‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 113 sur 146 · VIII. — Les boaiix-nrts en ;sénérnl · texte numérisé non relu

VIII. — Les boaiix-nrts en ;sénérnl

Beaux-arts qui supposent une large application de l'intelligence. — Beaux-arts qui la supposent le moins ; de l'intelligence dans les beaux-arts en général.

Les observations que nous avons faites sur la poésie s'appliquent avec quelques modifications aux beaux-arts en général. Dans les arts, nous pouvons découvrir une échelle de gradation commençant par le plus intellectuel, et finissant par celui qui possède cette quaUté au plus faible degré. A l'un des bouts nous

/j92 de l'intelligence.

rencontrons des exemples frappants de la loi purement intellectuelle de la similarité, à l'autre il y a à peine une trace de cette opération dans la forme à laquelle nous sommes habitués. La poésie, la peinture, la sculpture, l'architecture, la décoration et le dessin ont tous affaire à quelque élément supérieur de l'esprit. Pour rassembler les matériaux de ces arts et les reproduire en des occasions favorables, il faut que les forces associées de contiguïté et de similarité entrent largement en action. Quant à la contiguïté, c'est assez évident; quant à la similarité, il n'est pas difficile de le montrer. Un peintre qui compose un tableau doit, en définitive, en choisir les parties d'après les rapports artistiques qu'elles soutiennent entre elles ; mais pour rappeler du passé un certain nombre d'objets afin de juger de leur effet, il faut posséder une puissante faculté d'identification. Nouspouvonssupposerquele peintre a dans l'esprit quelque plan d'un fond de tableau, bien qu'avec des traits qui nesatisfont point pleinement son sens artistique; par l'attraction de la ressemblance, cette partie, qui par elle-même ne convient pas, peut 3n rappeler d'autres qui lui ressemblent tout en différant beaucoup; et au milieu de toutes ces images évoquées du fond d'une riche expérience, il peut s'en trouver une qui réponde aux desseins de l'artiste. Il n'y a peut-être rien d'artistique dans la suggestion des différents tableaux; cependant un artiste seul peut y faire le choix qui convient. De même qu'en poésie, il y a dans la peinture, la sculpture, l'architecture, la décoration et le dessin, un riche approvisionnement et une féconde reproduction de matériaux, indépendants du sentiment esthétique; quoique ce soit ce sentiment qui guide l'artiste dans le choix qu'il fait parmi les suggestions de son intelligence. On peut trouver dans tous les arts des exemples où des éléments sont entassés sans choix; c'est que l'artiste se trompe et prend un souvenir saisissant, le souvenir d'une décoration naturelle et d'éléments de tableaux, pour la faculté artistique qui les'harmonise; pourtant, à moins de posséder la faculté intellectuelle qui suggère, nul artiste, quel que soit son sentiment artistique, ne peut s'élever bien haut. L'intervention d'une haute intelligence dans l'art paraît avoir dit son dernier mot dans Michel Ange; les limites de la nature humaine ne nous permettent pas de supposer que ce grand artiste fut en même temps capable d'ajuster avec délicatesse les parties de ses corn-

LES BEAUX-ARTS EN GÉNÉRAL. ft93

positions, de niaiiièro à ollVir à l'œil les gi'àces et le charme qui font l'essence ilc Tari.

Dans k'.^ arUs de la secoiuk' classe, nous voyous rintelligence s'ell'accr et faire place au sentiment arti'stique dans sa pureté. La musique est le membre le plus important de ce groupe, elle en est j\ vrai dire le type. Les autres sont la musique du langage ou éloquence, l'action dramatique et la pantomime, les grâces des manières et des gestes, enfin la danse. C'est à peine si l'on peut dire que dans ces arts les suggestions de la similarité intellectuelle se révèlent. Il n'est pas douteux que nous puissions par l'effet de la similarité reconnaître un caractère commun dans des mélodies et des harmonies différentes, et que le compositeur ne puisse, à l'aide d'une composition présente à son esprit, en rappeler plusieurs autres et s'en servir comme de jalons dans l'œuvre qu'il crée. Dans ce cas, une faculté puissante d'identification peut agrandir le domaine où le musicien paise ses ressources, et donne de la force aux effets qui ont déjà fait impression sur son esprit. Mais ce n'est là que de l'imitation et de la compilation, et nous n'y trouvons pas les effets de la faculté vraiment créatrice de l'artiste. L'auteur d'une mélodie vraiment originale n'a pas recours aux artifices que suggère l'intelligence. Son esprit possède des sources naturelles d'où jaillissent spontanément des chants; l'artiste luimême, sous l'empire d'un sentiment délicat, entonne des mélodies. Que d'autres imitent et combinent des œuvres originales de ce genre pour en faire des compositions variées, l'oreille du connaisseur découvrira aisément ce travail de compilation. L'intelligence peut créer la connaissance, elle ne crée 'pas l'art. Quelquefois aussi la musique veut reproduire exactement la nature, comme lorsque Haydn dans la «Création », a voulu en imiter tous les bruits. Mais aucun bon juge ne fera jamais grand cas d'une telle musique.

