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ll^fl DE L'iNTELLIGEr^CK.
déformer, el nous rassemblerions, de près ou de loin, une multitude de souvenirs réunis par le lien commun d'une ressemblance, et ces souvenirs formeraient un groupe, ce que nous appelons une classe, un genre ou une généralisation d'objets qui se ressemblent.
Dans le groupe dont nous venons de nous occuper, nous n'avons pas un élément commun auquel attribuer l'effet piquant; la classification repose simplement sur la sensationcommune de l'odeur. Les sels odorants et la corne de cerf se ressemblent en ce qu'ils dégagent l'un et l'autre de l'ammoniaque, mais l'exhalaison du tabac n'est pas de l'ammoniaque, bien que sa composition chimique ressemble à celle de cettesubstance.
Ces diverses identifications servent de pierre de louche à la force de similarité chez les différents individus. Tandis que les uns les saisissent, d'autres les laissent passer parce qu'ils manquent de quelqu'une des cinq conditions que nous avons déjà énumérées, la délicatesse naturelle du sens même, une habitude préalable de la qualité, une délicatesse acquise, une aptitude médiocre à saisir les différences, et la faculté générale de similarité. Il se peut aussi que ces individus n'aient jamai?^ eu de raison ni de désir de saisir ce genre de ressemblance.
' Le tact nous olfrira de très-nombreux exemples de l'action de la loi de similarité.
Au nombre des sensations intellectuelles du tact nous comprenons celles de température, de pluralité des pointes, et demuscularité jointes à celles du tact proprement dit. Tous les objets que nous touchons avec la main pour en discerner les propriétés tactiles affectent tous ces genres de sensibilité; cessensations forment par leur union les combinaisons les plus variées et elles s'entr'aident quand il s'agit de découvrir la ressemblance unie avec la dissemblance. Nous reconnaissons le contact doux et chaud de la laine, le froid poli de la pierre, le contact rude de la ficelle, sous les formes, les volumes et avec lespoids les plus variés. Nous reconnaissons sans trop de peine les degrés de poids à moins d'être distraits par quelque autre sensation concomitante très-aiguë, comme le froid ou le chaud. La distinction que nous pouvons faire des propriétés diverses devient connaissance quand elle est complétée par le sens de la
SIMILAIUTK DANS I. A DIVKHSITI^:. 635
n'sseniblaucc ; imc teiupénilurc ôlevéo actuelle se distingue d'une teinpf^ralurc basse lécente, cl s'identilie aux expériences préal;»!)l('s de températures élevées au un)nw degré; nous avons alors une notion complète de cette (jualité. (i'est ainsi que nous possédons des classes de choses loiuiées sui' le retour de chaque attribut que nous sommes en état de l'ccoimaîlrc, au milieu des accessoires les plus variés.
L'analyse des sons nous a montré la complexité des caractères de chaque sou individuel, et à quel point l'identité d'un de ces caractères peut être déguisée par la dilicrence que présentent les autres. I*ar exemple, nous rcGounaissons parfaitement une note donnée par |a voix, ou par un instrument qui nous est familier, mais nous sommes moins capables de la reconnaître quand elle provient d'un instrument inconnu. Le changement de qualité de la note, la force plus ou moins grande, la durée différente du son, comme lorsqu'on compare la note donnée par le piano avec celle de l'orgue, tout tend à déguiser la hauteur du son^ en sorte que pour la discerner il faut une oreille plus délicate et plus cultivée. Entre une note soupirée par le violon et la même note lancée avec des roulements retentissants par l'orgue, il y a une différence de force qui confond une oreille peu délicate par la dissemblance de l'effet, et étouffe le sentiment de l'identité.
