‹ Les sens et l'intelligenceChapitre 136 sur 146 · C. Germos et développements de la volition, p · texte numérisé non relu

C. Germos et développements de la volition, p

Dans une note, p. 376, j'ai consigné des observations faites sur deux agneaux nouveau-nés pour faire comprendre l'origine et le progrès du pouvoir volontaire. J'ai eu depuis l'occasion de faire des observations sur les premiers mouvements du veau, qui présentèrent les principaux traits relevés chez les agneaux. Il fut évident que le veau nouveau-né ne savait pas d'abord quel chemin il devait prendre pour s'approcher de la vache, et qu'il ignorait ce que c'était que le pis de la vache aussi bien que tout ce qui l'entourait.

J'ai interrogé des bergers sur les circonstRuces qui accompagnent la naissance des agneaux et surtout sur leur aptitude à trouver la mamelle maternelle. On m'a répondu que lorsque la brebis et l'agneau étaient l'un et l'autre vigoureux, ils se rapprochaient de très-bonne heure d'eux-mêmes, mais que si l'un ou l'autre était faible, l'assistance du berger était nécessaire, sans quoi l'agneau courait le danger de périravant de trouver lamammelle. Voilà ce que j'ai pu apprendre de plus précis, et cela confirme la doctrine générale que j'ai exposée dans le texte, à savoir que la spontanéité initiale agit par tâtonnement, et que les faits de réussite sont fixés en vertu de la loi de conservation. Une grande vigueur physique chez l'agneau s'accompagne nécessairement d'une riche spontanéité, ce qui est la condition essentielle d'un premier pas heureux ou du commencement dans l'opération de l'acquisition volitionnelle.

J'ai consigné sous le nom de principe de conservation de soi, ce que je crois l'anneau primitif qui rattache l'action au sentiment. M. Herbert Spencer a exprimé la même chose par rapport aux organismes inférieurs. Il n'y a, dit-il, aucune raison de penser que toutes les formes de sensibilité aux stimu-

lanls externes ne sont sous leurs formes originelles, rien de plus que les modifications que ces stimulants produisent dans la double opération d'assimilation et d'oxydation qui constitue la vie primordiale. Nulle partie du tissu d'un zoophyte ne peut être touchée, sans que les fluides répandus dans les parties adjacentes soient mis en mouvement et ne fournissent plus rapidement de l'oxygène et delà nourriture. La substance nutritive mise en contact avec la surface qui, comme tout le reste du corps, assimile, doit causer une excitation encore plus grande des actions vitales, et faire que le contact des substances organiques excite plus promptement un effet que celui des substances inorganiques. Une substance nutritive diffusée sous forme d'odeur tendra légèrement à produire des effets analogues. » {Psyck. — /lO.S.)

M. Spencer n'a pas, à ce qu'il me semble, tiré tout le parti possible de cette hypothèse dans l'exphcation qu'il donne ensuite du développement de la volition. Cette hypothèse est indispensable pour expliquer pourquoi certains mouvements, parmi tant d'autres, sont retenus de préférence, de manière à entrer dans une union intime avec certains états de sentiment définis.

D. Siège des impressions réveillées, p. 304.

Nous empruntons à Wundt le passage suivant pour compléter ce que nous avons dit du siège des impressions réveillées. « Quand nous avons longtemps regardé une lumière verte, et que nous portons les yeux sur une surface blanche, celle-ci nous paraît rouge ; au contraire, après que nous avons longtemps regardé une lumière rouge, la surface blanche nous paraît verte. Toute image d'un objet extérieur laisse après elle une arrière-image qui a le môme contour que l'image originale, mais qui, au lieu de présenter la même couleur, se montre avec la couleur complémentaire. Une image de l'imagination laisse aussi, bien qu'en général avec une intensité moindre, une arrière-image après elle. Si, les yeux fermés, nous tenons une image d'une couleur très-vive longtemps fixée devant l'imagination, et qu'après cela, ouvrant brusquement les yeux, nous les portions sur une surface blanche, nous y verrons durant un instant très-court l'image que nous avons contemplée dans

