LA PLACE DU BISMUTH DANS UN TRAITEMENT MIXTE
L’étude de la bismuthothérapie nous conduit aux conelusions suivantes : le bismuth est doué d’un pouvoir cicatrisant des plus actifs; à des doses judiciensement espacées les réactions générales qu’il détermine sont négligeables. Nous ajouterons encore que son maniement est commode, et qu’il réalise, pour le médecin, le traitement de tout repos. Doit on maintenant, en raison de sa grande activité et de son inocuité, l’employer exclusivement dans le traitement de la syphilis ? Non. S'il est plus actif que le mercure, il l’est moins que l’arsénobenzol. « Pour fixer lès idées, son pouvoir de blanchiement est de 7, si l’on donne 10 à l’arsenie et 4 à l’hydrargyre » (Milian). Son action tréponémicide est également plus faible. Les examens à l’ultra permettent de déceler des tréponèmes, encore mobiles, jusqu’à onze jours après la première injection. Ce fait a un intérêt prophylactique de la plus grande valeur, Il impose dans les
cures de blanchiement rapide, le médicament le plüs actif :
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l’arsenobenzol. Toutefois, le bismuth devient un adjuvant précieux dans les cures de stérilisation de la syphilis. Il doit entrer dans le plan d’un traitement mixte à côté de l’arsenic, du mercure et de l’iodure. « Préparations classiques dont l’action et le maniement sont éprouvés » (P. Chevalier).
Cependant il y a des syphilis, rebelles aux médications antérieures, qui ont été très nettement améliorées dès l’administration du bismuth. Nous voulons parler des arsenoet des hydrargyro-résistances. Ces cas particuliers imposent formellement son emploi exclusif. Il constitue alors un traitement de base et souvent ilréussit là où les autres ont échoué,
Enfin il a la réputation d’être particulièrement indiqué dans la syphilis nerveuse. Comme le prouve l’analyse chimique, il filtre au travers des méninges et imprègne le liquide céphalorachidien. Cette propriété spéciale lui afhrmerait peut-être une supériorité sur l’arsenic (1). Des observations montrent que dans certains cas les résuitats thérapeuthiques du bismuth sont très satisfaisants. Méningites secondaires, douleurs fulgurantes de la période prétabétique, lésions nerveuses récentes, non encore organisées, régressent, rapidement. Mais le tabès confirmé, la paralysie générale sont insensibles, quelle que soit l'intensité du traitement,
Laubry, Bordet et Pinard s'accordent à reconnaître ses bons effets dans la syphilis du cœur. Ils conseillent son emploi dans les aortites « comme traitement d’entretien ou
quand le mauvais état des muscles cardiaques interdit la
(1) L’arsenic n’a jamais pu être retrouvé dans le liquide céphalorachidien.'
cure arsénobenzolique >» Fournier et Guénot, du reste, avaient déjà signalé cette indication. Nous avons cependant observé uné ectasie de l’aorte, très améliorée par des doses massives de novarsenobenzol, qui a donné des symptômes alarmants dès l'emploi du bismuth.
En définitive, un fait demeure. Lorsqu'il faut agir vite, soit en prophylaxie sociale, soit en présence d’une lésion que l’on ne doit pas laisser s'organiser (hémiplégie par exemple) la médication arsenicale sera utilisée en premier ressort. Le bismuth devient un agent thérapeutique complémentaire utile. Il a sa place toute marquée dans la cure antisyphilitique mixte, régulièrement alternée, qui est la base de tout traitement sérieux. On réservera l'exclusivité de son emploi aux cas exceptionnels de résistance et d’into-
lérance à l’arsenic et au mercure,
Nous essayerons de schématiser les directives d’un traitement mixte mettant en œuvre le novarsénobenzol, le bismuth, le mercure et l'iodure. Elles sont puisées dans l’en seignement de notre maître. Avant de les indiquer, nous nous défendons de vouloir fixer une règle immuable. Nous rappelons, au contraire, que chaque cas d'espèce est susceptible d’entraîner des contre-indications formelles à une cure déterminée ; c'est dire qu’il incombe toujours au médecin de prescrire un traitement approprié à chaque malade. Seul l'examen clinique guidera la thérapeutique.
Pour faciliter notre tâche, nous supposerons deux formes courantes de syphilis, évoluant sur des sujets idéalement
nOoTrMmAUX.
a) Traitement d’attaque d’une syphilis récente à la période du chancre ou des accidents dits secondaires.
Malade idéalement normal, sans déficience apparente du système sympathique, sans tares endocriniennes, ni viscérales, pesant 60 kilogrammes. Syphilis confirmée par l’ultra où la séro-réaction.
«) Une série d’injections intra-veineuses de novarsénobenzol espacées de cinq jours. ;
Posologie. — Atteindre progressivement la dose idéale d’un centigramme et demi par kilogramme. On la répétera trois à cinq fois : 0.30, 0.45, 0.60, 0.75, 0.90, 0.90, 0.90, 0.90, 0.90.