C'est mieux encore dans une suite continue de sons, comme dans l'exécution d'un morceau de musique ou un discours. Les effets sur l'oreille étant plus variés, il est bien plus facile d'y découvrir des ressemblances, et il y a aussi plus d'occasions pour la diversité d'offusquer la similarité. Nous pouvons d'ordinaire reconnaître un air que nous avons une fois entendu, sur quelque instrument qu'on le joue, qu'on le joue seul ou qu'on le fonde dans quelque harmonie. Mais il arrive que des personnes peu exercées i\ la musique ne reconnaissent pas un air joué par un orchestre complet, tandis qu'elles le reconnaissent tout de suite quand il est joué sur un seul instrument. Les musiciens peuvent dire la clef d'un morceau, quoique ce point de ressemblance soit plus que tout autre dissimulé par de très-grandes différences. Nous sommes aussi accoutumés à rapporter une émotion commune à plusieurs compositions, nous disons qu'un air est martial, gai, solennel, sacré, mélancolique, etc., nous le classons.
S'il y a quelque réalité dans ces dislinclions, elle provient d'un etfet de similarité, qui nous rappelle des exemples passés et épars d'une impression que nous recevons à présent. Les compositions d'un même maître nous présentent une ressemblance plus réelle.
La propriété des sons articulés est très-souvent déguisée par des accessoires étrangers, au point de ne pouvoir être reconnue. Notre oreille se forme à l'articulation d'abord d'après les voix «les personnes qui nous entourent ; nous reconnaissons aisément qu'une lettre ou un mot est prononcé par elles; en réalité les caractères fortuits de leur manière d'articuler se fondent pour ainsi dire dans notre sens des articulations mômes. Un enfani du Yorkshire acquiert une oreille pour les voyelles et les consonnes de l'alphabet telles qu'on les prononce dans le Yorkshire. Passons dans le Middlesex, nous y trouvons des articulations qui correspondent aux premières sans leur être identiques, et nous aurons quelquefois de la peine à retrouver les mots du Yorkshire sous la prononciation du Middlesex. L'expérience montre si l'oreille saisit bien la qualité essentielle de la forme articulée, comme les épreuves dont nous avons déjà parlé montrent le degré de délicatesse de l'oreille pour la hauteur d'une note. Il y a telle oreille qui n'est que peu susceptible de saisir la distinction des articulations, ou la différence essentielle entre une voyelle et une autre, et entre une consonne et celles qui s'en rapprochent. Si cette oreille arrive à être très-sensible aux qualités des voix différentes, et aux différences de la force de l'émission, elle sera plus fortement affectée par les dissemblances que par les ressemblances.
La prononciation, l'accent, le patois, la cadence et le débit, prennent une grande part dans l'impression de la voix articulée: nous devons y ajouter les gestes et l'attitude qui frappent la vue. Un seul trait de la voix articulée peut, en se combinant avec les effets de ces diverses causes, donner lieu à une multitude infinie d'exemples d'une restauration rendue difficile par la dissemblance des accessoires. La voix., la prononciation, l'accent, la cadence et la gesticulation sont inséparables de l'articulation; et nous nous accoutumons à trouver dans le son des mots tout un cortège d'effets différents de ces divers accessoires de la voix. Souvent môme nous saisissons le sens d'après l'attitude. Par suite, lorsque nous prêtons l'oreille i\ des étrangers,
SIMir.AlUTK DANS LA niVElUSITK. 457
à des f;cns d'une autre province ou d'une autre nation, nous «'•prouvons de la peine ii reconnaître l'articulation parmi des combinaisons auxquelles nous ne soninies j)oint habitués. La bonté de l'oreille pour l'articulation proprement dite est soumise à une épreuve qui la juj^e, comme celle de l'oreille pour la hauteur du son se juge d'après la facilité avec laquelle ellf saisit le son d'un instrumerit qu'elle n'a pas l'habitude d'entendre. C'est «[uand nous voulons acquérir une langue étrangère que l'épreuve est le plus difficile et le plus décisive. Il faut que l'oreille sente vivement l'effet de l'articulation des voyelles et des consonnes malgré les effets perturbateurs d'une foule d'autres circonstances. Rien ne prouve plus péremptoirement la bonté de la sensibilité de l'oreille pour