IX. — Construction» pratiques
Inventions pratiques; le goût de l'expérimentation est un attribut de l'inventeur, Kepler, Herschel, Dagucrre. — Rectitude du jugement; faculté d'adaptation aux conditions compliquées.
Nous pourrions encore chercher des exemples du génie de la construction dans le domaine des inventions destinées aux
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arls de la pratique, de môme dans celui de l'adminislralion et des affaires.
Chacune des principales qualités mentales dont nous avons montré la coopération dans la constructivité scientifique est indispensable dans les constructions de la pratique ; ce sont : l'approvisionnement intellectuel d'idées qui se rapportent au môme domaine, l'action puissante des forces associantes, une perception claire du but, en d'autres termes un jugement sain, et enfin cette pensée patiente qui n'est autre qu'une application sans réserve de toutes les forces à la solution du problème proposé, et qui rend l'attention de l'esprit spontanée et aisée.
L'originalité dans tous les domaines, soit dans la science, soii dans la pratique, soit dans les beaux-arts, nous offre à considérer une qualité qui mérite une attention spéciale, puisqu'elle joue un rôle important dans les inventions pratiques aussi bien que dans la conduite des affaires, c'est une tournure du caractère à l'activité, une dépense de force qui se manifeste dans des essais de tout genre pour risquer de faire de bons coups. Dans la science, la méditation peut faire beaucoup, mais en pratique la disposition qui porte à faire des expériences rend les plus grands services. Il ne fallait pas moins qu'un véritable fanatisme d'expérimentation pour donner naissance à certaines des combinaisons les plus magnifiques delà pratique. La grande découverte de Daguerre, par exemple, n'aurait pu être menée à bien par aucune recherche systématique ou régulière, il fallait y tomber dessus, tant sont divergentes les actions réunies dans un même procédé. La découverte reste inexplicable, tant que nous ne savons pas que l'auteur se dévouait à des expériences pour perfectionner le diorama, ce qui l'engagea dans des essais et des opérations très-éloignées des sentiers battus de la science. Kepler possédait à un degré surprenant cette force qui se fait jour en essais sans nombre. Nous retrouvons chez William Herschel une énergie infatigable, un tempérament actif uni à un ardent amour pour l'astronomie. Quand ces deux attributs sont unis, quand une vigueur active prodigieuse opère dans un domaine où s'attache l'esprit, la nature humaine se surpasse.
On peut faire ici une remarque qui s'applique aussi bien aux sciences qu'à la pratique. L'originalité dans l'une et dans l'au-
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Irc prciul deux formes, iol)seivali()ii oul'exjx'îrience (riine part, el les o|)éiali()ns d'ideulilieiiliou (pie nous eounaissons sous les noms (rAbslraelion, d'Induelion, de Déduclion, iW, l'autre. Dans la pi'einicre loiiue, l'aelivilé du corps et des sens est unecondiliou i!ulispensal)le; dans la dernière, les Torées en jeu sonl purement inlelleetuelles. Ce n'est pas par une l'orcc intelleetuelle supérieure, ([u'un homme découvre de nouveaux p;iys, de nouvelles i)lanles, de nouvelles pro})riétés d'objets; c'est en dépensant une aelivité plus qu'ordinaire, en se livrant h des recherches opiniiUres, en courant des aventures. 11 faut tout cela pour recueillir des observations et des faits dans le premier cas; quand il y en a un nombre suffisant de rassemblés, une autre aptitude est nécessaire. Quand on identifie les matériaux épars, on oblient des propriétés générales et des vérités générales, et l'on peut en fiiire des applications nouvelles par voie de déduction ; dans toutes, la condilion principale est l'existence d'une faculté étendue et puissante de similarité, faculté qui se rencontre chez des individus totalement dépourvus des qualités actives indispensables à l'observation et à l'expérimentation.
Nous trouvons maintenant une excellente occasion de parler d'une manière spéciale d'une qualité d'esprit connue sous le nom de jugement. Nous avons déjà dit qu'une des conditions essentielles aux constructions d'ordre supérieur était la claire perception du but, parce que sans elle, le résultat n'est jamais obtenu, quelle que soit la profusion des combinaisons et des suggestions favorables au succès. On se contente alors de quelque combinaison qui ne satisfait pas à toutes les exigences du problème.
Les signes auxquels on reconnaît le succès de la construction ne sont pas également explicites dans toutes les branches de la pratique. Pour certaines choses il n'y a aucun doute : nous savons tous quand nos vêtements sont chauds ou quand une blessure est guérie. Le meunier sait quand il a assez d'eau, et le marchand quand il a fait une bonne afi'aire. Mais dans les affaires plus compliquées, où l'on ne peut arriver à un succès complet, il y a place pour le doute sur la question de savoir de combien on en approche effectivement. Ainsi dans l'administration publique, nous croyons bien faire dans la majorité des cas, alors qu'il est si facile de prendre une minorité pour la
majorité. De môme en agissant sur les honimes, comme dans l'enseignement, les délibérations, le commandement, la persuasion, nous nous laissons aller à des jugements très-vagues au sujet de ce que nous avons fait réellement, et nous pouvons ainsi nous contenter d'efforts faciles et de conseils légèrement donnés. Un jugement sain, c'est-à-dire une perception claire et précise de ce que nous avons fait réellement, à l'aide des moyens que nous avons employés, telle est la première qualité sans laquelle on n'est pas un homme pratique. Qu'on soit peu riche en ressources intellectuelles, qu'on soit lent à rassembler les moyens convenables, si la conception du but est ferme et forte, on ne fera pas de faute. On restera peutêtre longtemps à ajuster le mécanisme qui convient, mais quand on l'aura fait à la satisfaction complète de son jugement, le succès sera hors de doute. Le jugement vaut mieux que la fécondité, parce qu'un homme qui consulte les autres, qui étudie ce qui a déjà été fait, peut d'ordinaire recueillir assez de suggestions; mais s'il ne porte sur le but qu'un jugement vague, la plus riche intelligence n'est qu'un leurre.
L'adaptation des idées d'une personne aux opinions d'autrui est un cas intéressant de construction qui met en lumière toutes les difficultés qui ont jamais gêné cette opération. Plus les conditions de la combinaison sont multipliées, plus il est nécessaire que la faculté de suggestion ait à sa disposition de grandes richesses ; nous sommes alors obligés de transformer notre plan en un autre qui contienne les éléments essentiels du succès ; de plus, il faut qu'il soit conforme à celui de quelque autre personne. Il y a dans ce cas à faire un grand effort moral, aussi bien que d'adaptation intellectuelle; car il n'est pas indifférent à nos sentiments de céder aux idées d'autrui.
Le sujet du langage en général nous offrirait certains points du mécanisme constructif auxquels nous n'avons pas encore touché dans notre exposition. Un orateur abondant qui construit des combinaisons de mots adaptées à toutes les exigences du sens, de la grammaire, du goût, et de la cadence, serait un sujet intéressant à étudier en ce moment. Les improvisateurs italiens nous offrent un exemple plus curieux encore de l'aptitude aux constructions verbales. Ce oui les caractérise surtout c'est Taction rapide des forces d'association. La force réelle n'a pas nécessairement pour signe une certaine allure du mouvement
CONSTHUCTIONS DKS HEAUX-ARIS. IMAGINATION. 555
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