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II. — Preuve.»» «le l'activité <4|>outance

Mouvements indépendants de la sensation. Preuves de l'exi&tence de ces

mouvements.

Topographie de l'aclivilc spontanée. — Les muscles agissent par groupes,

appareil locomoteur, organes vocaux, mouvement de la face, de la langue,

des mâchoires, aptitudes spéciales des animaux.

Nous allons fournir la preuve qu'il existe des mouvements et des actions indépendants des sensations des sens proprement dits et qui les précèdent.

Voici les plus sérieuses :

La propriété du tissu musculaire appelée tonicité^ qui n'est autre chose qu'un degré inférieur du mouvement musculaire démontrent l'existence d'une propriété d'initiative dans les centres nerveux, d'un stimulus partant, soit des centres eux-mêmes, soit, d'après une autre théorie, de ces centres sollicités par une irritation.

11 en est de même du resserrement permanent des muscles appelés sphincters, effet d'une cause intérieure plus énergique que la simple tonicité, et dont le rapport de dépendance qui le rattache à certains centres nerveux ne peut être méconnu.

Les mouvements rctaloiresqui résultent d'une section opérée

sur un seul côté du mésocéphale ou d'autres ganglions, démontre d'une façon frappante l'existence d'une charge permanente de force nerveuse, qui dans l'état ordinaire est contre-balancée par celle du côté opposé.

On peut citer aussi les mouvements des muscles dits involontaires, tels que ceux des organes de la circulation et du canal alimentaire. On peut admettre que dans ces sortes de muscles l'accomplissement d'un mouvement serve de stimulus qui provoque le mouvement suivant. Mais il faut toujours en revenir à expliquer le premier mouvement.

Puisque la moelle épinière et la moelle allongée sont reconnues capables de donner naissance à des contractions musculaires, nous pouvons admettre que les grandes masses cérébrales sont les sources d'une activité plus riche et plus manifeste. Voici des exemples qui le prouvent.

Au réveil, le mouvement précède la sensation. 11 est difficile de voir dans le réveil autre chose qu'un afflux de force nerveuse dans les muscles des yeux, suivi de l'exposition de ces organes à rinilucnce du dehors. Le réveil a pour premier symptôme une commotion générale de l'organisme manifestée par divers mouvements musculaires ; le rétablissement de la sensibilité pour le dehors ne vient qu'après. Dans l'état d'ignorance où nous sommes encore sur la vraie nature du sommeil, rien ne nous empêche de mettre en évidence un fait aussi considérable que la priorité de Faction sur la sensibilité au réveil (1).

Le rétablissement de l'action au réveil ne peut être que l'eflet d'un stimulus parti des centres nerveux mêmes. C'est là Torigine des premiers mouvements ; plus tard ils s'enchaînent avec ceux que suscitent les sens, l'intelligence ou la volonté. La force centrale accrue par l'état de veille et le stimulus du sens ont chacun une part dans la production du haut degré de tension que nous observons dans les muscles durant la veille. Il est difficile d'évaluer la part de chacune de ces sources, mais celle des centres doit être considérable. Après avoir ouvert les paupières au moment du réveil, elle ne cesse pas d'agir, bien que l'autre force,* celle de la lumière, commence à produire son effet.

(1) C'était l'opinion d'Aristotc {Phyuqiu'y Vlli, 2). 11 y dit que les mouvements du réveil viennent, non des sens, mais d'une source interne.

PREUVES DE l'activité SPONTANÉE. 51

Nous pouvons admettre que la l'éfectiou des nerfs et des centres nerveux, en conséquenee du sommeil, est la cause de l'explosion d'activité spontanée qui se manifeste au réveil. L'antécédent de l'activité est plutôt physique que mental , comme dans tous les cas d'activité spontanée. Une foisassociée ti la sensation, l'activité perd son caractère, et il est plus diflicile de distinguer ce qu'elle a de spontané.