les sons articulés que la facilité à suivre la parole d'un étranger qui s'exprime dans sa langue maternelle. La faculté de reconnaître ce qu'il y a d'essentiel dans l'articulation parmi la diversité des autres éléments s'y montre dans toute sa plénitude. Toutefois, on rencontre des personnes plus sensibles que d'autres à des accessoires qui n'ont pas trait au sens des mots ; l'oreille qui est très-sensible ù la cadence et à l'accent, et qui se laisse absorber par les différents mouvements des modulations et de la force de la voix, en devient plus insensible à l'articulation et au sens des mots. La résonnance d'une cadence inaccoutumée couvre le sens des paroles. Aussi une oreille très-délicate pour saisir l'éloquence est un grand obstacle à l'acquisition des langues ; de même un œil qu'affectent trop vivement les gestes de la personne qui parle. Quand nous entendons parler notre langue de la façon dont nous avons l'habitude, tous les acces- :<oires sont des adjuvants, ils concourent très-puissamment à nous donner le sens; mais quand ils ont un caractère tout autre, par exemple quand nous les entendons dans la bouche d'un étranger, nous sommes aussi gênés pour reconnaître l'articulation que nous y étions aidés dans l'autre cas.
Quand nous remémorons un discours que nous avons entendu, c'est une série d'impressions auditives que nous reproduisons. Ce genre de souvenir peut être rappelé par similarité du milieu delà diversité. Nous ne pouvons guère écouter un discours sans nous rappeler plusieurs discours passés, par l'effet des phrases que nou«i entendons, des sons, et des parti-
cularités qui nous introduisent dans une voie où nous avons déjà éprouvé des impressions auditives. Plus grande est notre susceptibilité pour la qualité articulée qui tient sous sa dépendance la distinction du sens des mots, plus promptement nous nous rappelons des discours antérieurs dont les expressions correspondent à celui que nous entendons. Si nous sommes plus prompts à saisir le ton, l'accent, la cadence, ces qualités favoriseront le souvenir des occasions passées où nous avons été auditeurs. C'est ainsi que nous arrivons à découvrir les ressemblances d'attitude et de langage chez les divers orateurs; nous démasquons les imitations, et nous établissons des comparaisons entre les divers styles de discours. Les différences qui tendent à gêner l'effort restaurateur de la ressemblance peuvent exister, soit dans le contexte des phrases qui d'ailleurs se ressemblent, soit dans les détails qui n'ont aucun rapport avec le sens, soit encore dans le sujet ou le sentiment du discours. De même que dans les premiers cas, nous disons que l'attraction de la similarité est puissante quand elle se fait jour à travers une grande dissemblance, et que la dissemblance est grande quand elle fait échec à l'effort restaurateur de la simila^ rite ; en fait, nous devons mesurer chacune de ces forces, par l'opposition qu'elle surmonte. Si une ressemblance verbale a pour effet d'introduire quelque ancien souvenir dans un sujet qui ne s'accorde pas avec lui, nous disons que les conditions adjuvantes de la similarité verbale sont puisammenl développées, ou que l'attention pour le sujet a été faible, ou que l'une et l'autre de ces deux causes ont concouru au résultat.
Les sensations de la vue nous fournissent d'aussi nombreuses occasions de reconnaître la ressemblance dans la diversité que nous pouvions nous y attendre d'après la grande portée de ce sens. Nous pouvons reconnaître les couleurs malgré les différences des nuances ; nous avons des classes de nuances bleues, de rouges, de jaunes. L'existence de ces classes implique à la fois l'identité et la différence, le nom de la classe est dérivé de l'identité, c'est-à-dire de l'effet commun que produisent sur nous tous les individus de la classe. Quand une couleur est intermédiaire aux deux couleurs principales, comme entre le jauneet le rouge, nous ne pouvons la classer ni avec le rouge ni avec le jaune
SIMILAHITK 1>ANS LA 1)1 VEllSITl';. U69
puisque uousne soinini's [)as IVapj)6s d'un scntiiuiMil do rosscnihlanco, nous l'ornions alors une nouvoUe couleur, l'orange. Il peut arriver aussi (pi'iV un individu la coulcui- paraisse rouge, el à un aulie jaune, suivant l'iuipression ancienne qu'elle réveille le plus i)roinpleiueul.
