ACCESSOIRES THYSIQUES DU PLATSTR ET DE LA PEINE
U° le raisonnoniont. lll. L;i volonté subdivisée en op^'rations volontaires du corps, cl en opérations volontaires de l'esprit,
Ti. Accessoires p/njsiques du plaisir et de /n peine, p. 258.
M. Herbert Spencer, dans un essai sur les larmes et le rire, a émis l'idée que les mouvements convulsifs du diaphragme dans le rire sont de nature ;\ affaiblir l'action du cerveau. L'effort de ce muscle tend non pas i\ introduire plus d'air dans les poumons, mais moins. L'air contenu dans les poumons est expulsé par une série de contractions musculaires progressives; puis vient inspiration brève ; puis une autre série de mouvements convulsifs, et ainsi de suite jusqu'à la fm du rire, où nous sommes, suivant une expression significative souvent employée, «à bout desoufllc ». Le résultat du rire doit être un abaissement temporaire dans l'absorption de l'oxygène, une diminution correspondante de l'activité vitale, et par suite une diminution de l'excitation cérébrale dont le rire est la conséquence. Dans le cri qui est aussi accompagné d'un excès de circulation cérébrale, l'action des poumons est essentiellement la môme. Les expirations longues et forcées et les inspirations courtes qui la caractérisent doivent pareillement amener un défaut d'oxygénation et les résultats qui en sont la conséquence. {Essays, 1, /iOO.)
Dans un récent ouvrage, M. Herbert Spencer a émis une théorie intéressante sur la physiologie du rire fondée sur une analyse des accessoires physiques du sentiment, identique, à bien des égards, avec celle qu'il m'avait suggérée comme la plus conforme aux faits.
a Un sentiment énergique, dit-il, mental ou physique, étant la cause du rire, nous devons remarquer que les actions musculaires qui le constituent se distinguent des autres en ce qu'elles sont sans but. En général, les mouvements corporels provoqués par des sentiments tendent à des fins spéciales, comme lorsque nous essayons d'échapper à un danger, ou que nous faisons dos efforts pour nous assurer un plaisir. Mais les mouvements de la poitrine et des membres que nous faisons en riant n'ont pas d'objet. Nous remarquons que ces contractions quasi-convulsives des muscles qui n'ont aucun objet, mais qui sont le résultat d'une décharge spontanée de force, ont ceci de particulier que certains muscles sont affectés d'abord, et que d'autres ne le sont
qu'après. En effet, un excès de force nerveuse, qu'aucun motif ne dirige, doit prendre d'abord les voies les plus habituellement ouvertes, et, quand celles-ci ne suffisent pas, se répandre dans celles qui le sont moins souvent. Ici, c'est par les organes du langage que le sentiment donne le plus fréquemment issue à du mouvement. Les mâchoires, la langue, les lèvres ne servent qu'à exprimer une violente irritation ou une grande satisfaction; mais le courant modéré de force mentale qui accompagne d'ordinaire la conversation trouve sa principale issue par cette voie. Il en résulte que les muscles arrangés autour de la bouche, étant petits et faciles à mouvoir, sont les premiers à se contracter sous l'influence d'une émotion agréable. Les muscles qui immédiatement après ceux de l'articulation sont le plus constamment en action, ou pour mieux dire en excès d'action, sous l'influence des sentiments de tout genre, sont ceux de la respiration. Sous l'influence de sensations pénibles ou agréables, nous respirons plus rapidement, peut-être en conséquence d'une plus grande demande de sang oxygéné. Les sensations qui accompagnent l'effort provoquent aussi une respiration active, qui plus que les autres encore répond aux besoins physiologiques. Les émotions elles-mênies, agréables ou désagréables, excitent pareillement la respiration au début, bien qu'un peu plus tard les émotions désagréables la dépriment. Gela veut dire que, de tous les muscles du corps, ceux de la respiration sont le plus fréquemment mis enjeu dans les divers actes que nos sentiments nous portent à faire; et par suite, quand il se fait une décharge indirecte de force nerveuse dans le système musculaire, si la quantité de cette force est considérable, elle fait entrer en convulsion non-seulement certains muscles de l'appareil de l'articulation et de la voix, mais aussi ceux qui chassent l'air des poumons. Si le sentiment qui se donne cours est encore plus énergique, et trop fort pour trouver une issue suffisante dans ces muscles, d'autres muscles entreront en jeu. Les membres supérieurs s'agiteront. Les enfants battent des mains en chantant; certains adultes se frottent les mains, et d'autres sous l'influence d'une satisfaction encore plus grande claquent des genoux, et se balancent en avant et en arrière. Enfin, quand les autres canaux par où pourrait s'échapper l'excès de force nerveuse sont bondés, un nouveau groupe de muscles moins souvent mis en jeu est affecté spasmodiquement : la tête se re-
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ji'lle (Ml arriôici, l;i coloinio v(M't(''l)ral('. se (tourbe en dedans, il se produit un comniencemenl de lY;lat qu'on appelle en rnéd(^xine opisthotowts. Ainsi, les muselés allectés les premiers sont ceux que le sentiment stimul(^ le plus luihituellement, et A mesure que le sentiment à (l(3pcnser augmente en quantité, il excite un plus grand nombre des muscles suivant une succession déterminée par la fréquence relative avec laquelle ils obéissent aux ordres réguliers du sentiment. {Essays, H, p. 111.)
