LES APPENDICES SENSITIFS
Toutes les personnes qui ont observé des Étoiles de mer, des Holothuries ou des Oursins vivants ont remarqué que ces animaux faisaient saillir de la face ventrale de leurs bras, ou de régions spéciales désignées sous le nom de zones ambulacraires, des sortes de tubes brunâtres chez les Oursins, d'une teinte plus claire chez les Astéries. L'animal projette ces petits organes et semble chercher à apprécier le milieu dans lequel il se trouve ; il les balance ainsi avec hésitation et s*il rencontre l'extrémité d'un corps solide, tel que caillou, feuille de Zostère ou parois du bassin dans lequel il vit, il y applique l'extrémité d'un de ces appendices et s'y fixe très solidement. Cette première variété d'organes appendiculaires est désignée sous le nom de pied ambulacraire ou sous la dénomination plus courte et plus simple d'ambulacre.
Les animaux que nous étudions actuellement possèdent encore autour de l'ouverture buccale des organes morphologiquement semblables, construits sur le même type, mais dont les fonctions sont différentes. Tandis que les ambulacres sont surtout affectés à la locomotion et ne remplissent que d'une manière secondaire le rôle d'un organe du toucher, les appendices péribuccaux sont au contraire incapables de servir à la marche et doivent être considérés comme des formations appendiculaires chargées d'apprécier par le tact, le nature des corps que l'animal introduit dans sa cavité buccale. Les Holothuries surtout celle du genre Cuctmaria sont remarquables par la beauté de ces appendices. Ces êtres peuvent étendre fort loin leurs arborisations terminales, et toucher à la fois une surface étendue. Ces formations méritent
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un nom spécial : nous les décrirons sous le nom de tentacules.
Enfin, on rencontre encore à la surface des téguments des Oursins et des Astéries des organes remarquables par leur petite taille, par la bizarrerie et la multiplicité de leur forme. Ces appendices que Ton connaît sous le nom de pédicellaires ont été l'objet de bien des interprétations. Des recherches récentes permettent seules de les considérer comme jouant un rôle dans les fonctions de relation et de les admettre au rang de cts organes des sens à rôle peut-être mixte si fréquent chez les Invertébrés.
Âmbulacres, — Ainsi qu'on vient de le voir, ces appareils servent surtout à la locomotion, mais il est facile de remarquer que Tanimal en même temps qu'il se sert de ses bras ambulacraires pourse déplacer, peut apprécier la nature du corps sur lequel il se fixe ; on ne saurait admettre en effet qu'il ne perçoit pas le contact des corps à la surface desquels il applique ses ambulacres, de plus il suffit de voir la rapidité avec laquelle un Oursin rétracte un de ces appendices lorsqu'on vient à le piquer pour être convaincu que les ambulacres sont des organes pouvant exercer les fonctions tactiles d'une manière fort délicate. L'étude de leur structure va d'ailleurs nous le prouver.
Chaque ambulacre est comparable à un petit tube cylindrique dont la base qui se confond avec les téguments est une dépendance directe de cette partie du système circulatoire qui est connue sous le nom d'appareil aquifère, tandis que l'extrémité libre brusquement tronquée est fermée par une sorte de disque légèrement creusé en ventouse. Nous avons ainsi à étudier la
LES AMBULACRES 6l
tige OU les parois du tube ambulacraire et le disque terminai. Les parois du tube ambulacraire offrent un intérêt médiocre; il faut cependant connaître la structure de cette partie de Tambulacre pour apprécier toutes ses propriétés physiologiques.
Les parois du tube ambulacraire présentent les assises successives suivantes lorsqu'on les étudie de dehors en dedans. Nous notons d*abord une couche épithéliale à cellules cylindriques dont les parois sont délicates et mal délimitées. Cet épiderme repose sur une gaine conjonctive qu'il est possible de décomposer en deux zones secondaires, une externe formée surtout par des cellules et renfermant les corpuscules calcaires, et une interne où le tissu connectif est devenu plus dense et possède de nombreux faisceaux. La gaine conjonctive est limitée sur sa face interne par une membrane élastique ayant les caractères et Taspect des basales des Vertébrés. Cette membrane sans structure apparente est plissée lorsqu'on l'examine sur une coupe longitudinale de l'ambulacre; ces plis ou ondulations sont évidemment causés par la contraction des fibres musculaires de l'organe qui est souvent examiné dans un état de contraction plus ou moins grand suivant le réactif fixateur que l'on aura employé. Au-dessous de cet étui élastique on trouve encore sur les coupes une assise de fibres musculaires longitudinales dont l'existence est utile à constater parce qu'elle explique la rétractibilité rapide et presque complète de ces petits organes. Enfin nous devons encore signaler une mince couche de cellules plates recouvrant comme d'un vernis la face interne du tube ambulacraire. Ces petits organes sont parcourus cha-
cun par un Tilet nerveux qui va se distribuer à la ventouse terminale.
Tous les anfîbulacres se terminent, ainsi que je viens de le dire, par une sorte de disque susceptible d'adhérer aux corps, sur lesquels les Échinodermes se déplacent, par un mécanisme sans doute analogue à celui des ventouses. Ces appareils se fixent si solidement que si Ton vient à arracher certains de ces animaux, une Astérie par exemple, de la paroi du vase le long duquel elle grimpe, on voit que beaucoup de ces organes se rompent et restent appliqués au corps auquel ils adhéraient. Cette ventouse terminale se compose essentiellement d'une couche conjonctive renfermant des corpuscules calcaires soudés en rosette et d'un revêtement épithélîal dont les éléments fort nombreux et disposés en couche épaisse sont quelquefois réunis en groupes simulant des descœcums glandulaires placés entre les prolongements conjonctifs de la couche sous-jacente. Au sein du revêtement épithélial on distingue une zone remarquable par sa coloration brune après l'action de l'acide osmique; cette assise correspond à des éléments nerveux qui sont eux-mêmes une émanation du nerf de l'ambulacre. Nous pouvons donc démontrer à l'extrémité de ces organes appendiculaires des fibres nerveuses formant un véritable plexus dans l'épaisseur de l'épithélium. 11 nous reste à voir si ces cellules épithéliales présentent les caractères habituels des éléments sensitifs des Invertébrés, et ensuite si elles sont en continuité avec des fibrilles nerveuses. Lorsqu'on sépare ces éléments épithéliaux par la dissociation on voit sans peine qu'ils sont si minces et si déliés qu'on les prendrait facilement