur la natalité dans la classe des fonctionnaires. On ne peut faire que des conjectures. Les matériaux existent, dorment dans les préfectures, sous la forme de liasses de bulletins, les feuilles de ménage des recensements ou les dépouillements communaux. Il suffirait d’un ordre ministériel pour que nous soyons fixés sur la natalité par catégorie sociale et par profession depuis que les feuilles de ménage sont en usage ; peut-être sera-t-il donné un jour. En 1891, on a recensé 225.264 employés masculins d’administrations publiques et 15.005 du sexe féminin; leurs familles représentent 428.816 individus de tout âge et sexe. Dans ce chiffre figurent des conjoints, des ascendants, des collatéraux et des descendants en proportion inconnue. Il est aisé cependant de voir que le célibat doit être très répandu et la natalité très faible; de quelque façon que l’on décompose le total de 428.816 individus, il faut arriver à conclure qu’on ne peut guère attribuer en moyenne plus d’un enfant à chaque employé.

L’immense majorité de tous ces fonctionnaires végète et se reproduit à peine. Il serait à désirer que les hommes intelligents et de peu de fortune se résignassent à choisir une profession plus lucrative, fùt-elle moins sûre et moins considérée, laissant à leurs descendants le soin de mettre en relief la valeur de la race. Ce sacrifice n’est pas à espérer chez nous, dans un milieu où l’émiettement est extrême, où la famille n existe plus, et où il ne subsiste aucun souci des ancêtres et de la postérité. Loin que la tendance au développement du fonctionnarisme et la recherche des fonctions diminuent, elles vont croissant. Tout le monde en France voudrait être fonctionnaire. Le socialisme ne rêve rien moins que la transformation de chaque citoyen en fonctionnaire : c’est ce qui lui donne tant

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de force. Le développement du socialisme est en corrélation avec l’avénement politique des brachycéphales : il y a une politique brachycéphale, comme il y a la littérature brachycéphale de M. Zola, minutieuse et réaliste.

Il est à regretter que la multiplicité des bourses vienne permettre à des jeunes gens intelligents, sauvegardés par la pauvreté, d’augmenter la catégorie des candidats aux emplois. Presque tous les boursiers visent les fonctions publiques, et les bourses leur sont données surtout pour leur permettre d'y accéder. C’est le meilleur moyen d’épuiser vite et jusqu’aux traces les plus cachées les valeurs intellectuelles que peut encore renfermer à l’état latent le sous-sol de la société. Si l’on juge utile d’agir ainsi, au moins devrait-on ouvrir des débouchés qui permissent à ces jeunes gens d’élever des familles. L’Etat manque de prévoyance en ne s’occupant que des individus.

Ce travers ne date point d’ailleurs de notre époque démocratique. Sous l’ancien régime il y avait encore plus de facilités données à la jeunesse pauvre, et c’est l’Eglise qui bénéficiait surtout de ce déclassement. « Les bourses et les demi-bourses étaient nombreuses, G00 daus le seul Louis-le- Grand. Au total, sur les 72.000 élèves du Royaume, on en comptait 40.000 pour qui l’éducation secondaire était gratuite ou demi-gratuite : aujourd’hui, sur 79.000 c’est moins de 5.000 » Taine, Le Régime moderne, I, 215.

Sélections professionnelles. — La profession est l’occasion de plusieurs sortes de sélection. Il faut remplir certaines conditions pour l’embrasser : instruction, vigueur physique, adresse, etc. Ces conditions sont variables : l’enseignement ne se recrutera pas comme la profession de terrassier, le fort de la halle a besoin d’autres aptitudes que le tailleur. La sélection qui ré-

suite de l’exercice même de la profession est à considérer : il y a des professions dangereuses, d’autres qui le sont très peu. Enfin les résultats économiques sont très variables ; il y a des professions lucratives et sans charges sociales, d’autres qui comportent beaucoup de charges, d’autres qui rapportent très peu. La valeur moyenne des hommes varie de profession à profession, de même la fécondité moyenne. Il en résulte une influence directe sur la composition de la population à venir.

Nous savons très peu de chose sur les caractères morphologiques des professions. La taille moyenne n’est pas la même et présente, dans un même pays, des différences marquées. Le classement professionnel, à ce point de vue, est à peu près semblable dans les divers pays. Voici pour les Iles Britanniques une statistique empruntée partie à Roberts et partie à Beddoe, mais qui aurait besoin d’être refaite sur des bases plus larges :

Hit Professions libérales. lm.724 174 Métiers divers en plein

air 1 m.7 1 5

242 Commis et boutiquiers lm.708

100 Maçons 1 1,1 .705

834 Cultivateurs lm,704

409 Ouvriers en fer et bois 1 m .703

67 Mineurs lm.698

135 Tailleurs el cordonniers lm.690

335 Divers en chambre. . lm.69o 313 Marins et pêcheurs. . im.683

D’après mes propres matériaux, l’ordre en France est le suivant : Professions libérales, cultivateurs, ouvriers du dehors, ouvriers en chambre, marins. En Amérique, la moyenne de la taille des marins est 0m.03 au-dessous de la moyenne militaire. Je crois que l’écart est un peu moindre chez nous.