Il est incontestable pour moi que l'impulsion qui cause un sentiment tend aussi à produire des mouvements dans le corps. Je crois que la remarque de M. Spencer quant à la priorité naturelle des mouvements dans les muscles de petit calibre et souvent exercés (ou, comme il dit ailleurs, que l'influence agit d'abord dans la ligne de la plus faible résistance) suffit à expliquer le choix des traits comme organes d'expression par excellence. La tendance des fonctions respiratoires, à être promptement affectées, s'explique par le même principe.
Il me semble, toutefois, que M. Herbert Spencer, en négligeant d'étudier la différence des manifestations sous l'influence du plaisir et sous celle de la peine, a non-seulement laissé sa théorie incomplète, mais avancé des propositions trop générales. Il admet que les émotions désagréables finissent par déprimer la respiration. Il parle d'un petit nombre « de cas en apparence exceptionnels dans lesquels les émotions qui dépassent une certaine intensité produisent une prostration » , mais il soutient néanmoins, que, comme une loi générale, la même chez l'homme et chez les animaux, (( il y a une connexion étroite entre le sentiment et le mouvement; celui-ci devenant plus vif quand celui-là devient plus intense ». Mon opinion est, au contraire, que la loi de l'accroissement du sentiment ne s'applique qu'aux. sentiments agréables. Je crois que lorsque une stimulation est de nature à causer de la douleur, la règle générale est qu'elle supprime les mouvements au lieu d'en produire. Un coup assez grave arrêtera net l'activité à n'importe quel moment, un coup plus faible manifestera ses effets par un arrêt partiel de l'activité. Je n'ignore pas qu'il y a des exceptions à cette règle; j'y ai insisté dans le texte. Mais ces exceptions sont bien loin de détruire la règle, au point de ramener les stimulants, les agréables comme les pénibles, dans la même classe. Je
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suis d'accord à penser avec M.Herbert Spencer, que la lorce ne se perd jamais dans l'organisme animal, et que pour toute sen sation nous avons à nous demander « qu'est devenue la force nerveuse » ? Mais je suis en état de rendre compte des effets d'un coup; ces effets sont la destruction des forces préexistantes de l'organisme, la rupture des tissus, et le dérangement des fonctions naturelles. Ce sont des influences négatives ou hostiles, elles arrêtent nos mouvements au lieu de les accroître. Je considère cet arrêt comme l'effet primaire et propre des agents qui causent la peine ; les apparences d'accroissement de force, au contraire, qui semblent mettre la peine sur la même ligne que le plaisir, ne sont que l'opération occasionnelle et temporaire d'une autre loi de l'organisation animale.
Kant, dans un passage cité par Hamilton {Mélaphysics, II, 472) paraît avoir considéré le plaisir comme uni à la conservation. Les thèses qui suivent, dégagées de propositions étrangères qui les détournent de leurs sens dans le contexte reviennent à ceci : (f le plaisir est le sentiment de la stimulation (Befœrderung), la peine le sentiment de l'empêchement de la vie. Par plaisir il ne faut pas seulement entendre le sentiment de la vie, car dans la peine nous sentons la vie non moins énergiquement que dans le plaisir, et même peut-être plus fortement. Dans la peine, la vie paraît longue, dans le plaisir elle paraît courte; ce n'est donc que le sentiment de la stimulation ou de l'impulsion de la vie qui constitue le plaisir. D'autre part, ce n'est pas seulement l'empêchement de la vie qui constitue la peine, il faut non-seulement que cet empêchement existe, il faut qu'on sente qu'il existe.
Hamilton a proposé une théorie du plaisir et de la peine qui est en substance identique avec la définition qu'en a donnée Aristote {Et/f. Nicom. L. X.) Elle se résume en ces mots : « Le plaisir est l'effet réfléchi de l'exercice libre et spontané d'une faculté, exercice dont nous avons conscience. La peine est un effet réfléchi de l'exercice exagéré ou gêné de celte faculté. » Il n'entre pas dans mes intentions de traiter à fond la théorie du plaisir ou de la peine, la discussion que j'ai engagée portait sur les accessoires physiques, qui dans toutes les théories citées par Hamilton sont perdus parmi des considérations exclusivement mentales. Je voulais seulement remarquer que la théorie d'A» ristote, telle que l'expose Hamilton, qui fait du plaisir l'ac-
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compagnomonl dn \ru libre d'inic faculté naturelle ou d'une habitude aoquiso, est iucompK'to parce ({u'olle exclut les plaisirs passifs (celui d'un baiu chaud, par exemple). On ne rend pas la Ibéoi'ie ineilIcMne en doiniant au mol jeu un sens assez lar^e i)()ur comprendre nos sensations passives; la délinition devient si vague qu'elle est tout à fait sans valeur. Il n'y a d'intérôt i\ savoir que Ilamilton a soutenu cette théorie que parce que cela jette quelque jour sur l'autciu'.