Une sub^lance veiiiie ou |)olie, une couche d'humidité, un ruisseau clair, un couvercle de verre, foui sur nous un elVet ><'oniniun par leur lustre: el si le j)Ouvoir de la siinilariLé est sul'lisaiit, chacun de ces objets peut rappeler les autres et servir à évo([uei- dans la mémoire une jurande quantité de K'hoses Irès-diflérentes par l'aspect, mais s'accordant toutes à produire une même impression particulière. En regardant une lahletle de cheminée en marbre d'un poli éclatant, tel individu ne se rappellera que des pierres polies de divers genres; tel cintre, s'alïranchissant des différences, comparera cet effet avec <'elui du poli métallique; allant plus loin encore, une troisième personne songera à des objets encore plus différents, aux surfaces Ternies; de celles-ci, elle passera aux tissus luisants de soie ou hIu cuir lustré, et par un e/Tort encore plus marqué elle com{)aa'era avec l'efTet en question l'effet du fond sablé d'un ruisseau limpide d'eau courante. Mais pour trouver une ressemMance entre toutes ces choses, il ne suffit pas d'éprouver simplement l'effet du brillant du lustre, il faut encore posséder la notion qui la l'ait dépendre d'une couche transparente étendue au-dessus -de la couleur de l'objet. Cette notion, venant s'ajouter au senti- «lent de l'effet, permet de se dégager de l'influence de la grande ^lifférence qui distingue une tablette de cheminée en marbre il'une mare d'eau.
Dans les combinaisons de la couleur avec la forme visible et le volume, c'est-à-dire des impressions optiques avec les impressions musculaires de l'appareil de la vision, nous trouvons -encore des occasions de démêler la ressemblance parmi la diversité. iNous reconnaissons une couleur commune sur les objets les plus variés, grands, petits, ronds, carrés, droits, courbes, ici, là, n'importe où. Ainsi nous avons dans l'esprit une notion générique pour cha [ue couleur, une impression commune, de hlanc, de rouge ou de bleu, que nous tirons de plusieurs objets différents. Le nombre, la profondeur, la permanence de ces <'ll'els communs, c'est-à-dire les nuances distinctes conservées ilans notre mémoire, varient suivant notre susceptibilité pour la
hllO DE L'iNTELLTGEÎ^CE.
couleur. La perception de la différence commence l'œuvre, la perception de la ressemblance l'achève; ces deux fonctions, concourent à former des impressions durables de couleurs. Nous reconnaissons chaque nuance parmi les différences desubstance, de forme, de volume, et de milieu.
La reconnaissance et la généralisation dea formes, au milieu de toutes les différences possibles de couleur et de dimension nous, ouvre un champ où nous pouvons recueillir de nouveaux exemples. Nous reconnaissons dans certains corps un contour circulaire, dans d'autres la forme ovale, nous formons une infinité déclasses d'après la forme, y compris non-seulement les figures régulières de la géométrie, mais encore toutes celles qui se reproduisent dans la nature et dans l'art : nous connaissons la formc^ ovale, en cœur, en poire, en coupe, en fer de lance, etc. Ces comparaisons résultent de l'identité dans l'attribut de la forme,- saisieà travers la diversité à d'autres égards. La plupart du temps 1» constatation de l'identité est assez facile pour frapper tout obi>ervateur mais il se présente des cas où un certain nombre d'esprits seulement sont frappés de la ressemblance, c'est-à-dire,, éprouvent le réveil de l'ancienne impression à propos de la nouvelle. Ainsi dans les descriptions de la botanique, nous représentons souvent les formes des feuilles et des fleurs par descomparaisons qui sont loin de s'offrir à un observateur vulgaire^ et qui n*ont un sens que pour le botaniste. Dans les descriptions anatomiques nous rencontrons souvent ce même défaut de ressemblance évidente.
