‹ Les sens cnez les animaux inférieursChapitre 60 sur 78 · LA ^UE · texte numérisé non relu

LA ^UE

essentiellement d une masse transparente que Ton peut appeler cristallin ou corps vitré. Cette masse affecte la forme d'une lentille ou d'un cône tronqué, enfoncé par son sommet dans une cupule pigmentaire constituée par une association de bâtonnets chargés de corpuscules bruns. Il nous a été impossible de distinguer, sur nos coupes, lesbâtonnets rétiniens, des cellules choroïdiennes. Le corps réfringent se présente avec un aspect particulier ; il est formé d'éléments à contours polygonaux, avec un noyau très net, et rappelle, par sa constitution, le cristallin des Mollusques du genre Pecten, Cette situation n'existe, parmi les Vers, que chez les Nemertes; les yeux des Annélides ne présentent rien de semblable. Les taches visuelles, dont le nombre peut être considérable, sont situées, comme chez les Planaires, au-dessus de la couche épithéliale.

Némathelminthes. — Les yeux sont, ici, fort rares ; ils n'existent qu'exceptionnellement chez les formes à vie errante et manquent, ainsi qu'il est permis de le supposer, chez les types parasites.

RoTiFÈRES. — Quelques-uns de ces petits êtres possèdent un œil situé immédiatement au-dessus du cerveau. Dans quelques genres, cet œil se divise en deux parties similaires juxtaposées; cette séparation peut, enfin, aller jusqu'à constituer deux yeux distincts. Mais la structure de ces organes est mal connue et il est fort difficile de donner de leurs parties essentielles une description sérieuse. Les auteurs notent encore ici l'existence d'une masse pigmentaire creusée en coupe et logeant à ce niveau un bâtonnet réfringent remplissant les fonctions d'un cristallin.

CHEZ LES GÉPHYRIENS 235

Géphyriens. — Ces Vers, presque toujours tubicoles ou du moins vivants, soit dans les cavités qu'ils ont construites, soit dans celles quHs ont rencontrées par hasard, sont à Tabri des rayons lumineux et ne présentent aucun appareil capable de percevoir la lumière ; aussi est-il permis de les considérer comme complètement dépourvus de tout organe pouvant être comparé à un œil. O. Schmidt a, cependant, observé quelques faits qui lui ont montré que les Siponculiens sont sensibles à la lumière et M. H. de Lacaze-Duthiers, dans ses recherches sur la Bonellie, fait remarquerque cet animal perçoit les différences d'intensité lumineuse. Cet être si bizarre paraît avoir des heures fixes dans la journée pour sortir de son trou. L'exposition plus ou moins directe aux rayons du soleil semblerait devoir jouer un rôle dans le choix de son habitation ; c'est en vain qu'on chercherait la Bonellie en plein midi ; jamais on ne la voit avant quatre heures, et on ne la trouve, le plus souvent, qu'à cinq heures et à l'ombre du soleil couchant; de plus, dans des lieux ensoleillés où les Bonellies paraissent absentes dans la journée, elles se montrent le soir en grand nombre. Ces observations montrent que ces Géphyriens sont sensibles à la lumière et expliquent l'opinion de Schmarda qui avait dit que la Bonellie était un animal nocturne.

Annélides. — Nous avons signalé, au début de ce chapitre, le Lombric parmi les animaux qui sont sensibles à la lumière, bien que dépourvus de tout appareil visuel. Quelques autres Vers annelés présentent des phénomènes semblables ; mais beaucoup d'entre eux possèdent des yeux véritables munis des parties essen-

tielles que nous avons reconnues dans tous les appareils visuels bien constitués.

M. de Quatrefages a étudié, pour la première fois, les organes de la vue chez les Vers annelés, et il a trouvé qu'ils sont fort répandus chez tous les Annélides^ aussi bien chez les tubicoles que chez les errants. Ils occupent toujours des situations en rapport avec le mode d'existence particulier à ces êtres et souvent ces situations sont bien bizarres. Quelques Serpuliens ont des yeux sur leurs branchies céphaliques ; d'autres, les Protules, les portent sur la collerette qui dépasse Torifice du tube ; quelques espèces des genres Protula et Amphicorina ont des yeux céphaliques. Enfin, on a signalé des yeux ou des taches visuelles dans une situation tout à fait extraordinaire, dans le genre Fabricia; ces yeux sont placés à l'extrémité postérieure et sont même plus gros que ceux qui sont disposés sur la tête. Ce fait, en apparence anormal, s explique par le genre de vie de ces Vers qui n'habitent leurs tubes que temporairement et se déplacent à reculons et en traînant derrière eux leur panache de branchies.

Les Annélides errants ont des yeux presque toujours céphaliques, le plus souvent au nombre de deux, quelquefois de quatre. Ces chiffres sont loin d'être réguliers dans une même espèce ; c'est ainsi qu'il m'est arrivé quelquefois de trouver chez des Eunice torquata, qui ont habituellement une seule paire de ces organes, deux yeux d'un côté et un seul de l'autre. De plus, quelques espèces sont remarquables par la présence d'un grand nombre de taches visuelles disposées sur les flancs de l'animal et par paires dans chacun des anneaux du corps.

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