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LE GOUT CHEZ LES ORTIES DE MER

pitre que ces indices de sensibilité spéciale correspondent au sens du goût. Mais il est bien évident qu'il ne faut pas songer à déterminer quelle est la région du corps de ces animaux qui sert à cette perception. Nous pensons même qu'il n'existe pas de terminaison nerveuse particulière à Taccom plissement de cette fonction ; les cellules à bâtonnet munies de cils rigides qui servent au toucher doivent servir aussi à la perception des modifications chimiques et peuvent être ainsi considérées comme des éléments sensitifs terminaux présidant à la fois au tact et à la gustation.

ECHINODERMES. — Cest en vain que Ton s'efforcerait de trouver chez ces êtres des manifestations nettes de l'existence du goût. Le peu de choix qu'ils montrent dans leur alimentation suffirait pour leur faire refuser complètement la faculté d'apprécier les qualités des substances qu'ils introduisent dans leur tube digestif. On sait, en effet, que les Oursins, les Étoiles de mer, les Holothuries avalent indistinctement des petits Mollusques, des débris organiques variés et enfin de la vase.

Quelques auteurs ont cependant remarqué les analogies de structure que présentent certaines terminaisons nerveuses sensitives de ces animaux avec les boutons gustatifs des animaux supérieurs. Cette ressemblance est indiquée par Hamann à propos des organes sensitifs des pédicellaires des Spbœrechinus granularis (fig. 6). Les groupes de cellules en bâtonnet que le même auteur a décrites sur les tentacules des Synaptes présentent

des ressemblances au moins aussi remarquables. Cependant comme il n'existe aucune expérience permettant de considérer ces petits appareils comme servant à la gustation, ce n'est que^ous forme d'hypothèse que l'on peut émettre l'opinion qu'il sont utiles à percevoir des modifications du milieu ambiant analogues à celles que nous rapportons chez nous au sens du goût.

VERS. — Nous manquons encore ici d'observations physiologiques exactes. Nous avons laissé cependant de côté, en étudiant le toucher chez ces animaux, un certain nombre d'organes dont quelques-uns que nous allons décrire appartiennent peut-être au sens du goût.

TuRBELLARiÉES. On ne saurait rechercher un sens du goût chez les formes parasites de cette classe. Même chez les plupart des types à vie irritante conime les Turbellariées rhabdocœles et dendrocœles, si le sens du goût existe, ses terminaisons nerveuses ne peuvent être distinguées de celles du toucher.

Les Nemertes seuls possèdent deux enfoncements symétriques, situés au niveau de la région céphalique, qui ne sauraient être assimilés à des organes du toucher et qui appartiennent peut-être au sens du goût. Ces organes portent des noms différents; on les désigne tantôt sous la dénomination de sacs céphaliques, tantôt sous celui de fossettes ciliées ou d^organes latéraux (fîg. 14). Presque tous les auteurs qui se sont occupés de l'anatomie des Nemertes ont signalé leur existence et les ont étudiés plus ou moins attentivement. Ces organes latéraux se montrent à des états de développement fort

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diflFérents qui ont été étudiés avec soin par Hubrecht

Fie. 14. — Portion antérieure du corps d'une Borlasie. — a, Orifice buccal.

bb^ Fossettes céphaliques ciliées. — Cc% Lobes du cerveau réunis par une

bandelette sous -œsophagienne. — i, Troncs nerveux longitudinaux. — ««, Nerfs céphaliques. — ff, Yeux. — f^gg. Anse vasculaire céphalique. — //, Vaisseau médio-dorsal, se bifurquant pour donner les branches AA, qui entourent le cerveau, et viennent se réunir en bb aux vaisseaux latéraux. -— ffiM, Diaphragme horizontal formant le canal propre de la première portion de la trompe. — ooyttn^ Ovaires ou testicules.

