A^rcffiitH |Mii* rontiKUÏté. — 4'onjonctlonn
Classiticalion vulgaire des objets naturels; classilication nouvelle des chose» déjà classées. — Choses qui afl'ooleiil plusieurs sens. — Combinaisons de la sensalioii et de l'associalion, reconnaissance des objets d'a()rè3 leur nsa(fc ; invention en mccaniiiue, la machine à vapeur. — Reconnaissance des objets naturels d'après leurs propriétés scientilbiucs, découvertes de la chimie. — Classifications du naturaliste Linné, analogies découvertes par Gœliie ot Okcii. — Le rèp^ne animal : classifications perfectionnées, homologies du si|uelette, l'esprit d'Oken, accroissement de la connaissance par la découverte d'identités réelles.
Va\ éludi.iiil la loi de conliguïté nous avons eu à l'eniar- ({uei* que des inipi'essions provenant de sources très-différentes s'associent par l'effet de leur proximité, parce qu'elles frappent l'esprit en môme temps. Nous avons montré l'effet de l'association des sentiments de mouvement et des sensations, dans ces notions que les objets extérieurs créent en nous, comme par exemple dans l'idée complexe d'une pomme ou d'un anneau. Nous avons de plus fait remarquer que pour beaucoup d'objets l'impression mentale déborde l'impression immédiate sur les sens, comme par exemple pour les outils et les instruments auxquels sont associés des usages, c'est-à-dire des relations, actions et réactions, avec d'autres corps. Nous avons trouvé des agrégats semblables d'impressions associées dans cette connaissance plus approfondie des choses de la nature qui est le résultat des sciences expérimentales; par exemple l'idée du soufre pour le chimiste.
Or, partout où les impressions des choses extérieures sont variées et compliquées, il y a lieu de rechercher s'il n'y a pas quelque ressemblance cachée au milieu de la diversité. Unobjet agit sur quatre sens différents; l'effet sur un sens est identique avec un effet déjà sentr, mais les effets sur lès autres sens sont tout à fait différents. Je prends à la main une boule de verre; au tact elle ne fait pas une autre impression qu'une houle de pierre polie, et elle pourrait m'en rappeler le souvenir, si l'occasion m'en avait fait connaître une; mais quand je la rcL^arde et que j'entends le son qu'elle rend lorsque je la frappe, la dissemblance se manifeste sur ces deux points, et m'empêcherait probablement de m'engager sur les traces laissées par
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la boule de marbre. L'impression la plus vive que fait cet objet, e'est-à-dire un effet brillant sur l'œil, m'aurait probablement déterminé à la reconnaître, et empêché de songer à un objet tout à fait dépourvu de cette qualité. Toutefois il pourrait y avoir des circonstances qui détournassent mon attention de ce brillant; alors le tact d'un corps rond et poli s'élèverait au ran;^ d'impression déterminante du souvenir.
Dans les classifications des objets qui nous sont familiers nous voyons habituellement à l'œuvre cette opération de reconnaissance. En regardant un paysage, nous observons une élévation du sol partant du niveau commun pour aboutir à une hauteur, à un sommet, nous notons cet aspect que nous retrouvons associé à un grand nombre de formes diverses et dans des situalions différentes; la dissemblance ne nous empêche pas de recon naître la ressemblance ; et tout objet qui la présente restaure l'ancienne impression. Nous réunissons ainsi dans l'esprit un groupe d'objets épars dans la nature, nous leur donnons un nom commun, montagne; nous affirmons de chaque exemple nouveau les particularités que nous avons reconnues aux précédents; et enfin nous savons sans recourir à l'expérience, que si nous faisions l'ascension de l'une d'elles nous verrions un horizon étendu, nous sentirions une diminution de température, et nous rencontrerions une autre végétation.