On sait d'ailleurs, et nous pouvons le redire, que les grands musiciens, les grands acteurs, pour ne rien dire des plus fameux danseurs d'opéra, n'ont souvent qu'une intelligence fort ordinaire. De même, le charme et les grâces qu'on déploie dans la société, qui sont comme une branche des beaux-arts, n'ont rien de commun avec l'intelligence. D'autre part, s'il s'agit d'aider un naturel moins bien doué à s'assimiler la grâce na-

U^JU 1)1^ l'intelligence.

tivc de certains autres, l'intelligence peut lournir un concours efficace; c'est une affaire d'acquisition et de copie, et l'intelligence y triomphe. Bien plus, dans l'art, on peut souvent ramener les effets à une règle qu'il faut saisir et suivre, ce qui est du domaine de l'intelligence. En musique, il y a des règles d'harmonie, dont tout le monde peut se servir; dans la déclamation, on peut faire hcaucoup de progrès rien qu'en suivant les instructions d'un maître; toute instruction d'ailleurs est sans prise sur la bêtise. Sans doute, pour répandre le moins intellectuel des beaux-arts, il faut avoir recours à un instrument qui ne servirait de rien pour le créer. C'est un fait remarquable en histoire, que le peuple le mieux doué de l'antiquité pour tout ce qui se rapportait à l'intelligence pure, ne paraît avoir possédé aucune originalité en musique, bien qu'il put apprécier et emprunter les mélodies étrangères et s'en servir pour accompagner ses compositions lyriques et dramatiques.

t\. — «Similarité (lau»ii l'acquisition et la nicnioirv.

La similarité abrège le travail de l'acquisition en découvrant les répétitions. — Exemples tirés de la science. — Acquisitions dans les affaires. — Esprit artistique. — La nouveauté absolue est In pierre de touche de la faculté de contiguïté. — Mémoire historique.

Il nous reste à montrer comment la faculté de restauration par similarité peut faire avancer l'acquisition. Nous avons vu que le principe associant de la contiguïté doit nécessairement être le fondement de l'acquisition d'une manière générale; mais quand une série nouvelle peut évoquer du passé quelque série à peu près similaire, on économise le travail d'une acquisition séparée; les différences entre la nouvelle et l'ancienne sont tout ce que la contiguïté peut greffer sur l'esprit. Quand un ouvrier apprend une opération nouvelle de son art, il y trouve nécessairement à côté, de certaines nouveautés, beaucoup de ressemblance avec ce qu'il était habitué à faire; aussi, s'il veut posséder ce procédé, est-il obligé de le répéter autant de fois qu'il est nécessaire pour en fixer, par l'opération plastique de la contiguïté, tous les temps et toutes les combinaisons. Un danseur exercé qui apprend une danse nouvelle est dans une situation bien différente d'un débutant. Un musicien

