‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 127 sur 146 · V. 4'Oll5>>(s'UC(iOlt (l''«''lllOtiOBI<>i ll01IV0il · texte numérisé non relu

V. 4'Oll5>>(s'UC(iOlt (l''«''lllOtiOBI<>i ll01IV0il

Nécessité de l'expérience préalable des émotions élémentaires de la nature humaine ; changement du degré d'un sentiment connu. — Combinaison de deux émotions pour en produire une troisième.

Nous pouvons réveiller des étals émotionnels par contiguïté ou par similarité, ou en combinant des associations; avec deux ou plusieurs associations réveillées, nous pouvons créer au moven de laconslruclivité de nouvelles émotions. Nous en avons

CONSTIIUCTION d'kMOTIONS NOUVELLES. "i.'il

drjn (lit iiu mol i") ))i'()p()s dos sensations ()r<j;ani(ju(*s, (jui ne soni gn(M(M(U(Mlos cniolioiis. Mais ([nand nous passons aux sensations ([ne l'on peni l'elenii" et reeonviei' pins laeilenicnt dans la fonne idéale, nous y lionvons des exemples d'nn l'ctonr pins fréquent dans la l'oi-nie réelle.

Le prohlènu' (juc nous étudions consiste; à réaliser des émotions ([ue nous n'avons jamais éprouvées en pei'sonne, ou ({uc nous avons épiouvées trop rarement pour les raj)peler par un eftbrl de pure remémoration. Les sentiments des hommes dont le caractère, la position, l'occupation, etc., diffèrent totalement des nôtres, nous ne pouvons les concevoir qu'à l'aicJe «l'une opération de construction, (jui mette en œuvre des sentiments que nous possédons.

11 y a des émoticMis élémentaires qui appartiennent à la nature humaine en général, hien qu'elles se manifestent très-inégalement, comme conséquence tant de diflerences primitives de caractère que de la variété des circonstances externes des individus. Chacun a éprouvé les sentiments d'étonnement, de crainte, d'amour, de pouvoir, de colère, de vanité, de remords. (Jue l'un de ces sentiments élémentaires fasse défaut, il n'y a pas de procédé de construction qui puisse le créer; ce que la constructivité produit est, par le fait même, une émotion nonélémentaire. Si par exemple une personne ne connaissait pas la crainte, ancun effort de construction ne pourrait produire en elle cette émotion. De même, le sentiment de la colère est si distinct, si particulier, que nous ne pourrions le concevoir sans expérience directe. Alors même qu'une émotion ne fait pas entièrement défaut, elle peut rester dans un état de sommeil, d'où il soit impossible de la tirer; c'est ainsi que certains hommes sont incapables d'éprouver le sentiment de la vénération religieuse, et que d'autres n'arrivent pas à comprendre les plaisirs que font goûter les beaux-arts ; il en est qui ne peuvent sympathiser avec les recherches scientifiques, et d'autres qui ne comprendront jamais le sentiment d'un service désintéressé.

Les émotions qu'on peut acquérir par constructivité sont donc les émotions compospes, ou cei-laines variétés d'émotions élémentaires qu'on peut concevoir. Il faut pouvoir dire d'une personne .donnée quels sont les sentiments qui lui appartiennent, qui en se combinant d'une certaine façon donneront l'émotion que nous désir JUS communiquer ou évoquer. Si les éléments constituants

se présentent à l'esprit avec le degré qui leur est propre, la lusion se fera naturellement. Le meilleur moyen d'arriver à concevoir les sentiments d'autrui, c'est peut-être de changer le degré de l'un des nôtres. J'ai un certain penchant à prendre peur, mais, si je veux me représenter le caractère d'une autre personne qui semble encore plus craintive que moi, je suis obligé d'essayer d'arriver pour un moment à un degré de terreur bien au delà de la mienne. J'y parviens de plusieurs manières. Je peux me rappeler les époques de ma vie où cette émotion s'est le plus emparée de moi; je peux concevoir des occasions et des circonstances de nature à la produire à un degré plus qu'ordinaire; je peux encore me reporter à l'objet qui abat le plus aisément mon courage. Ou bien, au lieu d'agir sur l'émotion même, je peux employer mon imagination à construire des objets de terreur intense et accablante, dont la contemplation fera naître et grandir ce sentiment. Par là, je peux arrivera me figurer un état de sentiment auquel je ne suis pas accoutumé, et m'approcher de l'état d'esprit de la personne en question, de manière à pressentir les actions qui découlent de cet état particulier.

On arrive ainsi à donner de plus grandes proportions à une émotion familière quelconque. Cette recherche coûterait autant d'efforts que de temps, mais si nous sommes capables de raviver facilement les états passés de notre propre expérience qui reproduisent le fait, nous ne tardons pas à faire la construction que nous désirons. 11 faut un grand effort souvent renouvelé pour posséder assez complètement une émotion dont le degré est modifié par l'imagination, pour arriver à en suivre toutes les influences et les conséquences, d'autant plus que cette opération suppose que l'état d'esprit qui a coûté tant de peine s'est fixé dans l'esprit d'une manière permanente. Ainsi, pour qu'un individu qui aime médiocrement la musique, devienne capable, en tout temps, de se monter au degré d'enthousiasme qui permet d'en parler comme un dilettante, il faut assurément une éducation laborieuse. Les écrivains qui s'attachent à dépeindre tous les replis de caractères différents du leur, doivent se monter à des degrés et à des modes de sentiment qu'ils n'ont jamais éprouvés, afin de se préparer à leur tâche.

CONSTRUCTION DU CONCRET AVEC l'aIJSTRAIT. 5/l3

L'exercice de la cornhiiKiison de, deux éniotions, en vue (1*011 tirer une Iroisièiue t[iii tlillère de chacune d'elles, n'est pas dilcile en lui-niùnie. Tout dépiMul de la facililé de contracter les sentiments élémentaires. Si une j)ersonne a jamais connu une affection de hi nature d'une [)assion pour un objet quelconque, elle est aussi capable de concevoir par un effort de transmission une j)assi()n |)our un objet différent. C'est ainsi que M. Miclielet voulant dépeindre rattachement du paysan IVançais pour sa terre, dépeint les sentiments d'un puissant attachemeid pour une personne. La différence est grande, mais la tentative n'est pas pour cela désespérée. Il serait sans doute plus facile de transférer les sentiments d'amour d'une relation de personnes à une autre relation, en tenant compte de la différence, comme en passant de l'amitié à l'amour conjugal, ou à l'amour des parents pour leurs enfants.

L'historien qui veut représenter des sentiments éteints, et s'attacher à la vérité dans ses descriptions, doit nécessairement être habile dans l'exercice dont nous parlons. Grote prévient son lecteur, « qu'il se trouvera beaucoup de circonstances dans la vie politique des Grecs qu'il ne pourra comprendre s'il n'est pas initié aux associations d'idées que ce peuple devait à ses légendes. 11 ne comprendra pas la terreur furieuse des Athéniens durant la guerre duPéloponèse, à l'occasion de la mutilation des statues appelées Hermès, s'il n'arrive à se figurer le sentiment qui rattachait la stabilité et la sécurité à l'institution religieuse des dieux domestiques de la patrie. » {Histoire de la- Gvf'ce, Préface.)

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