C'est de la même manière et avec des conséquences semblables que nous classons d'autres groupes nombreux d'objets naturels ; des villes, des mers, des lacs, des rivières, des forêts, des champs cultivés, des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons, etc. L'histoire naturelle perfectionne les classifications vulgaires; elle fouille le globe pour en connaître les matériaux et les soumet à une comparaison attentive. Le progrès de l'histoire naturelle s'est fait en deux sens, en partie par l'accroissement du nombre des objets découverts, en partie aussi par la substitution de ressemblances profondes à des ressemblances superficielles. Au temps d'Aristote on classait les animaux d'après l'élément qu'ils habitent ; une classe demeure sur la terre, une autre dans la mer, une troisième dans l'air : ce point de ressemblance était si frappant qu'il arrêtait l'attention de tous. On pouvait subdiviser chaque classe pour en faire des groupe^^ plus petits, fondés sur des ressemblances plus intimes : ainsi on avait sur la terre les bipèdes, les quadrupèdes, les rep-
AGIIKGATS PAR CONTIGUITK. hh9
liles, t'ic. ; cliiu un de ces groupes étant l'assemblage d'un certain nombre d'individus remémorés en vertu de ressemblances spéciales. Ainsi, dans l'air, la multitude des insectes se distinguait aisément des tribus d'animaux à i)lumcs. Il n'était pas dii'licilc de former deux classes, les insectes et les oiseaux. Mais une élude i)lus approfondie a développé les traits d'identificaliou cl constate des ressemblances plus profondes portant sur des points d'une plus grande; valeur pour la science, que ceux qui servaient de base aux anciennes classifications. Maintenant, on reconnaît les oiseaux, non pas à ce qu'ils volent dans l'air^ mais parce qu'ils pondent des œufs, parce qu'ils ont la peau couverte de plumes, et un sang chaud, etc. Au lieu de l'ancien groupe des quadrupèdes, nous avons les mammifères, qui allaitent leurs jeunes, c'est-à-dire une classe qui comprend les quadrupèdes, l'homme, et certains habitants des mers et de l'air.
L'opération de la similarité dans ces classements et ces reclassements présente un grand intérêt, elle met en lumière les œuvres du génie et les phases par lesquelles ont passé l'histoire de la science et l'esprit humain. Mais comme le lecteur n'est pas encore complètement préparé à recevoir cette explication, il est nécessaire de lui présenter en premier lieu les cas les moins compliqués. Nous pourrions suivre d'abord l'ordre adopté dans le développement de la loi de contiguïté, et spécifier des cas de l'agrégation des impressions des divers sens : la sensibilité organique avec le goût, l'odorat, le tact, Touïe, la vue, et il nous serait facile d'y saisir beaucoup d'exemples d'identité dans la diversité. Les choses qui affectent le goût de la même manière peuvent cependant différer par le tact ou par la vue, par exemple les dilférentes variétés des substances alimentaires, le pain, le beurre, la viande, etc. Les objets identiques à l'œil peuvent différer par le goût et l'odorat, comme l'eau, l'alcool, et le vinaigre blanc. INous formons une classe fondée sur le caractère commun, et nous y mettons une étiquette qui ne désigne que ce caractère et rien de plus. Si, pourtant, nous prenons le goût ou l'odorat pour points de ressemblance, nous ne mettons pas ensemble le vinaigre et l'eau, mais nous plaçons le vinaigre à côté d'autres corps aigres, comme les acides.