Les faits importants de ressemblance dans la diversité qu(* nous offrent les formes mathématiques et les figures artificielles sont un peu plus compliqués que les exemples qui nous occupent dans ce chapitre. La généralisation des formes mêmes,, de triangle, de carré, de parallélogramme, d'ellipse, etc., malgré les différences du sujet, c'est tout ce que nous pouvons citer en fait de reconnaissance de la ressemblance dans nos. sensations de la vue. Et nous ferons remarquer ici que, commedans une autre circonstance, une sensibilité vive pour les autres propriétés des choses, c'est-à-dire pour leurs couleurs^ leurs dimensions, leur matière, leurs usages, leurs infiuences sur les sentiments, etc., est un obstacle à la reconnaissance de Ja forme mathématique. Ce n'est pas avec les figures du cône que l'on trouve dans un livre de géométrie qu'un volran oui-
SlMILARlTt: DANS LA DIVRUSITK. UU\
brasé suggère lu comparaison mais avec des images de conflaj;rations et d'explosions.
Les figures non nialhémaliques sont l'alphabol et les autres signes artiticielsou symboles employés tant dans les affaires que dans la science. Quand nous déchillVons une mauvaise écriture nous recoimaissons l'idenlité dans la diversité, de m^me que «lans l'articulation douteuse dont nous avons parlé à propos de rnuïe. Un sens vif des points qui constituent la différence caractéristique de chaque lettre, et une faible tendance à saisir les (raits de plume insignifiants, telles sont les qualités qu'il Huit posséder pour bien déchiffrer. Plus un lecteur se laisse distraire par les ornements de l'écriture moins il a la faculté de s'attacher au sens. Ce que nous disons ici à une analogie parfaite avec ce que nous avons dit des effets d'une sensibilité excessive pour la cadence oratoire.
l.a reviviscence du langage dont nous avons parlé deux fois, c\ propos de l'articulation de la voix et du sens de l'ouïe, trouve encore place ici, puisque le langage écrit s'adresse à l'œil et se fixe dans l'esprit sous forme d'impres&ion de la vue. Ce que nous avons déjà dit de la résurrection de discours et de sentences que nous avons entendus jadis, quand nous écoutons quelqu'un parler, s'applique aussi à ce qui se passe en nous quand nous lisons un livre. Les formes de langage et les phrases qui frappent l'œil rappellent du passé leurs semblables, et se font jour à travers une dissemblance plus ou moins grande, de manière à suggérer en même temps des sujets écrits en des lieux différents et en des occasions différentes. Quand l'œil s'arrête volontiers sur les mots et en reçoit une vive impression, il est éminemment propre à ce genre de reviviscence ; mais quand les symboles écrits ne sont pour nous que le véhicule d'idées ou d'informations, la tendance à la restauration des purs symboles est très-bornée. Nous trouvons ici, comme plus haut, l'occasion de constater l'aptitude de l'esprit à retenir les mots comme contraste à la connaissance qu'il prend des choses ([ui sont la matière du langage, quelles qu'elles soient, science, histoire, poésie, affaires, etc. Chez un homme doué de l'aptitude à reconnaître les formes verbales nous pouvons remarquer les caractères suivants : 1° une faculté d'articulation bien développée, qui se révèle dans l'acquisition facile de tous les mouvements (le l'organe de la voix et de la bouche, nécessaires
/j/tS I>E L INTELLIGENCE.
au langage; 2" une oreille propre à saisir l'articulation et à en distinguer les effets avec une grande finessse ; 3° un œil prompt à saisir les formes visibles arbitraires, comme dans la composition alphabétique ou écrite; /i°une faculté générale de rétentivité, ou d'association par contiguïté, sans laquelle une acquisition d'une variété si grande serait impossible; 5° un plaisir réel, résultat des exercices de la parole, de l'ouïe, de la lecture, indépendamment des fins qu'ils procurent, et qui par retour inspire et entretienne l'exercice des fonctions du langage. A ces caractères positifs, il faut ajouter un adjuvant négatif, l'indifférence pour le sujet. C'est la seule chose qui soit nécessaire pour lâcher la bride à la faculté du langage, comme nous le voyons parfois chez les hommes et les femmes.