SIÈGE 1)KS IMPRESSIONS IlÉVEILLEES. 637

notre inia^in;ilion,aveccett(ulinereiicc (jii'aii lieu de lu rouleur originale elle apparaîtra avec la eouleur coinplémeiilaire. Ceci ne peut arriver que parce que l'œil a été fatigué par l'identité de couleur de l'image de l'imagination, et qu'il a besoin de se reposer en contemplant la couleur complémentaire, comme cela arriverait s'il se portait sur un objet coloré réel. Cette expérience prouve que l'opération nerveuse est la môme dans les deux cas. » De môme, Rant, dans un de ses moins importants écrits, voulant combattre l'opinion de ceux qui croient que lame ou principe pensant réside seulement dans le cerveau et dans une partie de cet organe, aborde l'argument tiré du sentiment que nous éprouvons dans la tête pendant une méditation laborieuse. « Ce qui fait, dit-il, que nous sentons principalement l'âme pensante dans le cerveau, c'est peut-être que toute pensée a besoin de signes qui supportent les idées qu'il faut éveiller, et leur donnent un degré suffisant de clarté. Ces signes qui accompagnent nos idées sont pour la plupart acquis par l'ouïe et la vue, sens qui mettent en action les impressions du cerveau. Or, si l'appel de ces signes, que Descartes appelait idea materiales, est réellement une stimulation qui fait entrer les nerfs en activité selon des modes semblables à ceux qui ont auparavant produit la sensation, le tissu du cerveau, dans l'acte de penser doit être affecté d'une manière analogue à celle des premières impressions, et en ressentir de l'épuisement. » Nous retrouvons dans ce passage une reconnaissance partielle de la théorie que nous avons soutenue dans le texte.

Hamilton soutient en substance les mêmes idées dans les passages suivants : « Je finirai, dit-il, l'étude de l'Imagination proprement dite par une réflexion sur l'organe qu'elle emploie dans la représentation des objets sensibles. » — « Mais l'expérience prouve également que la destruction de la partie intra-crânienne d'un organe de sens s'accompagne toujours de l'abolition d'une partie de l'imagination proprement dite. Les médecins ont consigné de nombreux exemples de personnes privées de la vue, qui avaient perdu aussi la faculté de se représenter les images des objets visibles, elles ne les évoquaient plus par le souvenir, elles ne les voyaient plus dans leurs rêves. Or, on a trouvé que dans ces cas, non-seulement l'instrument externe de la vue, l'œil, était désorganisé, mais que la désorganisation s'étendaità ces parties du cerveau qui constitue l'instrument interne de ce

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sens, c'est-à-dire les ncri's optiques et les couches optiques. Si les couches optiques, véritable organe de la vision, restent saines, Tœil seul étant détruit, l'imagination des couleurs et des formes reste aussi vigoureuse que lorsque la vision était entière. » — (( Mais les perceptions sensibles ne sont pas les seuls phénomènes de l'esprit qui soient imitées dans et par l'imagination; les mouvements volontaires le sont aussi. Je peux, par l'imagination, représenter l'action d'un discours, le jeu des muscles qui produisent Taltitude, le mouvement des membres; et quand je le fais, je sens clairement que j'éveille une sorte de iemion dans les mêmes nerfs par lesquels, en vertu d'un acte de la volonté, je peux déterminer un mouvement volontaire des muscles; et même quand le jeu de l'imagination est très-vif, ce mouvement externe est réellement déterminé, n (Métaph., — 169-274.)

Citons encore quelques lignes empruntées à la théorie de la mémoire par M. Herbert Spencer. « Se rappeler la couleur rouge, c'est avoir, à un faible degré l'état psychique que la couleur rouge produit; se rappeler un mouvement qu'on vient de faire avec le bras, c'est sentir une répétition, sous une forme atténuée, de ces états internes, qui accompagnaient le mouvement, c'est un premier degré d'excitation de tous les nerfs dont une excitation plus avancée s'était fait sentir durant le mouveent. {PsychoL, — p. 359.)