Laissons là les exemples des agrégats formés d'impressions
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tirées do plusieurs sens, et occupons-nous des combinaisons des sens avec des associations. Les outils, les instruments, les machines, et tous les objets d'une utilité pratique, composent une classe qui peut servir de premier exemple à ce genre de combinaison. Un couteau n'est pas simplement un objet pour les sens, c'est quelque chose de plus. A côté de la sensation qu'il produit sur le tact et sur la vue, il y a une impression de l'usage auquel il sert ou de sa qualité tranchante, impression qui est unie à celle des sens par un lien d'association^ en sorte que nous ne pouvons considérer le couteau abstraction faite de cette qualité. L'apparence d'un couteau posé sur une table n'est pas tout le couteau; l'apparence du couteau dans la main au moment où nousen sentonslaforme et les dimensions, c'est-à-dire au moment où nous unissons les deux impressions de la vue et du tact, n'est pas encore tout le couteau; ce ne sont tout au plus que des signes, des caractères particuliers qui réveillent dans l'esprit, par association, la notion complète de l'objet. Nous avons donc dans ce cas une combinaison des sens et de l'intelligence, d'impressions faites par un objet actuel, avec des impressions idéales ou associées qui proviennent de conjonctures préalables où nous avons vu le couteau servir à son usage. Cette association d'une apparence sensible avec un usage, qui ne se révèle dans la réalité que par occasion, et qui par conséquent existe la plupart du temps en idée ou en puissance, nous impose fréquemment l'obligation de démêler la ressemblance dans la diversité. 11 nous arrive d'observer la similarité dans la forme unie à la diversité de l'usage, et la similarité de l'usage unie à la diversité de la forme. Une corde suggère l'idée d'autres cordes ou de cordages si nous ne regardons qu'à l'apparence; mais si nous regardons Vusage, elle peut suggérer l'idée d'un câble de fer, d'un échalas de bois, d'un cercle de fer, d'un lien de cuir, d'une pièce d'angle. En dépit de la diversité de l'apparence, la suggestion porte sur ce qui répond à une fin commune. Si nous sommes fortement attirés parles apparences sensibles, nous éprouverons plus de difficulté à nous souvenir des choses qui ne concordent que par l'usage. Si, par contre, nous sommes très-sensibles au seul fait de l'utilité pratique de l'objet considéré comme instrument, nous ne remarquerons guère les détails qui ne sont point essentiels à l'usage qu'on en fait, et nous serons toujours })ortés à nous souvenir des objets
AciUliGATS l'Ail CONTIGUÏTE. AT)!
(lue nous avons (•(niiiu>, cl ijui rrixjndciil au iiiùiiic; usage, (juo celui don l nous ikjus oeeui)ons en ce inonienL, bien qu'ils en dittùrcnt par toutes les autres qualités. Quand l'esprit est possédé pat* l'unique idée du pouvoir moteur, il oublie ladillerence qui sépare un cheval d'une niaeliine à vapeur, et d'une chute d'eau. La diversité de ces objets a eu sans doute il y a longtemps lalbrcede retardci* leur identification; des esprits obtus l'eussent toujours jugée impossible. Il a fallu qu'une forte concentration de l'esprit sur runicpie pailiculaiilé de la force mécanique, et un peu d'indillérence pour l'extérieur des choses, conspirassent avec la force intellectuelle de reviviscence parles semblables, pour réunir dans la même conception trois organismes aussi différents. Nous allons voir par un exemple analogue comment il peut se former dans l'esprit inventif d'un mécanicien des idées d'applications nouvelles d'un mécanisme existant. Quand pour la première l'ois un esprit capable de réfléchir s'aperçut que Tcau possède une propriété identique avec la force de l'homme ou de l'animal, la propriété de mettre en mouvement d'autres masses dont elle surmonte l'inertie ou la résistance, quand à la vue du courant, s'éveilla dans cet esprit, par l'efï'et de cette ressemblance, ridée de la force de l'animal, la liste des sources primitives de mouvement se trouva augmentée, et à partir de ce moment, quand les circonstances le permirent, cette force put être employée à la place des autres. Aujourd'hui que nous sommes familiarisés avec les roues hydrauliques il nous semble que ce genre de similarité était évident. Mais si nous nous reportons à cet état primitif de l'esprit, où l'eau courante ne l'affectait que par sa surface brillante, son murmure et les