Dans les formes artistiques, la ressemblance réside en partie dans l'impression visuelle du contour, et en partie dans l'effet du contour sur l'esprit c'est-à-dire dans une impression de beauté ou de grâce. Cette dernière condition est le trait essentiel, c'est elle qui évoque les ressemblances du passé. Ainsi, en voyant la draperie d'une statue, nous reconnaissons un effet qui nous a déjà frappés, et, sous l'impulsion de celte ressemblance, le premier objet reprend sa place dans l'esprit; il ne ressemble en rien à celui qui a été l'occasion de la suggestion, ni par le dessin, ni par les courbes, ni par les plis, mais la ressemblance esthétique se dégage de toutes les différences et ramène dans la mémoire une série d'œuvres d'art. Un sentiment puissant de la forme mathématique serait antipathique aux tendances de l'artiste.
Nous retrouvons tous les degrés de la difficulté du souvenir dans la reconnaissance d'une scène de la nature, suivant que la ressemblance ou la différence y dominent et suivant que l'esprit a de la tendance à subir l'impression de l'une ou de l'autre. Si l'identité est dans la forme et le dessin, dans la distribution des montagnes, des vallées et des rivières, l'effet réviviscentde la similarité met enjeu l'attraction de l'esprit pour les formes et les groupements symétriques, ce qui constitue l'un des caractères de l'esprit compréhensif du naturaliste. Si la ressemblance de la scène actuelle avec des scènes passées vient de la richesse du coloris et de la puissance des contrastes, la corde qu'elle frappe est autre; ces scènes se raviveront dans un esprit prompt à saisir ces effets, nonobstant peut-ôtredo
SIMIl.AllITK DAiNS LA DIVERSITÉ. hkZ
Irès-grandesditrércncesdaiis le {jçroupement ou les arrangements «les éléments de la seène.
Les mOmes observations s'appliquent ;\ tout aulre ohjcd mixte <iela vuec'est-i\-direà loutsperla(*le. (Juand un costume, un uniforme, en rappellent d'aulies, quand la nn'se m srmc d'une représentation diainali(iue s ut;"<:;(>re des souvenirs de spcclaeles analogues, quand un visafre en rappelle un autre par ressemblance, ou <|uand un tableau l'ail souvenir de l'original, l'intérêt, au point <le vue que nous examinons, consiste à remarquer quels sont les détails qui concordent et ceux qui ne concordent pas; c'est <raprès cela que nous pouvons qualifier l'esprit où se fait la reviviscence à la suite de la suggestion d'un attribut donné.
La faculté générale de sunilarité s'exercerait de même sur tous les genres de formes et sur toutes les variétés d'objets, réveillant avec une égale rapidité le semblable dans la couleur ot dans la forme. Mais cette faculté générale se modiiie par l'acuité du sens aussi bien que par l'éducation spéciale, qui approfondit la connaissance que nous avons d'une certaine i'.lasse d'impressions, et nous rend plus aptes à nous en souvenir. Par suite, il n'arrive jamais qu'un individu soit capable de restaurer aussi facilement la ressemblance dans la couleur, dans la forme géométrique, dans le symbole et dans l'efi'et esthétique.