E. Perception du monde matériel^ p. 3/il,

Nous allons examiner la solution que quelques-uns des philo sophes les plus remarquables de notre temps s'accordent à donner au grand problème de la perception du monde extérieur.

Hamilton a examiné ce sujet très-longuement et il y est revenu à plusieui's reprises en divers endroits de ses écrits. Je choisis la citation suivante comme exprimant suffisamment ses idées ; — « Dans l'acte de la perception sensible, j'ai conscience de deux choses, — de moi en tant que sujet qui perçoit, et d'une réalité extérieure en relation avec mes sens, en tant qn objet perçu. Je suis convaincu de l'existence de ces deux choses; parce que j'ai conscience de connaître chacune d'elles, non pas d'une façon médiate, dans quelque autre chose, en tant que représentée^ mais d'une façon immédiate, en elle-même, en tant quexis-

l' K lu: liPT] UN DU MONDK MATÉRIEL. 639

tante. Je no suis pas moins convainni do la mutu(;lle dépoudance qui les unit, parce que je losapi)rého.n(lc (îgalciufinl l'une. et l'autre dans lem(1me moment, dans le môme acte indivisible, et que l'une n'est pas précédante et déterminante, pas plus que l'autre n'est suivante et déterminée, et parce que je les appréhende chacune hors de l'autie et en opposition avec l'autre. » (llamilton. — I: dit ion des œuvres de Ueid. — Ikl.)

M. Samuel liailey a exposé, dans ses Lctters on tlœ phllosophy ofthe Human Mind, avec autant de clarté que de force, les équivoques de langage et la confusion d'idées qui ont obscurci la question de la perception extérieure. Son idée propre s'exprime dans la i)hrasc suivante. Il semble qu'on n'ait pu saisir la vérité dans sa simplicité qu'après mille combats, et pourtant on n'admet point encore universellement le principe que la perception des choses extérieures par les organes des sens est un acte mental direct ou un phénomène de conscience qui n'est pas susceptible de se résoudre en autre chose. » (P. 3.)

M. Herbert Spencer, après avoir passé en revue la question dans les Principle^ of psychology, aboutit à la conclusion suivante : « Ces points admis, il en résulte inévitablement, comme nous l'avons vu, que la croyance généralement reçue que les objets sont des êtres extérieurs indépendants de nous, a une plus haute certitude qu'aucune autre croyance; — que la connaissance de l'existence considérée comme nouménale a une certitude dont aucune condition d'existence considérée comme phénoménale ne peut approcher ; en d'autres termes, que, jugé logiquement aussi bien qu'instinctivement, le réalisme est la seule croyance rationnelle, et que toutes les autres croyances opposées sont contradictoires. » (P. 59.)

Eh bien, malgré l'énergique affirmation du réalisme par trois philosophes de cette importance, je suis obligé de demander ce que signifie une réalité extérieure et indépendante. Si l'on me répond que cette réalité nous est donnée dans la conscience comme une notion simple, dernière, indispensable, inexplicable comme la couleur ou la chaleur, je le conteste. Je nie que les trois notions — extériorité, indépendance, réalité, soient dernières. Toutes sont susceptibles d'explication, d'analyse, et se résolvent en d'autres notions. L'idée d'extériorité appliquée au monde objectif est une application flgurée de la notion que nous acquérons dans notre expérience des choses étendues. Nous

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voyons un objet étendu, un champ, par exemple, où quelques vaches paissent à l'intérieur de clôtures, tandis que d'autres restent en dehors, nous comparons des expériences de ce genre et nous acquérons l'idée d'extériorité, que nous appliquons au monde objectif en le comparant au monde subjectif. L'application que nous faisons de cette notion n'est tout au plus que figurée; les cas ne présentent aucune analogie, l'analogie s'applique à nos corps en tant qu'opposés aux objets qui les entourent; elle ne peut s'appliquer à l'esprit que si l'on prend la liberté fort contestable de représenter l'esprit comme quelque chose qui est enfermé dans le corps.