dévastations qu'elle cause de temps en temps, il nous sera facile de comprendre que la comparaison de cet effet avec la force musculaire de l'animal ne sautait pas aux yeux. Sans doute, quand se remontra une intelligence insensible à la configuration naturelle des choses, à leur aspect superficiel, aussi bien que capable d'un grand effort d'identification, cette comparaison devint possible. Nous pouvons pousser plus loin cet exemple et arriver à la découverte de la force de la vapeur, ou à lidentification de la force expansive de la vapeur avec les sources de force mécanique déjà connues. Pour lœil d'un observateur vulgaire, la vapeur n'était qu'un amas de nuages dans le ciel, ou un sifflement au bout du bec d'une bouilloire à quelques pouces duquel se formait un
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nuage tourbillonnant. Il se peut aussi qu'on eût observé le soulèvement du couvercle de la bouilloire par la vapeur. Mais combien n'a-t-il pas fallu de temps avant que quelqu'un fût frappé de l'analogie de cet effet avec celui d'un coup de vent, d'un jet d'eau, ou d'un effort musculaire? La dissemblance était trop grande pour s'effacer devant cette chétive ressemblance. Toutefois, il s'est rencontré un esprit où l'identification s'est faite, et qui l'a suivie dans ses conséquences. D'autres avaient été déjà frappés de la ressemblance, mais n'en avaient pas aperçu les résultats : ils s'étaient, à quelques égards, élevés audessus de millions de leurs semblables, et nous tâchons en ce moment d'expliquer ce qui faisait leur supériorité. L'esprit de Watt contenait tous les éléments qui permettent un grand effet de similarité; il devait à la nature aussi bien qu'à l'éducation une susceptibilité vive pour les propriétés mécaniques des corps; il avait beaucoup de science, et il était indifférent aux effets superficiels des choses. Non-seulement il est possible, mais il est très-probable que beaucoup de gens ont possédé avant lui ces quahtés ; elles ne dépassent pas le niveau des aptitudes communes; elles portent naturellement à l'étude des questions de mécanique. Mais si la découverte de la machine à vapeur n'a pas été faite plus tôt, c'est qu'il fallait quelque chose de plus; il fallait une aptitude merveilleuse à saisir la ressemblance sous le voile de la différence, c'est-à-dire la faculté d'identification qui est le propre de la similarité en général. Ce que nous savons du caractère intellectuel de l'inventeur de la machine à vapeur s'accorde avec notre théorie.
Voyons maintenant les objets de la nature tels qu'un naturaliste les considère, quand il veut les classer et en décrire complétementles propriétés et les rapports. Les règnes minéral, végétal et animal, considérés comme objets de curiosité pour l'esprit, et comme problèmes que la raison doit résoudre, présentent dans chaque individu un mélange de sensations actuelles et d'associations idéales, dont nous avons vu déjà un exemple à propos des outils et des machines. Chaque minéral, chaque plante, chaque animal, est un faisceau d'impressions dont la totalité ne saurait être présente en môme temps, puisque la conception de ce minéral, de cette plante ou de cet animal contient une série d'actions sur d'autres individus, actions
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qui (l'oi'diii.iiic soul unies ciisciuhlc j);irleli(Mi du liin^aj^e. Cet oxoniplc nous présente un peu plus de complication que le précédent. Dans les niinéi-aux, nousol)servons la reneontrcî de nombreux attributs danscli;i(iue individu, les unssensil)les, les autres révélés par rexpérinienlalion, et c'est sous riniluenee délavorable (i'une grande diversité que toutes les classes ont été faites. Par exemple prenons les métaux : il y en a plusieurs qui ont entre eux beaucoup de ressemblance, l'étain, le zinc, l'argent, le plomb; de même il y a beaucoup de ressemblance entre le cuivre et l'or, entre le ler et le manganèse; mais quand nous arrivons au mercure, nous voyons surgir un point saisissant de dissemblance, l'état liquide. L'influence de cette difTcrence qui nous reporte à l'eau et aux liquides de toute espèce, empêcherait l'esprit de songer aux métaux, n'était l'effet de deux qualités : le mercure possède l'état métallique et une pesanteur spécifique, qui par eux-mêmes rappelleraient la ressemblance de l'argent, du plomb de l'étain. Cette rencontre de deux points de dissemblance aussi frappants domine l'influence