SIMll.MUTl': DANS L'y\CoUISrn().N l'A' \.\ Ml:::\l()IHh. /|95

qui jippi'L'iul un inorcciiu nouveau, Iruuvc récllenicnl que les dix-neuf viii^liènies de tuules les séquences qui le confiposenl, existaient déji\ dans sa mémoire par l'eUel de son éducation. Un naturaliste lit la descrii)tion d'un animal qu'on vient de découM-ir ; il possède déjà dans son esprit les caractères de ceux des animaux connus (|ui s'en rapprochent le plus, et pourvu qu'il mette assez de temps et d'attention pour tlxer dans son esprit les points oui sont absolument nouveaux, il letientle tout. Leju^equi écoute une plaidoirie, écoute un peu ce qui est absolument nouveau; s'il s'en souvient, l'aflaire tout entière reste dans sa mémoire. Quand nous lisons un livre sur un sujet qi-ii nous est familier, nous pouvons le reproduire tout entier au prix du travail qu'il faut pour retenir les au'^nientations qu'il apporte à nos connaissances antérieures. De môme dans les beaux-arts, un architecte, un peintre, un poëte, peuvent aisément retenir l'impression totale; le premier, d'un bâtiment; le second, d'un tableau; le troisième, d'un poëme; car au lieu d'être des acquisitions de novo, ces impressions ne sont que des variations d'effets déjà fixés dans le souvenir de l'artiste.

Quelle que soit la ressemblance d'une chose avec celle qu'elle répète, la dépense de l'acquisition par contiguïté est épargnée. Mais il est nécessaire que la répétition ou l'identité soient perçues; en d'autres termes, ce que nous apprenons en ce moment doit restaurer, par la force de la similarité, toutes les séries déjà connues qui y correspondent. Une acquisition ancienne qui contient des parties qui se retrouvent aussi dans ce que nous apprenons en ce moment, ne nous servira de rien si nous ne nous la rappelons pas ; si les points de dissemblance sont assez forts pour voiler la ressemblance; et paralyser la faculté d'identification, la ressemblance ne nous apprend rien. Il en résulte qu'un esprit qui ne possède pas une force de similarite suffisante, rie tire pas de ce qu'il a appris l'assistance qui soutiendrait et ferait réussir ses efforts; au contraire, une mémoire excellente nous permet de tirer parti de tout ce qui renferme la plus petite trace de ressemblance.

La science va nous fournir quelques exemples. Le sujet de la géométrie comprend un petit nombre de notions et d'opérations fondamentales. Une définition, un axiome, un postulat, une

/,96 r>E L INTELLIÔENCE.

pi'oposiliun, théorème ou problème, une chaîne de démonstrations, sont pour le débutant des choses absolument nouvelles. Il faut les fixer par le pouvoir plastique de la contiguïté ; le temps et l'attention sont les conditions nécessaires du succès. Mais pour une bonne tête, un qu deux exemples de chaque notion ou opération, fortement imprimés, rendront le reste facile. Elle comprendra et apprendra la méthode ou caractère de chaque opération, et chaque fois qu'un cas nouveau se présentera, l'esprit se rappellera les anciens, y considérera l'élément commun, et concentrera Taltention sur les points de différence seulement. Quand, après avoir parcouru quelques définitions, l'élève a reçu l'impression de la forme et du caractère d'une définition, il ne met pas beaucoup de temps à apprendre le reste; pour faire d'un ancien cas un nouveau, une légère substitution suffit; il n'y a pas grand'chose à changer à la définition d'un carré pour en faire celle d'un rectangle. De même pour l'axiome. Le premier donne le plus de peine à apprendre; ceux qui suivent sont toujours plus faciles. Quand nous arrivons aux propositions, nous trouvons beaucoup de choses nouvelles; toute l'économie, toute la conduite d'un théorème ou d'un problème, la forme de la proposition et l'ordre de la démonstration sont des choses tout à fait nouvelles pour le commençant : il faut un grand effort de la faculté d'association des formes abstraites et représentatives pour apprendre un seul théorème. Mais une fois cette acquisition faite, on peut en tirer parti dans les propositions qui suivent, pourvu que l'effet de la similarité ne soit pas annulé par les difierences qui peuvent surcharger ces nouvelles propositions. Si l'on pouvait, sans beaucoup de temps, apprendre les premières notions de la géométrie, et les retenir fortement, si la faculté restauratrice de la similarité pour ce genre de connaissances était infaillible, on parcourrait les livres d'Euclide tout naturellement, comme ont pu le faire Pascal et Newton. Mais, pour la masse des esprits, les ressemblances du raisonnement géométrique sont difficiles à percevoir; une diflerence dans les détails accessoires étouffe le sentiment de la ressemblance dans l'essentiel, et toute proposition nouvelle demande un nouveau travail comme si l'on n'avait encore rien fait qui y ressemblât.