Les mouvements des petits enfants nous fournissent une autre preuve. Je les regarde comme dus en grande partie à l'action spontanée des centres. La mobilité de ces petits êtres est très-grande, et elle continue de l'être dans l'enfance et dans les premières années de la jeunesse. Elle ne peut provenir que de trois causes : ou d'un stimulus venu du dehors par les sens, ou d'une émotion, ou enfin d'une force spontanée.

Il n'est pas douteux que les deux premières causes ne soient pour quelque chose dans la gesticulation de l'enfance, mais je ne crois pas qu'elles l'expliquent Lout à fait. En effet, une observation attentive nous montre qu'il y a des cas oii une sensation très-faible est accompagnée d'une forte gesticulation. 11 est plus diflicile de reconnaître la trace des actions spontanées dans les mouvements causés par les émotions ; toutefois, il est des cas oii une gesticulation énergique ne peut être rapportée ni à des sensations, ni à des émotions agréables ou pénibles ; nous ne pouvons que les attribuer à la vivacité, à l'exubérance des forces musculaire et cérébrale, qui montent ou baissent en raison de la vigueur et de la nutrition du système nerveux.

On peut citer encore en faveur de l'hypothèse de la spontanéité l'activité des jeunes animaux et de certains animaux doués de facultés remarquables (insectes). Quand un petit chat joue avec une pelote de laine, cette pelote n'est que le prétexte de la prodigieuse quantité de mouvements qu'il exécute, le stimulus qui les provoque est interne. De même chez un jeutie chien à l'attache qui vient de se réveiller, ce n'est pas un objet extérieur qui frappe sa vue ou un son qui frappe ses oreilles qui le porte à s'agiter, c'est un courant d'activité qui parcourt ses membres et lui rend l'attache insupportable. Il ne nous est pas difficile de distinguer cette espèce d'activité de celle qui est éveillée par les sensations ou les émotions. Nous retrouvons cette distinction dans l'interprétation que nous donnons aux mouvements et aux impressions de certains animaux.

Nous distinguons très-bien l'excitation d'un cheval lancé en course de celle qui résulte de l'infipétuosité spontanée d'une bête bien nourrie.

L'homme lui-même, surtout dans sa jeunesse, fait beaucoup de mouvements que nous rapportons d'ordinaire non à des sensations ou à des émotions, mais à la fraîcheur d'un courant qui ne s'est pas encore déchargé. La nécessité que nous éprouvons tous, que les jeunes gens surtout éprouvent, de faire de l'exercice, démontre l'existence d'un fonds de force qui se régénère chaque jour en nous. Qu'importe que d'après une certaine théorie cette nécessité soit l'eliet d'un malaise particulier des muscles, à retour périodique, qui provoque une action réflexe des centres nerveux, il suffît à notre thèse que la tendance au mouvement du système locomoteur n'ait pas pour antécédent une sensation ni une émotion. Du reste, nous ne voyons pas pourquoi on refuserait d'admettre que le premier mouvement de cette série périodique est dû à l'action spontanée des centres nerveux. C'est à la môme force centrale qui cause la tonicité que nous devons rapporter la production de l'activité musculaire spontanée.

Voilà déjà bien des preuves en faveur de notre thèse. Le phénomène appelé excitation nous en fournit encore une. Ce phénomène adeux faces. Du côté physique, il y a un accroissement de la quantité ou un changement de la qualité du sang qui circule dans le cerveau. Du côté mental, il y a une augmentation de l'activité mentale sous toutes ses formes. Un stimulus, dans ces conditons, provoque une réponse plus intense qu'à l'ordinaire: l'activité déborde, les mouvements se succèdent avec précipitation, les sentiments sont plus intenses, les pensées plus rapides. Sous l'influence de certaines maladies, ou de certaines drogues, comme la strychnine, il se fait une énorme dépense de force, indépendamment d'aucune stimulation^ sous la seule influence d'un changement dans la nutrition du cerveau.

