‹ Les sens cnez les animaux inférieursChapitre 31 sur 78 · POILS TACTILES DES CRUSTACES · texte numérisé non relu

POILS TACTILES DES CRUSTACES

Ces antennes sont couvertes de poils sensitifs qui sont surtout nombreux au niveau de l'articulation des différents articles ; leur morphologie est connue, mais leur structure intime pourrait, il nous semble, faire l'objet de nouveaux travaux.

Leydig a cependant décrit, il y a longtemps déjà, la disposition de ces petits appareils terminaux chez les Branchipes. Sur le thorax et l'abdomen de ces petits Crustacés, on distingue des poils de couleur claire dont la base est environnée par une couche de petites cellules arrondies qui n'existent que là. Les nerfs cutanés se dirigent vers ces poils, mais traversent auparavant un renflement fusiforme qui n'est sans doute autre chose qu'un petit ganglion; ces filets nerveux vont ensuite se perdre définitivement dans la couche de cellules situées à la base du poil. Chez quelques Daphnidées et en particulier chez le Polyphemus monoculus, le même histologiste a décrit des formations particulières qu'il désigne sous le nom de saillies tentaculoïdes. Cette description de Leydig déjà ancienne ne laisse aucune incertitude sur le rôle important que les poils jouent chez les Crustacés comme organes sensitifs terminaux. Dans un mémoire plus récent, le même auteur revient sur la structure de ces poils tactiles ; il fait remarquer qu'ils se modifient légèrement suivant que les animaux qui les portent ont un habitat aquatique ou terrestre, que, chez les Crustacés, leur revêtement chitineux est plus mince à la base qu'au sommet. La substance qui y est contenue lui paraît homologue à un cylindre axe nu. Il insiste avec raison sur la difficulté de distinguer les soies gustatives et olfactives des soies tactiles et

auditives; il fait remarquer qu'il existe entre elles toutes les transitions.

Arachnides. — Preuves de Vexistence d^un toucher très délicat che^ les Araignées. — Ces animaux sont peutêtre de tous les Arthropodes ceux qui sont le mieux doués au point de vue du sens du toucher. Nous ne saurions mieux que M. le professeur Forel exposer les observations qu'il a faites sur ce sujet et qu'il a résumées, dans un de ses derniers mémoires ; aussi prenons^nous la liberté de citer le texte même de l'auteur.

« Je crois que c'est à tort qu'on a doué les Araignées d'une ouïe fine. On a confondu avec la sensation des ébranlements mécaniques. Il faut avoir soin quand on les observe, comme quand on observe les Insectes en général, de les protéger contre l'haleine de l'observateur en mettant la main ou quoi que ce soit devant le nez ou la bouche. Si, en outre, on évite avec le plus grand soin les ébranlements de l'air et des parois en ouvrant doucement les portes et en marchant prudemment, on verra qu'on peut faire un concert infernal dans une chambre remplie d'Araignées, sans que ces animaux donnent le moindre signe d'attention. Mais il faut demeurer immobile afin d'éviter qu'elles ne voient de grands mouvements et ne pas agiter l'air en remuant trop l'instrument musical. Je n'ai pour ma part jamais pu remarquer le sens musical dont on a tant doué les Araignées.

« Qu'on s'amuse, par contre, à nourrir les Araignées en jetant divers Insectes dans leurs filets. Qu'on les observe lorsqu'elles filent leur toile ou lorsqu'elles passent d'un arbre à l'autre à travers les airs, en se laissant

SENSIBILIJÉ TACTILE DES ARAIGNEES IO3

d'abord suspendre à un fil (elles se laissent tomber en filant), puis en lançant par leurs autres glandes à soie une boucle de fil que le zéphir promène doucement dans l'espace, tandis qu'elles continuent à la filer. Cette boucle peut s'étendre à plusieurs mètres malgré sa finesse extrême. L'Araignée demeure immobile, les pattes étendues, suspendue en Tair par un fil et filant sa boucle à côté. Tout à coup, sans que nous voyions rien, elle se contracte, attrape la base de sa boucle avec ses pattes, et se met à la retirer rapidement à elle par leur mouvement alternatif. C'est qu'elle vient de sentir que l'extrémité de cette boucle a touché quelque chose à plusieurs mètres de distance. Ce quelque chose est le rameau d'un autre arbre auquel la boucle s'est prise. Tandis que l'Araignée enroule la base de la boucle avec ses pattes, la boucle se raccourcit peu à peu, se tend, devient un fil fixé au rameau de l'autre arbre, et notre acrobate a bientôt passé ainsi d'un arbre à l'autre à travers l'air.

« Qu'on jette des Insectes très divers dans les toiles des Araignées, et l'on verra bientôt qu'à leur choc, à la tension plus ou moins forte des fils, elles distinguent sans les voir s'ils sont gros ou petits, lourds ou légers, et qu'elle perçoit tous leurs mouvements. 11 m'a même paru qu'elles distinguent les Hyménoptères des Diptères, car tandis qu'elles sont très circonspectes avec les premiers, elles se jettent sur les seconds sans la moindre retenue, ni la moindre prudence. Or, sous le même volume, les Hyménoptères sont plus lourds que les Diptères, et leurs mouvements, tant de^ ailes que du corps, sont tout différents.

