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EXISTE-T-IL CHEZ LES ÉCHINODERMES

d'abord la sensibilité générale, c'est-à-dire celle dont Texistence ne correspond pas à des organes spéciaux et se trouve également répandue sur toute la surface des téguments ; nous passerons ensuite à l'étude de la structure et du rôle des organes appendiculaires qu'il est possible de considérer comme de véritables appareils tactiles.

La rudesse bien connue de la peau de tous les Échinodermes, la rigidité si grande de leur système tégumentaire; pourraient faire croire à bon droit que ces animaux sont doués d'une sensibilité tactile tout à fait obtuse. Les téguments des Crinoïdes et des Astéries paraissent insensibles à l'action des agents extérieurs ; ceux des Oursins hérissés de piquants quelquefois fort longs semblent encore davantage à l'abri des excitations; enfin les Holothuries dures, et coriaces, se montrent comme incapables dé percevoir des impressions même grossières.

Tous les naturalistes qui ont pu observer ces êtres vivants ont été cependant trompés dans leur attente. L'anatomie leur montrait des tissus en apparence grossiers ; l'observation leur a fait voir qu'ici encore il ne fallait pas se fier aux apparences, et que ces animaux, pouvaient, par la délicatesse de leur sensibilité tactile, •supporter la comparaison avec d'autres beaucoup plus élevés dans l'échelle des êtres organisés. Les zoologistes familiers avec les mœurs des animaux marins ont remarqué depuis longtemps que, si l'on vient à piquer la peau d'une Holothurie, les ambulacres voisins du point touché se déplacent et se dirigent vers le corps qui la blesse. De même, si l'on irrite les téguments d'un

Oursin, on voit les piquants situés dans le voisinage s'agiter avec rapidité et indiquer ainsi par le trouble qui se manifeste dans leurs mouvements normaux que ranimai a perçu le contact du corps qui l'atteint.

Deux naturalistes anglais, MM. Romanes et Ewart méritent surtout d'être cités. Ils ont vu que les mouvements des Oursins étaient parfaitement coordonnés. Lorsqu'on les excite, ils s'enfuient toujours suivant une ligne exactement opposée au point lésé. Si l'irritation a été double, l'animal s'échappe suivant une diagonale. L'Oursin tourne sur lui-même lorsque les points d'excitation sont multiples se retourne et reprend sa position normale quand il en estdérangé. Les Spatangues se soutiennent et se déplacent à l'aide de leurs longs piquants.

Les pédicellaires, les piquants et les ambulacres concourent aux mouvements et à la protection de l'animal. Dans leurs actions, ces appendices paraissent dirigés par une véritable coordination ; les pédicellaires et les ambulacres agissent par séries et comme pour concourir à un but commun. Ces actions réflexes locales sont conservées dans des fragments d'Oursins séparés du reste du corps ; mais l'existence du collier nerveux péribuccal est nécessaire à la coordination générale des mouvements des pédicellaires et des ambulacres.

Plusieurs zoologistes, à la suite de ces observations ou après des observations semblables, mais antérieures à celles que je viens de rappeler, avaient supposé l'existence d'éléments nerveux sensitifs dans la peau des Echinodermes. Des recherches attentives et des méthodes histologiques perfectionnées étaient nécessaires pour que l'anatomie puisse venir confirmer les données de la

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physiologie. Ces recherches ont été faites dans ces dernières années, surtout par Kœhler, par Hamann, Semon, et Tauteur de ce livre. Les résultats les plus concluants ont été obtenus sur les Oursins et les Holothuries, et tous les observateurs sont d'accord pour admettre l'existence dans répaisseur de la couche conjonctive des téguments d'un plexus nerveux fort riche. Ce plexus nerveux émerge des gros nerfs ambulacraires, pénètre dans répaisseur de la peau et se divise pour aller distribuer des fibres, les unes aux petits éléments musculaires qui meuvent les piquants, les autres aux ambulacres; les autres enfin se bifurquent en rameaux de plus en plus délicats qui se répandent en plexus au-dessous de la couche épidermique. Cette disposition est difficile à voir chez les Oursins et chez les Holothuries riches en corpuscules calcaires, telles que celles qui appartiennent au genre Cucumaria, mais elle apparaît avec la grande netteté chez les autres représentants de cette dernière classe ; elle est surtout très évidente dans le genre Siichopus, Chez ces animaux, après l'action de Tacide osmique qui agit sur leurs téguments comme un réactif à la fois fixateur et colorant, on trouve dans l'épaisseur de la couche conjonctive, des faisceaux de fibres nerveuses qui tranchent par leur coloration brune sur la teinte rose générale des éléments conjonctifs du derme. Ces nerfs émanent des nerfs ambulacraires et pénètrent dans l'épaisseur de la peau en donnant naissance à des rameaux plus petits qui vont se distribuer en réseaux , lorsqu'ils arrivent dans la région tout à fait superficielle des téguments, là où le tissu conjonctif est moins dense et n'est plus représenté que par quelques minces fais-

ceaux ; ils se réduisent en leurs éléments constitutifs, c'est-à-dire en fibres nerveuses très délicates, fort minces et protégées seulement par quelques granulations pigmentairesou graisseuses. Un point fort intéressant, mais difficile à éclaircir et resté par conséquent un peu incertain, est celui des rapports qu'affectent ces extrémités nerveuses avec Tépithélium-ll m'a toujours semblé que le plexus nerveux sous-épithélial se terminait sans pénétrer dans Tépiderme. Hamann paraît avoir été plus heureux dans ses recherches, et il a décrit chez les Synaptes des groupes de cellules sensitives en bâtonnet situés sur la région basilaire des tentacules. Ces boutons sensitifs rappellent parleur forme les corps cyathiformes des Poissons et peut-être remplissent-ils des fonctions sensitives multiples. Des nerfs cutanés ayant une disposition semblable, ont été trouvés et décrits chez les Echinides ; ils vont se distribuer aux muscles des piquants et innerver les ambulacres.

Nous voyons donc que la peau des Echinodermes est loin d'être dépourvue d'éléments nerveux ; il n'est donc pas étonnant que ces animaux possèdent des téguments susceptibles de percevoir les modifications extérieures. Sans doute, il est impossible de dire la nature exacte des sensations que cette structure leur permet d'apprécier; mais ce que nous pouvons déjà affirmer, c'est qu'ils sont suffisamment pourvus pour saisir des impressions de contact et sans doute aussi des modificationsde température. Nous allons voir d'ailleurs qu'ils possèdent des appendices que l'on doit alors considérer comme des organes d'un toucher plus actif

Sensibilité tactile spéciale des organes appendiculaires. —

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