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Les diverses opérations de la science : I/Austr\ction, nominalisme et réalisme. — L'Induction, exemples : lois de Kepler. — La Dkduction, exemples : découverte de la combustibilité du diamant par Newton, théorie de la foudre de Franklin. — Raisonnement par analogie. — Explication dQ la faculté du raisonnement.
La plupart des exemples de similarité que nous avons présentés sont tirés des sciences; néanmoins, nous croyons qu'il convient de consacrer une place distincte aux effets de la loi de similarité dans les diverses opérations scientifiques pour éclairer à la l'ois cette loi et ces opérations. Nous en examinerons les effets dans les quatre divisions de l'Abstraction, de l'Induction, de la Déduction et de l'Analogie.
Abstraction. Classification, généralisation de notions ou concepts, noms généraux, définitions. Toutes ces dénominations expriment au fond la môme opération, celle qui identifie un certain nombre de sujets différents par quelque trait commun, qui saisit et considère ce trait comme un sujet distinct de pensée, l'identification n'étant qu'un pur effort de similarité. Nous identifions les différents courants qui tombent sous notre observation, en conséquence de la ressemblance qui fait saillie au milieu d'une diversité considérable; tout courant nouveau réveillera les iinciens; et ils se réuniront tous dans l'esprit non comme un agrégat mélangé, mais comme une classe reliée par un lien commun. Une fois unis, l'ensemble aide à connaître chacun de ses éléments; nous connaissons les uns surtout à leur source, les autres à leur embouchure, d'autres dans les montagnes, d'autres dans les plaines; en conséquence, nous comblons les lacunes que présente la connaissance de chacun au moyen des détails que nous fournissent les autres. Nous allons jusqu'à tirer de nos idées fragmentaires un tout ininterrompu, une rivière idéale, qui possède tous les traits d'une rivière complète; ou bien nous en choisissons simplement une que nous connaissons mieux que les autres, nous en faisons l'exemple représentatif, et nous en tirons les éléments qui nous sont nécessaires pour remplir les vides de celles que nous avons moins complètement
étudiées. Combler lesvidesdela connaissance des casparticuliers, c'est l'un des avantages que nous obtenons en les réunissant en une classe; il y en a un second, celui de substituer un cas particulier à un autre dans la pratique; nous savons, par exemple, d'après quelque expérience, que le bord d'une rivière est un site convenable pour une ville ou un village, et nous pouvons choisir pour cela la rivière qui nous plaît. Nous trouvons là, d'abord, une classification formée de caractères assemblés par l'attraction de la similarité, et secondement une généralisation ou notion générale, concept ou idée abstraite, c'est-à-dire quelque rivière typique qui représente bien le groupe tout entier, et où nous comprenons seulement ce qui est commun à tous les particuliers; cette rivière typique peut être un de ces particuliers, ou résulter de la combinaison de plusieurs. En troisième lieu nous avons l'application d'un nom général à la classe, le nom c( rivière » qui exprime à la fois le tout, et ce qui dans chaque cas est commun à tous. Une quatrième opération complète l'œuvre, elle fournit la définition^ c'est-à-dire qu'elle exprime par le langage les traits ressemblants ou les propriétés communes de la classe (1). Cette opération est la dernière de celles qui se rattachent à la généralisation des objets considérés comme un total ou une unité, la première est un pur effet de similarité, les autres supposent un mécanisme plus compliqué, que nous décrirons plus loin.
Prenons maintenant le genre des corps ronds. L'attraction de la similarité les a réunis aussi; leur identification a les efTets que nous connaissons déjà : ils s'éclairent mutuellement et peuvent servir l'un pour l'autre. Nous prenons parmi eux quelques exemples pour en faire une représentation de tous les autres, un cas type; et cette idée nous l'appelons abstraite, ou idée générale. Nous pouvons suivre une méthode plus subtile : tirons une ligne circulaire en négligeant la substance solide qui la porte et en considérant seulement la forme nue qu'elle présente à l'œil, et nous obtenons une abstraction supérieure à celle que nous pouvons acquérir, en prenant un objet circulaire pour spécimen, une roue par exemple, car elle laisse de côté un plus grand nombre de traits par lesquels les corps circulaires
(1) On peut définir une rivière « un courant naturel d'eau coulant dans un canal à découvert vers la mer, ou dans une direction qui l'en rapproche ».