V. — Inniicncc (Ir lu «olilion
Action reméinorative de la volonté.
Le plus souvent le souvenir du passe est activé par lavolition; •c'est que nous avons quelque dessein qui stimule l'activité de •l'esprit à rappeler un souvenir. Je veux me rappeler le nom d'un objet qui est h\ disant moi, le lieu où j'ai vu telle personne, ou bien trouver un principe applicable au cas qui m'occupe. D'abord j'échoue, puis, après un effort prolongé;, j'effectue la remémoration désirée.
Il est intéressant de constater de quelle façon le pouvoir de la volonté se combine avec les forces intellectuelles de reproduction. A quel point cette influence opère-t-elle ? Peut-elle fortifier une association par contiguïté trop faible, ou l'attraction d'une similarité trop peu marquée ?
L'influence de la volonté est indirecte. Il n'y a aucun moyen d'ajouter, par un effort volontaire, à la force d'un lien d'asso- •ciation, qu'il soit par contiguïté ou par similarité. Les reproductions de l'intelligence sont soustraites à l'empire de la volition. On ne peut faire succéder une pensée à une autre, par le pur effet delà volonté, comme on peut faire succéder un mouvement d'un membre à un autre. Les modes de l'intervention de la volonté sont les suivants :
1° Elle excite le système nerveux et par là exalte l'intensité du procédé mental. C'est la nature d'une fin fortement sentie de stimuler tout l'organisme, tant le corps que l'esprit. La difficulté de l'objet est un aliment pour la flamme qui embrase l'esprit. Sous l'empire de l'excitation, dans certaines limites, tout ce que mous faisons s'exécute plus vigoureusement. Les efforts du <iorps sont plus énergiques, les sens plus vifs, les volontés plus décidées, et l'intelligence subit aussi les effets de la stimulation.
2** La volonté peut diriger l'attention de l'esprit, de la manière qu'elle fait subir son influence à l'observation. Quand nous avons plusieurs choses devant les yeux, nous en observons quelques-unes et nous négligeons le reste. Nous avons déjà dis- <'uté longuement pour établir que dans la remémoration des
objets SOUS forme d'idées, quand ils ne sont plus présents comme réalités, les mêmes cercles nerveux et les mêmes organes des sens et du mouvement qui étaient occupés dans la perception originale durant la présence actuelle, le sont encore. L'image idéale d'un bâtiment est une série d'impressions, retenues dans l'appareil optique et moteur de l'œil, et dans les parlies du cerveau mises en jeu quand nous regardions le bâtiment actuel. Aussi, de même que nous avons le pouvoir de regarder à plaisir l'objet réel, de porter les yeux d'un point sur l'autre, d'examiner en détail certains points, et de négliger le reste, de même quand ce bâtiment devient un souvenir, nous avons encore le même pouvoir de diriger à volonté le regard interne : nous pouvons fixer notre attention sur le dessin à l'exclusion des détails, nous pouvons la concentrer sur une colonne ou une corniche, nous pouvons nous laisser dominer par le souvenir de l'apparence des matériaux; en un mot nous en agissons avec l'idée, la notion, le souvenir, comme nous le ferions avec la réalité. La volition n'est pas paralysée parce qu'on passe de l'actuel à l'idéal, par la raison, croyons- nous, que ce sont les mêmes organes qui fonctionnent dans les deux cas. Si les observations passaient dans une autre région de l'esprit du moment qu'elles contractent l'existence idéale, nous aurions de la peine à comprendre comment la volonté pourrait conserver quelque action sur elles, parce que selon nous la volonté n'existe qu'en relation avec les organes actifs, c'est-à-dire avec le système musculaire. Même dans la sphère de la pensée la restriction que nous posons existe. La même volition qui gouverne l'œil du corps, peut gouverner l'œil mental, parce que l'œil mental n'est encore que l'œil du corps.
Ainsi la volonté agit en aidant à réveiller le passé, au moyen du pouvoir qu'elle a de diriger et de fixer l'attention sur l'un quelconque des objets présents au même moment à l'esprit, à l'exclusion des autres. Je me rappelle un anneau d'une chaîne que j'ai d'ailleurs oubliée : je m'occupe de cet anneau jusqu'à ce que j'en aie ravivé le souvenir et que je lui aie rendu le pouvoir de rappeler le reste de la chaîne. L'objet que nous choisissons ainsi est le seul qui occupe fortement l'esprit, aussi devient-il le point de départ de ^association. L'idée qui se présente ensuite dans le mouvement de reproduction sera quelque associé, ou quelque semblable de cet objet, de même que la
CHOIX d'une si:RiK entrk plusieurs. 517
chose que nous choisissons pour l'ohservation spéciale dans un groupe varié sur lequel l'œil est arrêté, est celle qui suggère l'idée suivante (jui se dresse devant l'esprit. Nous {)Ouvons donc toujours donner une (Ulenlion da [(wi-ur à l'un des nombreux objets qui se présentent à notre souvenir, et l'objet préféré devient l'instrument de la suggestion, et en conséquence les séries restaurées sont celles qui s'accordent avec les fins du moment.