trompeuse de l'état liquide, et place le mercure sous le regard de l'esprit à côté des métaux. Ce n'est pas tout, on a pu même identifier ces corps en dépit de difl*érences bien autrement grandes. Quand Humphrey Davy émit l'idée que des substances métalliques sont contenues dans la soude, la potasse et la chaux, l'identification qu'il opérait s'appuyait sur des ressemblances purement idéales, que ne soutenait aucun témoignage des sens, et qui ne résultaient que de spéculations sur des symboles techniques. M. Davy était en présence de corps qui avaient entre eux une ressemblance étroite et qu'on appelait sels; il vit que certains de ces sels se composaient d'un acide et d'un oxyde métallique, comme le sulfate de fer, le nitrate d'argent; que d'autres se composaient d'un acide et d'une substance appelée un alcali, comme le sulfate de soude, le nitrate de potasse. Un certain nombre de corps se trouvaient unis dans l'esprit par une ressemblance générale; un oxyde métallique dans ces corps suggérait par similarité de fonction une substance alcaline, l'un et l'autre ayant la propriété de neutraliser un acide et de former un sel; il était donc impossible de ne pas classer ensemble dans un groupe toutes les substances pourvues de cette propriété, ce qu'on avait fait avant Davy, sous le nom de bases. Davy s'avança hardiment à affirmer que cette propriété commune de neutraliser les acides et de
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donner naissance à des sels, est la conséquence d'une ressemblance encore plus étroite, à savoir d'une composition commune, en d'autres termes que les akalù sont aussi des oxydes métalliques, et que les bases contiennent toutes un métal et de l'oxygène. A la vérification, l'hypothèse se trouva juste; des substances métalliques susceptibles de prendre l'état caractéristique furent effectivement extraites de la soude, de la potasse etc., et l'identité fut démontrée aux sens aussi bien qu'à la raison. Mais pour la découverte de ce genre d'identités, il fallait l'intervention des plus hautes conceptions de l'intelligence; il fallait considérer les sels non comme des corps relevant du tact, du goût et de la vue, mais comme formés d'éléments représentés à l'esprit par des noms, des figures et des symboles. Si l'on n'avait connu la couperose que telle que nous la trouvons dans une boutique de droguiste, on n'aurait pu, en la comparant avec les autres sels, aboutir à des identifications comme celle dont nous venons de parler. 11 fallait savoir que ce corps est formé d'une combinaison d'acide sulfurique avec un oxyde de fer^ ou qu'elle répondait au symbole SO'^+FeO, pour apercevoir l'analogie qui la rapproche du sel de Glauber pareillement représenté par le symbole S0^-|- soude. Les identités scientifiques dérivent de conceptions scientifiques, c'est-à-dire de moyens artificiels d'exprimer par des noms, des nombres et des symboles, les faits que l'expérimentation fait naître. La même voie de recherche a conduit à une identification qui aurait été absolument impossible si l'on n'avait eu recours qu'aux données de l'œil, nous voulons parler de l'assimilation de l'hydrogène aux métaux, c'est-à-dire d'un gaz à des corps solides, de la substance la plus légère avec les plus denses. On trouve l'hydrogène en des relations qui suggèrent l'idée d'un métal par l'effet de la similarité; en effet, il se combine avec l'oxygène et se comporte dans des composés supérieurs à la façon d'un métal. Le désaccord qui existe entre les propriétés physiques ou plus immédiatement sensibles de l'hydrogène (état gazeux et légèreté) et les propriétés des métaux, retarda quelque temps, mais n'empêcha pas à la fin l'identification basée sur la propriété de se combiner chimiquement de môme manière que les métaux. L'identité est telle dans les représentations artificielles des formules chimiques qu'elle saisit l'esprit très-rapidement; mais cette représentation est elle-même la conséquence
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(le la connaissance ([u'oii possède do la similariLr de Ibnclion dans les deux cas. Un acide est aujourd'hui repi-i^'senté chirui- (|ueinenl sous la môme l'orme qu'un sel; l'hydrof-ènereprésenl-e dans l'acide le mêlai du sel. i/a(!ide suiruri([ue s'exprime par II(),SÛ^ le sull'ale de l'er pac rcO,SU^