Gomment acquérons-nous la notion à' indépendance? Ke,?>i-CQ pas par l'étude des arrangements compliqués du monde qui nous environne? Cette idée est loin d'être élémentaire. Les enfants ne la comprennent pas tout d'abord. C'est une abstraction tirée d'une certaine classe de faits que nous découvrons peu à peu par l'expérience. En outre, elle s'applique plus improprement encore que celle d'extériorité à la relation du sujet et de l'objet. En effet, c'est ce mot qui a introduit dans l'esprit l'opinion fausse que Berkeley a critiquée, et qu'il a fallu abandonner, à savoir qu'il existe un monde en dehors de l'esprit, lequel, par son contact avec l'esprit, y imprime des images et des idées de luimême. Non-seulement le mot est inappHcable, à ce qu'il me semble, mais il exprime le contraire de la relation des faits à laquelle on prétend l'appliquer. L'indépendance n'est ni une conception dernière, ni une conception dérivée qui puisse s'appliquer à la relation de l'objet et du sujet.

Enfin, je demanderai si, franchement, le moiréalité exprime une notion simple, indécomposable, susceptible de revêtir la forme d'un axiome ou d'une affirmation dernière de la conscience. C'est une notion extrêmement délicate et complexe, tirée de l'examen d'un grand nombre de faits. En général, ce terme est compris d'une manière très-vague. Appliqué à la théorie de la perception, il devient singulièrement obscur.

J'objecte donc contre la croyance réaliste qu'elle nous offre une proposition où les termes ont une signification dérivée et complexe, un sens douteux, et une application impropre. Je ne peux pas dire que la théorie soit tout à fait fausse, pas plus que je ne peux dire qu'elle est vraie ; je dis qu'elle ne porte pas. C'est une façon grossière de représenter la plus grande distino

PERCEPTION nu MONDE MATÉRIEL. 6lll

lion que nous puissions lairo parmi Ws laits de notre vi(! mentale; elle répond pent-Oire aux besoins usuels, mais elle est, selon nous, indigne du nom de philosophie.

J'ai essayé dans le texte d'analyser le contraste radical de l'objet et du sujet. Je crois (pi'avant de faire appel à la conscience en laveur d'un lail, il l'aul le réduire à ses éléments primilirs et indivisibles. Les doctrines du monde extérieur, de la liberté de la volonté, du sens moral, ne se présentent pas sous une forme qui puisse être soumise au témoignage de la conscience, comme j'ai essayé de le montrer ailleurs (^mr^^îows andtke Will, Liberty and Necessity, § 9). Il faudrait que les aflirmations de la conscience fussent sous forme d'axiome au sens strict du mot ; elles ne doivent porter que sur ces notions dernières.

Je sais bien que cette analyse n'a pas satisfait tout le monde. Voici un spécimen des critiques qu'elle a soulevées.

« Suivant cette théorie, voir le soleil dans le ciel c'est croire que, si nous pouvions seulement continuer à marcher assez longtemps, nous pourrions nous brûler les doigts ; découvrir une alouette en l'air, c'est refaire par sympathie musculaire le battement de ses ailes depuis qu'elle a quitté son nid; penser une distance éloignée, c'est parcourir les sensations de locomotion que nous éprouvons en y allant, et avoir l'occasion d'y porter le bras quand nous y sommes arrivés. Le vide signifie seulement la place de l'exercice musculaire, l'infinitude de l'espace n'est qu'une gymnastique potentielle dans toutes les circonstances que nous pouvons concevoir. Cette analyse de nos idées nous paraît, avouons-le, une opération cruelle, une dissection poussée de sang-froid jusqu'à destruction complète des idées elles-mêmes. Les disjecta membra qu'on nous donne pour leurs équivalents et qu'on enfde en séries pour remplacer le tout primitif ne permet pas de le reconnaître. Regardez une avenue d'arbres et considérez si, en en appréciant la longueur, vous ne laites qu'imaginer des sensations du tact ou calculer la fatigue que vous éprouveriez en la parcourant? »