Nous trouvons une autre preuve en faveur de l'existence d'une activité spontanée dans le fait que la sensibilité et l'activité ne s'élèvent ni ne s'abaissent parallèlement. Au contraire elles se montrent souvent en proportion inverse l'une de l'autre. Le tempérament le plus actif n'est pas toujours le plus sensible: on voit souvent au contraire que c'est celui qui l'est le

TOPOGRAniIE OK l/Ar.TIVITl'] SPONTANÉE. 53

moins. Chacun sait (jn'il y a une espèce d'acLivilé qui semble vivre d'elle-môme, qui ne coule aucun effort, qui cause du plaisir, loin de l'ali^uer, et que ne modifie pas sensiblement ni un stimulus ni l'idée d'un but; c'est manifestement l'effet d'une force spontanée. C'est un si<;ne du caractère, tant chez les individus que chez les races. C'est le caractère de l'aventurier qui ne goûte aucun repos, du voyageur infatigable, de ces gens qui se mêlent de toutes les affaires, de ceux qui haïssent le repos et dédaignent les plaisirs paisibles ; c'est l'aclivilé dévorante de Philippe de Macédoine ou de Guillaume le Conquérant. Les natures sensibles qui ne sont pas rares chez les hommes, mais qui sont très-communes chez les femmes, ne sont pas Irès-actives ; leur activité dépend plus d'un stimulus que d'une forte tendance spontanée à l'action. Ce qui dislingue l'activité provoquée par l'idée d'un but de l'autre genre d'activité, c'est qu'elle se proportionne au but et qu'elle cesse dès qu'il est atteint. On ne confondra jamais l'homme qui travaille pour faire fortune et qui se repose après avoir gagné de quoi vivre, avec l'homme qui passe sa vie à dépenser l'excès de sa force musculaire et nerveuse.

Enfin, ajoutons que sans la spontanéité, la volonté est inexplicable.

TOPOGRAPHIE DE L'aCTIVITÉ SPONTANÉE.

Les muscles agissent pour la plupart concurremment avec d'autres auxquels ils sont unis par l'organisation même des centres nerveux pour l'accomplissement de certaines fonctions qui exigent des mouvements concordants.

Vappareil locomoteur, le plus remarquable de ces groupes, comprend, chez les vertébrés, les muscles des membres, et ceux du tronc qui chez tous les animaux concourent plus ou moins aux mouvements des membres. Dans les décharges d'activité spontanée, l'effort locomoteur tient le premier rang; en effet il commande une grande partie du système musculaire par où il peut donner issue à un large courant de force accumulée. Quiconque sait observer aura vu que la locomotion n'avait pour cause immédiate qu'un effort spontané. Il faut beaucoup de temps chez l'homme pour que l'appareil locomoteur s'adapte à l'usage qui lui est propre, et pendant ce temps il dépense

5U ACTIVITÉ SPONTANJiE ET SENTIMENT DU MOUVEMENT.

son activité en gesticulations des jambes et des bras ; comme chez l'enfant aux bras de sa nourrice. L'action locomotrice agite toute la longueur de la colonne vertébrale jusqu'aux articulations de la tête et du cou. Toutefois, les membres ont, surtout chez l'homme, d'autres mouvements qui ne tardent pas davantage à se manifester. Les mouvements du bras par exemple sont très-variés ; ils ont tous le caractère de la spontanéité dans les premiers temps de la vie ; l'acte de saisir avec, la main est le résultat d'une extension du bras par les muscles ; au premier âge nous le retrouvons dans le cercle décrit par les mouvements innés ou fortuits.

Le courbement et le redressement du corps sont des débouchés de l'activité spontanée, surtout le dernier qui implique un plus grand effort. Lorsque la force en excès ne peut se frayer un passage par un plus grand effort locomoteur, elle se dépense en étirant et en étendant le corps- et les membres jusqu'à l'extrême ; le redressement va jusqu'au port de la tête, à la distension des yeux, de la bouche et des traits du visage.