6) Le huitième jour après la dernière piqûre, six injections intra-musculaires d'huile grise, espacées de huit jours, à la dose de 0.07 centigramnmes. (Sept divisions de la seringue de Barthélémy d’une solution d'huile grise à 40 0/0).
») Puis sans interruption, une série de novarsénobenzol identique à la nremière. On intercale cette série entre le mercure et le bismuth pour diminuer les risques d’une stomatite.
à) Sans période de repos, vingt injections de sels de bismuth (soit à 30 centigrammes tous les huit jours, soit à 20 centigrammes tous les cinq jours).
:) Dès la dernière injection, le malade prendra pendant un mois, au milieu des deux principaux repas, une cuillère à soupe de la solution suivante :
Bi-iodure de mercure. . 0.10 cgr.
fodure deK..::,. m7, 30 gr.
HOUR REA LE NE 0 00 cc.
A la fin de ce traitement d'attaque, le malade reste en observation. La séro-réaction et l’examen somatique pratiqués tous les trois mois fixeront la conduite à tenir.
b) Traitement d’une syphilis ancienne.
Ulcérations polycycliques jambe droite.
Les indications thérapeutiques et leur posologie ne varient pas ; seul, leur ordonnancement est modifié. On commencera par l'administration du mercure pour éviter des récidives par réactivation trop brusque.
z) Huit injections intra-musculaires d'huile grise espacées de huit jours à la dose de 7 centigrammes.
6) Une série de novarsénobenzol suivant les mêmes règles que précédemment.
: Y) Vingt injections de sels de bismuth à 0.30 centi-
grammes tous les jours, ou à 0.20 centigrammes tous les cinq jours.
à) Deuxième série de novarsénobenzol.
:) Iodure de K et Bi-iodure de mercure.
c) Traitement bismuthique exclusif
Résistance ou intolérance à l’arsenic et au mercure. — La cure bismuthique constitue la thérapeutique de choix.
On proportionnera les doses à deux facteurs, qui à notre avis, ne sont pas assez mis à l’évidence.
a) Au poids du malade.
b) A la teneur en principe actif du sel employé.
Pour un malade pesant 60 kilogrammes :
2) Première série de vingt injections de sels bismuthiques
(T. B.S. P. insoluble à 64 0/0 de bismuth) espacées de cinq jours à la dose de 0.20 centigrammes.
6) Dès la dernière injection le malade absorbera 60 cachets de calomel bismuth (voir la formule ci-dessous) à raison de deux par jour pendant un mois.
y) Quel que soit le résultat de la réaction de Wassermann, deuxième série de 20 injections de T. B. $S. P. à 0.30 espacées le huit jours. En aucun cas le traitement ne devra être cessé définitivement après une réaction négative.
5) Une troisième, quatrième, cinquième série d’injections seront faites à des intervalles variables, selon les indications
sérologiques, ou l’apparition de lésions nouvelles.
Association bismuth-mercure
Milian préconise l’adjonction du bismuth per os à la cure
mercurielle. Ce procédé thérapeutique peut être réalisé de
‘deux façons. à 1° Administration du bismuth seul, pour lutter contre
les troubles généraux consécutifs à des injections endoveineuses ou intra-musculaires de sels de mercure (Voir « Propriétés des sels de métaux lourds : 2° part. art. « Diarrhée »). = On prescrira un cachet quotidien de S. N. ou carbon. de bi-iodure 1 gramme pendant la durée du traitement. 2° Association directe du bismuth et du Hg en cachet, Calomel.:. HE 001 egr.
S. N. ou Carb. de Bi. 0.75 .cgr.
Pour un cachet numéro:60 ou 80.
Un cachet midi .et.soir, un quart d'heure ou une. demiheure avant le repas.
Chez les sujets corpulents ou dans le cas de syphilis rebelle, on pourra augmenter la dose de calomel, jusqu’à 0.03 ou 0.04 centigrammes pro die.
Cette formule à les mêmes indications que les pilules de Dupuytren. « La médication buccale bismutho-mercurielle, seule ou jointe aux autres, permet de poursuivre le tréponème par toutes les issues, sous une forme indéfiniment prolongée, ce qui est un grand avantage, la continuité de l'effort étant dans bien des cas la condition d’un bon résultat dans la thérapeutique anti syphilitique » (Milian).
Administré sous cette forme, le bismuth présente un double intérêt. D’une part, il évite les inconvénients (haleine forte) et les accidents dus aux sels de mercure : diarrhée, troubles gastriques, anorexie, et méme la stomatite. D'autre part, « il ajoute ses propriétés tréponémicides propres ». Enfin, l’association bismuth-mercure en cachet « omnibus » réalise un traitement discret que le malade pourra suivre
en tous lieux, sans éveiller le moindre soupçon.