Le lecteur jugera si c'est réfuter une analyse philosophique que de l'appeler cruelle et de sang-froid, alors même qu'on aurait raison de le faire. Les explications scientifiques ont souvent un effet répulsif et attristant, mais les savants n'en sont pas responsables. Il faut pourtant que je réponde aux arguments portés contre l'exactitude de l'analyse.

Quand je descends le long d'une avenue d'arbres, ce qui m'arrive peut se ramener à ces quatre choses : — je manifeste de la force musculaire, mes sensations de la vue sont changées d'accord avec mes forces musculaires ; — les sensations de mes autres sens se produisent dans un même rapport uniforme avec mes forces, — et enfin, tous les autres êtres sont affectés de la môme manière que moi . Quand je jette les yeux sur l'avenue, sans la parcourir, la vue seule révèle tous ces faits, grâce à une association fréquemment répétée, et n'en révèle pas d'autres. Elle me dit ce qui m' arriverait à moi et à d'autres êtres constitués comme moi, si nous parcourrions l'avenue. Elle rappelle les faits réels d'efforts et de sensations combinés que nous avons éprouvés dans le passé, et prévoit des faits semblables dans l'avenir. J'admets que ces faits sont des révélations de la conscience, tout ce qu'elle peut révéler et qu'il nous importe de savoir. Si une réalité externe et indépendante signifie quelque chose de plus que ces sentiments et sensations musculaires, et la dépendance réciproque qui les unit, c'est quelque chose que je ne puis concevoir et qui ne servirait à rien. On me demandera, sans doute, si l'univers extérieur n'est qu'une dépendance de la collection des esprits, et s'il s'évanouit quand ces esprits ne sont plus? Faut-il croire que si tous les esprits étaient détruits, il en résulterait la destruction de la matière, de l'espace et du temps? Je réponds que c'est mal poser la question. Je peux, si je veux, continuer à spéculer sur la certitude d'un univers étendu bien que la mort en ait supprimé tous les habitants. Mais ma conception, même alors, ne serait pas une réalité indépendante, je ne puis considérer que la conscience objective d'un esprit que je suppose présent dans cet univers. Je ne puis concevoir que des états de force musculaire, unis à des sensations.

Des quatre faits contenus dans l'analyse, le dernier est celui qui a le plus contribué à suggérer l'extériorité et l'indépendance de notre conscience-objet. Quand nous trouvons que d'autres êtres sont affectés par les mômes sensations, en accomplissant les mouvements, il semble que la personnahté s'élimine, et que tous les caractères spéciaux ou individuels disparaissent^ Nous croyons ne pouvoir marquer assez fortement le contraste, qu'en coupant chaque individu en deux, et en le privant de la partie qui est commune à tous, parce qu'elle est commune. Mais je soutiens que cette séparation n'est qu'une figure qui,

1)1-: j/association dans les idker des objets. 66.'^

comme]lant d'autivs, peut servir vn rhétorique, mais implique contradiction eu logique. L'existence passée et la persistance î\ venir de l'univeis-objct ne peut si^nilier qu'une chose pour nous, c'est que si des (esprits existaient dans le passé, ils devaient, et s'il doit en exister dans l'avenir, ils devront, être allectés d'une certaine façon. Ma conscience-objet est autant une partie de mon être que ma conscience-sujet. Seulement quand je ne suis plus, d'autres ôtres reprennent et entretiennent la parlie-ohjel de ma conscience, tandis que la partie-sujet a disparu. L'objet est ce qui est permanent, commun à tous: le sujet est ce qui est mobile^ particulier à chacun. Mais rien dans le fait de la communauté d'expérience (l'objet) ne nous autorise à séparer l'expérience de l'esprit considéré au sens strict(le sujet). Le nouveau réalisme ne vaut guère mieux que l'ancienne notion populaire dont on ne parle plus depuis Berkeley.