Ce qui est vrai de la géométrie est vrai de toutes les sciences. Dans chacune, on voit revenir souvent les mêmes faits et le;»

SI.MFLARITl': DANS L'ACQUISITION KT LA MÉMOIRE. /l97

mômes mclhodcs, parmi de jurandes (lilIÏMciiccs de délails et d'accessoii'cs. La loi de la j^ravi talion se retrouve partout en astronomie ; et dans les calculs les plus profonds auxfjuels donnent lieu les mouvements célestes, les mômes piocîédés mathématiques reparaissent sans cesse en de nouvelles comhinaisons. Un esprit qui peut saisir un calcul une fois pour toutes, et le découvrir sous la diversité la plus riche, se jouera des (hf- (îcullés de cet immense sujet, comme de celles des autres sciences abstraites. Avec l'aide d'une faculté de similarité assez puissante pour découvrir les identités déjà étudiées par tous les esprits (jui se sont occupés de ce sujet, il y a lieu de penser (jue les ressemblances les plus ordinaires se réveilleront facilement; on comprend dès lors qu'un esprit original se distingue aussi par la rapidité avec laquelle il parcourt les voies déjà tracées dans la science. La plupart des choses qu'apprend un individu doué d'une puissante intelligence, ne sont que des découvertes qu'il fait lui-même de choses déjà connues; un esprit de cette force aperçoit les identités d'abstraction, de classification, d'induction, d'application déductive^ de raisonnement démonstratif, avant même que le maître les ait indiquées. Celui qui a besoin de recourir à ses livres pour faire la démonstration des théorèmes successifs ne peut être qu'un pauvre mathématicien. Les mêmes remarques conviennent à la physique, à la chimie, et à la physiologie. C'est le propre des sciences avancées de renfermer d'innombrables identifications résumées dans ses définitions et ses lois générales. C'est par un vigoureux effort de similarité qu'elles ont été formées, c'est par la même faculté qu'on en acquiert rapidement la connaissance.

Il en est de même dans les sciences plus concrètes du groupe de l'histoire naturelle. Nous trouvons en zoologie, en botanique, en minéralogie, en géologie, une riche provision d'identités dans les classifications qui les prennent pour base. Le lecteur qui veut apprendre ces classifications, a besoin de sentir la similarité dans les individus; et si son esprit n'a pas la puissance de saisir un grand nombre de ces traits de ressemblance, par lui-même et sans assistance, il devra mettre sa diligence à rattacher ensemble tous les groupes que d'autres ont formés. 11 est important pour un botaniste, occupé d'une plante nouvelle, de pouvoir se rappeler à la fois toutes les autres plantes

qu'il a connues, qui ressemblent par quelque point à celle qu'il étudie; c'est pour lui le moyen d'en déterminer la vraie classe, et de l'imprimer aisément dans sa mémoire.

Dans toutes les acquisitions d'affaires, la similarité joue un rôle important. Quand un jeune homme qui se destine au barreau possède cette faculté subtile d'identification en vertu de laquelle il aperçoit, dans chaque affaire nouvelle, toute la ressemblance qu'elle a avec un affaire antérieure, il s'évite la moitié du travail ; son esprit s'engage sur les traces de l'ancienne affaire, et là-dessus bâtit le souvenir nouveau dans la mesure de la ressemblance. Il est possible de mettre ainsi à contribution des matières très-éloignées du sujet du moment ; on peut apprendre les expressions techniques de la procédure en recourant aux connaissances variées d'une autre personne; nous pouvons nous servir de souvenirs tirés des sciences et des arts comme de comparaisons, comme s'ils faisaient partie de notre propre bagage scientifique. L'esprit de Bacon voyait dans tout ce qui se présentait à lui des analogies multiples avec les choses les plus différentes; il pouvait présenter ces analogies à ses lecteurs pour leur faire comprendre ce qu'il voulait dire, et grâce à la même faculté, il abrégeait son propre travail. Quand une personne de mérite nous étonne par la facilité avec laquelle elle saisit au vol et la ténacité avec laquelle elle retient une nouvelle méthode, nous pouvons être sûrs qu'elle en a pris possession en se rappelant quelque analogie que lui fournit la réserve de son expérience passée ; toutes les fois que cette intelligence facile et cette mémoire inébranlable s'unissent pour constituer le caractère d'un esprit, et s'exercent sur un grand nombre de sujets, il est certain qu'elles s'appuient sur une puissante faculté d'identilicalion.