Ouand une remémorali(jn est dillicile et laborieuse, il faut tâcher de saisir de nouveaux liens d'association. Un effort de volonté est le moyen que l'esprit emploie. L'effort consiste à fixer l'attention sur diverses choses jusqu'à ce que, l'une après l'autre, elles aient suggéré des enchaînements d'idées, parmi lesquelles il s'en trouve une qui ait quelque rapport avec la chose qu'on cherche, et tienne lieu du lien dont l'absence empêche l'effet de la remémoration ; par exemple, quand nous cherchons une analogie historique, la force de la similarité peut rester audessous de sa tâche et faillir à évoquer le cas qui nous convient. L'esprit s'engage alors dans une série de contiguïtés à travers le champ de l'histoire ; non pas que la volonté détermine la succession des faits, mais parce qu'elle fixe la pensée sur un point saillant, l'époque d'Alexandre le grand par exemple ; quand l'attention y est attachée, tous les détails de cette époque associés ensemble se présentent d'eux-mêmes à l'esprit, dans la mesure oii l'association est plus ou moins intime. Cette faculté de concentrer l'attention sur une partie d'un cercle de notions présent à l'esprit, comme la faculté de diriger l'observation sur quelque point de vue d'une scène réelle, parait être la principale fonction de la volonté dans la remémoration du passé.
Vi. — C;iioi\ d'une «cric entre i>lu»iicur$«.
Autres circonstances remémoratives. — Choix parmi les diverses propriétés du
même objet.
Ouand je regarde une montagne, plusieurs séries se présentent à moi, dans lesquelles je peux m'engager à propos de l'objet qui est devant mes yeux. En vertu de la contiguïté, je peux passer aux autres montagnes de la chaîne, aux plaines et aux
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villages situés au delà, à la composition minérale de la masse^ à la flore qui s'y étale, à sa structure géologique, aux événements historiques qui s'y sont accomplis. En vertu de la similarité, je peux passer aux montagnes que j'ai vues en d'autrespays, dans des tableaux ou dans les descriptions des poètes, aux formes géométriques avec lesquelles cette montagne a de l'analogie, à des effets artistiques équivalents. Toutes ces voies me sont ouvertes, mais il arrive queje m'engage dans l'une d'elles de préférence, et cette préférence a un motif. Il se peut que l'une des associations ait acquis par la répétition plus de force que les autres, peut-être suis-je habitué à associer ensemble la montagne et le village voisin, et conduit comme par une transition naturelle à suivre cette association particulière. Nous trouvons une autre cause dans la présence d'un second lien d'association. Si je vois la montagne attenante, je peux m'engager dans l'association qui me fait parcourir toute la chaîne. Si j'aperçois les reflets des cascades, j'ai un double lien de contiguïté qui porte mon esprit à la rivière qui coule des flancs de la montagne. Si mon esprit était auparavant occupé d'histoire, la vue de la montagne suggérerait les événements historiques dont cette locaHté a été le théâtre. Si je fais de la botanique et de la géologie une étude spéciale, mes pensées s'y portent comme entraînées par un penchant; si c'est la géométrie, les formes suggérées de préférence sont les figures de géométrie; si je suis artiste, les formes de l'art jaillissent dans mon esprit.
Il faut encore l'intervention d'un nouveau lien d'association d'un caractère plus spécial pour mettre l'esprit en jeu. Nous pouvons imaginer une situation intellectuelle si également balancée, que nul réveil ne se produise dans un sens quelconque, comme dans le conflit de voHtions d'égale intensité. La condition du réveil est dans quelque inégalité du pouvoir de restauration des diverses séries ou dans l'intervention d'une nouvelle association qui vient en aide à la première pour lui donner la prépondérance. Le cas d'une immobilité de l'esprit entre des suggestions opposées, n'est ni chimérique ni sans exemple.