F. De r association coatigai' dans les idées des objets naturels^ p. 377.

Un auteur a publié dans The National Review une critique de ma théorie, où il soutient que « cette façon d'expliquer nos idées des objets naturels, qui fait commencer la connaissance objective par la pluralité pour la conduire à l'unité », est un renversement complet de l'histoire psychique». Il croit, contrairement à ce que j'ai dit dans le texte, « que chaque état de conscience, qu'il soit éveillé par plus ou moins de voies, est, tout le temps qu'il dure, originellement simple et ne se décompose que par un dérangement d'équilibre ». — « L'expérience marche et l'intelligence se forme, non par association, mais par dissociation, non par la réduction de plusieurs impressions en une, mais par une sorte de déhiscence qui d'une en fait plusieurs. »

J'ai peut-être eu tort de ne pas mettre ma doctrine à l'abri en déclarant au préalable que je ne parlais pas des premiers pas de la connaissance des choses, mais d'un état d'éducation plus avancé, oi^i nous possédons déjà des notions élémentaires du corps, et où nous sommes occupés à les combiner pour former toutes les variétés que présente la nature* Si j'avais traité de l'origine tout à fait première des notions de forme, de couleur, de dureté, etc., j'aurais procédé autrement que je ne l'ai fait dans le texte. Mais iious arrivons

(iUU . " APPENDICE.

vite à une période de la vie où ces notions sont formées, et où nous reconnaissons un nouvel objet concret qui se présente à nous, un bâtiment par exemple, comme un composé de forme et d'effets de couleur, et nous l'emmagasinons dans notre mémoire en vertu de l'association de ces notions. L'éducation du minéralogiste, du botaniste, du zoologiste, se fait entièrement par association à l'époque dont je parle. Les objets de leurs études sont des agrégats de qualités au sens indiqué dans le texte. J'ai supposé que les constituants primaires des conceptions différentes sont déjà au pouvoir de l'esprit, c'est-à-dire Ja condition qui pour l'auteur de la critique permet le jeu du principe de l'association.

J'ai, à divers endroits de nos deux volumes, discuté la première origine de nos idées, autant que nous pouvons la découvrir à l'aurore de notre intelligence; et dans le chapitre qui sert de conclusion au volume intitulé Emotions and the Will, j'ai insisté sur les bases de la connaissance. Quelques-unes de mes propositions ont obtenu l'approbation de l'auteur delà critique. Mais il faut que je dise que mon éminent contemporain, M. Herbert Spencer, tout en adoptant des idées qui ne diffèrent pas essentiellement des miennes, a développé ce sujet pour en faire une théorie complète comme lui seul sait les faire. {Psychology. , part. II, chap. On perception^ 9-17.)

Il faut admettre, dit l'auteur de la critique, que les premières présentations d'un objet à la conscience, bien que plus tard elles paraissent complexes, ne donnent pas nécessairementl'impression de la complexité. Le premier effet d'une présentation nouvelle est un choc que l'esprit ne peut définir, un éveil de la conscience par le seul effet du changement d'impression. Il est impossible de dire si cet état de conscience est simple ou complexe, il est plutôt vague. Si l'état passe, et que, après un intervalle, quand l'esprit a déjà subi d'autres chocs, il se reproduise, la conscience de l'identité ou de la reconnaissance se forme, c'est-à-dire un degré qui rapproche du moment où le caractère de cet état sera déterminé et défini. Si c'est une sensation de froid, nous sommes conduits par elle à restaurer nos premiers sentiments de froid ; et la comparaison a pour elfet d'isoler et de détacher cette expérience des autres, ce qui avait déjà été commencé par l'aperception de la différence qui la distingue des autres états. 11 ne faut pas longtemps pour reconnaître la com-

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