On peut ideulilier les j)lanlcs par beaucoup de points. La môme piaule rentie daus des groupes didérents suivant le trait i[ui prédomine dans l'esprit et détermine le souvenir. Tel Irait ([ui a iiin par servir de base à d'excellentes classifications, est resté au début masqué par des dissemblances. Dans la première classification des plantes, les arbres des forêts étaient j;roupés ensemble, parce que des points de ressemblance imposnnts et saillants rendaientrassimilation aisée. Les arbrisseaux devaient former une autre classe identifiée par la môme ressemblance superficielle. Les identifications en apparences superficielles de Linné n'apparaissent pas à un observateur vulgaire, et ne pouvaient se dégager que d'une dissection minutieuse des plantes qui mît en évidence les traits de ressemblance caches dans les organes de la floraison. La classification de Linné fut proprement un artifice pour faire sortir l'identité du milieu de la dissemblance la plus complète. Linné ne put triompher des difficultés de cette tâche qu'en fermant les yeux aux caractères qui subjuguent les autres esprits, et en consacrant une étude minutieuse aux détails de structure intime. 11 faut que la puissance de similarité de l'esprit de Linné, ait été d'un ordre supérieur pour déterminer un si grand changement dans la façon de considérer le monde végétal, pourfaire tomber en désuétude toutes les anciennes classifications, et imposer Tadoption de classifications nouvelles toutes difierentcs.
Le monde végétal nous offre un autre exemple d'attraction pure delà similarité. L'analogie de la fieur et de la plante frappa d'abord l'esprit poétique de Goethe, et fut considérée parles botanistes comme une suggestion lumineuse. Gœthe vit, dans l'arrangement des feuilles autour de la tige, une analogie avec l'arrangement circulaire des pétales de la fleur, en dépit de la grande différence de l'apparence générale. De même, dans la feuille, Oken reconnut la plante. Les ramifications des veines de la feuille sont, en fait, une miniature du végétal tout entier, avec la lige mère, ses branches, et ses rameaux. Nous trouvons dans
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ces identités, la première fois qu'elles furent suggérées à l'esprit^ un des plus beaux exemples de l'affranchissement de la similarité du milieu de la diversité. De telles identifications (quand elles sont vérifiées et qu'elles n'ont plus rien d'apparent ni d'imaginaire) éclairent le sujet d'un nouveau jour, simplifient ce qui est complexe, et nous guident facilement dans une région qui nous semblait impénétrable.
Dans la classification des animaux, la révélation de l'identité a porté d'abord sur une seule classe d'attributs, par exemple dans les divisions en quadrupèdes, oiseaux et poissons ; mais ud examen plus attentif conduisit à la découverte de ressemblances plus intimes; on retira de la classe des poissons des animaux qui habitent les mers, comme la baleine, le phoque, le marsouin; et de celle des oiseaux, certains animaux qui volent dans l'air, comme la chauve-souris. La nouvelle classification, comme la réforme de Linné dans la botanique, fut le résultat de découvertes dans la structure des animaux, et de l'indifférence de l'esprit pour les dissemblances saisissantes qui arrêtent l'observateur vulgaire. Œuvre des anatomistes du siècle dernier, elle est maintenant fixée pour toujours dans l'esprit des hommes par le langage qui représente les divisions et les subdivisions du règne animal.
Sous le nom àliomologies, on a établi de nombreuses et intéressantes comparaisons entre les diverses parties du corps des animaux considérés individuellement. Une des premières paraît due au génie inventif d'Oken. Un jour qu'il se promenait dans une forêt, il rencontra un crâne de daim; il le prit et en examina f arrangement anatomique ; tout à coup un éclair traversa son esprit, il venait de reconnaître une identité originale. Le crâne, dit-il, est formé de la réunion de quatre vertèbres ; de fait, la tête n'est que la continuation de la colonne vertébrale, mais tellement élargie et déformée que les traits de ressemblance se perdent au milieu des dissemblances. Dans un esprit admirablement préparé à la découverte de cette ressemblance, ce voile de diiférences venait de se déchirer par l'effet d'un tour de force de similarité. Il paraît on outre qu'Oken croyait fermement à la simplicité de la nature, c'est-à-dire à la répétition de la même disposition, à de nouvelles applications du môme plan sous des formes infiniment variées et
AUnfeGATS PAR flONTIGlHTL. /l.")?
