‹ Les sens cnez les animaux inférieursChapitre 36 sur 78 · INNERVATION CUTANEE DES MOLLUSQUES II · texte numérisé non relu

INNERVATION CUTANEE DES MOLLUSQUES II

dans cette classe offrent des signes non douteux de sensibilité tactile. Cette faculté est surtout évidente chez les formes errantes, mais elle -apparaît aussi fort nettement chez les types qui vivent fixés sur les rochers. Ces animaux perçoivent bien les moindres chocs reçus par Teurs coquilles, mais les bords de leurs manteaux qui se montrent souvent entre leurs valves entrebaillées paraissent surtout destinés à Taccomplissement de cette fonction. Souvent ces bords palléaux sont frangés ou divisés en longs lambeaux tentaculiformes comme chez les Peignes et les Limes ; quelquefois ce manteau se soude en ne laissant libres que deux orifices qui se prolongent même, au delà du bord palléal, en deux siphons. La sensibilité cutanée est surtout grande au niveau de ces différents appendices et il suffit de toucher légèrement cette partie du manteau pour que l'animal réagisse en rapprochant ses valves.

La structure et Tinnervation des téguments de ces êtres nous ont été dévoilées par les recherches de plusieurs anatomistes, parmi lesquels on peut citer Flemming, Boll et Vialleton^ Les observations de ce dernier ont porté surtout sur les genres Unio et Anodonte, Il a vu que la partie du manteau située en dedans de l'impression palléale est constituée par une lame de tissu conjonctif, riche en vaisseaux et en nerfs et recouverte sur chaque face par un épithélium à un seul rang de cellules. Les préparations au chlorure d'or et les coupes transversales lui ont montré que les nerfs sont spécialement distribués dans deux plans situés à peu de distance

* Comptes rendus de l'Institut.

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au-dessous de répithélium. Ces fibres nerveuses se croisent en formant des mailles irrégulières et les deux plans nerveux ne constituent en réalité qu'un seul plexus. Ces réseaux en se divisant et s*anastomosant de nouveau finissent par former un plexus sousépithélial.

Ce plexus comparable à celui de la cornée des Mammifères représente un appareil nerveux très délicat qui, étroitement appliqué en dedans de la coquille, peut recevoir les ébranlements communiqués à cette dernière et en transmettre l'impression à l'animal. Cette disposition existe chez tous les Lamellibranches.

Les recherches de Flemming montrent de plus que ce plexus nerveux est en relation chez la Moule avec des cellules épithéliales qui, par leur forme en bâtonnet et les cils qui les garnissent peuvent être considérées comme des éléments spécialement sensitifs (fig. 12).

Un épithélium sensitif analogue a été rencontré par Drostchez le Cardium eduk. Enfin, Thiele a examiné récemment les deux papilles jaunes que l'on trouve près des saillies anales d'une Arche. Il remarque qu'elles sont entièrement couvertes de longues soies immobiles et que, en section transversale, leur épithélium a une ressemblance étroite avec les organes latéraux de l'abdomen décrits par Eisig chez les Capitelles. L'auteur propose de désigner cts formations sous le nom d'organes sensitifs abdomitiaux. Ils sont innervés par un nerf qui prend ses branches du rameau médian qui s'étend en arrière du ganglion viscéral ; près cet organe existe un petit ganglion d'où les fibres nerveuses dissociées se rendent aux cellules sensitives. L'auteur a

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trouvé des corps sensitifs semblables chez les Peignes, les Avicules et les Huîtres : ils se distinguent des organes décrits par Eisig par leur défaut de rétractilité.

Le pied des Lamellibranches semble aussi capable de fonctionner comme organe du toucher. Moquin-Tandon a fait remarquer depuis longtemps que les Anodontes pouvaient à l'aide de ces organes apprécier certaines qualités des corps qui les entourent.

Je signalerai encore les palpes ou lobes buccaux dont le rôle est peut-être multiple.

Fie. 1 2. — Coupe des téguments du manteau de la Moule. — ^, Grosses cellules sous-jacentes à l'épiderme. — m. Faisceau de fibres musculaires. — fiy Fibres nerveuses se terminant dans les bâtonnets compris entre les cellules ciliées et l'épiderme. {D'après Flemming).