Les organes vocaux forment un autre groupe remarquable des membres actifs. Il n'y a pas de doute que l'émission de la voix ne soit en bien des cas un simple dégagement de force centrale, quoique plus susceptible que tout autre mode d'action d'être stimulée du dehors. Souvent, chez l'homme, un flux de paroles, et chez les animaux leurs cris propres n'ont pas d'autre cause que l'état frais des organes vocaux.

Les yeux ont leur centre de force à eux, auquel il faut rapporter la spontanéité du regard continu qui embrasse l'extérieur. Quand nul objet n'arrête spécialement l'attention, l'activité des mouvements visuels doit être principalement attribuée à la force centrale. Chez une personne privée de la vue d'un œil, cet œil reste ouvert mais moins que l'autre.

La bouche a aussi des mouvements divers qui n'ont souvent pour cause que la force interne, par exemple les contorsions de la bouche après une période d'immobilité et de contrainte. Les mâc/ioires, quand elles ne sont pas occupées à leur fonction propre, la mastication, peuvent dépenser de la force à mâchonner de petits objets introduits dans la bouche, comme on le voit faire aux enfants qui n'ont pas encore atteint l'âge de mâcher. La langue est naturellement Irès-active; elle est pourvue de beaucoup vie muscles el a une grande quanlilé de

TOPOGHAPITTE DE l'ACTTVITT: SPONTANÉE. 55

mouvements. Dans l'acte spontané de l'émission des sons, d'abord réduit ti un hurlement inarticulé, la languie donne d'elle-môme au son l'articulation, base sur laquelle s'édiUera l'acciuisition du langage.

Nous retrouvons des exemples frappants de la spontanéité d'action parmi les aptitudes spéciales de certains animaux. Beaucoup d'animaux mettent en jeu leurs armes destructives dans un grand nombre de circonstances où il n'est, pas possible d'expliquer leur action autrement que par le besoin de décharger une force interne accumulée. De môme que la batterie électrique de la torpille chargée par l'effet de la nutrition a besoin de se décharger périodiquement sur quelque objet, de môme les mâchoires du tigre, les dents du serpent, les filières de l'araignée, ont besoin de temps en temps de s'exercer sur quelque chose. On dit que les abeilles et les castors construisent même sans but, circonstance qui n'a plus rien de bizarre dès qu'on admet que plusieurs facultés actives de l'homme et des animaux sont spontanées.

On a toujours observé que l'activité spontanée monte et baisse proportionnellement à la nutrition en général, qu'elle est le plus riche pendant la santé et le plus appauvrie pendant la maladie^ la faim, la fatigue. Des mouvements énergiques naissent sous l'influence de drogues et de stimulants agissant sur le système nerveux, comme aussi de la flèvre ou de quelque malaise. Les convulsions, les spasmes et les excitations anormales, sont des formes morbides de la décharge de la force des centres nerveux (I).

(1) Un critique {National Revicv}), tout en reconnaissant que cette doctrine rend compte de phénomènes inexpliques par la théorie qui prévaut généralement dans les traités de l'Esprit humain, a savoir que notre activité n'est provoquée que par le stimulus de nos sensations, s'offense de ce que nous assignons une origine purement physique à nos mouvements spontanés. Il se plaint amèrement de ce que nous ne dérivons ces mouvements de rien de psychologique d'aucun état mental antécédent. La question ainsi portée est tout entière une question défait; si des observations prouvent que l'esprit se manifeste antérieurement à l'effort spontané, ma doctrine est fautive. Mais autant qu'il m'est possible d'en juger, la conscience suit ou accompagne la décliarge spontanée, et ne la précède pas. Il y a des cas bien authentiques de mouvements sans conscience, par exemple sous l'action du chloroforme et pendant le délire; et l'on n'a pas sans doute la prétention de soutenir que l'esprit accompagne les mouvements du fœtus dans le sein de sa mère.

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