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PS
Ce tableau ne prouve pas la différence des populations silicicoles et calcicoles, un point qui tenait fort à cœur à Durand de Gros, mais celle des urbains et des ruraux, des lettrés et des illettrés, s’y lit de la manière la plus claire. Entre les urbains et les ruraux de Rodez, l’intervalle est d’environ trois unités, quantité énorme en soi. A Milhau, à Saint-Àffrique, où les urbains sont des illettrés, l’intervalle se réduit de moitié.
Durand venait de faire une grande découverte. Elle lui profita aussi peu que celle de l’hypnotisme. Vaincu dans la lutte pour l’existence, il renonça à la physiologie et retourna aux champs. Charcot s’est taillé une célébrité dans les dépouilles de Durand ; le reste de ses découvertes ne fut utilisé par personne en ce qui concernait l’anthropologie, l’anatomie comparée, la mécanique biologique. Pour la théorie de la différence morphologique des classes, elle devait faire un stage de vingt ans avant d’être acceptée. C’est ainsi que fut perdu pour la science un des plus puissants cerveaux de ce siècle, et que tombèrent dans l’oubli une foule d’observations remarquables, dont on constate aujourd’hui toute l’importance.
En 1881, le médecin russe Paul Jacoby mit vigoureusement en lumière dans ses Etudes sur la sélection clans ses rapports avec l'hérédité chez l'homme (Paris, Baillière, 1881), l’intensité avec laquelle sévit la sélection urbaine, et le danger dont elle menace la civilisation future, en concentrant dans les villes et en stérilisant les éléments les mieux doués, mais il ne parait pas avoir soupçonné le caractère anthropologique de cette sélection1.
L L’ouvrage de Jacoby étant depuis longtemps épuisé et fort rare, je crois utile do reproduire ce passage important pour l’histoire des doctrines sélectionnisles :
« Une autre condition que présente la population urbaine, condition
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Dans les Eléments d' Anthropologie générale de Topinard publiés en 1885 nous voyons reparaître la thèse de la différence morphologique des ruraux et des urbains, cette fois avec la
beaucoup plus importante encore, agit dans le môme sens. Tout talent, toute capacité, toute nature active, tout ce qui s’élève au-dessus du niveau commun, tout ce qui sort du vulgaire tâche nécessairement de se frayer un chemin dans la vie, d’élargir son horizon et cherche une issue de cette vie pauvre, monotone et engourdissante des campagnes. Tous les hommes, non seulement de talent, de capacité, mais simplement plus actifs, plus remuants, affluent des campagnes dans les villes, y périssent on s’y fraient réellement leur chemin, arrivent à la fortune, à une position sociale ou traînent une vie misérable et précaire, mais ne retournent dans leurs villages que dans des cas tout à fait exceptionnels. Dans l’immense majorité des cas, ils restent dans les villes, s’y marient, produisent des enfants qui seront nécessairement de beaucoup supérieurs à leurs contemporains ruraux, puisque leurs parents avaient été, pour ainsi dire, la crème, le dessus du panier de leur génération. Cette immigration systématique et continue dans les villes des hommes les plus intelligents, les plus capables et les plus actifs du pays doit évidemment contribuer encore à élever le niveau intellectuel des citadins et abaisser au contraire celui des campagnards. Les hommes intelligents, actifs, venus des campagnes dans les villes y épousent les filles des hommes les plus actifs et les plus intelligents de la génération précédente. Ainsi les villes présentent un phénomène social de la plus haute importance , c’est celui de la sélection de l’intelligence et de l'activité. Par suite de la puissance attractive qu’exercent les grands centres, toutes les forces vives du pays, tous les hommes intelligents et actifs y affluent, leurs familles s’allient entre elles et se régénèrent encore par l’immigration continuelle des meilleurs éléments de la population rurale. Le niveau intellectuel doit doue s’élever continuellement dans les villes, tandis qu’il doit baisser, et cela non relativement mais d’une façon absolue, dans les campagnes dont la population à esprit naturellement lent, engourdi, peu sollicité, est encore continuellement écrémée dans chaque génération au profit des villes. Lomme les campagnards s'allient dans l’immense majorité des cas entre eux, en envoyant dans les villes tout ce qui est plus intelligent, plus actif, le meme phénomène que nous venons de constater dans les villes a heu aussi dans les campagnes, mais en sens inverse. Il s’y établit aussi une sélection, mais c’est la sélection de l’inintelligence, de la paresse et de la lourdeur d’esprit » (p. 473-474).
véritable explication des phénomènes. « Lorsque Quételet compare les gens de la ville e't ceux de la campagne, en Belgique, et trouve que les premiers ont une taille plus élevée, il ne songe pas non plus qu’il y a deux races en Belgique, que la petite a des goûts sédentaires et agriculteurs qui la retiennent dans les campagnes, tandis que la grande, blonde et dolichocéphale, a des goûts de mouvement et d’initiative qui la poussent dans les villes » (p. 445). «... Les villes n’ont pas toutes le même pouvoir sélectif. Les unes attirent les blonds de haute taille, qu’anime l’esprit d’entreprise, les autres attirent les petits bruns: ainsi les Savoyards et les Auvergnats viennent. à Paris, et les Kabyles et M’Zabits à Alger » (p. 449, note). Topinard n’apporte aucun chiffre à l’appui de ses vues, même ceux de Durand qu’il ne pouvait ignorer, car il fait usage de son tableau pour déterminer l’indice de ce qu’il appelle les « Auvergnats », bien que l’Aveyron n’appartienne en rien à l’Auvergne.
Grand-Duché de Bade. Morphologie crânienne des urbains. —
La première publication où l’on rencontre à la fois une théorie et des chiffres est Anthropologische Untersuchungen der Wehrpflichtigen in Baden, travail publié par Ammon en 1890 et qui a commencé sa fortune scientifique. Ammon y donne les tableaux suivants :
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