Je supposerai un autre cas. Une violente tempête a fait déborder les rivières, arraché les arbres, renversé les maisons, et jeté partout la terreur. Les séries des pensées que suggère chacun de ces incidents sont extrêmement variées, et dépendent de la
cnoix d'une sérik kntiie plusieurs. 519
disposition mentale de robservaleur à d'autres points de vue, ou des idées spéciales qui se rencontrent avec le caractère qui est commun à toutes. La lemme du marin pense à son mari (jui est sur mer. Le marchand et ras.sureui' ont aussi leurs pensées attachées sur cet élément. Le fermier calcule la perte de ses récoltes, le meunier entrevoit l'auf^menlation de la puissance motrice du canal qui fait tourner son moulin. Le météorologiste étudie la direction, la durée, la force de l'ouragan et les compare avec les cas qu'il a déjà observés. Le poésie contemple des ellets grandioses. L'homme religieux élève ses pensées à Dieu. Ces exemples supposent l'existence d'une attitude habituelle de l'esprit, une émotion, une occupation, un plan, toujours prêt à servir de point de départ au mouvement de l'esprit, et se combinant avec toute stimulation qui tend à mettre en jeu les séries de l'esprit, de façon à constituer un élément de l'effet composé. Les cas où la seconde association n'est présente qu'accidentellement sont régis par le même principe.
Nous avons plus d'une fois signalé les agrégats mentais formés par le groupe de propriétés des objets de la nature, surtout au point de vue de la science. L'idée du quartz est un assemblage d'un grand nombre de faits, de propriétés, d'actions, qui tous sont susceptibles de se présenter à la pensée, quand le minéral s'offre à l'œil, ou seulement est nommé. De même un cercle géométrique suggère de nombreuses associations dans l'esprit du géomètre. Il n'en résulte pas cependant que chaque fois qu'un minéralogiste voit un morceau de quartz, les nombreuses qualités de ce minéral se présentent à son esprit, ou que tout cercle fera passer devant l'esprit du géomètre tout le IIP livre d'Euclide. Les liens de ces deux associations sont parfaits, mais il faut que quelque autre motif vienne s'ajouter à la force des associations acquises, pour en restaurer toute la série. Non-seulement il faut que l'esprit soit affranchi de l'influence des autres séries, il faut aussi qu'il y ait un stimulus positif, un second point de départ, pour déterminer, en lui donnant une individualité, le penchant du pouvoir de suggestion à réveiller l'une ou l'autre des idées associées. Quand je tiens à la main un morceau de quartz et que j'y passe la pointe d'un couteau, la qualité qui m'est suggérée est le degré de dureté du minéral; si je le traite par un acide, c'est son action chimi-
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que que je considère. Ainsi de suite. Quand une des nombreuses propriétés du cercle unies dans l'esprit du mathématicien est réveillée de préférence, c'est par l'effet de quelque notion d'un effet particulier qui vise cette propriété. L^esprit le plus riche a des moments de repos, et pourtant que de voies sont ouvertes à la pensée en ce moment!
vil. — Obtitacles formé» par les a»«socIation».
Obstacles que les idées présentes opposent à la renriémoration. — Antagonisme des conceptions artistiques et scientifiques; le calembour.
On peut voir maintenant que la suggestion des pensées n'a pas toujours lieu, bien que la force de l'association soit suffisante pour les réveiller. Nous en avons vu deux exemples remarquables, l'influence d'une émotion à arrêter ce qui n'est pas enharmonie avec elle, et la nécessité de l'intervention d'une association nouvelle quand Tesprit est sollicité par plusieurs séries qui se contre-balancent.
Ce n'est pas tout. Un souvenir est quelquefois rendu impossible parce que l'esprit est saisi à ne pouvoir se dégager par une idée voisine de celle qu'on cherche, mais différente. Nous nous trouvons souvent embarrassés de cette manière quand nous voulons nous rappeler des noms. Nous tombons accidentellement sur une mauvaise articulation, et nous ne pouvons nous en débarrasser; ce n'est que quelque temps après que nous sommes à même de soumettre à une épreuve suffisante le souvenir qui s'est obstinément présenté. De même un enet de similarité peut être contrarié par la présence de quelque chose . qui y répugne. Le principe de l'association composée implique nécessairement cette propriété de barrer le passage. Si deux idées qui ont l'une et l'autre le pouvoir d'en suggérer une troisième, forment une condition de restauration prépondérante, il se peut aussi que les deux idées présentes suggèrent des idées différentes, et qu'alors elles soient susceptibles de se neutraliser mutuellement. La faculté d'aider implique celle de faire obstacle.
Dans le cours de ce chapitre et dans le suivant, quand nous parlerons des associations constructives, nous aurons à remar-