CONSTRUCTIVITÉ PU LANGAGE
j;!iour que ce soit, prononcés dans les relations de chaque jour, soit piY'cisément la nic^ine (jue celles qui a été dil(; ou entendue par celui ((ui parle. Pouitant nous li'ouvons commode de nous servir (raiH'iennes combinaisons poui- de nouveaux usages.
D.uis les premiers ellbrts d'imitation à ïd'uU] descfuels nous nous rendons maiires des mots, il y aussi une opération constructive. L'enfant a d'abord appris a dire ùa et na, et quand ses organes commencent ;\ émettre lacilement ces sons séparés, un coup de hasard les unit et en l'ait />«??.
Après qu'il a appris un certain nombre de mots et les phrases les plus simples, il produit de nouvelles formes par un effort de volonté. Deux phrases sont présentes à son esprit; l'activité du langage est éveillée, et l'enfant répète ces phrases peulétre de deux ou trois manières. Il réussit avec une de ces manières à atteindre son but du moment, et, ayant réussi, il la retient et la répète. L'effort de substitution pratiqué une ou deux fois devient facile; l'esprit sait pour ainsi dire diriger jusqu'à ce point le courant des mots, puis l'arrêter, et passer à un courant différent de manière à en produire un troisième qui difîère de l'un et de l'autre. C'est un des rôles de Tempire de la volonté sur nos mouvements, d'arrêter une série à un terme quelconque et d'en commencer une autre à partir de ce terme; le sujet dont nous parlons n'en exige pas davantage. La constructivité ne consiste donc pas dans une opération purement intellectuelle, mais dans l'empire que la volonté a pu prendre sur les mouvements, en vertu duquel elle les suspend et met en branle à son gré, en vue d'une fin particulière. Les forces de l'intelligence apportent à l'esprit les anciennes acquisitions qui touchent à la situation, et si aucune forme préalable n'est rigoureusement applicable, la volonté choisit une partie de l'une et une partie de l'autre, et fait des essais successifs jusqu'à ce qu'elle ait réussi.
Dans l'opération d'une si grande compréhension qui adapte les vieilles formules à de nouveaux sens, c'est ce procédé qui est mis en usage. Quand tous les éléments nécessaires à une nouvelle combinaison sont prêts, une volition suffit pour y opérer le choix et l'adaptation qui conviennent à la fin voulue. Quand il n'y a pas assez de formes à la portée de la mémoire, il faut exercer les forces de l'intelligence à en suggérer d'autres jusqu'à ce que la combinaison désirée soit atteinte. Un effort volon-
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laiie sui'lil parfaitement à la tâche de retranchei', de compléter, d(î choisir, de rejeter, de réunir, de disjoindre, le sentiment de la fin à atteindre est le critérium qui juge l'effet; quand il est satisfait, la volition cesse, le stimulus disparaît. Dans toutes les opérations difficiles en vue de fins, la règle du tâtonnement est le véritahle instrument souverain du succès.
11 paraît donc que la ])remière condition des comhinaisons verhales pour exprimer un sens, c'est une ahondante provision de coml)inaisons déjà formées parmi lesquelles l'esprit puisse <îhoisir; en d'autres termes l'effet dépend des acquisitions préalables et des forces d'association en vertu desquelles les anciennes formes se réveillent pour servir à la combinaison nouvelle. Si nous avons à exprimer un sens complexe, chaque partie de ce sens réveillera par l'effet de la similarité et de la contiguïté quelque idée antérieure d'une nature identique ou seml)lable, et le langage qui y est associé; puis avec un assemblage mélangé d'anciennes phrases, la volonté combine un ensemble avec l'unité voulue, au moycn.de tâtonnements. Plus est abon- 4lante la matière fournie par le passé sous l'action des forces intellectuelles de remémoration, plus excellente sera la com- ])inaison que l'esprit peut en tirer par un effort de sélection.
Quand nous faisons de nouvelles combinaisons nous avons encore à nous soumettre à des conditions d'un ordre plus élevé. Nous n'avons pas seulement à exprimer un sens, nous avons à observer certaines formes grammaticales; de même nous devons respecter certaines règles de rhétorique ou de bon goût ; il faut chercher à donner à nos expressions une certaine mélodie, et en poésie il faut soumettre toutes les autres conditions aux nécessités du mètre et du rhythme. Naturellement plus les iîonditions sont nombreuses, et plus il est difficile de les remplir toutes; mais la méthode ne subit aucune altération essentielle. Quand il y a quatre ou cinq conditions différentes à satisfaire, il faut que le nombre des combinaisons sur lesquelles le choix peut s'exercer soit plus grand. Une suffit pas que je puisse combiner une forme qui suffise à exprimer un certain sens, il faut que je puisse, à l'aide des ressources verbales que je lire de mou expérience passée, construire diverses formes aussi bonnes les unes que les autres eu égard au sens, pour y choisir celle ([ui satisfait le mieux aux autres conditions.
CONSriUC'IIVIl'i; lU; I.AMrAi.K. iV'îi
Va\ l'ail, il l'aiil «juc rcspiil possède, non pa^ un iiioyni de proiliiirc un cciiain «'llrl, mais plii>i(Miis niovoiis, afin de choisir dans ('clIc |)lnialil('' la roiinc (pii prodnit un second eflct (\ual(MU(Mil dcinandc. Si nous voulons ohlcnii- un li'oisicnuM^l'cl, il nous laul liouvcr le moyen de niodilicr la combinaison déjà loriuée, sansi)erdre les ed'els (jui y sont allachrs; pourcela il faut ([ue nous ayons à noire disposilion un nouveau choix d'expressions é([uivalenles, pour remplacer c(;lles (jui ne s'accordeul pas avec le nouvel ell'et (jiie nous voulons [)roduii-e. Il l'aul donc (juc nous ayons à notre disposilion plusiourf» moyens d'exprimer un sens donné, plusieurs foi-mes de la même conslruclion grammaticale, plusieurs formes de la môme va- \cui rhétorique, et une grande variété de séries présentant la même cadence, (irâeeàcetle richesse de synonymes nous rencontrons enfin une combinaison qui satisfait à toutes les exigences. Pour surmonter toutes les difficultés des combinaisons, il suffit de mettre en avant de nouvelles expressions tantôt à l'aide du sens, lantùt à l'aide de la grammaire, du goût ou de la cadence. Plus l'esprit est ricdiement pourvu de ces expressions, c'est-à-dire plus il possède de mots associés avec des sens, des cadences mélodieuses, etc., plus sûrement i pourra remplir cette condition, quoi qu'il puisse arriver d'ailleurs. Si l'esprit s'est approvisionné d'expressions propres à porter un sens, il n'aura pas de peine à composer une formule pour un nouveau sens, mais il en rencontrera peut-être à accorder le langage avec les autres conditions. Si, d'une part, grâce à une grande susceptibilité de l'esprit pour la cadence, et à une grande richesse de- formes mélodieuses, ces formes sont prêtes à accourir en foule en toute occasion, le langage sera abondant et musical, mais il ne remplira probablement pas les autres conditions, et peut-être le sens et la grammaire en souffriront. Un esprit patient dépourvu de celte richesse peut encore saisir des formes qui ne sont pas entièrement privées de tous ces attributs importants. Ou bien, si la première suggestion d'où sort la formule d'une idée est gouvernée par des associations de mots et de sens, il lui sera facile d'y faire des changements et des substitutions jusqu'à ce qu'il rencontre la forme voulue par la rhétorique.
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