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dans une série de types européens et exotiques. L'état le plus inférieur est celui que présente le genre Carinella, chez lequel l'épiderme montre un pli transverse peu profond qui est interrompu au milieu du dos. Ce pli est cilié, les coupes ne montrent aucune complication de structure, seulement la distance entre les cellules nerveuses et la surface ciliée du corps est diminuée. Chez une autre espèce du même genre, on trouve, au lieu d'une seule rainure, une série de sillons parallèles placés perpendiculairement par rapport à un sillon transverse plus large et confluent à lui. Au milieu de ce sillon transverse on trouve une petite ouverture conduisant dans un canal cilié; ce canal pénètre le tissu ectodermique et entre immédiatement au milieu de cellules ganglionnaires du cerveau, où il paraît se terminer en cul-de-sac. Une autre modification se rencontre chez le genre Polia. Extérieurement, Torgane ressemble au précédent, mais les coupes montrent qu'ici le conduit vibratile pénètre au milieu de cellules nerveuses en décrivant une double courbure et en se terminant dans une sorte de renflement plus ou moins grand. Hubrecht fait remarquer que l'extrémité centrale de ce canal s'enfonce dans un petit amas de cellules chargées d'hémoglobine qui sont en rapport avecla partie postérieure du cerveau. Ces relations lui paraissent suffisantes pour qu'il soit considérer ces organes comme servant à la

neden avait considéré ces sacs céphaliques partenant au système excréteur; d'autres les es comme homologues des organes segmeners annelés; enfin, quelques auteurs, et entre

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autres Rathke, ont admis ces fossettes vibratiles parmi les organes sensitifs. Cette opinion est partagée par un grand nombre de naturalistes et par Devoletzky qui s'est occupé dernièrement de cette question. Cet anatomiste a étudié les organes latéraux des Schizonemertes, surtout ceux du Terebratulus fasciolatus et aussi ceux des genres Drepanophorus et Carinella. 11 pense que ces formations existent dans tous les genres et que lorsqu'elles manquent chez l'adulte elles ont existé au début de la vie. 11 décrit les différentes formes que ces appareils peuvent présenter et les compare avec les organes semblables qui existent dans d'autres groupes du règne animal et, considérant surtout les animaux qui vivent dans l'eau, et en particulier les Mollusques et les Annélides, cet auteur conclut en disant que les organes latéraux ont sans doute des fonctions auditives ou tactiles. Mais il fait remarquer qu'ils peuvent servir aussi à l'olfaction ou au goût : l'eau ou l'air humide dans lequel vivent ces animaux constituant un milieu très favorable au transport des stimulants chimiques.

On voit qu'à défaut d'expériences précises très diflTiciles ou même impossibles à réaliser, l'auteur n'affirme aucune de ces fonctions indépendamment des autres.

Si nous essayons maintenant d'examiner ces différentes opinions, nous allons voir qu'il en est quelquesunes qui paraissent difficiles à soutenir. L'interprétation d'Hubrecht repose sur la présence de cellules à hémoglobine en rapport avec ces fossettes ciliées. Ce fait a certainement une valeur ; mais si nous comparons ce prétendu appareil respiratoire avec les organes analogues de la plupart des Invertébrés nous voyons qu'il

offre des caractères bien différents. On ne saurait en effet considérer un étroit canal en cul-de-sac ou une fossette ciliée comme une région ectodermique au niveau de laquelle l'eau se renouvellera plus facilement qu'ailleurs; nous savons cependant que c'est là une condition nécessaire au fonctionnement des appareils respiratoires des animaux à vie aquatique. Le rôle de ces organes dans les fonctions d'excrétion nous paraît encore solliciter une démonstration. Des trois opinions que nous avons signalées, il ne nous en reste plus qu'une seule à examiner celle qui tend à voir dans les organes céphaliques des appareils sensitifs dont la nature reste à déterminer.

Nous pouvons d'abord éliminer sans peine ces fossettes des organes de la vue et de l'ouïe; il ne nous reste plus qu'à examiner s'il est permis de les rattacher au toucher, au goût ou à l'odorat. Nous avons vu dans le chapitre précédent que les organes du toucher des Vers sont presque toujours situés sur des appendices, tels que les tentacules, les cirres, qui sont des parties saillantes plus exposées aux contacts que le reste des téguments et surtout que des régions creusées en fossettes. Si les organes latéraux des Nemertes servaient au toucher, ils feraient exception à une règle qui peut passer pour générale. Nous voyons au contraire que les sens du goût et de l'olfaction sont souvent abrités dans des plis, dans des enfoncements où il semble que les particules susceptibles d'impressionner ces sens sont recueillies. On peut dire que les fossettes cilicées des Nemertes présentent des conditions favorables à l'exercice d'un sens analogue à ceux du goût ou de l'olfaction.

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