La dernière classe d'objets qui rentrent dans le groupe des sensations de la vue se compose des mouvements visibles. Nous prenons ceux qui se ressemblent par un ou plusieurs points et nous leur donnons des noms qui indiquent la ressemblance. Le vol des projectiles présente un caractère commun au milieu de beaucoup de différences, i^areillement nous avons des mouvements circulaires, elliptiques, rectiligncs, uniformes, accélérés, <les mouvements de rotation autour d'un axe, des mouvements <le pendule, des mouvements ondulés, en zigzag, des chutes <l'eau, des explosions, etc. Nous y découvrons de grandes divergences dans l'amplitude comme dans la vitesse, aussi bien que dans la nature de la chose mise en mouvement. Les mouvements des animaux nous présentent beaucoup d'autres variétés chez les quadrupèdes, la marche, le trot, le galop, une allure traînante; chez les oiseaux de nombreuses formes caractéristKïues de vol, etc.. Par l'elïel remémoralif de la similarité, nous leunissons pour en former des classes un grand nombre de cas qui se montrent isolément, et nous les fixons ;\ l'aide d'un nom
Wi DE l'intelligence.
générique. Nous généralisons les grandes variétés du nagement, du vol, de la locomotion bipède, etc., et dans chacun de ce^ genres nous établissons des groupes moindres d'après une ressemblance encore plus étroite. Dans l'action flexible et variée de l'homme nous trouvons des types de mouvements et d'attitudes. L'allure dans la marche, l'action dans la parole, le tour de main dans l'exécution d'un ouvrage, les mouvements sur la scène, sont autant d'objets qui s'emparent de notre attention et s'implantent dans l'esprit comme souvenirs permanents. Les mouvements collectifs des foules, soit en ordre et avec une précision militaire, soit en désordre et avec confusion, s'impriment dans la mémoire et reparaissent plus tard comme souvenirs. La nature vivante sur la surface du globe et dans nos habitations est plus intéressante pour nous que la nature morte; elle nous fournit une plus ample matière à l'émotion, et devient l'objet d^Hie attention spéciale à la fois dans la réalité présente et dans l'existence idéale.
Cependant la force de la similarité trouve dans les mouvements un champ très-vaste où elle s'exerce. Le retour de la ressemblance au milieu d'une diversité plus ou moins grande de tous ces mouvements conduit plus ou moins facilement à la reconnaissance. Nous reconnaissons un style dans le jeu d'un acteur, une danse, une allure, bien que les circonstances où nous l'observons soient bien différentes de celles que nous reproduisent les exemples consignés dans la mémoire. Si la ressemblance n'est pas rigoureuse si elle consiste dans un effet général, la remémora tion des cas du passé trouvera un obstacle dans un sentiment puissant de l'exactitude des détails. Si nous sommes trèssensibles aux effets existants du mouvement en général, nous ne sommes guère propres à reconnaître les modes spéciaux de mouvement. Les mouvements peuvent être divisés en trois groupes comme les formes; en mouvements mathématiques, ou régulières (rectilignes, elliptiques circulaires, etc.,) comprenant tous les mouvements continus des machines et tous ceux qu'on peut calculer numériquement ou tracer géométriquement ; en mouvements symboliques c'est-à-dire ceux qu'on peut employer comme signes arbitraires, à savoir les gestes qui accompagnent une indication de direction, le commandement, l'instruction, etc., le^i signaux télégraphiques, l'alphabet des sourds-muets, l'allure caractéristique et les mouvements qui nous servent à distinguer les
SIMILARITÉ DANS I A DIVKUSITK. 445
jiersoimes cl les iiniinaux; enfin en nioavenienls ei.7//<'7iV/ac5, à savoir ceux qui atteclenl le scnlimenl du beau el les émotions intéressantes. Nous n'avons pas tous la même susceptibilité pour ces trois gemesile mouvements, el nous en reconnaissons une (le préférence aux autres. Le sens estbéti(iueest une condition de la reviviscence des mouvements esthétiques el fait obstacle à la disposilon à classer les mouvements d'après leur caractère mathématique, ou leur signilicalion arbitraire. La susceptibilité la plus vraie et la plus désintéressée est celle <}ui se montre en laveur des mouvements symboliques elarbiti'aires, auxquels ni la régularité soumise au calcul, ni la beauté artistique ne prélent aucun attrait. Les signaux du télégraphe, ceux usités avec les sourds-muets, comme les chiffres et les lettres de l'alphabet, sont des objets où la constatation de la ressemblance et de la différence est purement intellectuelle; il faut les observer et les comparer exactement avec ceux qu'on connaît déjà; les différences y sont arbitraires comme les ressemblances. L'aptitude à les reconnaître dépend surtout d'une bonne mémoire des formes visibles et de l'absence de préférences de nature émotionnelle.
