CHAPITRE IV
ASSOCIATION GONSTRUCTIVE
Faculté de construction originale.
\ ** Au moyen de l'association, l'esprit a le pouvoir de former
de nouvelles combinaisons, ou des agrégats qui diffèrent de chacun de ceux qui y ont été présentés dans le cours de l'expérience.
Dans le cours des chapitres précédents, nous n'avons eu pour objets que la reviviscence littérale, la restauration exacte de nos actions, émotions, images et séries d'idées passées. Nous n'avons pas traité des opérations mentales appelées imagination, création, constructivité, en vertu desquelles on admet que nous manifestons des formes nouvelles, que nous construisons des images, des conceptions, des méthodes, dont nous n'avons jamais eu auparavant l'expérience. Cependant le génie du peintre, du poëte, du musicien^ de l'inventeur dans les arts et les sciences, suppose évidemment un procédé de cette nature. \ En traitant de la faculté de similarité, nous avons eu occasion de reconnaître l'existence d'une faculté qui tend à l'originalité et à l'invention, comme par exemple quand, en vertu de Tidentification de deux choses très-éloignées l'une de l'autre dans la nature, nous transférons à l'une tout ce que nous connaissons de l'autre, ce qui nous permet de constituer une nouvelle combinaison d'idées qui augmente notre instruction. C'est ce qui est arrivé quand Franklin après avoir identifié l'électricité et la foudre se servit des phénomènes de la bouteille de Leyde pour expliquer un coup de tonnerre. Nous avons vu que la faculté de rappeler le semblable par le semblable, en dépit de l'éloignement, des déguisements, des fausses apparences, joue
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son rôle dans im ^rainl iioinhri' d'cirorls (riiivcnlioii, Laiil (laii> les si'iciico (juc «laiis !('> ails. Mais iKtiis avons inaint(Uiant à nous (x'cupi'i' (le coiisliiiclioiis plu > <'()mj)luxos. Il y adcs découvcrlcs (iiii no i)araisM'nl pas moins ([U(; de véiitahlos créations, par ('X(Mnj)lo la scionco lonlo iMiliiM'c des nialh('>rnali{[U('s ; ailleurs, dans l(>s ])i'aux-arls, une frise du Parlliénon, une cathédrale ^()lhi([U(', un poënie tel que le Paradis perdu, dopassent de bcaucQup les plus giamls cHoiIn de la l'acidté d'identification réduite à ses seules Ibrces,
\,Néan!noitis les l'oi'ces intellectuelles qui opèrent dans ces créations ne sont pas autres que les facultés d'identification que nous avons déjà étudiées. Les nouvelles combinaisons se forment avec les éléments que l'esprit possédait déjà, et qui apparaissent d'après les lois {{ue nous connaissons.
l. — C'onititruoti^ifé uiacliinalr.
Acquisition du pouvoir de faire, des actes complexes ; exposé des trois conditions de la constructivité en général.
Dans notre éducation machinale nous apprenons les actions complexes et difficiles en étudiant séparément chacun des temps qui les composent. Nous apprenons d'abord le premier temps tout seul, puis le second de môme, puis le troisième et les suivants, et quand nous les possédons, un effort de volition les rassemble.
Les combinaisons machinales se forment d'ordinaire d'additions successives. On se rend maître d'un premier mouvement, puis d'un autre qu'on ajoute alors au premier ; ainsi dans l'exercice du soldat, la danse, etc. Il n'y a aucune difficulté nouvelle qui j;ène le groupement et les combinaisons de ces opérations distinctes. Si l'on commet une maladresse dans l'effort combiné, c'est surtout parce que l'on n'est pas complètement maître des parties qui le constituent.
Nos acquisitions machinales demandent souvent hi suppression d'im temps d'une action complexe, une décomposition, pour ainsi dire, des mouvements primitivement associés. Dans ce cas, un effort volontaire se dirige sur le membre dont le mouvement doit être supprimé. Quand nous marchons, nous avons
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une tendance naturelle à balancer les bras et le corps en même temps que les membres inférieurs. Nous arrêtons ces mouvements surnuméraires par la volonté, et l'agrégat primitif se trouve réduit à un agrégat qui lui-même est le résultat d'un choix.
Chez une personne qui apprend à nager on voit ce qui reste à faire pour combiner les actes séparés après qu'elle est parvenue à les posséder bien; elle comprend parmi des choses qu'il faut apprendre d'abord la direction des bras et des meiribres inférieurs par la volonté. Peut-être même elle devra régulariser cette direction, en ce qui concerne les mouvements de natation : en conséquence la première chose qu'elle a à faire, c'est de pratiquer séparément les divers mouvements des bras et des membres inférieurs. Ce n'est qu'ensuite qu'elle les réunit d'après le rhythme ou la combinaison convenable. Toutefois cette opération dernière exige une certaine délicatesse, l'élève ne réussit pas du premier coup. Il fait diverses tentatives; et à la fin, par hasard, il réussit à attraper la mesure, et à partir de ce moment il ne l'oublie plus. Le moment d'une réussite, après des efforts, est singulièrement favorable à l'opération de l'association, selon la loi qui règle l'éveil et la concentration de l'attention; la combinaison est déjà si bien cimentée, qu'il ne faut pas beaucoup d'efforts pour réussir la seconde fois. Après deux ou trois répétitions la fusion est complète.
En passant en revue les détails de la faculté de constructivité, nous aurons à donner des exemples de ces trois conditions principales : 1° la soumission à la volonté des éléments qui entrent dansla combinaison; S^unsentimentdel'effet à produire; 3° une opération volontaire d'épreuve continuée jusqu'à ce que l'effet désiré soit effectivement produit.
,\ II. — Constructivité «lu iuujçage. %
Rôle de la volonté dans les constructions verbales. — Conditions grammaticales ; nécessité d'un grand approvisionnement de mots.
C'est dans le langage que nous voyons le plus clairement la facilité de passer d'une pure répétition à de nouvelles combinaisons. Il est rare qu'une succession de mots de quelque Ion-