L'esprit de l'artiste n'est pas d'une autre nature. Il lui est très-facile de s'approvisionner d'impressions artistiques s'il possède une faculté d'identification assez puissante pour rappeler, en toute occasion, tout ce qui ressemble à l'objet qu'il a sous les yeux. Quand il existe une ressemblance entre quelque chose que nous regardons à présent, ou que nous écoulons, et quelque impression passée reçue par l'œil ou l'oreille, et que cette ressemblance n'est pas sentie, c'est toujours un malheur,

SIMILAUITÉ DANS l'ACQUISITION ET LA MÉMOIRE. ^99

une porlo; c'est pour celle raison enlrc aulres, (]iie pour imprimer le nouvel objet sur la nu';moire nous avons besoin d'y revenir si souvenl el de prendre lant de peine, comme si nous n'avions jamais rien éprouvé du môme ^enre. Quand nous lisons un poëme, nous trouvons pour aider notre mémoire l'assistance de tous les cas similaires de pensée, d'images, de langage, de mètre el de rhylhme, que nous sommes en état d'évoquer de nos anciennes lectures et de nos vieux souvenirs. Chez un esprit très-susceptible à l'égard de tous ces éléments poétiques, eldont la faculté de similarité se révèle par de puissants ellbrts, il est peu d'allusions qui n'éveillent quelque souvenir passé qui y ressemble, et ce quelque chose est un souvenir déjà formé, qui vient ajouter à la rétenlivité du nouvel effort. Plus nos acquisitions augmentent, plus il nous est facile de faire du neuf avec du vieux; mais l'acquisition ancienne ne vaut qu'autant que l'effet qui la rappelle est capable de tirer le voile dont la diversité couvre, en l'altérant, la forme de l'expérience passée.

La faculté rétentive de l'esprit n'est mise aune épreuve décisive que par une nouveauté absolue, ce qui devient de plus en plus rare à mesure que nous vieillissons. Quand nous apprenons les langues, nous avons toujours moins à apprendre à chaque langue que nous étudions. Le latin prépare à l'italien et à l'espagnol, l'allemand au hollandais et à l'anglais, le sanscrit à l'hindoustani. Les généralisations des philologues qui ont découvert des racines communes dans toutes les langues indo-européennes, diminuent beaucoup le nombre des liens originaux que la contiguïté doit fixer. Toutes les découvertes de généralisations ont cet effet; et si un élève peut apercevoir des ressemblances, qui s'ajoutent à celles qui ont déjà été déentes, son travail s'abrège par l'effet de la faculté qui lui est propre.

La mémoire de l'histoire nous fournirait aussi de bons exemples de l'intervention de la similarité pour compléter la chaîne des événements remémorés. Dans les affaires du monde, grandes et petites, il y a tant de répétition, qu'une histoire nouvelle n'est en réalité qu'une vieille histoire, ornée de variations, pour ne pas dire qu'une nation se répète souvent à des époques successives. Pour un esprit obtus cette répétition est perdue, sa

mémoire n'en reçoit aucun secours ; au contraire, une attraction clairvoyante pour toute trace de ressemblance nous met en état de retenir une grande quantité de faits sans que notre faculté d'association acquisitive fasse de grands frais. Une campagne en suggère une autre, une bataille une autre; une intrigue, une négociation, une carrière d'ambition, une conquête, une révolution, sont des choses familières à quiconque a lu l'histoire; certains traits de moindre importance seulement, quelque détail qui indique les proportions ou spécifie les accessoires, appartiennent exclusivement au fait historique que nous apprenons et veulent être fixés dans la mémoire par l'effet de la contiguïté. Personne ne peut réciter la narration d'un événement d'après une seule lecture ou une seule audition, si tout y est nouveau; il serait impossible de dire une histoire une heure après l'avoir entendue, si nous ne possédions déjà, dans la réserve de nos souvenirs, plus des neuf dixièmes de toutes les associations qui la composent.

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