Les attributs communs aux sensations des différents sens présentent quelque intérêt. Les impressions qui arrivent à l'esprit par les différentes avenues des sens possèdent pourtant un <;aractère commun dans le sentiment ou l'émotion, caractère qui s'accompagne nécessairement de la différence qui résulte des diverses voies par où les impressions atteignent le cerveau. Par exemple beaucoup de goûts et d'odeurs possèdent le caractère que nous appelons doux, mais il y a aussi des effets sur l'oreille et sur l'œil qui ont si bien le même caractère, que nous leur appliquons la même épithète. De même le caractère piquant est commun à des sensations de tous les sens; dans le ^oût, il appartient aux mets poivrés ; dans l'odorat, au sel volatil; dans le tact à une chaleur brûlante; dans l'ouïe à la musi- (pie du tambour et du fifre ; dans la vue à un éclairage intense. La lessemblance de ces diverses sensations est telle que l'une d'entre «illes rappelle les autres. La qualité que nous exprimons par le mol délicat a pour origine une sensation du tact, mais par l'eflet de la ressemblance elle devient comme un mode de sensation des iiufres sens. Nous faisons des comparaisons entre les images et
l^f^Q DE l'intelligence.
les sons, à la suite desquelles les langues des deux arts de la musique et de la peinture font des échanges. On dit qu'unepeinture a un certain ^o/i, et, par une figure moins usitée sans doute, qu'un morceau de musique à un riche coloris. Le sentiment de la chaleur s'étend à des effets qui n'ont aucune connexion avec la température : nous parlons de couleurs chaudes, d'affections chaleureuses. Malgré la grande dissemblance qu'il y a entre une sensation actuelle de chaleur, et une couleur ou une affection tendre, il y a pourtant un degré de ressemblance qui suffit à se dégager de la dissemblance aux autres points de vue, et à suggérer l'idenlification. Quand nous appelons une classe de sensations pénible et une autre agréable, c'est que nous reconnaissons un caractère commun au miUeu d'une grande diversité; mais ces qualités sont d'ordinaire si bien marquées dans i'esprit puisqu'elles sont en réalité les premiers moteurs de nos actions, que nulle accumulation de différences ne peut nous empêcher de reconnaître l'une ou l'autre ; assurément une peine qui ne serait pas reconnue comme telle, c'est-à-dire qui n'évoquerait pas nos expériences pénibles passées, ne serait réellement pas une peine.
Ces généralisations construites avec des éléments empruntés à nos difterents sens nous révèlent l'existence d'effets mentais communs qui résultent de causes externes très-diffé- ' rentes et constituent en réalité autant de découvertes dans la nature de notre esi>rit. Elles s'éclairent mutuellement, en fournissant les unes et les autres des exemples aux descriptions des sentiments, aussi bien dans les conversations de société, que dans les nobles descriptions des poètes et que pour les besoins de la science. Quand nous voulons faire connaître à quelqu'un un état de sentiment qu'il n'a pas éprouvé, nous lui présentons la représentation d'un état identique ou analogue qu'il a éprouvé. C'est un artifice auquel les poètes ont souvent recours pour éveiller de nouvelles émotions dans l'esprit. C'est ainsi que le duc d'Illyrie explique le sentiment que la musique a éveillé dans son âme par des images empruntées à d'autres sens.
Oh ! elle a effleuré mon oreille comme une douce haleine Qui souffle sur un tapis de violettes Dérobant et laissant des parfums (1).
(1) Shakespeare, Twelfth Night. Act, l, se. 1,
AGUÉttATS TAU CONTIGUÏTÉ. ^4^7