La profession exerce aussi une influence sélective sur la couleur, mais comme pour la taille, on ne pourra rien dire de bien certain qu’en procédant sur des masses considérables, et en tenant compte des localités. Dans l’etat actuel de la science,

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il est permis d’exiger une rigueur qui ne paraissait pas nécessaire ni possible il y a dix ans.

En ce qui concerne l’indice céphalique, les matériaux manquent. Nous savons seulement que le crâne est plus volumineux chez les ouvriers que chez les paysans, dans les classes éclairées que dans les classes inférieures. L’écart est de plusieurs millimètres pour la longueur moyenne du crâne, ce qui est une quantité déjà considérable. En Languedoc, en Bretagne, dans le Grand Duché de Bade, la classe lettrée compte presque toujours un tiers au moins, souvent moitié de crânes au-dessus de 0m19 de longueur. Pour l’indice céphalique, cet allongement entraîne d’une manière nécessaire une plus grande propension à la dolichocéphalie. C’est pourquoi le nombre proportionnel de crânes dolichoïdes est plus grand chez les hommes exerçant des professions libérales que chez les ouvriers, plus grand chez ceux-ci que chez les ruraux. Durand de Gros, dans un mémorable travail ( Excursion anthropologique dans l’Aveyron, B. de la Soc. d’ Anthropologie, 1869, 193), a donné les mesures suivantes pour les habitants de Rodez : lettrés, long, max., 0.187, larg. max., 0 . 155, ind. céph., 82.7 ; illettrés, 0.180, 0.151, 83.9. L’écart est considérable, mais il est regrettable de ne pas connaître exactement la profession des sujets lettrés. Cette tentative est la première, à ma connaissance, qui ait été faite pour évaluer la différence des classes au point de vue crâniométrique. Il en a été fait beaucoup d’autres depuis, mais toujours avec le môme caractère partiel. On procède aujourd’hui à des recherches d ensemble, d’après les méthodes les plus nouvelles de 1 analyse ethnique, mais on n’aura de chiffres précis que dans quelques années ; dans les statistiques de ce genre, le temps est toujours un élément principal.

La population rurale est presque entièrement composée de

gens vivant de la culture, les ouvriers proprement dits sont à peu près tous concentrés dans les localités un peu importantes, dont ils forment la grande majorité de la population. La distinction des ruraux et des urbains répond grossièrement à celle des deux grands groupes professionnels. Nous verrons plus loin les différences morphologiques des ruraux et des urbains, mais il n’était pas inutile d’indiquer les rapports des deux questions.

Nous ne connaissons que d’une manière trop générale la répartition des divers types anthropologiques par professions, mais le peu que nous savons permet d’affirmer que cette répartition est inégale et n’est pas l’effet du hasard. Il serait très important de connaître les conséquences de la différence de mortalité, surtout de natalité, qui existe entre ces groupes de composition dissemblable. Nous ne sommes, malheureusement, renseignés que d’une manière au moins aussi vague.

Pour l’Angleterre, M. Neison a calculé, d’après 1.000.000 de cas, la mortalité professionnelle parmi les membres des sociétés de secours mutuels, entre 25 et 65 ans.

Dérès par 1000 individus.

Mineurs dans les mines de cuivre 32

— — plomb 22

— — étain 20

— — fer et houille 18

Ouvriers dans les usines à plomb 24

— — à fer 16

— dans les fabriques de céramiques 26

Ouvriers charcutiers 18

— bouchers 22

Valets de chambre 18

Jardiniers 19

Marchands de vin et cabareliers 2o

Ministres proleslanls 11

Avocats

Chirurgiens et pharmaciens 19

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Cette mortalité de têtes choisies ne correspond pas à la moyenne générale, mais ce qui nous importe, c’est l’inégalité des professions devant la mort. Le Dr Ogle a calculé cette moyenne générale pour l’Angleterre pendant les années 1880- 1882. Je la résume en me bornant à la période de 25 à 65 ans :

Décès par 1000 individus

Ministres de toutes religions 22

Fermiers, éleveurs 27

Valets de ferme 29

Boutiquiers. . . . : 35

Epiciers 32

Maçons, manœuvres 39

Charpentiers, menuisiers 34

Cordonniers 28

Terrassiers 43

Ouvriers en tissus 43

Domestiques 36

Tailleurs 43

Boulangers 39

Mineurs 39

Ouvriers en métaux 39

Médecins 48

Bouchers 47

Aubergistes, débitants 60

La situation relative des professions est à peu près la même dans les deux listes, mais la mortalité absolue est beaucoup plus élevée dans la seconde. Les prévoyants meurent moitié moins que les imprévoyants. Je suppose que parmi ces derniers il y en a beaucoup qui placent leur argent en alcool.

La mortalité des agriculteurs est dans tous les pays moindre que celle des ouvriers urbains, et les professions libérales ont la plus longue moyenne de vie, mais on n’a pas encore do statistique détaillée pour chaque pays, donnant ce qui serait très utile à savoir, un pourcentage par rapport aux nombres absolus d’individus de chaque profession à chaque âge.

d60 LES SÉLECTIONS SOCIALES

La nuptialité par professions n’a guère été étudiée qu’en Angle tei re, par le meme Dr Ogle. Les chiffres suivants sont empruntés à son mémoire On Marriage -Rates and Marriage- Ages (Journ. of R. Statistical Society of London, June 1890).

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