‹ Les sens cnez les animaux inférieursChapitre 41 sur 78 · GOUT · texte numérisé non relu

GOUT

On voit par ce qui précède que le sens du goût •existe fort net et bien développé chez les Insectes et que son siège à peu près certain se trouve placé, ici comme chez les animaux supérieurs à vie aérienne à Torifice, du tube digestif.

MOLLUSQJJES. — On sait que certains des animaux compris dans cette classe manifestent fort nettement le pouvoir de faire un certain choix dans leur alimentation. D'autres au contraire semblent tout à fait indifférents et avalent indistinctement la vase et les corps alimentaires qui arrivent à leur portée.

Nous ne suivrons pas l'exemple de quelques naturalistes qui admettent que le sens du goût ne saurait exister que dans la langue et qui s'efforcent de trouver dans cet organe chez les Mollusques des traces de sa présence.

La langue des Mollusques est tout à fait impropre à l'exercice du sens du goût; elle est dure, chitineuse et couverte de nombreuses saillies qui la transforment en une véritable râpe; aussi l'examen anatomique est-il suffisant pour nous autoriser à lui refuser cette fonction. C'est ailleurs que nous chercherons des preuves de l'existence de cette fonction et des terminaisons nerveuses spéciales à ce sens.

Nous ne connaissons sur le sujet qui nous occupe que le travail récent de Flemming sur les boutons gustatifs des palpes de différents Mollusques. Cet histologiste, dont nous avons eu déjà à citer les recherches, rappelle que Haller a trouvé dans le genre Fissurella au-dessous

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du sillon latéral et au milieu de ce sillon une série de monticules sensitifs munis d'un épithélium particulier. Chez les Troches, les tentacules beaucoup plus longs sont au nombre de quatre, placés au bord du pied, et, par leur longueur et leurs mouvements rapides, ils attirent l'attention de tous les observateurs.

FiG. 18. — Papilles gustatives des Mollusques. — a, Papille traitée par l'acide acétique. — b, Papille ayant subi l'action du nitrate d'argent; les limites des cellules de recouvrement sont indiquées par des lignes noires. — c, Cellules de recouvrement isolées. — i, Cellules sensitives occupant l'axe du bouton gustatif; elles sont isolées comme les précédentes par macération dans le sérum iodé et l'acide acétique. (D'après Flemming.)

Flemming a trouvé sur les palpes ou tentacules marginaux de ces Animaux des papilles très serrées qui se

E. JouRDAN, Les Sens. lO

rencontrent aussi sur les bords du manteau et sur la tête. Il les a isolées et a vu qu'elles présentaient une striation longitudinale correspondant à un faisceau central de longues et minces cellules dont les noyaux sont groupés à la base de la papille tandis que l'extrémité libre de la cellule se termine par un poil faisant saillie au bout de la papille. Ce faisceau central est entouré par des cellules d'une forme tout à fait différente. Ces dernières sont larges, aplaties et appliquées comme des éléments protecteurs à la surface des autres (fig. 18).

Flemming a trouvé des papilles tout à fait semblables chez certains Lamellibranches. C'est ainsi que chez le genre Pecten, les innombrables filaments tactiles du bord du manteau sont couverts de papilles au moins aussi serrées que sur les palpes des Troches et ayant une structure identique. Ces terminaisons nerveuses n'existent pas chez tous les Lamellibranches, mais c'est en vain que l'auteur que je viens de citer les a recherchées sur les tentacules des Mollusques d'eau douce et sur beaucoup de Lamellibranches marins.

Qyel est le rôle qu'il est permis d'attribuer à ces appareils sensitifs terminaux. Ici je crois qu'il est préférable de laisser la parole à Flemming ou du moins d'analyser son mémoire aussi exactement que possible.

Les verrues épithéliales, c'est ainsi qu'il appelle les papilles que nous venons de décrire, peuvent être comparées évidemment aux organes gustatifs des larves de Grenouille décrits dans la cavité buccale par Schulze. Bien qu'elles soient proéminentes, onpeut les considérer aussi comme semblables aux papilles gustatives placées au sein de l'épithélium stratifié des Mammifères, à celles des

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barbillons, des lèvres et de la tête des Poissons osseux; elles n'en diffèrent ni par leur forme, ni par la disposition des cellules. Si on appelle ces derniers organes caliciformes, il faut évidemment comprendre sous la même dénomination les organes des Prosobranches et des Acéphales. La seule différence notable entre les papilles des Mollusques et les boutons gustatifs des Vertébrés consiste en ce que les poils terminaux des cellules sensitives centrales proéminent librement chez les premiers tandis que chez les derniers leur extrémité libre reste à Tintérieur delà papille; mais ce n'est pas là une différence essentielle, car, même dans ce dernier cas, les extrémités de de ces cils sont aussi en contact avec le liquide environnant.

Flemming, partageant en celaTopinion admise par la grande majorité des biologistes, pense que les fonctions d'un organe ne sauraient se déduire de sa structure surtout quand cette structure est aussi simple que dans le cas actuel. Il rappelle que des cellules sensitives semblables à celles qui sont constitutives du bouton gustatif existent disséminées dans l'épaisseur de Tépithélium des Mollusques; elles sont surtout nombreuses sur les tentacules et sur les parties proéminentes; enfin dans le cas particulier étudié par Flemming elles sont simplement réunies en groupes et entourées de cellulesaplaties adaptées à des fonctions spéciales de protection

(fig.18).

On peut supposer, pense Thistologiste allemand, que ces formations nous représentent la partie essentielle d'un organe terminal sensitif spécifique, mais cette opinion n'est pas démontrée.

Les tentacules ou les palpes des Mollusques, qui possèdent des papilles semblables à celles que nous venons de décrire, seraient donc peut-être des organes gustatifs. Mais cette fonction n'en exclurait pas d'autres, qui pourraient coexister comme celle du toucher.

Nous voyons par ce qui précède que chez presque tous les types d'Invertébrés nous rencontrons des preuves plus ou moins certaines de l'existence du sens du goût; mais nous devons reconnaître aussi que nous manquons de bases physiologiques. 11 est néanmoins un fait qui semble résulter des lignes précédentes et sur lequel nous voulons encore une fois appeller l'attention. Nous voulons parler de l'impossibilité dans laquelle on se trouve de séparer nettement les terminaisons nerveuses du goût de celles du toucher ou de Tolfaction. Souvent le même épithélium sensitif préside à la fois à ces trois fonctions, il ne faut pas songer à distinguer. 11 semble que de la fonction tactile primitive aient dérivé deux autres sens : celui du goût, qui adapté à la perception des modifications chimiques des milieux liquides, a persisté chez tous les êtres vivant dans Teau et y a acquis une grande importance, et celui de Todorat qui s'est montré à mesure que, quelques-uns des différents types du règne animal se trouvant placés dans un milieu différent, les modifications chimiques du milieu ambiant ne sont plus arrivées à eux que sous forme de vapeurs.

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