« Dès que l'Araignée sent la moindre secousse imprévue de sa toile, elle tressaille. Les unes (Epeira) saisissent alors fortement leur toile, la secouent même souvent ; on voit qu'elles guettent ou veulent provoquer les secousses produites par la prise. Ce sont toujours les mouvements de l'Insecte qui s*est pris, qui la guident. C'est à chacun d'eux qu'elle avance et reconnaît dans quelle direction se trouve sa proie. D'autres Araignées, celles des angles des murs par exemple ne secouent pas leur toile, mais se contentent de se guider par les mouvements de l'Insecte qui se débat. Tant que celui-ci demeure tranquille, l'Araignée attend en général et ne bouge pas. Lorsque l'ébranlement est trop fort, produit par un être trop gros, les Araignées se sauvent ou restent coites; ou bien elles vont couper leurs fils pour faire tomber cet animal dangereux. Je leur ai vu faire cela aussi pour de petits Insectes: ainsi pour les Fourmis, dont beaucoup d'Araignées ont très peur, dès qu'elles les ont reconnues à leurs mouvements. Mais même lorsqu'un très petit Insecte dur, ainsi un petit Charançon, vient se prendre aux fils de quelque grosse Araignée, celle-ci ne l'ignore pas toujours: elle va parfois vers lui, le détaché de la toile et le jette.

« Eh bien, quiconque observe avec soin les Araignées dans ces actes si divers, verra que ce sont les ébranlements mécaniques de leurs fils, les tensions, les résistances qui les dirigent et non point l'odorat. Leur vue est extrêmement diffuse : elles ne voient guère que les mouvements et travaillent dans l'obscurité complète aussi bien que de jour. Dugès a nommé le phénomène dont nous avons parlé une fausse audition consistant

ORGANES bu TOUCHER DES MYRIAPODES 10^

dans la perception d'ébranlements mécaniques par tout le corps K »

Les lignes précédentes montrent bien le rôle important du sens tactile dans la vie des Araignées. Nous ne doutons pas que cette fonction soit, ici encore, localisée dans les poils qui recouvrent souvent les membres de ces animaux ; il n'existe pas de description récente nous faisant connaître leur structure intime.

Ces poils tactiles semblent répandus chez tous les types de cette classe. Haller en a décrit chez les Acariens à vie aquatique. Sur la face postérieure et interne des palpes, cet auteur a trouvé des soies fort nombreuses chez les représentants de la famille des Hydrachnes ; ils se rencontrent chez quelques Oribatides au-dessus du corps entier, et sur les extrémités dans le genre Atax. Les uns sont en forme de lancette, les autres avec une extrémité en crochet. Tous deux sont en relation avec une fibre nerveuse. De plus, les animaux de cette catégorie présentent à l'extrémité antérieure du corps, au niveau de l'insertion de la première paire de pattes, des poils dits antenniformes mobiles et insérés sur une petite éminence leur constituant une sorte de douille. Ces longs poils ont, pour Tauteur que je cite, des fonctions simplement tactiles.

Myriapodes. — A l'exemple des représentants des classes voisines, les Myriapodes possèdent une sensibilité tactile générale qui, chez la Scolopendre, d'après une observation récente de Plateau, serait surtout manifeste au niveau de la membrane arthrodiale des

4 Forci, Recueil :(Oologique suisse, t. IV, n' 2.

flancs. 11 suffirait de toucher légèrement cette région pour mettre l'animal en fureur.

La sensibilité tactile semble aussi fort développée dans les antennes, bien que nous ne connaissions pas d'expériences précises à cet égard. Butschli, dans une note préliminaire, a décrit récemment la structure des antennes des Chilognathes. 11 a trouvé dans ces organes des appendices en forme de poils qui rappellent les cylindres appelés olfactifs des Insectes, récemment décrits par Hauser. Cette fonction probable nous engage à renvoyer leur description à un autre chapitre.

Zazepin et Roth ont exarr\iné aussi les particularités anatomiques que présentent les antennes de ces animaux. Le dernier de ces auteurs n'émet aucune opinion sur les fonctions exactes des appareils nerveux terminaux qu'il décrit. 11 examine successivement les organes sensitifs des antennes et ceux de la lèvre inférieure. Dans les antennes, il décrit d'abord des prolongements coniques placés au niveau de la dernière articulation. Ces saillies reçoivent des fibres du nerf antennaire qui traversent auparavant un ganglion. 11 a rencontré aussi des élevures plus courtes, en forme de boutons, disposées également avec les antennes, munies chacune d'un ganglion nerveux qui repose sur l'hypoderme et s'y enfonce. Le bord antérieur de la lèvre inférieure offre habituellement deux cylindres chitineux en forme de coupe. Le plancher de la coupe, formé d'une membrane un peu mince, supporte un grand nombre de cônes percés à leurs sommets. Ces cônes sont plus petits, plus longs et beaucoup plus minces que ceux des antennes : ils reçoivent des nerfs qui émanent du

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