tMi appiuiMicc les i>lus ('loi^iiri's. Ses coiiviclioiis sur ce poiiiL ilôi);issèronl (!(' hcancoiip les résultats de l'expérience; en cllet, (le pliisiciiis ciMilaincs (riioniologics (jn'i! consigna dans son uni([ue ouvrage « P/n/sio-p/u'loso/j/iie », il n'y (mi a peut- (^tre pas vingt (jui soient vraies, [.a faculté de siniilaiilé ne trouvait chez lui rien ((ui la contrôîAt. 11 ne prenait jamais la peine de vérilier la réalité des identifications qu'il proposait. L'effort de similarité qui unit pour la première fois les choses que l'on regardait auparavant comme engagées dans des rapports tout différents, est le premier temps d'une découverte, mais ce n'en est que le premier. 11 faut après cela que l'inventeur se donne la peine^de comparerniinulieusement toutes les choses ddférentes dont la ressemblance est impliquée dans l'identification; et la découverte n'est parfaite que lorsque cet examen est complet et affirmatif. De là le proverbe «qui prouve découvre». 11 revient de l'honneur à celui qui a lancé la première suggestion d'une découverte, si cette idée est capable de pousser quelqu'un à entreprendre la vérification; mais le monde doit toujours considérer cette dernière opération comme le couronnnement de l'œuvre.
Les homologies du squelette supposent un ordre considérable de similarités qu'il faut découvrir sous le voile le plus épais de diversité. Pour affirmer l'identité de structure de tous les animaux de fembranchement des vertébrés, mammifères, oiseaux, reptiles et poissons, la correspondance des bras de l'homme avec la jambe de devant des quadrupèdes, l'aile de l'oiseau et la nageoire antérieure du poisson, il faut une connaissance intime des détails anatomiques, et la faculté de mettre de côté les premières apparences. La ressemblance des segments du même squelette, depuis le sommet de la tête jusqu'au bout de la queue, constitue la série d'homologies qui complète la découverte d'Oken sur le crâne du daim. La découverte de ces homologies représente les luttes de f intelligence humaine contre les énigmes du monde. Il est rare que les premières explications des phénomènes de la nature soient correctes. Les ressemblances superficielles rassemblent des choses qui n'ont aucune ressemblance intime déstructure : il en résulte qu'elles ne s'éclairent pas mutuellement. La comparaison d'un saumon avec un phoque ne peut que nous tromper; celle d'un phoque avec une baleine nous permet de mieux connaître l'un et l'autre.
Quand une ressemblance superficielle de deux objets, une ressemblance de quelque Irait saillant, est le signe d'une ressemblance profonde ou d'une ressemblance d'un grand nombre d'autres traits tous très-importants, nous pouvons appliquer au second objet tout ce que nous savons du premier; c'est-à-dire qu'en étudiant l'un des deux, nous les connaissons l'un et l'autre, et que nous économisons notre travail. Si je trouve qu'une chauve-souris n'est pas un oiseau, mais un mammifère, je transfère à cet animal tout ce que je sais des caractères communs des mammifères; mais si j'assimile une chauve-souris à un chathuant, je ne gagne rien, car la ressemblance qui les rapproche, c'est-à-dire leurs habitudes nocturnes, est superficielle et sans lien avec leurs autres caractères respectifs. Le progrès de la vraie découverte consiste à saisir ces ressemblances dominantes et à négliger les autres. Souvent oii l'on trouve le plus de ressemblance réelle, on voit le moins de ressemblance apparente ; ce qui montre suffisamment que le vulgaire se contente d'une vue très- superficielle des choses.