Gastéropodes. — Les téguments de ces Mollusques sont constitués comme ceux des Lamellibranches par une couche dermo-musculaire recouverte d'une assise de cellules épithéliales. Dans l'épaisseur du manteau, on trouve encore de nombreuses fibres nerveuses disposées

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en plexus et, parmi les éléments épithéliaux,Flemming a rencontré ici encore ces cellules en bâtonnets munis de cils tactiles.

On croyait autrefois que le sens du toucher était surtout localisé dans les tentacules qui garnissent la tête de ces animaux, mais il suffit d'observer un Gastéropode quelconque pour voir que si ces appendices sont très sensibles au contact, ils ne sauraient cependant être

FiG. 13. — Coupe des téguments de l'Hélice vigneronne. — c, Cellules cylindriques de l'épiderme, — *, Bâtonnets à la base desquels se terminent les fibrilles nerveuses. — m^ Fais;eaux musculaires. — ^^ Cellules ovoïdes. (D'après Flemming).

considérés comme des organes tactiles, l'animal les rétracte, en effet, à la moindre impression de cette nature et ne s'en sert pas pour palper. Lorsqu'on saura d'ailleurs que ces tentacules portent les yeux et qu'ils servent aussi à l'olfaction, on admettra avec moins de difficulté qu'ils ne sauraient être considérés comme organes du toucher.

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Nous croyons plutôt que chez les Gastéropodes le sens du tact s'exerce indiflféremment par toute la surface cutanée. Lorsqu'on observe un Colimaçon, on voit fort bien que l'animal se dirige en dardant ses tentacules dans toutes les directions, pendant qu'avec le bord antérieur de son pied il est sans doute capable d'apprécier certaines particularités du sol sur lequel il se déplace, mais on ne saurait vraiment considérer cet organe comme appartenant spécialement au sens du toucher. Si, tandis que l'animal progresse ainsi, on pique légèrement une région quelconque de son corps, on voit qu'il sent ce contact aussi bien que la région antérieure qui est considérée comme étant chargée particulièrement de cette fonction. Il est donc impossible de décrire chez ces Mollusques des organes spéciaux du toucher; nous devons croire plutôt que chez eux cette fonction se confond avec la sensibilité des téguments généraux qui est fort développée chez ces êtres et répandue à peu près également partout (fîg. 13).

Céphalopodes. — L'opinion que nous venons d'exprimer au sujet du toucher chez les Gastéropodes pourrait être soutenue de nouveau à propos des Poulpes et des Seiches. Sans doute, les bras qui sont disposés autour de la bouche de ces Mollusques doivent, à cause de leur longueur, de leur flexibilité et de leur riche innervation, être considérés comme des régions des téguments peut-être plus sensibles que les autres, mais nous n'y rencontrons aucune terminaison nerveuse spéciale qui puisse nous autoriser à les admettre au rang d'organes spéciaux du toucher. Une sensibilité tactile trop délicate serait d'ailleurs en opposition avec leur fonction princi-

pale : on sait, en effet, que ces bras ont surtout le rôle de saisir et d'immobiliser la proie.

TUNICIERS. — L'évolution des Ascidies permet aujourd'hui de détacher complètement ces animaux des Mollusques et de les considérer comme appartenant à un type spécial. La plupart des êtres qui font partie de cet embranchement soi)t remarquables par une enveloppe tégumentaire dure et coriace, hérissée d'aspérités. Revêtus par cet épais manteau, ces Invertébrés ne sont en rapport avec l'extérieur que par deux orifices servant à la fois aux fonctions de la respiration et de la digestion. Ces ouvertures qui portent quelquefois le nom de siphons, par analogie avec ce qui existe chez les Lamellibranches, sont bordées par un tissu plus délicat dans l'épaisseur duquel on a trouvé de nombreux filets nerveux; mais les recherches les plus récentes, celles de M. Roule par exemple, n'ont pas réussi à démontrer parmi les cellules épithéliales des éléments spécialement sensitifs.

Ces êtres ne sont pas cependant insensibles aux contacts : lorsqu'ils sont étalés et que leurs orifices respiratoires sont béants, un choc même léger suffit pour qu'ils rétractent immédiatement leurs siphons. Certaines espèces telles que les Salpes qui mènent une vie pélagique doivent être mieux pourvues que les autres et possèdent sans doute des moyens de perception semblables à ceux que nous venons de décrire chez les autres Invertébrés.

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